Dernières chroniques

Bienvenue

Bienvenue !


Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Mes lectures sont éclectiques tout en étant de plus en plus engagées vers la tolérance, l'ouverture d'esprit, les cultures différentes et le féminisme. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

lundi 2 septembre 2019

Prémices de la chute de Frédéric Paulin

Encore une lecture due au petit déjeuner littéraire organisé par la librairie Fiers de Lettres et la blogueuse Léa Touch Book en juin dernier auxquels nous avons assisté avec les copains d’Accros & Mordus de Lecture. Un livre qui a su littéralement m’aspirer.



Quatrième de Couverture
" Il a des frères de combat, des frères nés en France comme lui, prêts au grand sacrifice. D'autres se lèveront bientôt. "

Janvier 1996. Dans la banlieue de Roubaix, deux malfrats tirent sur des policiers lors d’un contrôle routier. Qui sont ces types qui arrosent les flics à la Kalachnikov ? Un journaliste local, Réif Arno, affirme qu’ils ont fait leurs armes en ex-Yougoslavie dans la brigade El Moudjahidin. À la DST, le commandant Laureline Fell s’intéresse de près à ces Ch’tis qui se réclament du djihad et elle a un atout secret : Tedj Benlazar est à Sarajevo pour la DGSE, d’où il lui fait parvenir des informations troublantes sur la Brigade et ses liens avec Al-Qaïda. Cette organisation et son chef, Ben Laden, ne sont encore que de vagues échos sur les radars des services secrets occidentaux, mais Benlazar a l’intuition que le chaos viendra de là-bas, des montagnes d’Afghanistan…

De la Bosnie aux grottes de Tora Bora, de Paris à Tibhirine, de Roubaix à New-York, avec ce deuxième tome Frédéric Paulin entraîne le lecteur dans la toile des réseaux djihadistes, poursuivant son exploration des souterrains de la terreur.

Mon avis
Prémices de la chute est le premier roman de Frédéric Paulin que je lis, et il semble aussi être le second tome d’un triptyque dédié à la montée du terrorisme islamiste dès les années 90. Le premier tome que je n’ai pas encore lu, La guerre est une ruse, n’est pas nécessaire pour comprendre Prémices de la chute même si certains personnages y sont repris et c’est un point fort puisque j’ai pu plonger sans retenue dans ce bouquin.

À travers des personnages fictifs complexes et très intéressants, Frédéric Paulin déroule les fils d’une histoire bien réelle, celle du Gang de Roubaix mais aussi de la piste du terrorisme islamiste français qui a eu du mal à être acceptée au sein des autorités dans les années 1990. Dans une enquête haletante et fascinante, l’auteur nous donne les clés essentielles de cette histoire, entre fiction et réalité, où il nous montre tout son talent de chef d’orchestre de la restitution. La fiction sert l’Histoire, la vraie, ou du moins les morceaux que l’on en connaît. De Roubaix à Paris, de Sarajevo à Narbonne, nous suivons ces fils que détaillent pour nous l’auteur, nous pénétrons dans le fonctionnement des conflits qui ont marqué les années 90 et essayons de comprendre comment le djihad a pu prendre une telle ampleur sans que la communauté internationale ne s’en rende réellement compte. À trop vouloir jouer les médiateurs ou même les sauveurs au cœur des conflits, les dirigeants des pays du « Nord » ont oublié de balayer devant leur porte.

Frédéric Paulin a su accrocher mon attention dès les premières pages, il a su me faire apprécier ses personnages en les usant à bon escient, en utilisant leur psychologie pile comme il le fallait et sans trop en faire même si pour servir la trame certaines coïncidences sont un peu grosses. L’Histoire et son histoire se mêlent à la perfection, nous laissant parfois croire que ses créations sont la réalité malgré l’évidence de la fiction au cœur du réel. Utiliser l’Histoire pour écrire une fiction, surtout à notre époque, n’est pas chose aisée et Frédéric Paulin prouve ici qu’il est maître en la matière.

Le fond historique est glaçant, il m’a poussée à passer des heures à me documenter sur l’époque, à approfondir mes connaissances sur la question et si les services du renseignement tombent sur mon historique de recherches, ils risquent de se poser des questions tellement je me suis laissé entrainer dans cette chute vers les sombres heures des années ayant précédé les attentats du 11 septembre 2001. J’ai hâte de lire le premier tome mais aussi le troisième qui viendrait, à défaut de conclure les temps troubles que nous connaissons, apporter de nouvelles clés à travers une fiction horriblement réelle.

Prémices de la chute est de ces romans qui se dévorent, de ceux qui nous poussent à vouloir retourner sans les méandres de l’Histoire et à comprendre le monde actuel, à décortiquer cette actualité qui nous vrille les viscères et nous annonce sûrement que le pire n’est peut-être pas encore arrivé. Un vrai coup de cœur !

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 31 août 2019

Casting sauvage de Hubert Haddad

En allant enfin fureter dans la boîte à livres du village de mes parents, j’ai découvert ce livre de Hubert Haddad dont le nom a longtemps chatouillé ma curiosité.



Quatrième de Couverture
Missionnée pour un casting aux allures de défi, Damya arpente les rues de Paris à la recherche d’une centaine de figurants : efflanquées, défaites, ces ombres fragiles incarneront les déportés dans un film adapté de la Douleur de Duras. Par sa présence si vive au monde, ses gestes de danseuse, son regard alerte et profond, Damya mue en vraie rencontre chaque échange fugace avec les silhouettes qu’elle repère – un marcheur qui ne retient du temps qui passe que l’usure de ses semelles, Amalia, oiseau frêle en robe pourpre de la gare Saint-Lazare, ou ce jongleur de rue aux airs de clown fellinien. Mais dans le dédale de la ville, Damya a surtout l’espoir fou de retrouver le garçon d’un rendez-vous manqué – par la force tragique d’un soir de novembre 2015 – et dont le souvenir l’obsède. Casting sauvage est une magnifique traversée de Paris, un roman intense et grave dont la ville aux mille visages est la trame et le fil, habitée par la mémoire de ses drames et rendue à la vie par tous ceux qui la rêvent… Un walking movie qui offre aux âmes errantes comme un recours en grâce.

Mon avis
Casting sauvage nous entraîne dans un Paris post novembre 2015 où la reconstruction n’est pas chose aisée, où les cicatrices brûlent encore. Damya, ancienne danseuse au destin exceptionnel brisé par cette attaque, erre dans les rues parisiennes à la recherche de figurants mais surtout d’elle-même. Ce soir de novembre elle a perdu son avenir, ses rêves, ses espoirs. Elle ne réussit pas à avancer tout simplement parce que se reconstruire signifie savoir sur quelles fondations il faut se baser : Damya ne sait plus, elle marche sans avancer, se réveille chaque matin sans réellement s’éveiller à nouveau.

À travers sa quête de figurants pour un film sur les camps de concentration, Damya se retrouve à chercher des regards qui lui rappellent sûrement son propre reflet dans le miroir : des âmes hagardes, brisées, incapables de rattraper la vie en marche et faisant du surplace sans savoir par où commencer pour revivre. Les événements de novembre 2015 permettent ici à Hubert Haddad d’explorer ces âmes perdues, ces personnes abattues par des épreuves affreuses, marquantes à vie. Comment se reconstruire après l’horreur ? Comment remettre le pied dans l’engrenage de la vie quand notre routine a volé en éclats d’un seul coup sans retour en arrière possible ?

L’écriture de Hubert Haddad n’est pas légère, elle est dense et lente à la fois, elle impose un rythme tout en slow motion qui peut rendre la lecture fastidieuse mais qui, en même temps, colle à la perfection au livre qu’elle compose. Damya observe, elle décortique, elle s’arrête entre deux courses à travers la ville pour trouver les silhouettes parfaites, parce qu’elle cherche aussi à retrouver un rythme, sa propre vie. L’écriture complexe et sublime à la fois freine la lecture quand il le faut et la relance aux moments clés. Ce n’est pas évident à chaque page mais sans cela, le livre n’aurait pas la même saveur.

J’ai apprécié ma lecture, la construction mise en place par l’auteur ainsi que les axes qui y sont développés. Cependant, je n’ai pas réussi à aller au fond de l’émotion que je recherchais : l’exercice littéraire m’a beaucoup plu mais son impact sur mon âme n’a pas eu lieu. Je suppose que la qualité sur le papier ne suffit pas toujours à me toucher. Cependant, si la qualité littéraire d’un livre est le moteur de votre plaisir littéraire, n’hésitez pas à lire ce roman, vous ne devriez pas être déçus.

« Seule Damya ne sait plus danser. Des meurtriers indélicats ont brisé son élan. Elle avance désormais en exclue, débusquée d’un songe intrépide, par-delà la clôture du corps. À cause d’un genou déclencheur d’alarme aux portiques de contrôle. Elle aurait préféré perdre un sein ou un bras. Il n’y a pas de salut pour l’interprète empêché. Le chanteur rendu muet n’est plus qu’une flûte sans bec, la ballerine claudicante donne à rire ; l’artiste, lui, garde tous ses pouvoirs, même borgne, deux fois sourd ou totalement paralysé. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mardi 20 août 2019

Les fleurs d'Hiroshima d'Edita Morris

J’ai lu Les fleurs d’Hiroshima dans le cadre d’une Lecture Commune sur le forum Accros & Mordus de Lecture le mois dernier après que Jacana (Cinquième de Couv') a envoyé plusieurs exemplaires au membre du forum (une vraie perle ♥).



Quatrième de Couverture
Un jeune Américain, employé par une compagnie de navigation, loue une chambre dans une famille japonaise. Rien de plus simple, mais cette histoire se passe à Hiroshima. Et, peu à peu, malgré la pudeur, la fierté et le stoïcisme de ses hôtes, Sam découvrira un à un les secrets des survivants de la bombe : les souvenirs affreux d'une nuit unique dans l'histoire de l'humanité et les peurs atroces qui assombrissent l'avenir. Enfin, tout parle de la mort atomique jusqu'aux fleurs blanches qui, pour honorer les disparus, descendent le cours du fleuve. À la fin de ce livre, qui obtint en 1961 le prix ALBERT SCHWEITZER, le lecteur se sent tenté de dire, comme Sam l'Américain : « Merci, merci pour tout ce que vous m'avez appris. C'est grâce à vous que j'ai compris ce que signifiait Hiroshima ». Plus jamais Hiroshima.

Mon avis
Les fleurs d’Hiroshima est de ces romans qui, sous couvert de fiction, permettent d’appréhender une réalité dérangeante. Sam, jeune américain à l’avenir prometteur, profite d’un séjour à Hiroshima pour se plonger dans la culture japonaise en louant un lit au sein d’une famille de la région. Yuka est persuadée qu’elle peut donner l’illusion d’une vie agréable à son hôte, au milieu de ses enfants, son mari et sa sœur cadette. Seulement, la tragédie d’Hiroshima ayant eu lieu quinze ans plus tôt a laissé des marques qui ne sont visibles qu’aux yeux des gens attentifs, qui savent voir au-delà des apparences.

À travers le personnage de Sam, le monde occidental montre à quel point se bercer d’illusions permet de de croire que tout va bien, que la guerre et ses horreurs sont loin derrière. Pourtant, il faudrait être bien naïf pour croire que les effets d’une bombe nucléaire d’envergure ont disparu aussi vite qu’ils sont arrivés, non ?
C’est sans compter sur la réserve culturelle des Japonais, sur leur façon de faire en sorte de préserver les apparences, de ne pas froisser leurs anciens ennemis. Yuka incarne ces victimes du passé qui cherchent à relever la tête tout en faisant preuve de réserve, elle cherche à ne montrer que la lumière à Sam, en cachant dès que possible les zones d’ombres, en planquant la poussière sous les tapis pour masquer le délabrement de ces vies qui accusent encore le coup, qui restent marquées à jamais.

Le drame d’Hiroshima ne s’est pas arrêté après l’explosion de la bombe, il continue à s’écouler dans le sang des victimes collatérales, celles qui ont le corps marqué comme l’âme brûlée. Les radiations agissent encore, insidieusement, lentement avec plus ou moins de violence. Ceux qui portent les traces du drame sans pouvoir les cacher sont exclus de la société, ils sont les murs abîmés que l’on cache sous une peinture douce à défaut de pouvoir les réparer. Et puis il y a ceux qui savent que leurs fondations sont ébranlées malgré une structure en apparence solide, qui craignent le moindre choc violent qui pourrait tout faire voler en éclat. Il y a ces jeunes générations qui ne sont pas certaines de pouvoir un jour donner la vie à autre chose qu’une marque de l’horreur du passé, comme Ohatsu, la petite sœur de Yuka, qui décide de refuser de prendre le risque. Mais dans une société où la famille est le pilier de la vie, où une femme n’a d’autre espoir que de fonder un foyer avec des enfants en bon santé et un mari à la situation enviable, que reste-t-il à Ohatsu pour envisager un avenir ? Et ces fleurs, déposées dans les eaux de la ville pour apaiser les âmes torturées des défunts, sont-elles suffisantes pour ne plus voir sans cesse leurs chairs à vif et la douleur dans leurs yeux ?

Les fleurs d’Hiroshima est un roman qui permet de ne pas oublier les victimes silencieuses d’un conflit aussi important que la Seconde Guerre Mondiale, celles qui ont survécu à l’horreur. C’est aussi une histoire qui montre que les vainqueurs oublient un peu trop vite les conséquences de leurs actes : comprendre le passé pour ne pas refaire les mêmes erreurs devient plus compliqué quand les erreurs s’atténuent avec le temps, non ? C’est ce que montre Edita Morris qui a fait beaucoup pour les victimes d’Hiroshima, elle qui a apporté son soutien à ceux que l’Histoire a tenté d’oublier.

En lisant Les fleurs d’Hiroshima, comme Maurice Pons dans la préface, on ne peut que se dire « Jamais plus Hiroshima » même si l’oubli laisse craindre la répétition des erreurs les plus terribles…

Merci les copains pour cette lecture commune et merci Jacana ♥

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 16 août 2019

Cherry de Nico Walker

Cherry est un livre que j’ai acheté lors du petit déjeuner littéraire de l’été organisé par la Librairie Fiers de Lettres et la blogueuse Léa Touch Book en juin. L’événement a été un vrai plaisir que j’ai partagé avec deux autres Accros & Mordus, en plein cœur de Montpellier.



Quatrième de Couverture
Les fantômes de la guerre en Irak le hantent.
Heureusement, il y a Emily.
Mais la vague des opioïdes qui balaie le Midwest les emporte.
Il leur faut de l’argent, beaucoup d’argent.

Mon avis
Jeune Américain désœuvré issu de la classe moyenne supérieure, notre narrateur cherche un sens à sa vie après une première année d’université plutôt bancale, entre défonce douce, cours séchés et premier amour. À une époque où la guerre en Irak est glorifiée par une propagande intense aux USA, il s’engage dans l’armée, faute de savoir qui il est et où il veut poursuivre son avenir. Commence alors la descente aux enfers entre moments de creux où rien ne suffit à tuer l’ennui et sorties mortelles pour ses camarades. Il comprend que cette guerre n’est qu’un simulacre, que leur présence sur le terrain est inutile et que les morts sont vaines.
À son retour, il a besoin de toujours plus se défoncer pour oublier. Il fait partie de ces milliers d’anciens combattants traumatisés, lâchés dans la nature sans but, sans fil rouge pour reprendre une vie normale. Alors il se drogue, toujours plus. Il fume, sniffe ou s’injecte l’intégralité de ses maigres salaires, de ses effets personnels aussi. Avec Emily, ils consomment tout ce qu’ils peuvent. Jusqu’à ce qu’il commence à braquer des banques pour pouvoir acheter leurs doses à tous les deux.

Cherry est une plongée intense dans les conséquences de la guerre en Irak sur les jeunes qui s’y sont engagés au début des années 2000. Participer à l’horreur et comprendre que ça n’avait aucune réelle utilité les a déglingués. Revenir à la vie normale n’a pas fonctionné et seuls les opioïdes ont finalement aidé certains d’entre eux à tenir.
Nico Walker, l’auteur du livre, compose au moins les trois quarts de son narrateur : il purge actuellement une peine de onze ans de prison pour braquages de banques et s’est servi de son vécu pour raconter l’histoire de cette génération usée avant l’heure. Avec des mots crus et des phrases percutantes, il décrit toutes les horreurs de la guerre et de la vie. Il offre le vraie visage de la guerre en Irak à tous ceux qui ne l’ont suivie que de loin. Il montre les rouages d’une descente aux enfers prévisibles.

Cherry se lit vite, bien et avec intensité. Il permet une réelle immersion au cœur de cette génération perdue et une remise en question de toutes ces guerres dont les enjeux nous échappent. Le bouquin a été encensé aux USA et commence à l’être à travers le monde mais je ne partage pas réellement cette adulation pour l’auteur. J’ai apprécié ma lecture mais rien ne m’a fascinée dans l’écriture ou le sens du livre. Le roman est bon mais ne m’a pas paru exceptionnel non plus. Peut-être est-ce le fait que ce soit un livre écrit en prison qui fascine les gens… Parce que le monde littéraire a encore du mal à accepter qu’il est possible d’écrire un bon livre sans diplôme, sans avoir la vie d’un écrivain cliché… C’est l’impression que cela me donne en tout cas.

Quoi qu’il en soit, si vous voulez comprendre un peu mieux les problèmes des Américains avec la guerre en Irak et ses conséquences, ne vous privez pas de cette lecture. Elle n’en résout pas les mystères mais elle permet d’appréhender les nombreuses failles du système.

« Les gens n’arrêtaient pas de mourir : tout seuls, par deux, pas de héros, pas de batailles. Rien. Nous étions juste de la piétaille, des épouvantails glorifiés ; là uniquement pour avoir l’air occupés, à arpenter la route dans un sens et dans l’autre, pour un prix exorbitant, cons comme des balais. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 7 juillet 2019

Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher

Je continue ma découverte progressive du monde de la BD en suivant encore une fois les conseils glanés sur Accros & Mordus de Lecture. J'aime tellement ces échanges, ce partage qu"on a développés sur le forum ♥



Quatrième de Couverture
Que feriez-vous si d’un coup vous vous aperceviez que vous ne vivez plus qu’un jour sur deux ? C’est ce qui arrive à Lubin Maréchal, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui, sans qu’il n’en ait le moindre souvenir, se réveille chaque matin alors qu’un jour entier vient de s’écouler. Il découvre alors que pendant ces absences, une autre personnalité prend possession de son corps. Un autre lui-même avec un caractère bien différent du sien, menant une vie qui n’a rien à voir. Pour organiser cette cohabitation corporelle et temporelle, Lubin se met en tête de communiquer avec son « autre », par caméra interposée. Mais petit à petit, l’alter ego prend le dessus et possède le corps de Lubin de plus en plus longtemps, ce dernier s’évaporant progressivement dans le temps. Qui sait combien de jours il lui reste à vivre avant de disparaître totalement ?

Au-delà d’un récit fantastique totalement prenant, Ces Jours qui disparaissent pose des questions fortes sur l’identité, la dualité de l’être et le rapport entre le corps et l’esprit.

Mon avis
Ces jours qui disparaissent nous entraine à la rencontre de Lubin, jeune acrobate forcé d’avoir un boulot alimentaire pour poursuivre sa passion, voit peu à peu ses journées disparaître… Durant ses moments d’absence, un autre Lubin semble prendre sa place, un garçon ordonné, qui fait les courses, le ménage et ramène un peu plus d’argent. Au fil du temps, Lubin l’acrobate sent que son temps est grignoté par cet autre qui prend le dessus et qui fait tout pour que la tendance ne s’inverse pas jusqu’à ne laisser que quelques apparitions furtives à son alter ego.

J’ai eu du mal à accrocher à cette BD, ne m’attachant pas une seule fois aux personnages présentés. Il m’a manqué un petit quelque chose pour réellement plonger dans l’histoire avec mes tripes ce qui fait que je l’ai lue avec une certaine distance. C’est ainsi que les messages subliminaux m’ont paru trop peu subtils, trop faciles et attendus, très clichés aussi.
Timothé Le Boucher nous propose un récit graphique où le Lubin rêveur laisse peu à peu place à un Lubin responsable, un Lubin adulte. Notre artiste de cirque disparait au profit d’un homme qui entre dans les rangs, qui exerce un travail dit « utile » par la société, qui contribue au bon fonctionnement de la vie citoyenne en somme. L’éditeur décrit ce changement par le passage de l’enfance à l’âge adulte en faisant peu à peu taire l’enfant insouciant et rêveur.
Tous ces mécanismes m’ont paru trop attendus, trop simples parce qu’on entre dans la critique pure et dure de cet âge adulte quand tout est fait pour que le Lubin « responsable » passe pour le méchant de l’histoire. Et c’est là que j’ai du mal à accepter l’explication du duel entre l’enfance et l’âge adulte : j’avais plutôt l’impression de voir un duel entre le conformisme et l’idéalisme. Et ce duel m’a semblé bien trop manichéen et stéréotypé pour me plaire.

Plus le temps passe et plus j’aime la finesse, les sens cachés, la critique d’une société trop rigide. Ces jours qui disparaissent est à mes yeux une critique de la société qui range les gens dans des cases de façon un peu maladroite, en grossissant le trait et en perdant de son charme. Il y a des dessins assez simples, dans un trait flou et des couleurs très parlantes qui m’ont plu mais qui, parfois, rappelaient finalement le simplisme de la réflexion autour de l’affrontement entre les deux Lubin à mes yeux. Un scénario un poil moins simpliste m’aurait sûrement permis d’accrocher totalement au résultat.

J’ai apprécié ma lecture sur la première moitié du livre puis me suis vite ennuyée sur le reste, sur cette vision trop manichéenne mettant les deux personnalités en opposition. Je pense que le rythme y est aussi pour beaucoup même si, lui, est totalement logique et justifié : le Lubin rêveur se fait de plus en plus rare mais c’est lui que nous suivons, c’est donc des bonds dans le temps immense qui nous portent jusqu’au bout de cette histoire et qui m’ont plus encore coupée des personnages. Le choix est judicieux mais il a ce défaut de ne pas réussir à garder dans le rail les lecteurs comme moi qui sont susceptibles de ne pas s’attacher aux personnages.

Ces jours qui disparaissent est une BD proposant un scénario original, des pistes de réflexion intéressante mais à laquelle je n’ai pas su m’accrocher. Je suppose qu’il me manque encore une certaine sensibilité à ce type d’ouvrage pour me satisfaire de certains raccourcis nécessaires et trouver dans la partie graphique les éléments manquants à la partie scénaristique.

Garder son âme d’enfant me semble essentiel dans notre monde mais je ne pense pas qu’il faille rejeter en bloc tout ce que l’âge adulte semble attendre de nous en apparence : c’est en jouant avec les deux facettes de notre moi qu’on trouve un équilibre à mon sens. Et c’est cet équilibre que les personnages de Timothé Le Boucher ne trouvent pas, cet équilibre auquel nous devons essayer d’aspirer sous peine de finir comme ces deux Lubin, incomplets et perdus. Ces jours qui disparaissent est un bon moyen de se rappeler que faire la paix avec nous-même peut nous être salutaire.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 30 juin 2019

Personne n'a peur des gens qui sourient de Véronique Ovaldé

Voici encore une lecture que je dois au croisement de La Grande Librairie et de La Comédie du Livre de Montpellier où Véronique Ovaldé a usé de sa carte blanche avec brio. Fascinée par sa façon de présenter ses convictions, son écriture mais aussi le travail des autres, j’ai acheté en très peu de temps beaucoup de ses livres et celui-ci est le premier que je lis d’elle.



Quatrième de Couverture
Gloria a choisi ce jour de juin pour partir. Elle file récupérer ses filles à l'école et les embarque sans préavis pour un long voyage. Toutes trois quittent les rives de la Méditerranée en direction du Nord, la maison alsacienne dans la forêt de Kayserheim où Gloria, enfant, passait ses vacances. Pourquoi cette désertion soudaine? Quelle menace fuit-elle? Pour le savoir, il faudra revenir en arrière, dans les eaux troubles du passé, rencontrer Giovannangeli, qui l'a prise sous son aile à la disparition de son père, lever le voile sur la mort de Samuel, le père de ses enfants - où était Gloria ce soir-là ? -, et comprendre enfin quel rôle l'avocat Santini a pu jouer dans toute cette histoire.
Jusqu'où peut-on protéger ses enfants? Dans ce roman tendu à l'extrême, Véronique Ovaldé met en scène un fascinant personnage de mère dont l'inquiétude face au monde se mue en un implacable sang-froid pour l'affronter.

Mon avis
Personne n’a peur des gens qui sourient met en scène Gloria, une mère qui n’a pas peur de faire prendre à sa vie et celle de ses filles un tournant radical pour échapper à un passé tortueux et surtout, dangereux. D’oisillon robuste à mère prête à tout pour protéger ses enfants, Gloria nous entraîne avec elle entre passé et présent, dans une vie où les coups durs s’affrontent pour savoir lequel a été le plus impactant. Fragile en apparence, c’est un mur sans faille qu’elle devient quand il s’agit de ses filles, de les préserver. Mais de quoi ? Il faut lire ce livre pour comprendre, pour appréhender la réalité et découvrir que l’équilibre de la vérité ne tient parfois qu’à un angle de vue.

Au-delà de l’histoire captivante et surprenante qu’elle nous offre, c’est tout un univers que dessine Véronique Ovaldé. Un univers où Gloria incarne un personnage qui, malgré les gens pour qui elle compte, est seule jusqu’à la naissance de sa première fille. Gloria est une femme forte qui ne compte que sur elle-même et qui prend ensuite conscience de cette petite vie qui va dépendre d’elle, un rôle qu’elle va prendre à cœur et qu’elle va mener de front quoi qu’il advienne. Pour ses filles. Gloria a peur, elle gère mal ses angoisses, ses réactions mais elle sait se ressaisir quand ses filles entre dans l’équation. Mère imparfaite mais mère prête à tout, elle puise au fond d’elle-même, elle s’assure que tout soit fait pour que ses filles soit protégée des dangers extérieurs, comme intérieurs. Et, comme elle, nous finissons par sortir de la définition du bien et du mal pour passer à celle de l’amour maternel inconditionnel : tous les moyens sont bons pour protéger ceux que l’on aime.

En faisant flancher notre sens moral à certains moments, Véronique Ovaldé nous rappelle finalement que certaines convictions peuvent faire bouger les lignes clairement établies au départ. Elle nous montre aussi qu’il arrive que malgré tous nos efforts, c’est parfois notre retrait qui permet de protéger au mieux une personne.

Enfin, pour ne rien gâcher, Véronique Ovaldé glisse entre les pages de son roman des idées féministes, des piques lancées à notre société patriarcale qui font du bien, qui rappelle la violence ordinaire subie au quotidien par les femmes. Au fond, Personne n’a peur des gens qui sourient s’inscrit dans mes lectures féministes par son héroïne, son autrice et les différents messages qui y sont diffusés en fond, sans que ce ne soit le principal thème du livre : c’est juste la plume d’une femme engagée et forte de ses convictions qui transpire son féminisme.

Une lecture haletante et dérangeante à la fois, angoissante et étrangement apaisante par moment. Un vrai régal.

« Stella visse son index sur sa tempe en écoutant sa petite sœur qui divague. Loulou se fâche puis se défâche. On dirait une giboulée de mars. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 23 juin 2019

Rose amer de Martin Delvaux

J’ai reçu ce livre lors du Swap mystère A&M. Mais kécessé ? Le but était d’emballer un livre à envoyer à un membre du forum de manière à ce qu’il le lise sans en connaître le titre ou l’auteur. Il a fallu être habile pour tout masquer, le moindre petit indice qui aurait pu gâcher la surprise devait être traqué. J’ai donc lu ce livre sans savoir de quoi il s’agissait grâce à Lady Swan qui avait bien fait les choses !



Quatrième de Couverture
Une petite fille grandit dans un village nouveau. Le père a disparu avant sa naissance. La mère a épousé un autre homme et souhaité s'installer loin de la ville. Le village est morne et ils y resteront des étrangers. Entre les enfants les liens se tissent quand même, dans les champs de fraise, ses amies s'appellent Manon-juste-Manon, BB ou encore Valence Berri. Elles rêvent d'Hollywood, mâchent de la Hubba Bubba, passent leur été à sauter dans la piscine du camping juste à côté. Tout semble normal. Mais une menace plane sur cet univers doucereux. Au village et dans la banlieue aseptisée où la famille déménagera dix ans plus tard il arrive que des filles disparaissent.

Rose amer raconte le regard inquiet d'une petite fille, puis d'une adolescente, sur la violence diffuse de l'ordinaire.

Mon avis
Rose amer est un livre qui semble raconter l’histoire banale d’une petite fille qui grandit dans un village, puis évolue dans une banlieue pour finir par avoir envie de découvrir enfin la vie citadine pour se libérer de son morne quotidien. En réalité, Rose amer décrit surtout ce que c’est que de grandir en étant une fille, des dangers auxquels on nous prépare depuis toujours sans même que nous nous en rendions compte : « ne parle pas aux inconnus », « fais attention le soir », « marche vite et regarde devant toi ».

L’héroïne, dont le nom n’est jamais cité il me semble, pourrait être toi, pourrait être moi. Elle grandit comme n’importe quelle petite fille, en jouant, en découvrant l’amitié fluctuante des jeunes années, en occultant ce que son esprit n’est pas encore capable d’encaisser. Pourtant, ça lui trotte dans la tête ces histoires, doucement, comme un nuage gracile qui passe et repasse dans le ciel bleu. Des petites filles disparaissent, ne sont jamais retrouvés. D’autres changent après des vacances chez un oncle, certaines comprennent plus tôt que les autres que le prince charmant préfère votre bouche posée ailleurs que sur leurs lèvres… Ce roman est un moyen d’obtenir une vue d’ensemble sur un monde où les violences subies par les femmes commencent dès l’enfance. Et ce monde, c’est le nôtre.

Dès petites filles, nous y sommes confrontés. Et comme le danger extérieur ne peut pas toujours être contrôlé par nos parents, ils essaient de nous donner les armes pour nous méfier, être sur nos gardes. Et nous grandissons comme ça, dans la possibilité du pire. Dans le « et si jamais… ? » si cruel qui nous fait reconsidérer la longueur de nos vêtements avant de sortir, ou le raccourci qui nous permettrait de nous coucher plus tôt si seulement il ne faisait pas si noir.

Cette pression constante finit par étouffer notre héroïne qui, à la fin de l’adolescence, ne rêve que d’une chose : sortir et ne plus s’ennuyer. Prendre une grande bouffée d’air, de liberté. Mais pas la liberté physique, finalement, non. C’est la tranquillité d’esprit que ce la figure, cette tranquillité à laquelle nous aspirons toutes. Il est épuisant d’avoir le réflexe de « faire attention ». Épuisant de compter ses verres en soirée pour être sûre de ne pas dépasser la dose d’alcool qui nous fait oublier le danger. Épuisant de rester alerte au moindre bruit sur le chemin du retour. Nous sommes enfermées dans ce monde hostile qui nous écrase et nous empêche de simplement profiter des choses, parfois, souvent même. Et c’est ce que raconte Rose amer à travers cette angoisse constante, cette pression sans fin. Le roman st étouffant de réalisme, agréable à lire, très bien fait et angoissant sans même que l’on s’en rende compte. Le terminer fait du bien, parce qu’on se détend, comme lorsque la clé tourne enfin dans la serrure de la porte et que le cocon de sécurité de la maison nous accueille.

Rose amer est un livre à lire ne serait-ce que pur découvrir la plume de Martine Delvaux, autrice Québécoise qui manie les émotions avec brio, qui rappelle que le rose des petites filles est une prison amère dont se libérer reste encore compliqué aujourd’hui.

Je suis ravie d’avoir lu ce livre avec le mystère du swap et ne pas en connaître le titre ne m’a en rien embêtée, c’était même génial !

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

lundi 10 juin 2019

Mes bien chères soeurs de Chloé Delaume

Mes bien chères sœurs est un livre qui a capté mon attention lors de ma toute première visite à Fiers de Lettres, librairie indépendante de Montpellier à la sélection merveilleuse. J’ai résisté et, quelques jours après, Chloé Delaume est passée dans La Grande Librairie… Quelques jours après j’ai craqué sans l’ombre d’un remord. J’ai lu ce livre d’une traite juste avant de rencontrer l’autrice lors de la Comédie du Livre de Montpellier, une rencontre vraiment agréable, tout autant que cette lecture.



Quatrième de Couverture
« Ceci est une adresse. Aux femmes en général, autant qu'à leurs alliés. Je vous écris d'où je peux. Le privé est politique, l'intime littérature. »
En France, la quatrième vague féministe a fait son entrée : non plus des militantes, mais des femmes ordinaires. Qui remettent en cause les us et les coutumes du pays de la gaudriole, où une femme sur dix est violée au cours de sa vie, et où tous les trois jours une femme est assassinée par son conjoint.
Dans ce court texte incisif qui prône la sororité comme outil de puissance virale, Chloé Delaume aborde la question du renouvellement du féminisme, de l'extinction en cours du patriarcat, de ce qu'il se passe, et peut se passer, depuis le mouvement #metoo.

Mon avis
Mes bien chères sœurs est un essai où Chloé Delaume établit le constat d’une société française en pleine transition vis-à-vis du patriarcat et du sexisme : « Le patriarcat bande mou. Quelque chose est pourri au royaume de la flaque, les indices et symptômes croissent et se multiplient. À se regarder jouir de son impunité, le mâle alpha n’a pas vu surgir l’obsolescence de ses propres attributs et fonctions symboliques. » En ouvrant le bal avec fracas, l’autrice annonce la couleur de son écrit.

Sous un discours cynique et incisif, Chloé Delaume aborde de nombreux sujets difficiles, tous liés à la condition de la femme en France, à l’avalanche déclenchée par #metoo mais avec un regard étonnamment optimiste. J’appréhendais un peu de ne pas apprécier ce bouquin, pensant y trouver une légère touche de misandrie alors que, finalement, ce livre ne traite en rien de cela.

Chloé Delaume s’adresse aux femmes, elle nous parle, elle nous invite à la « sororité », ce mot qui se détache de la fraternité pour nous inviter à nous serrer les coudes, à œuvrer ensemble pour suivre ce mouvement de transition, d’évolution même. Rappelons d’ailleurs que cette sororité si essentielle est écrasée depuis toujours : nous, filles puis femmes, sommes élevées en rivales. Chaque autre femme est une rivale potentielle, celle qui prendra notre place, nous taclera, nous arrachera sans vergogne l’attention du mâââle que l’on convoite. Et cette rivalité créée par la société ne vaut évidemment que pour le saint graal que représente l’homme, celui qui nous offrira une vie que l’on doit mériter en étant la plus douce, la plus belle, la plus docile.

La sororité, selon Chloé Delaume, est l’arme ultime pour enfin s’affranchir du sexisme et de cette société patriarcale qui nous divisent, nous écrasent et nous forcent à reste dans de toutes petites cases où nous devons nous adapter. Elle ne nie pas le rôle que les hommes ont et auront dans la fin du sexisme, leur aide essentielle : elle s’adresse simplement à nous, ses sœurs, ses alliées naturelles et éternelles.

À travers des faits, des chiffres clés, des anecdotes pas si anecdotiques que cela, Chloé Delaume résume ce qu’elle décrit comme la quatrième vague féministe, celle du féminisme 2.0, celle du quotidien, de la femme lambda, de ce sexisme ordinaire qui me révulse, qui m’étouffe et me pousse à ouvrir grand ma bouche. Cette quatrième vague féministe, c’est nous, c’est toi, c’est moi, c’est cette sororité qui nous galvanise et nous aide à sortir des carcans ensemble, via internet, les réseaux sociaux, la remise à sa place du collègue misogyne « mais pas trop, j’aime toutes les femmes moi ».

« Apocalypse, au fait, veut dire révélation. Par les fils de la Toile partout elles se dévoilent, et dans quelques automnes leurs filles danseront sur l’eau. »

La force de Chloé Delaume, au-delà de ses convictions, tient aussi dans ses mots, ces mots succulemment acides qu’elle manie avec talent, avec une douceur percutante (j’aime mon oxymore, je l’avoue). Et ce n’est pas pour uniquement le plaisir de l’esprit que sa plume est si belle, c’est aussi pour ce qu’elle réveille, ce qu’elle faire naître chez le lecteur en toute conscience : « J’écris, ce qui signifie que pour moi chaque mot est un pouvoir. Les mots, pas les discours. S’emparer, appliquer des mots au quotidien. La sororité est le mot clé, les citoyennes s’engagent et si la loi ne peut rien, peut-être que des techniques alternatives s’imposent. »
Et si les mots sont importants, c’est aussi parce qu’en France, les femmes ont été bafouées durant des siècles jusque dans le dictionnaire de la langue française : « Liberté, Parité, Sororité, peut-être. Une République française où la langue officielle ne serait plus prisonnière d’un gang de couillidés, une société française où par les femmes, le temps d’une vague, le patriarcat serait aboli et les règles du jeu repensées. » Il s’agit évidemment de la si grande Académie Française, qui a passé des années à supprimer des mots comme « autrice » du dictionnaire pour supprimer de la langue le fait que des femmes osaient écrire des livres. Ces mots qui ont une importance capitale et qui montrent que dans notre langue, les choses déraillent : un cuisinier est un homme dont le métier est de faire la cuisine ; une cuisinière est un objet ou une femme qui fait la cuisine. De quoi pousser à la réflexion (et accessoirement à l’envie de tout casser, parfois).

Mes bien chères sœurs est un livre qui a éclairé ma route de jeune femme féministe de la quatrième vague, celle qui ne passe pas par le militantisme pur et dur mais par un éveil des consciences de son entourage. Oxymore à part entière, ce livre montre la douloureuse réalité de la condition de la femme tout en montrant l’espoir de voir un jour le bout du tunnel. Chloé Delaume est bien plus optimiste que moi sur le sujet et ça fait du bien. C’est agréable parce que ce n’est pas naïf, le mot qui convient à mon sens est « acide ». Une acidité qui pique, qui brûle parfois mais qui est agréable, qui apporte tout de même un peu de plaisir et qui annonce le futur fruit sucré que pourrait être la vie le jour d’après.

Plus les années passent et plus je me sers de mes lectures ainsi que de ce blog pour travailler mes idées, pour façonner mes opinions et pour transmettre mes découvertes sur les sujets qui me touchent. Plus le temps avance et plus mes lectures sont teintées de féminisme, de tolérance et de découverte d’ailleurs. Je ne regrette rien et je prends toujours de plus en plus de plaisir à découvrir, apprendre et partager. C’est grâce à des autrices comme Chloé Delaume que je chemine dans les méandres de ce monde et que je grandis chaque jour. D’ailleurs, depuis que j’ai instauré le tag #autrices sur mes billets, je me rends compte avec fierté que je lis bien plus d’ouvrages écrits par des femmes qu’avant et qu’ils sont désormais majoritaires sur ce blog. C’est ainsi que j’ai l’impression d’apporter ma pierre à l’édifice tout en m’enrichissant encore et encore.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 12 mai 2019

Malgré tout la nuit tombe d'Antônio Xerxenesky

La Comédie du Livre de Montpellier approche et ça me donne, comme toujours, une envie de descendre ma PAL pour pouvoir accueillir de nouvelles lectures. Je partage le peu de temps que je consacre à la lecture en ce moment entre des livres achetés au hasard et des livres d'auteurs qui seront présents le weekend prochain sur les stands. Malgré tout la nuit tombe est un de ces livres que j'ai achetés sans attente, d'occasion chez Gibert Joseph, comme j'aime le faire pour découvrir de nouvelles choses.



Quatrième de Couverture
Alina a bientôt trente ans et vit à São Paulo. Doctorante en histoire des religions, elle passe ses journées devant un ordinateur, au vingt et unième étage d'un gratte-ciel, prisonnière d'un boulot alimentaire dans la publicité. Elle peine à surmonter un deuil familial et perd peu à peu sa joie de vivre. Jusqu'au jour où elle est contactée par la police, qui a besoin de ses connaissances pour démasquer une secte soupçonnée d'enlèvements. Et si c'était là l'occasion unique de briser sa routine ? De prendre sa vie en main et de trouver un sens aux questions qui l'assaillent ?

Une journée et une nuit suffiront à ébranler les certitudes d'Alina, et par là même celles de toute une génération anesthésiée par son quotidien. Dans Malgré tout la nuit tombe, Antônio Xerxenesky fait surgir l'irrationnel dans nos existences cartésiennes, éveillant nos angoisses les plus profondes.

Mon avis
À travers le jour et la nuit, divisant ce roman en deux parties, Antônio Xerxenesky explore les angoisses qui étreignent la génération Y jusqu’à la faire suffoquer quand elle ose prendre conscience de sa condition.

Malgré tout la nuit tombe est un thriller fantastique où Alina, jeune femme vivant dans une grande métropole le tourbillon de la vie à cent à l’heure dans un état paradoxalement stationnaire, voit son quotidien brusquement bouleversé lorsque la police la convoque. Son aide est requise pour une enquête : doctorante en histoire des religions, on espère qu’elle pourra aider à décrypter un symbole et une possible secte. Seulement, Alina ne sait rien et elle repart dans son quotidien.

Sa vie est celle de millions de personnes de sa génération à travers le monde : un boulot qui paye le loyer et liquéfie doucement son cerveau, une vie sociale remplie de soirées alcoolisées durant son temps libre, une colocation où elle ne fait que croiser celle qui partage son appartement. Des amis, aussi, ceux dont elle connait les détails de la vie via les réseaux sociaux et qu’elle n’écoute plus lorsqu’ils racontent à voix haute ce qui s résume finalement en une image, un post, un commentaire, une story… Un pseudo-but professionnel via ses recherches parce qu’un boulot alimentaire ne doit servir qu’à préparer l’après… Le jour, le temps s’écoule sans accroc, inlassablement, s’étirant trop longuement lorsqu’elle est derrière son bureau, trop lentement lorsqu’elle est dans les transports. La nuit, la vie s’accélère en soirée puis disparait au petit matin dans un blackout causé par trop d’excès. Et tout se répète.

Alina, athée qui s’ennuie profondément dans cette vie en apparence remplie, voit dans cette affaire un moyen de sortir de son quotidien, d’apporter un peu de piquant à son existence. Elle trouve la secte, envoie un mail, et tout bascule quand elle reçoit une réponse.

Sous couvert de fiction, l’auteur oppose le jour, cet état de léthargie où les gens remplissent leurs obligations, où ils ne se posent pas de longues questions, où la routine aliénante permet une certaine quiétude, à la nuit. Cette nuit où lorsque nous nous risquons à rester avec nous même nous affrontons nos angoisses, nos démons. Ces ombres que l’on traine derrière nous, qui nous rappellent que fuir la réalité de nos vies ne peut durer qu’un temps. Qu’on éteigne la lumière et la peur ressurgit, le démon caché sous le lit a le champ libre pour venir chatouiller tout ce que nous cherchons à enfouir dans un tiroir le plus reculé possible de notre tête.

Le rationalisme d’Alina est bouleversé par ce qu’elle vit tout comme nous sommes secoués lorsque nous affrontons de gré ou de force nos problèmes. Le deuil de son frère qu’elle n’a pas su faire, qu’elle a fui lui revient en pleine face alors que ses convictions s’effondrent. Les masques que nous portons la journée, face aux autres, ne peuvent nous berner indéfiniment lorsqu’on se regarde dans l miroir. C’est tout cela que l’auteur met au premier plan dans son roman, le constat angoissant que fait la génération Y quand elle contemple le monde puis se regarde en face : le vide de l’existence, le climat angoissant généré par les médias, la surconsommation, la solitude croissante alors que la proximité entre les individus est de plus en plus simple, la peur viscérale de la mort à une époque où les religions n’ont plus l’air de pouvoir nous sauver… La totale remise en question de l’utilité de l’humanité et des conséquences de ces actes.

Les grands thèmes traités sont bien amenés et fondus dans le décor décadent de Sao Paulo. Alina essayant de rationnaliser ses émotions se superpose très bien au message choisi par l’auteur et l’écriture est très agréable à lire. Seulement, il manque quelque chose. Pas une fin différente ou encore une « vraie fin » (ceux qui ont lu le livre comprendront), mais peut-être un peu plus de substance à la trame de la fiction. Lorsqu’on arrive à la dernière page, on comprend le message, on sent que l’auteur est arrivé au bout de son propos et il a même raison. Non, le souci, c’est que la trame fictive qu’il a choisi était intéressante, mystérieuse, et j’aurais aimé qu’elle aboutisse tout comme le message parallèle a abouti. J’ai eu l’impression que, sous prétexte de faire passage un message profond et concret, l’auteur laissait de côté la partie fiction et c’est dommage parce qu’il y avait une belle documentation dans la première partie qui a été totalement laissée de côté.

Et en même temps, même ce choix colle. Il colle au tout dernier message que nous, la génération Y/why, ne voulons pas accepter : les milles questions que nous nous posons ont des réponses mais ces réponses n’apaiseront jamais les doutes qui nous tiraillent, les angoisses qui nous déchirent.

« Elle s’empara de son téléphone, désactiva l’alarme mais resta immobile, rassemblant son courage pour sortir du lit. Ce qui la motivait le plus, ce n’était pas le risque d’arriver en retard au travail, mais quelque chose qu’elle avait lu sur internet dans la semaine, sur les symptômes typiques de la dépression – entre autres, la difficulté à se lever et commencer sa journée, résumée par la phrase le matin est le pire moment pour la personne dépressive. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 28 avril 2019

Le Pouvoir de Naomi Alderman

Mes copains du forum Accros & Mordus de Lecture m’ont offert pour mon anniversaire ce livre avec lequel je les avais peut-être un peu trop tannés ces dernières semaines. Et je l’ai évidemment dévoré immédiatement, attirée par cette promesse de réflexion féministe sur la condition humaine. Petit bonus : il fait partie de la liste des livres lus dans le cadre du club de lecture féministe Our Shared Shelf fondé par Emma Watson.



Quatrième de Couverture
Et si les femmes prenaient enfin le pouvoir dans le monde entier ?

Aux quatre coins du monde, les femmes découvrent qu'elles détiennent « le pouvoir ».

Du bout des doigts, elles peuvent soudain infliger une douleur fulgurante - et même la mort.

Soudain, les hommes comprennent qu'ils deviennent le « sexe faible ».

Mais jusqu'où iront les femmes pour imposer ce nouvel ordre ?


Mon avis
Neil écrit à Naomi pour lui confier son manuscrit, une sorte d’hybride entre le traité d’histoire et le roman, une façon de conter les bases de la société dans laquelle il vit en romançant les zones d’ombre. Peu à peu, nous découvrons que la société dans laquelle il vit est un monde où les femmes dominent les hommes, où elles dirigent le monde et où elles imposent la moindre de leurs volontés. Neil raconte comment tout a commencé d’après ses recherches, comment selon sa théorie, le monde a basculé soudainement lorsque les femmes ont découvert qu’elles possédaient un pouvoir puissant et surtout capable de leur faire gagner l’épreuve de force.
Tout le roman s’articule autour de l’inversion du pouvoir à travers l’inversion du rapport de force. Naomi Alderman tisse tout au long de l’histoire les barreaux de la cage invisible dans laquelle l’humanité est enfermée depuis la nuit des temps : la prison du pouvoir. Et c’est là le message important du roman.

Cette notion du pouvoir est essentielle pour comprendre le roman, elle permet d’appréhender le féminisme universel qui s’en dégage sans tomber dans la facilité de croire que ce livre décrit la misandrie. Le Pouvoir décrit un monde où les femmes, désormais plus fortes que les hommes, renversent la société patriarcale en seulement dix ans mais, surtout, instaure une société tout autant oppressante. C’est là que citer Montesquieu est nécessaire pour saisir une partie du roman :

« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » De l’esprit des lois (1748).

Et c’est ce que le lecteur aimerait voir, pour lire un roman féministe au premier degré : voir les femmes instaurer un monde où la séparation des pouvoirs retrouve son sens, où les qualités protectrices soi-disant naturelles des femmes s’imposent pour un monde meilleur. Évidemment, ce n’est pas le cas, et ce serait fichtrement simpliste et ennuyeux que ce le soit.

Lorsque les jeunes filles de quinze ans découvrent qu’elles sont capables de générer et d’envoyer des décharges électriques, soudainement, le monde s’enflamme. Les filles « deviennent » dangereuses, une façon pour Naomi Alderman de faire un clin d’œil à cette croyance selon laquelle les adolescentes sont les viles tentatrices qui, dès la puberté, détournent les gentils garçons du droit chemin. Incarné par ce pouvoir physique, la décharge électrique est lancée par la jeune fille là où dans notre réalité, c’est le charme vipérien de la femme qui fait vriller les connexions électriques entre les neurones des pauvres garçons. Mais rien n’est perdu, les gouvernements se préparent à enfermer les filles dans des centres spécialisés pour les « aider » à maîtriser leur pouvoir, pour les mâter, surtout.

Lorsque ces jeunes filles apprennent à réveiller le don chez leurs aînées, le monde bascule. 2duquer des jeunes filles qui sont malléables est une chose, se confronter aux femmes d’expérience en est une autre, ces femmes qui subissent l’oppression depuis bien plus longtemps que leurs filles. Et, automatiquement, ce monde patriarcal se met en alerte, non pas parce que sa santé physique est menacée mais bien parce que c’est son privilège qui l’est. Et on touche du doigt la critique des courants anti-féministes, ou encore le « masculinisme » qui n’existent que par opposition au féminisme : c’est en refusant encore une fois aux femmes la marche de l’égalité que ces hommes sont poussés d ans l’escalier violemment et se retrouvent à dégringoler les marches du pouvoir à une vitesse fulgurante.

Naomi Alderman nous transporte dans cette révolution aux quatre coins de la planète grâce à ses personnages. Elle nous offre aussi un effet miroir précis dans son inversion des codes. C’est d’ailleurs une partie assez simpliste de son roman, peut-être le point négatif de son histoire même si on en comprend le but. C’est d’abord au sein des sociétés où les femmes sont le plus oppressées que les choses vrillent : en Arabie Saoudite où les femmes se lancent dans une course à la terreur, mais aussi en Inde, dans les pays de l’Est de l’Europe où l’esclavage sexuel fait rage.

« Maintenant, ils vont comprendre que ce sont eux qui devraient éviter de sortir de chez eux seuls la nuit, exulte une manifestante devant l’objectif de Tunde. Ce sont eux qui devraient avoir peur. »

Ce besoin de vengeance plus que de revanche fait rage chez celles qui ont été écrasées toute leur vie. Et cela inspire les femmes du monde entier qui s’élèvent chacune à leur façon : via de nouveaux courants religieux, l’art de la guerre, de la politique ou encore du truandage. Créer un réseau, jouer des coudes habilement pour influencer le maximum de personnes, tracer son chemin sur l’autoroute du pouvoir.

Ce pouvoir, encore et toujours, celui qui guide l’être humain. L’autrice distille parfaitement ce poison qui s’insinue dans l’ensemble de la société, changeant de camp avec le nouveau rapport de force.

« Elle sait qu’elle ne doit pas le faire, qu’elle ne le fera jamais, mais là encore, peu importe. Tout ce qui compte, c’est qu’elle le pourrait si elle le voulait. Le pouvoir de nuire, de faire mal, est une forme de richesse. »

Les femmes, dans ce roman, ont pris le pouvoir parce qu’elles le pouvaient. Elles s’en sont emparé dès qu’elles ont compris qu’elles étaient physiquement supérieures aux hommes et elles les ont écrasés progressivement, leur faisant oublier ce monde patriarcal qui n’est pas plus naturel que celui qu’elles imposent.

Dans sa société miroir, Naomi Alderman nous montre que les femmes en arrivent au même point que les hommes dans notre monde patriarcal : les hommes sont qualifiés d’émotifs, ils sont si faibles physiquement que les violer pour les briser est un jeu d’enfant, lorsqu’ils tentent de s’insurger les femmes se rient d’eux avec condescendance… Des dizaines de passages montrent à quel point il est facile de renverser la vapeur, jusqu’à la toute fin du livre et la conclusion de l’échange entre Neil et son amie. Si j’ai trouvé cet effet miroir trop simpliste, je dois reconnaître son utilité : il montre à quel point on ne domine pas l’autre par volonté immuable de la nature mais bien parce qu’on le peut.

« Ce monde a toujours appartenu aux mâles : aucune des raisons qu'on a proposées ne nous a paru suffisante. C'est en reprenant à la lumière de la philosophie existentielle les données de la préhistoire et de l'ethnographie que nous pourrons comprendre comment la hiérarchie des sexes s'est établie. Nous avons posé déjà que lorsque deux catégories humaines se trouvent en présence, chaque catégorie veut imposer à l'autre sa souveraineté ; si toutes deux sont à même de soutenir cette revendication, il se crée entre elles, soit dans l'hostilité, soit dans l'amitié, toujours dans la tension, une relation de réciprocité : si une des deux est privilégiée, elle l'emporte sur l'autre et s'emploie à la maintenir dans l'oppression. On comprend donc que l'homme ait eu la volonté de dominer la femme : mais quel privilège lui a permis d'accomplir cette volonté ? » Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, Tome I (1968).

Naomi Alderman dénonce donc ce problème du pouvoir qu’elle tisse tout au long de son roman, ce pouvoir qui empêche les êtres humains de vivre ensemble et qui pousse le groupe d’individus les plus forts à écraser les autres. Elle nous offre un pan de réflexion autour de notre société et des différentes luttes qu’elle connaît en nous expliquant en presque quatre cents pages que l’égalité ne s’obtient pas en changeant le pouvoir de mains. Quiconque a le pouvoir finit par en abuser parce qu’il le peut.

« Les puissants, qu'ils soient prêtres, chefs militaires, rois ou capitalistes, croient toujours commander en vertu d'un droit divin ; et ceux qui leur sont soumis se sentent écrasés par une puissance qui leur parait divine ou diabolique, mais de toute manière surnaturelles. Toute société oppressive est cimentée par cette religion du pouvoir, qui fausse tous les rapports sociaux en permettant aux puissants d'ordonner au-delà de ce qu'ils peuvent imposer ; il n'en est autrement que dans les moments d'effervescence populaire, moments où au contraire tous, esclaves révoltés et maîtres menacés, oublient combien les chaînes de l'oppression sont lourdes. » Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale (1934).

Et c’est à travers cette critique du pouvoir que ce livre est, dans son ensemble, féministe. Naomi Alderman montre que le féminisme misandre n’est pas la solution, que changer le pouvoir de mains ne réglera pas le problème de l’oppression. Le totalitarisme reste un pouvoir à combattre et c’est par une vraie définition égalitaire que la société pourra évoluer. Finalement, en caricaturant un peu les dérives de l’oppression et du renversement du pouvoir, Naomi Alderman nous pousse discrètement à nous questionner sur l’essence du pouvoir et ses dérives. Plusieurs courants féministes sont d’ailleurs engagés dans la déconstruction du pouvoir au profit de tous : le féminisme n’est pas un moyen de piquer les parts de gâteaux aux hommes privilégiés mais plutôt de donner la possibilité à tous les êtres humains d’obtenir directement leurs propres gâteaux.

Il y a encore énormément de choses à dire sur ce livre, mon exemplaire est truffé d’annotations et de post-it mais, en même temps, on peut tout aussi bien se contenter de résumer l’impact de l’ouvrage à la nécessité de questionner le pouvoir et son abus.

À tous les lecteurs déçus parce qu’ils pensaient que le féminisme serait premier degré, je ne peux que rappeler que le but d’un roman d’anticipation n’est pas de toucher du doigt un monde parfait, puisque chaque utopie a dans tous les cas ses dérives. Si Le Pouvoir est un roman assez facile et caricatural par moment, il a le mérite de faire réfléchir et de pousser à faire quelques recherches sur les notions de pouvoir et d’oppression. Et il me donne envie de lire les essais de Simone Weil même si la complexité de la philosophie m’a toujours effrayée.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mercredi 27 mars 2019

Ni vues ni connues par le Collectif Georgette Sand

Les écrits féministes peuplent de plus en plus ma bibliothèque et j'en suis fière. Que ce soit à travers des essais ou des romans écrits par des femmes, j'ai cette envie grandissant de découvrir chaque jour un peu plus le féminisme actuel comme celui passé, les grands noms de femmes volontairement oubliés par l'histoire, comme les femmes qui oeuvrent dans leur quotidien pour changer ne serait-ce que leur monde. Ce livre fait partie de mon parcours.



Quatrième de Couverture
Connaissez-vous Christine de Pizan, Berty Albrecht ou Rosa Parks ? Saviez-vous que c'est une femme qui, avant Galilée, a affirmé l'existence du système solaire, une autre qui, avant Kandinsky, a inventé l'art abstrait, une troisième qui a théorisé les pulsions de mort avant Freud… ?
En balayant les légendes, en soulevant les tapis, en fouillant les placards, le collectif Georgette Sand donne à voir et à (re)connaître soixante-quinze femmes – aventurières, militantes, artistes, scientifiques… – qui ont marqué l'histoire sans qu'on le sache ou que l'on s'en souvienne.
Grâce à ces portraits, l'invisibilité n'est plus une fatalité et peut même être désamorcée très simplement : pour être reconnues, il faut être connues, et pour être connues, il faut être vues.

« Des portraits drôles, vivants. Ils attisent la curiosité et nous… on tourne les pages sans s'arrêter. Indispensable. »
Cosmopolitan

Préface de Michelle Perrot / Postface de Pénélope Bagieu

Mon avis
Pour une fois, je présente un livre que je n’ai pas terminé. Mais pourquoi donc ? Tout simplement parce qu’il s’agit d’un recueil de courtes biographies sur des femmes qui auraient du marquer l’histoire. Mais quel est donc le rapport ? Parce que j’ai décidé de lire ces biographies au fil des jours, parfois en ouvrant le livre au hasard, ou en cherchant l’inspiration via des noms que je connais déjà. Je vous ai perdus ? Ce n’est pas grave, allons plus en profondeur dans le sujet.

Le Collectif Georgette Sand, créé en 2013, a marqué les esprits en luttant notamment pour la fin de la taxe rose, cette taxe sur nos protections menstruelles qui ramènent notre capacité à enfanter à une manière de se faire du fric pour l’état. Après tout, en plus d’avoir la capacité de créer de futur consommateur, autant qu’on paye tant que ce n’est pas le cas, on a quand même droit, en théorie, à neuf mois de sursis.
Le collectif, par son nom, soulève même une question intéressante : « Faut-il vraiment s’appeler George pour être pris au sérieux ? », George Sand répondrait d’ailleurs que ça ne suffit pas. Et pour lutter contre l’invisibilisation des femmes, Ni vues ni connues est né. Ce superbe recueil de courtes biographies met sur le devant de la scène des femmes oubliées partiellement ou totalement, des femmes dont le travail a été volé, dont la parole n’a été qu’en partie transmise, dont la réputation a été noircie pour taire leur réelle valeur.

Comme l’explique Michelle Perrot dans la préface, l’histoire raconte le passé mais sous le spectre du récit qui en est fait. Les hommes ont écrit l’histoire, cette histoire faite pourtant par les deux genres. Les constructions sociales poussent les femmes à rester dans l’ombre, dans la pudeur, par choix ou par la force, et l’heure est venue de rendre à César Hypatie ce qui est à Hypatie.

Pour se faire, le Collectif Georgette Sand met à notre disposition 75 biographies de femmes, déjà connues ou bien trop peu. Ces biographies sont souvent une remise à niveau des connaissances que l’on a sur ces femmes, comme celle de George Sand qui rappelle qu’avant d’avoir écrit de beaux romans champêtres, l’autrice a participé activement à la vie politique de la IIe République.

Ces biographies sont donc une petite douceur chargée de militantisme que je souhaite déguster sur la durée, que je désire arpenter lentement chaque jour pour prendre le temps de retenir les noms, de me laisser porter par les recherches que je fais ensuite. Sans avoir terminé ce livre, j’ai eu envie d’en parler, parce que l’introduction et la conclusion suffisent à comprendre son enjeu et que le reste n’est qu’enrichissement. C’est aussi parce que ces connaissances doivent se transmettre et non se perdre dans une petite chronique, dans une lecture dont je risque d’oublier des détails si je l’avale trop vite.

Pour finir, je citerai juste la fin de la postface écrite par Pénélope Bagieu :

« Il suffit d’un nom, d’une femme, une seule fois, pour créer un précédent, un exemple, une autre case que « princesse » à cocher. Et les petites filles ne devraient pas avoir à les dénicher. Voilà pourquoi il faut beaucoup, beaucoup de livres comme celui-ci. »


Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mardi 19 mars 2019

Un avion sans elle de Michel Bussi

J’ai lu Un avion sans elle dans le cadre d’une Lecture Commune sur le forum Accros & Mordus de Lecture, lancée spécialement à l’occasion de l’adaptation du livre en série. Il s’agit de mon tout premier Michel Bussi dont on m’a tant vanté les mérites.



Quatrième de Couverture
23 décembre 1980. Un crash d'avion dans la Jura. Une petite libellule de 3 mois tombe du ciel, orpheline. Deux familles que tout oppose se la disputent. La justice tranche : elle sera Émilie Vitral. Aujourd'hui, elle a 18 ans, la vie devant elle mais des questions plein la tête. Qui est-elle vraiment ?
Dix-huit ans que Crédule Grand-Duc, détective privé, se pose la même question. Alors qu'il est prêt à abandonner, la vérité surgit devant ses yeux, qu'il referme aussitôt, assassiné.
Il ne reste plus qu'un vieux carnet de notes, des souvenirs, et Marc, son frère, pour découvrir la vérité.

Mon avis
Lylie est une jeune fille de 18 ans qui a grandi avec un doute ultime sur son identité : seule rescapée d’un crash d’avion, elle aurait pu être le nourrisson de deux familles présentes à bord. À une époque où les tests ADN ne pouvaient être utilisés, c’est la justice qui a tranché et choisi son identité. Seulement, aujourd’hui, le doute l’étreint plus que jamais, à l’âge où savoir qui l’on est devient crucial et où les événements qui s’enchaînent tendent à enfin expulser les secrets de chacun.

Un avion sans elle est un livre que j’ai lu en une journée, d’une traite, sans pouvoir le lâcher tant que la dernière page n’était pas tournée. Bonne chose, non ? Pas vraiment, parce que c’est mon côté critique qui m’a poussée à aller au bout, à vite me débarrasser d’une écharde pouvant d’infecter.

Michel Bussi écrit bien, la forme est belle, rythmée, ses mots sont bien choisis et très agréable à la dégustation. Mais il n’y a que cela qui est agréable. Pour le reste… Il est de ces auteurs qui agacent. Il tient une histoire, qu’il tricote en rajoutant des mailles grossières, non soignées mais qui prennent de la place pour combler les blancs, qui n’apportent rien au motif général si ce n’est de l’incohérence. Il tricote des stéréotypes à travers ses personnages, les codes des romans policiers mais aussi des pseudos-suspenses. Il use de ficelles trop grosses, en rajoute uniquement parce que cela l’arrange, aussi, et se plait sûrement à se dire « ah mais j’avais mis des indices ». Oui, les indices y étaient, et c’était bien là le problème…

Le problème est que j’ai deviné les deux dénouements clés de l’histoire avant même d’avoir atteint le premier quart du roman. Je les ai devinés parce que les twists n’ont rien d’innovants, parce que ses ficelles étaient grossières. Et j’ai détesté ce roman non pas parce que j’avais deviné mais par rapport à ce que j’avais deviné…
Comprendre le dénouement d’une intrigue dix fois « trop tôt » n’est pas un problème pour moi, c’est même souvent une situation prévue par les auteurs : le lecteur a ses certitudes, elles collent mais il y a toujours des détails qui manquent, des mécanismes qui se mettent en place uniquement à la touche finale. Et c’est très agréable d’être surpris tout comme de se dire « ah j’avais deviné mais c’était tellement bon ! »
Ici, Michel Bussi ne s’embarrasse pas avec la cohérence, il part du principe qu’il y avait de quoi comprendre au début (ou pas, ce n’est peut-être que présomption de ma part) et se dit que ça peut justifier son twist final. Il se dit aussi que, après tout, il y a en plus d’autres choses qui peuvent se justifier par la même occasion et donc tout roule. Et ça, ça ! Non, je n’adhère pas à cette façon de concevoir un scénario. Que son lectorat aime, je n’y vois pas de problèmes, mais moi, ça ne fonctionne pas. Je n’aime pas qu’on me balade pour de faux prétexte, qu’on me force à avaler des longueurs qui pourraient tout aussi bien être coupées au montage sans que rien ne bouge autour. Combler pour combler, ça m’exaspère. Même si c’est bien écrit : on peut savoir très bien écrire sans faire naître chez moi une once d’émotion si le cœur n’y est pas.

Et puis il y a ses personnages, les stéréotypes qu’il expose et qui ne m’ont pas plu. Ils ne sont pas trop poussés, pourtant, ils ne sont pas exagérés. Ils sont comme la société peut voir les gens en apparence : des fous, des héros, des grands vilains riches, des gentils pauvres qui sont heureux d’amour… Aucun des personnages ne m’a semblé palpable, et ça a aussi beaucoup joué dans le fait que je n’ai pas apprécié ce livre.
Lylie, personnage principal en théorie, est présentée comme ces héros distants, ceux qui acceptent leur destin avec fatalité, comme les souffrances qui vont avec. Cette image en fait une sorte de divinité antique irréelle, intouchable… Et tout sauf touchante par extension. Elle est cette image divine que peut avoir un adolescent amoureux d’une fille de sa classe à qui il n’ose jamais parler et qui lui offre un sourire en copiant ses devoirs. Il y a quelque chose de gênant dans cette image, vis-à-vis de la façon dont elle est décrite ; belle, intelligente, intouchable, trop bien pour tous… À croire qu’un personnage féminin ne peut qu’être comme ça pour être digne d’être l’héroïne ultime d’une histoire aussi fantastique. Autour d’elle, les autres personnages féminins sont dotés de défauts mis en avant pour les rendre humains. Elle, elle est parfaite. Sûrement parce que son humanité n’est pas acceptable tant que son identité n’est pas avérée. Une chose assez triste quand on sait que l’être se construit après sa naissance et non avant : le message véhiculé là me dérange un peu.
Marc, le véritable héros, celui qui trime, qui est censé être attachant, qui effectue ses douze travaux pour enfin pouvoir aider Lylie m’a dégoûtée du début à la fin. Insupportable, faussement niais (et pas sûre que ce soit volontaire de la part de l’auteur), complètement creux et assez dérangé dans sa tête finalement, n’a rien d’un héros à mes yeux. Le suivre m’a littéralement gavée. Comprendre ce qu’il se passait réellement dans sa tête m’a exaspérée. L’essence même de ce qu’il est m’a fait détester le livre.
Les autres personnages sont tout aussi chimériques. Et pas de façon agréable. J’aime aussi quand les personnages sont intouchables, quand ils semblent irréels… Mais là, ça ne collait pas.

Et puis, il faut que je le dise, que je l’aborde et je préviens, il s’agit d’un gros spoiler que je mets en italique parce que je ne sais pas comment masquer sur blogger :

Cette histoire d’inceste avec cette grossesse que j’ai captée dès le départ, c’est tout ce que je déteste. L’inceste ne me fait pas rêver, évidemment, mais c’est surtout cette façon de décrire ça comme quelque chose sans gravité parce qu’au final, il n’y a pas de lien de sang qui m’écoeure. Ces gamins ont grandi ensemble. Malgré le doute, qu’ils n’avaient sûrement pas au tout départ, ils ont grandi ensemble. Le fait que Marc culpabilise ne se ressent pas ou très peu. Cette relation est normalisée et c’est grave. C’est grave parce qu’on a l’impression que Lylie accepte la situation sans le vouloir, qu’elle laisse Marc l’aimer et basta, puisque de toute façon il la colle au train sans arrêt. C’est pervers, c’est malsain, c’est ignoble.

Et justifier tout un putain de roman avec un scénario inutile et incohérent pour ça, c’est se moquer du monde. C’est prendre son lecteur pour une bille utilisant la troisième famille en un claquement de doigt (et ça aussi, je l’avais compris dès le départ). Mettre trois indices plus gros qu’un cul de vache dans un trou de mulot au long du récit pour dire « mais hey si ça colle regardez » ce n’est pas ce que j’appelle maîtriser l’art du roman policier. Que ça fonctionne auprès du lectorat, tant mieux, mais ça ne fait pas de ce livre un bon livre.


Je lirai peut-être un autre roman de Michel Bussi mais je pense que je ne me ferai pas l’affront d’aller une nouvelle fois jusqu’au bout si je sens que les mécanismes utilisés dans ce roman sont en fait sa signature constante. Le bien que j’ai entendu de ses écrits ne peut quand même pas sortir de nulle part et je vais tabler sur le fait que Un avion sans elle a simplement eu le malheur d’appuyer sur ce que je n’apprécie pas.

Je ne regrette pas d’avoir lu ce livre parce que j’étais bien contente de participer à une lecture commune et je regarderai la série qui semble annoncer une adaptation plutôt libre. Si vous souhaitez vous lancer, je vous conseille juste de ne pas chercher à comprendre ce qu’il se passe : le moindre indice récolté gâche tout, malheureusement. Je maintiendrai quand même qu’un bon roman policier est un roman où même le dénouement deviné en amont sait surprendre pour les bonnes raisons.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 16 mars 2019

Nous avons toujours vécu au château de Shirley Jackson

Je vous ai déjà parlé de la Glory Book Box, non ? Cette box qui met à l'honneur à travers un nouveau thème à chaque box des autrices, des héroïnes de la littérature à une époque où les femmes qui écrivent peinent encore à prendre autant de place que les hommes sur les étals des librairies. Ce livre faisait partie de la sélection de la toute première box, la "Fantastique/Horrifique". Je ne l'ai toujours pas présentée ici (alors qu'elle a plus d'un an déjà) mais je garde encore les photos bien au chaud : j'attends de lire le second livre pour faire un article, comme pour la box "Les Fabuleuses Années 20. Si vous ne connaissez pas encore cette box, foncez, elle est géniale (et ma troisième box est commandée, oops) !



Quatrième de Couverture
« Je m'appelle Mary Katherine Blackwood. J'ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J'ai souvent pensé qu'avec un peu de chance, j'aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l'index est aussi long que le majeur, mais j'ai dû me contenter de ce que j'avais. Je n'aime pas me laver, je n'aime pas les chiens, et je n'aime pas le bruit. J'aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantagenêt, et l'amanite phalloïde, le champignon qu'on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés. »

Mon avis
Nous avons toujours vécu au château est un roman fantastique dans lequel Shirley Jackson tisse la toile d’un mystère, d’une trame embrumée, où réalité et mysticité se mêlent tant qu’il est compliqué de savoir où l’on met les pieds. Mary Katherine Blackwood nous raconte son présent prêt à être bouleversé là où c’est la ligne droite de la routine qui lui permet de ne pas s’envoler sur la lune, en parallèle de la première grosse fracture dans sa routine, six ans auparavant, lorsque presque toute sa famille a été empoisonnée… Le début de méandres où souvenirs et fabulations s’entortillent pour mieux nous entraîner dans cette atmosphère lourde et merveilleuse à la fois.

Quel plaisir cela a été de plonger dans un roman fantastique pur, où je me suis senti flotter entre réel et surréel, entre certitudes et doutes, entre frissons et délices. Shirley Jackson mérite son succès, elle avait un réel talent et savait trouver les mots justes pour créer une tension, pour tenir son lectorat et lui faire retenir son souffle. J’ai lutté, énormément lutté contre le sommeil qui m’emportait le soir à cause d’un travail assez physique, m’endormant souvent le livre en main, faute de pouvoir volontairement lâcher ma lecture. C’est à cela que je reconnais un bouquin qui me plait : je trouve du temps, même infime, pour me plonger dedans, pour lutter contre mon corps et lire encore et encore.

J’ai rapidement compris une partie de l’intrigue mais sans que cela ne me dérange : clairement, je serais prête à parier que c’était la volonté de l’autrice, une façon de dire « je vous donne ça, débrouillez-vous vous pour encaisser la suite ». Parce que c’est la folie qui anime les personnages de ce roman, une folie douce à furieuse, une folie rêveuse à cauchemardesque qui est si contagieuse qu’elle m’a happée. Je ne parvenais pas à savoir ce qui était réel, ce qui ne l’était pas et c’était finalement le plus plaisant, au même plan que l’écriture poétique et incisive à la fois de Shirley Jackson. Revenir au fantastique avec un tel roman m’a fait un bien fou, me poser des questions tout en acceptant de me laisser porter par le mystère m’a fascinée et apaisée à la fois.

Nous avons toujours vécu au château est un roman qui se savoure pour son écriture, pour les images qu’il offre et pour cet état second dans lequel il nous met, dans ce flottement irréel. Lire ce livre le soir en m’endormant m’a bien mise dans l’ambiance, je me suis réveillée une nuit, livre en main, sans savoir si je rêvais encore ou non, bien perdue dans ce brouillard du réveil furtif.

Si vous cherchez une histoire où vous serez capables de comprendre toutes les ficelles, de trouver toutes les clés, passez votre chemin : l’intérêt est bien de se perdre dans les méandres de cette douce folie. Et, surtout, de s’imprégner des obsessions des personnages qui ne sont finalement qu’un moyen pour eux de se raccrocher à la réalité là où les esprits ont tendance à essayer de s’envoler.

Je remercie Glory Book Box pour cette découverte, pour m’avoir permis de lire une autrice qui a marqué sa discipline et qui m’a conquise.

« Notre propriété toute entière était riche de mes trésors enfouis, elle grouillait, juste sous la surface, de billes, de dents et de pierres colorées, peut être transformées en joyaux, à présent, et que reliait entre elles un maillage souterrain robuste et bien tendu qui jamais ne se relâchait, mais tenait bon pour nous protéger. »


Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mardi 12 mars 2019

La chambre des merveilles de Julien Sandrel

La chronique qui suit risque de ne vous éclairer que très peu sur la qualité du bouquin : j'y décris plus mes émotions brutes que le roman en lui-même. C'est sorti comme ça, tout seul, et je me suis dit que ça irait, que c'était ça aussi, la lecture : avoir son propre ressenti en effleurant les pages d'un livre...



Quatrième de Couverture
Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet.
Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie.
Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle.
Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…

Mon avis
La chambre des merveilles n’est pas un roman que j’ai lu pour son scénario mais parce que j’avais l’impression qu’il s’agissait d’un livre feel-good (oui, malgré son thème), via les avis que j’avais lus sur la blogosphère. Je ne cherchais pas à plonger dans les méandres médicaux du coma, ou dans la lutte des proches d’une personne dans le coma… J’attendais ce que semblait promettre la quatrième de couverture : une façon de réapprendre le sens de la vie et la vraie valeur des choses. J’y ai trouvé autre chose, qui s’en rapproche mais en bien plus fort et perturbant à la fois.

L’histoire n’est pas des plus percutantes, elle n’a rien d’extraordinaire, ou d’unique. Certaines ficelles sont assez grosses, certains événements un peu trop faciles… Mais ce n’est pas un problème. D’ailleurs, au départ, je m’attendais à tout ça et n’ai donc pas été gênée un seul instant par tout ça, moi qui lève les yeux au ciel dès qu’une ficelle vue, revue et usée est tirée pour la trouzmillième fois. Il y a la mère trop préoccupée par sa carrière pour profiter de la vie, la grand-mère déjantée, le prince charmant qui débarque et est lié à une sorte de marraine la bonne fée… Tout est là pour satisfaire les fans du genre. L’écriture se veut fluide, facile d’accès, dans l’air du temps, des réseaux sociaux, de la culture pop aussi, tout ce qui plait aujourd’hui et qui marche bien. On a donc la recette pour un énième livre du genre, qui attire l’œil par sa couverture colorée et sa présence constante sur les réseaux sociaux de la littérature.

Et puis il y a Thelma. Et toutes les questions qu’elle se pose, et toutes les étapes par lesquelles elle passe. Et les phases de sa vie qui l’ont construite. Et ses regrets. Et ses réussites. Et ses ratés. Thelma, a été mon fil rouge durant toute cette lecture. Normal pour l’héroïne principale d’un bouquin, mais c’est surtout ce qu’elle est, ce qu’elle pensait être et ce qu’elle souhaite atteindre qui ont résonné en moi. Beaucoup des états d’âme de Thelma reflètent mes craintes, mes doutes. Pas mal de traits de son caractère me sont familiers, et beaucoup de ses réactions auraient pu être les miennes. Je suppose qu’on s’identifie tous un peu à Thelma, parce qu’elle est finalement assez multiple, mais ce n’est pas le personnage en lui-même qui m’a heurté de plein fouet, c’est tous les questionnements qu’il permet de soulever, que cette femme permet de toucher du doigt.

De la peur de vivre à celle de s’écraser, de l’aptitude à encaisser, encore et encore et de se relever parce qu’il le faut… Et se demander « mais pourquoi le faut-il ? » De la façon de laisser la tempête passer quand le vent souffle bien trop fort pour en ressortir indemne en cas de confrontation… De cette envie irrésistible à un moment donné de se laisser aspirer par le vide, le néant, pour juste toucher du doigt le calme, enfin… Et découvrir par des éclats de rire que la beauté de la vie ne tient finalement qu’à ce qu’on partage avec les autres sans condition, à des souvenirs forts, à des prises de risque pour sortir de sa zone de confort (et pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour ça). Se laisser bousculer volontairement par la vie, avec le sourire, et pas juste être remué quand on souhaite rester immobile quelques temps.
Oublier les gens qui comptent au profit de futilités qui nous paraissent importantes pour de mauvaises raisons, se dire qu’on profitera plus tard, après tel rapport à finir, après tel investissement de temps dans quelque chose qui ne nous apporte rien. Oublier qui on est vraiment pour se fondre dans un moule qui ne nous correspond pas, qui nous étouffe jusqu’à faire taire ce qui fait de nous quelqu’un d’unique. Oublier jusqu’à ce qui nous fait vibrer en reléguant nos passions en arrière plan…

Et Thelma m’a bouleversée. Pas par ce qu’elle est mais par ce qu’elle représente, par ce qu’elle apprend, découvre et entreprend. Cette rencontre avec cette femme de fiction m’a filé le cafard parce qu’elle m’a rappelé toutes ces interrogations que je tente de faire taire, de laisser de côté aussi longtemps que possible. Cette rencontre m’a émue parce que je me suis vue dans ses pensées. Cette rencontre m’a aussi secouée parce que mes listes de choses à faire, vivre, découvrir prennent juste la poussière dans de vieux carnets dont j’ai très vite tourné les pages. Cette rencontre m’a tout de même redonné espoir parce qu’il n’est jamais trop tard pour vivre mais aussi parce que rien ne presse : si je rate une occasion unique, je peux m’en créer dix autres différentes et sûrement tout aussi excitantes.

Et c’est aussi ça le message de La chambre des merveilles à mes yeux, un roman qui permet de ne pas culpabiliser de prendre son temps, un roman où on peut attendre que quelqu’un nous montre d’abord la marche à suivre, nous tende la main et nous entraine dans ses aventures avant de nous pousser à vivre les nôtres. Je ne pense pas que ce soit un roman qui touche tout le monde, je sais qu’il a eu son succès mais qu’il a aussi laissé de marbre pas mal de lecteurs. Moi, c’est Thelma qui m’a eue, qui m’a conquise. Elle n’est pas un personnage qui va me marquer mais c’est bien les émotions transmises que je n’oublierai pas. Pas tout de suite, pas trop vite.

« Mourir semblait si facile, au fond. Pourquoi ressent-on au plus profond de soi le besoin de vivre coûte que coûte, pourquoi ce putain d’instinct, cette injonction à ne pas lâcher est-elle si présente ? Il aurait été plus simple de lâcher. J’aurais pu me pencher si fort que j’en aurais basculé, je me serais enfoncée dans l’eau de ce canal boueux, personne ne m’aurait vue si je m’y étais prise correctement. Mais je ne lâcherais pas, je le savais. J’étais au purgatoire, condamnée à vivre. »

« Je me rends compte désormais avec une lucidité tragique à quel point j'ai toujours été la reine de l'esquive. Lorsqu'une situation devient délicate, j'ai naturellement tendance à fuir. C'est ma réaction spontanée. Ma manière de me protéger des bourrasques, des typhons, des cyclones. Plus le vent est fort, plus le repli devient nécessaire. J'ai besoin de me construire un abri temporaire, de laisser passer les rafales, les digérer, me préparer à les affronter. Je n'arrive pas à sortir en mer par gros temps. L'amplitude de la houle doit descendre d'un cran. J'ai toujours eu une peur panique de laisser les autres lire mes sentiments, surtout lorsque je ne les maîtrise plus. Alors j'esquive. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 9 mars 2019

La patience du baobab d'Adrienne Yabouza

Comme souvent, je pioche dans les livres d'occasion pour découvrir des ouvrages en tous genres. La patience du baobab est de ceux-là, dégoté au milieu de romans ayant déjà eu d'autres vies. Il s'inscrit dans mon envie de lire des autrices autant que des histoires du monde, de découvrir d'autres voix qui méritent de se faire entendre.



Quatrième de Couverture
« L’amour, c’est pas plus facile que le reste de la vie. C’est vérifiable à vingt ans ou plus, sous les tropiques comme autour du cercle arctique. Pas parce que c’est chaud ici et froid là-bas. C’est à cause des bâtons dans les roues, sous toutes les latitudes. Trop gros ou trop maigre, ça peut être une cause de bâton dans les roues, comme trop intelligent, trop blanc, trop noir, trop zyeux bridés ou cheveux roux, blonds, crépus; si en plus on compte les bâtons courbés ou à genoux dans l’ombre d’une religion, l’amour, c’est vraiment le parcours du combattant.»

La jeune et jolie Aïssatou nous raconte son histoire. Celle d’une Centrafricaine amoureuse d’un Français. Il s’agit donc maintenant de quitter Bangui pour la Bourgogne…

Mon avis
Aïssatou nous conte son histoire, celle d’une jeune femme qui va rencontrer l’amour au mariage de son amie, qui va avoir du mal à comprendre au départ ce que peut bien lui trouver Rémi. Lui, le beau Blanc, ce Français de Bourgogne qui tombe littéralement sous son charme et lui promet monts et merveilles. Aïssatou, elle, ne se permet pas de rêver : son quotidien est dur, sa vie n’est pas toute rose, elle a appris à se raccrocher à ce qui est réel, palpable, et il va bien trop vite s’évaporer son Rémi lorsqu’il devra reprendre son avion… Pourtant, il s’accroche, il revient, il l’épouse et lui assure qu’il fera tout pour la faire venir en France, à ses côtés. Et les difficultés commencent parce que l’amour n’est jamais une justification suffisante auprès des administrations quand il s’agit d’obtenir des papiers, parce que l’amour ne suffit pas à arrêter les guerres et les massacres.

À travers ce récit fictif, Adrienne Yabouza ne nous raconte pas une histoire d’amour mais une histoire de la difficulté de vivre d’amour et d’eau fraîche pour une jeune femme africaine qui cherche à rejoindre son mari. Aïssatou va devoir attendre de très longs mois pour enfin rejoindre son mari, elle va devoir se battre contre l’administration de trois pays : le sien, le Centrafrique, celui où elle s’est réfugiée juste avant son mariage, la République du Congo et, surtout, celui de son mari, la France. Seule, elle va naviguer au cœur de cet océan de papiers où chaque épreuve surmontée en amène une autre, et encore une autre. Prouver son identité, son mariage, l’amour, sa bonne foi… De vrais « bâtons dans les roues » décrits avec un style qualifié par l’éditeur de « français africain local » qui rend le récit plus vivant, plus prenant aussi.

Aïssatou est forte malgré l’image qu’elle a d’elle-même, elle se bat sans déposer les armes, elle fait tout pour affronter les difficultés la tête haute, tout en gardant sa bonté d’âme. Elle perd pied plusieurs fois mais garde le cap. Elle s’effondre pour mieux se relever. Et lorsqu’enfin elle réussit à poser ses valises sur le sol français, lorsque le bout du tunnel est annoncé, elle comprend que rien n’est terminé et qu’elle va devoir encore et encore batailler pour ses droits, pour son amour, pour sa tranquillité.

Adrienne Yabouza signe un roman qui dénonce la tortuosité du système administratif sans animosité, avec une sorte de résilience. Elle utilise sa fiction pour montrer la réalité de l’immigration légale et c’est finalement le lecteur qui s’offusque, et non elle. Là est son tour de force : exposer calmement une réalité injuste pour laisser ses lecteurs encaisser et remettre en question un système qui joue à la loterie avec la vie des gens. Comme si ces personnes qui connaissent la violence, la guerre ou encore la précarité avaient en plus besoin de passer le niveau « sinuosité de l’administration », le super boss final, pour prouver leur bonne foi.

Si le fond exact du roman ne restera pas totalement ancrée dans ma mémoire, je garderai sûrement en tête que La patience du baobab est de ces ouvrages qui méritent d’être lus, surtout pas nous, Français de naissance (ou même Européens), qui avons besoin de regarder plus loin que le bout de notre nez ou que ce que les médias français véhiculent. J’entends encore trop souvent autour de moi « ils n’ont qu’à rester chez eux » alors que je viens d’une région où nous avons plus de la moitié de notre arbre généalogique qui vient de l’étranger. Un beau paradoxe.

Lisez, découvrez, apprenez et surtout comprenez les autres en les écoutant enfin. Et n’hésitez surtout pas à lire des femmes, à vous imprégnez de ce qu’elles ont à raconter, à transmettre, non pas parce qu’elles « des histoires de femmes » à raconter mais parce qu’elles ont autant à dire que les hommes et ont été bien trop longtemps muselées. En ce mois de mars, n’oublions pas que l’égalité passe par un partage du temps de parole entre femmes et hommes, ce partage trop longtemps refusé dans le domaine de la littérature et qui peine encore à être naturel.

« Le HCR* à Brazza est protégé par des militaires congolais qui font la loi, et le grand jeu c’est de salir les réfugiés, ça veut dire les humilier. Ils étaient heureux chaque fois qu’ils pouvaient verser la honte dans les yeux des demandeurs que nous étions. C’est comme ça, quand t’es réfugié, quand t’es étranger, tu n’es plus un être humain et c’est pas les beaux discours du Nord ou du Sud qui changent quelque chose à ça. C’est pas non plus les Églises qui peuvent sucrer ça. Presque tous ceux qui ici sont maquillés par une religion te maltraitent comme les autres. Étranger, t’es rien d’autre qu’une calebasse ébréchée, et étrangère c’est pire. C’est toujours pire quand t’es une fille ou une femme. »
*Haut commissariat aux réfugiés

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 2 mars 2019

La Vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël Dicker

Attirée par la couverture ainsi que la quatrième de couverture, j’ai emprunté ce roman à mon cousin, loin de me douter de l’erreur que je faisais… La prochaine fois, je lui demanderai son avis avant.



Quatrième de Couverture
À New York, au printemps 2008, lorsque l'Amérique bruisse des prémices de l'élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d'écrire le nouveau roman qu'il doit remettre à son éditeur d'ici quelques mois. Le délai est près d'expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d'université, Harry Quebert, l'un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.
Convaincu de l'innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l'enquête s'enfonce et il fait l'objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s'est-il passé dans le New Hampshire à l'été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?

Mon avis
La Vérité sur l’affaire Harry Quebert fait partie de ces romans à côté desquels il est impossible de passer tant il a envahi les étals des librairies à sa sortie, tant il a été encensé, tant il a été lu par la plupart des blogueurs littéraires. Pourtant, ce n’est que récemment que je me suis enfin décidée à le lire : il ne m’avait particulièrement attirée avant même si j’avais réussi à me le procurer. C’est la diffusion de la série télé qui m’a poussée à enfin tourner ses pages : l’épisode que j’ai vu m’a plu et il était hors de question que je me laisse spoiler par des images, il fallait donc que je le lise rapidement.

Marcus est ce jeune écrivain plein de talent qui a écrit un excellent premier livre et s’est laissé porter par le courant jusqu’au jour où son éditeur lui rappelle qu’il a signé un contrat. Le problème, c’est que Marcus a écrit son premier livre au talent, justement. Et maintenant qu’il doit tenir des délais et s’imposer une routine de travail, rien ne sort. Absolument rien. Il se tourne donc vers son mentor et ami, le professeur Harry Quebert. Comme s’il s’agissait d’un facteur déclencheur, comme si le destin haut perché des écrivains avait décidé que c’était le moment de tout faire vaciller, quelques mois plus tard, l’affaire Harry Quebert éclate lorsque le corps d’une adolescente disparue des années plus tôt est retrouvé enterré dans le jardin du vieil écrivain. Marcus la tient enfin, son histoire…

J’ai beaucoup aimé ce roman, j’ai eu une grande facilité à plonger dans l’histoire et à suivre les personnages, à dégoter les indices, à construire ma propre enquête parallèle aussi. Enquête qui s’est révélée fructueuse puisque j’avais deviné le nom de la personne responsable de la mort de Nola avant même la moitié du livre, ou juste un peu après. Ceci n’a cependant en rien gêné ma lecture puisque j’ai souvent douté de ma réflexion au fil des pages suivantes.

La force de ce roman tient dans le dénouement progressif des liens entre les personnages mais, surtout, des œillères que portent les personnages : chacun fonce dans sa direction, choisissant de suivre certains signes au détriment d’autres ce qui rend l’histoire plus noueuse, plus étonnante aussi. Les règles d’écriture distillées au début de chaque chapitre sont aussi très bien utilisées, elles apportent des éclaircissements avec le recul, prouvant qu’il y a eu une véritable construction autour d’elles de ce roman. Du travail, il y en a eu, à n’en pas douter, même si certains points ont été moins approfondis que d’autres et que cela se ressent à la lecture.

Là où j’émets des réserves, c’est au niveau de la relation de Nola et Harry. Je n’aime toujours pas qu’on essaie de me vendre une relation de ce genre comme un vrai lien romantique, comme une très belle histoire d’amour. Dans l’ensemble, je n’ai pas eu l’impression qu’on essayait de me forcer la main, c’était plutôt descriptif, comme une relation ayant juste de l’importance dans une enquête policière. Puis, parfois, je sentais que la relation tentait de se justifier, que cette histoire d’amour n’avait rien d’anormal, que quelque chose ne clochait pas… Tout ce que je déteste. Heureusement, ça n’est arrivé que quelques fois au cours de ma lecture. Désolée pour tous ceux qui ont trouvé cette relation magique : elle reste à mes yeux une relation où un pauvre type s’est senti tout puissant et flatté face à la naïveté d’une gamine qui croyait rencontrer le plus grand écrivain du monde.

La Vérité sur l’affaire Harry Quebert est une belle découverte, un roman que j’ai lu avec avidité du début à la fin sans pour autant être le roman du siècle. Il est bon mais certains rouages restent gros, l’écriture n’est pas tellement addictive et les personnages ne m’ont pas touchée. C’est réellement l’enquête qui reste le point fort de ce roman, enfin plutôt le point de vue détaillé de Marcus sur l’enquête plutôt : ce choix est vraiment la force du roman, celui qui permet les retournements de situation et les doutes qui saisissent à la lecture.

Un roman à lire quand un pavé n’effraie pas et qu’on aime se faire quelques nœuds au cerveau.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture