Dernières chroniques

Bienvenue

Bienvenue !


Rambalh, c'est un pot pourri de mes lectures, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog. Il est surtout né de mon besoin de garder une trace de mes lectures. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

Affichage des articles dont le libellé est Adaptation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Adaptation. Afficher tous les articles

dimanche 20 août 2023

Normal People de Sally Rooney

J’ai lu Normal People après avoir littéralement dévoré la série qui m’a complètement happée. Je ne suis pas particulièrement sensible au 7ème art, notamment par une réelle ignorance sur le sujet, mais tout dans la série m’a touchée : des dialogues aux silences (surtout les silences), des plans larges aux détails ainsi que les différents thèmes explorés. Et comme à chaque fois qu’un livre est à l’origine des images à l’écran, j’ai lu le livre.



Quatrième de Couverture
Connell et Marianne ont grandi dans la même ville d'Irlande. Il est le garçon en vue du lycée, elle est la solitaire un peu maladroite. Pourtant, l'étincelle se produit : le fils de la femme de ménage et l'intello hautaine connaissent ensemble leur premier amour.
Un an plus tard, alors que Marianne s'épanouit au Trinity College de Dublin, Connell s'acclimate mal à la vie universitaire.
Un jour, tout est léger, irrésistible ; le lendemain, le drame pointe et les sentiments vacillent.
Entre eux, le jeu vient tout juste de commencer.
Sally Rooney réussit le tour de force de donner une dimension unique et universelle à cette histoire. Porté par des dialogues saisissants de justesse, Normal People est un roman magistral sur la jeunesse, l'amitié, le sexe, sur les errances affectives et intellectuelles d'une génération qui n'a plus le droit de rêver, mais qui s'entête à espérer.

Mon avis
Marianne et Connell découvrent les hauts et les bas d’une première histoire d’amour à un âge où se construire est la première grande difficulté de la vie. Issus de deux mondes différents, ils se rapprochent à travers leur sensibilité et leur sentiment de ne pas entrer dans le moule que leur offre leur environnement. Au fil des années, ils vont grandir tout en s’accrochant plus que jamais l’un à l’autre à chacune de leurs retrouvailles.

La beauté de cette histoire tient dans la façon qu’a Sally Rooney de montrer la complexité du passage à l’âge adulte dans sa simplicité la plus brute. Marianne et Connell sonnent juste, ils sont à fleur de peau, en proie avec leurs émotions et leurs interrogations qui résonnent avec les lecteurs. On peut facilement s’identifier à leurs doutes, leurs souffrances, leurs épreuves.
À travers un effet miroir, ils s’ancrent l’un à l’autre, faisant pencher la balance de leur relation sans jamais réussir à maintenir l’équilibre suffisamment longtemps pour durant les premières années. Puis, petit à petit, ils réussissent à reprendre leur souffle en même temps après avoir sombré, traversant le miroir pour se tenir côte à côte et se soutenir. Marianne et Connell partagent cette sensation que seuls eux deux peuvent se comprendre dans un monde où les gens autour d’eux sont différents, simples, à la limite de la superficialité.

Et puis, une fois l’histoire terminée, on comprend que le passage à l’âge adulte est terminé, que Marianne et Connell, comme toutes les autres personnes avant eux, ont réussi l’épreuve. On réalise qu’ils n’ont rien de différents du monde qui les entoure, qu’ils ne sont que des « normal people », ce qui les rend plus réalistes encore. Ils se sont accrochés l’un à l’autre comme on le fait avec ses amis lorsqu’on est jeunes et persuadés que personne d’autre ne peut comprendre ce que l’on vit.

Je parle délibérément de « l’histoire » et non du « livre » parce que le livre m’a beaucoup moins touchée que la série. Le style de Sally Rooney est particulier, tant dans la mise en forme du texte que dans le choix des phrases. Ce n’était pas déplaisant à la lecture mais je ne suis pas certaine que j’aurais autant apprécié Normal People si je m’étais contentée du bouquin. J’ai aimé ma lecture non pas à travers la plume de l’autrice mais bien parce que je me remémorais les émotions provoquée par la série. D’ailleurs, les autres livres de Sally Rooney ne me tentent pas pour le moment. D’habitude, je suis bien plus touchée par les mots et la vivacité des émotions que provoquent chez moi les héros de papier alors, qu’ici, j’ai l’impression que la série a apporté ces réactions que le livre n’a pas fait naître chez moi. En lisant, je me projetais sans cesse vers ce que j’avais vu à l’écran. Sur papier, Marianne et Connell semblent plus plats, ils me font penser à une jeunesse désabusée et blasée, limite monotone. À l’écran, on a la sensation de personnages sur le fil, prêts à imploser à chaque seconde, ce qui est plus poignant pour moi.

Si je n’avais qu’un seul conseil à donner sur Normal People ce serait de plutôt regarder la série qui fait réellement de cette histoire quelque chose de beau et de profond.

« Il veut comprendre comment fonctionne son esprit. S’il décide de se taire pendant une conversation, Marianne lui demande : Quoi ? au bout d’une ou deux secondes. Ce “Quoi ?” lui semble contenir tant de choses : non seulement l’attention quasi scientifique à ses silences, qui lui permet de poser cette question, mais un désir de communication totale, le sentiment que tout ce qui n’est pas dit est une rupture malvenue entre eux. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 10 juin 2023

En route pour l'avenir de Sarah Dessen

Un jour, je chroniquerai dans les temps mais, pour l'instant, j'en suis encore et toujours à rédiger des avis sur mes lectures de... mi-2022. Ces lectures sont pour la plupart floues dans ma tête mais ça me permet d'aller directement à l'essentiel : qu'est-ce que j'en ai retenu ? Ici, c'est un livre que j'ai lu suite au visionnage de son adaptation sur Netflix. Comme souvent, c'était pas le choix de lecture le plus éclairé du monde.



Quatrième de Couverture
Auden, adolescente introvertie, intello et ultra maîtrisée, découvre l'espace d'un été qu'elle est aussi une jeune femme pleine de désirs et d'envie de légèreté…

Auden est une adolescente parfaite : brillante, jolie, mature, elle a tout pour faire le bonheur de sa famille. Mais sous cette apparence se cache une jeune fille perdue, mal dans sa peau et déboussolée par le divorce de ses parents. Décidée à noyer sa vie dans ses lectures, Auden en oublie presque de vivre. Jusqu'au jour où elle rencontre Eliot, un jeune homme qui partage sa solitude et ses insomnies.

Mon avis
En route pour l’avenir est un roman adolescent traitant de sujets variés, plus ou moins complexes, où les personnages apprennent à vivre avec leurs problèmes et à se construire au fil des pages. Un léger effort de mise en place de stéréotypes pour ensuite les casser, mais qui n’est pas suffisant pour équilibrer l’ensemble des clichés du livre.

L’histoire n’a rien de novateur, le style non plus, mais elle suffit à passer un bon moment sans pour autant laisser une marque indélébile. J’ai lu ce roman après avoir vu le film adapté qui est suffisamment fidèle à l’œuvre originale. J’aurais honnêtement pu me contenter du film compte tenu de la taille de ma PàL.

Une histoire sympa, adaptée aux vacances, mais pas inoubliable et qui aurait pu être remplacée par n’importe quel autre livre pour la lectrice que je suis. J’aime bien lire de temps en temps ce genre de roman, il faut simplement que je n’en n’abuse pas.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 22 janvier 2023

Trois mètres au-dessus du ciel de Federico Moccia

J’ai vu le film Twilight Love ado et, comme souvent, j’ai eu envie de lire le livre dont a été tirée l’histoire. Manque de pot, il s’agit d’une trilogie rassemblant plus de 1500 pages que j’ai lue… Et que je n’ai pas aimée ! Mais, comme toujours, quand je commence un bouquin, je ne peux m’empêcher d’aller au bout.



Quatrième de Couverture
Jeunes et déchaînés, ils s'aiment
jusqu'à décoller de terre,
jusqu'à toucher le ciel.
Plus que ça.
Au moins.., trois mètres au-dessus du ciel !
Mais ils ne sont pas seuls: il y a le lycée,
les parents, la bande de copains qui dérape
et franchit les limites...

Mon avis
Trois mètres au-dessus du ciel raconte l’histoire de Step et Babi, deux adolescents que tout semble opposer et qui tombent amoureux, d’un amour fou et passionnel. Ils se changent l’un l’autre, de la bonne façon, se permettant de se découvrir et de cheminer vers le grand escalier de la vie d’adulte. Seulement, les marches ne sont pas communes à leurs chemins respectifs et Babi choisit de prendre son envol seule pour éviter les déchirements qu’elle sent venir à cause de leurs différences.
Si le premier tome traite avec passion de ce premier émoi adolescent, les suivants illustrent tout ce qu’il y a de toxique entre les deux adultes que deviennent Step et Babi. Ils se retiennent l’un l’autre dans leurs travers alors qu’ils vivent des vies séparées. Step passe son temps à tout ramener à Babi qui, elle, semble se délecter de l’emprise qu’ils ont l’un sur l’autre à chacun de ses détours dans sa vie.

Au-delà de l’histoire, c’est aussi l’écriture qui m’a perdue. Le style est incisif par moment, jusqu’à vulgaire, et tout en rondeur parfois sans que j’y trouve un réel équilibre. Et c’est long. C’est atrocement long à la lecture. Les longueurs sont déjà présentes dans le premier tome, deviennent plus invasives dans le deuxième pour finir par étouffer le fil du récit dans le troisième. On sent que l’auteur avait tout le détail de son récit en tête et qu’il n’a pas cherché à trouver, encore une fois, le juste équilibre.

Et puis, pour la fin… J’ai eu l’impression de voir un mauvais film où, pour réunir les deux amoureux destinés l’un à l’autre, il fallait que la décision soit prise par le destin. Pousser les personnages à choisir de se réunir par eux-mêmes semblait faire mal à l’auteur : Step serait potentiellement passé pour un mauvais bougre, quittant femme et enfant pour Babi… Alors que, non, il aurait simplement été humain. Mais non, la vie c’est blanc ou noir, il ne fallait surtout pas que son héros choisisse, il fallait que la vie lui offre sur un plateau la mort de sa femme ainsi que la bénédiction de cette dernière pour toucher le bonheur qu’il a toujours mérité… Non, c’est bien pire ainsi à mes yeux.

C’est dans ces moments-là que je regrette de ne pas savoir abandonner une lecture. Quoi qu’il m’en coûte, je vais au bout. Au mois, cette fois, je me suis permis de lire la moitié des pages en diagonale !
Je ne saurais dire si cette trilogie est mauvaise ou si c’est juste mon ressenti qui me pousse à ne voir que le négatif. Tout ce que je peux conseiller est de se contenter du film bien mielleux adolescent ou encore de la récente adaptation de Netflix avec la série italienne du même nom, qui prend énormément de liberté pour le bien de tous.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 5 août 2022

Valeria, Tome 1 : Dans les pas de Valeria d'Elisabet Benavent

J'ai lu ce livre il y a presque un an, sur la plage, le soleil me tapant sur le citron et me grillant les neurones. Parfait pour ce genre de livre !



Quatrième de Couverture
Quand Bridget Jones s'invite dans Sex and the City

Elles sont quatre amies de toujours qui vivent à Madrid. Complices et inséparables, elles se connaissent sur le bout des doigts et se racontent tout. Vraiment tout. Surtout leurs histoires de cœur...

Valeria, 27 ans à peine, commence à s'encroûter avec son compagnon de toujours - elle déprime ;
Lola s'est entichée d'un super coup - mais il est fiancé ;
Carmen est amoureuse d'un collègue, mais elle n'ose pas se lancer - elle est un peu complexée ;
Nerea, la sainte- nitouche du groupe, vient enfin de rencontrer un homme à sa hauteur - mais...

Tout bouge lorsque Valeria rencontre Victor, un homme ô combien séduisant ;
lorsque Lola décide de réagir ;
lorsque Carmen parvient à séduire son collègue et découvre que le nouveau petit ami de Nerea n'est autre que... son propre boss - qu'elle déteste !

Leur amitié survivra-t-elle à ce drame ?

C'est drôle, c'est vif, ça pétille et ça passe aussi vite qu'une soirée entre filles. On s'est à peine embrassées qu'il est déjà l'heure de se quitter. À regret.


Mon avis
Valeria bloque devant la page blanche. Elle ne réussit pas à écrire son second roman attendu par son éditrice et c’est à l’image de sa vie, de son état stationnaire actuel. Son mari ne la regarde plus, elle se laisse aller, ses amies aussi rencontrent des obstacles… Valeria finit par secouer sa vie, au risque de se brûler les ailes en s’approchant trop près de la tentation, pour retrouver l’inspiration.

Comme beaucoup de lecteurs, j’ai lu ce premier tome après avoir vu la série sur Netflix. Le livre se laisse lire de la même manière que la série se laisse regarder : c’est pas foufou mais une fois monté dans le train, on se dit que l’arrivée est si proche que ça ne vaut presque pas le coup de faire demi-tour, surtout pour un si court trajet.

Dans les pas de Valeria est un roman qui s’ancre clairement dans la chick-lit en copiant, que ce soit à travers le ton ou les personnages, Sex and the City sans réussir à l’égaler et où le seul vent de modernité est finalement soufflé par la présence du smartphone. C’est un presque page-turner, le rythme étant parfois inégal, et une lecture qui prend très peu la tête.

A mon sens, l’écriture peine à trouver son équilibre par le manque finesse entre des passages bien écrits et des changements brutaux de style, ce qui a écorné ma lecture. Ce sont particulièrement les pensées directes de Valeria ou encore les dialogues qui sonnent faux par rapport à la narration et qui finalement rendent les personnages insupportables à la longue.

Ce premier tome détend, on peut tourner les pages sans se poser de question et surtout faire une comparaison avec son adaptation à l’écran. Avouons-le, c’est clairement le plaisir coupable du lecteur : lire l’œuvre originale pour savoir qui du livre ou de l’adaptation a notre préférence, pour trouver la moindre petite différence et, souvent, pour râler parce que « franchement, je n’avais vraiment pas besoin de me farcir ce truc alors que j’ai bien 200 autres livres qui frétillent d’impatience dans ma PàL ».

Je n’aurai clairement pas dépassé les premiers chapitres si je n’avais pas vu la série et si je n’avais pas été en vacances loin de ma bibliothèque à ce moment-là car ni le style, ni l’histoire, ni les personnages ne m’ont plu dans ce livre. Il marche sûrement très bien sur les amateurs du genre mais ce n’est clairement pas ma came.

Évidemment, étant une lectrice avec des habitudes bien reloues, on n’est clairement pas à l’abri d’une lecture de la suite « parce que bon, même si j’aime pas trop, j’ai quand même commencé la saga et j’aime me faire du mal en allant jusqu’au bout pour être sûre de ne plus jamais en entendre parler ensuite ». Ah, les joies de la lecture et ses travers.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 20 mai 2022

L'eau des collines, Tome 2 : Manon des sources de Marcel Pagnol

Marcel Pagnol a encore su m'émouvoir comme jamais. Rien qu'en relisant les lettres d'Ugolin et du Papet, j'ai la larme à l'oeil ♥



Quatrième de Couverture
Récit simple et puissant d'une lutte pour la vie, histoire d'un crime et de son châtiment, drame d'une vengeance, tragédie familiale, conflit des coeurs purs et des âmes fortes, opposant un jeune citadin plein de fraîcheur et d'enthousiasme à deux paysans durs, âpres, sournois, fermés, implacables, peinture exacte et magnifique des hommes de la terre, chant du monde, poème de l'eau, du vent, des saisons, des collines, Jean de Florette et Manon des sources sont tout cela et ils sont beaucoup plus que cela, un des sommets de l'oeuvre de Pagnol : le livre de la faute, de l'innocence et du pardon.

Mon avis
Le temps a passé depuis la mort du Bossu et Manon a bien grandi. Elle vit au fond de la garrigue avec sa mère, dans la grotte de Baptistine la Piémontaise. Elle élève son troupeau de chèvres, connaît les collines par cœur mais se cache dès qu’elle aperçoit les habitants des Bastides Blanches. À quinze ans, elle est devenue une magnifique jeune fille au regard aussi sauvage que son caractère. Après ces quelques années, Ugolin en tombe follement amoureux en la voyant. Cette folie l’entraîne alors dans une chute tragique lorsqu’il comprend qu’elle ne voudra jamais de lui.
Lorsque Manon découvre que le drame qui a emporté son père découle directement de l’avidité des Soubeyran et du silence du reste du village, elle décide de se venger en asséchant la source vitale du village.

Manon des sources est le tome de la culpabilité, de la vengeance et de la rédemption. Ugolin se laisse dévorer par son amour pour Manon autant que par sa culpabilité, c’est son châtiment ultime pour avoir lui-même avalé les rêves de Jean. Les habitants des Bastides Blanches, eux aussi, voient la foudre s’abattre sur le village. Par leur silence, ils ont laissé Jean de Florette mourir. Par leur communautarisme, ils ont choisi de ne pas aider cet étranger qui était pourtant tout aussi légitime à être là qu’eux. Par cette loi tacite du silence, les Bastidiens se sont attirés les foudres de la jeune Manon.
Et puis il y a le Papet, le vieux Soubeyran, dont la pénitence finale sera de savoir, comme dans une antique tragédie grecque, qu’il a lui-même manié l’arme qui a provoqué son agonie.

La délivrance arrive pour chacun de différentes manières et c’est Manon qui en est à chaque fois le mécanisme central, par le pardon ou par le drame. Cette petite Manon qui par son courage et son innocence fait un peu penser à la justice divine, mais surtout à une justice plus réaliste, une justice vengeresse et pas seulement cruelle comme celle de la religion. Manon est la colère, la haine mais aussi la compassion et le pardon. Elle est l’incarnation de la franchise, du naturel mais aussi de l’humanité : elle n’est pas parfaite, elle est humaine.

Manon des sources est une conclusion pleine de douceur et de tristesse à cette tragédie. Ce roman rappelle que les secrets, les non-dits et la méfiance finissent toujours par empoisonner les gens qui les portent, plus ou moins lentement. L’orgueil n’est jamais l’allié le plus loyal, il est celui qui finit un jour par précipiter notre chute.

Marcel Pagnol a su utiliser la simplicité de la vie de la campagne pour analyser une bonne partie de la complexité de l’humanité. Ses personnages tout en nuances sont portés par une plume toujours aussi délicieuse qui offre un pur moment de plaisir.

« […] Manon, ton père est mort. Il n’a plus de soucis. Moi, j’en ai. Il a vu sécher ses coucourdes, et ça fait pleurer tout le monde. Et moi, au même endroit, je vais voir crever mes œillets, et je vais mourir d’amour pour toi, et ça fera de la peine à personne ! » p. 223

L'eau des collines, Tome 1 : Jean de Florette
Les avis des Accros & Mordus de Lecture

jeudi 21 avril 2022

L'eau des collines, Tome 1 : Jean de Florette de Marcel Pagnol

Je poursuis petit à petit mon objectif de lire l'oeuvre poétique de Marcel Pagnol, cet auteur qui gagne chaque fois un peu plus mon coeur ♥



Quatrième de Couverture
Pour permettre à son neveu de s’installer, « le Papet » lorgne sur le terrain de son voisin. Il y existe une source : un vrai trésor dans la chaude Provence. À la surprise de tout le village, à la mort de Piquebouffigue, c’est un neveu bossu, Jean de Florette, qui hérite du terrain. Il s’y installe avec sa femme et sa fille Manon et se lance dans l’élevage des lapins. Mais l’eau manque cruellement et malgré ses savants calculs et son courage, il s’épuise à la tâche… Pourtant, de l’eau, il y en a. Mais pour inciter le citadin à partir, « le Papet » et son neveu Ugolin ont bouché la source...

Mon avis
Jean de Florette c’est l’histoire de cet homme de la ville venu réduire à néant les plans d’Ugolin et du Papet Soubeyran en héritant des terres du vieux Pique-Bouffigue. Ils avaient pourtant tout prévu : déprécier les lieux, cacher la précieuse source et racheter le tout pour une bouchée de pain. Seulement, Jean a d’autres projets : planter d’énormes coucourdes et nourrir avec un florissant élevage de lapins. Sans se douter un instant que les deux Soubeyran le sabotent, Jean de Florette se lance dans une aventure éreintante, impossible, accompagné de sa femme et de sa petite Manon.

L’eau des collines a été écrite par Marcel Pagnol après la sortie du film Manon des sources. Et c’est un réel bonheur de lire ces mots, de pouvoir entendre l’accent de la Provence à chaque phrase lue, de sentir la chaleur ardente de ces longs étés arides. Comme lorsque j’ai lu les premiers tomes des Souvenirs d’enfance, je me suis laissé complètement entraîner dans cette histoire de la terre.

Jean de Florette est un rêveur, un doux naïf mais il peut aussi avoir un côté agaçant par sa certitude que même le travail de la terre peut s’apprendre dans les livres. Cet agacement n’a sûrement d’autre but que d’éviter que le lecteur se retrouve à mépriser les paysans au profit seul d’un homme de la ville. C’est l’illustration de l’humanité par ses imperfections selon Pagnol qui transpire à travers les pages de ce livre : l’avidité des hommes mais aussi leur générosité, le naturel des protagonistes et leur profondeur sans avoir besoin d’y ajouter d’artifices.

Je reste admirative, aussi, de la capacité qu’a Marcel Pagnol de réussir à rappeler sans cesse que les mots du Sud sont poétiques, doux et chauds, qu’ils savent mieux que d’autres partager des images parlantes, parfois même dansantes. Je pense que je ne me lasserai jamais de son écriture, de la beauté de ces terres qu’il a arpentées et partagées avec nous à travers ses romans.

Marcel Pagnol est un auteur qui a su marqué ma vie de lectrice, et ce avant même que je n’ai lu un de ses romans : j’ai grandi en visionnant encore et encore les adaptations de ses Souvenirs d’enfance où ses mots m’avaient touchée. Plus je lis ses écrits, plus je le chéris.

« Il se disait socialiste laïque anticlérical, lisait ouvertement, sur sa terrasse, Le Petit Provençal, et vitupérait volontiers contre les jésuites, qui menaient la France à sa perte. Il était donc le chef des mécréants, qui n’étaient d’ailleurs que cinq ou six, dont l’activité anticléricale ne se manifestait que le dimanche matin, en buvant l’apéritif à la terrasse du café, au lieu d’aller à la messe. Cependant, aux élections municipales, il obtenait toujours une majorité assez faible, mais suffisante, parce qu’on disait que c’était « une tête », comme si les autres n’en avaient pas. » p. 11

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 9 avril 2021

Neverwhere de Neil Gaiman

J’ai lu Neverwhere de Neil Gaiman par une forte envie de me plonger dans du fantastique de bonne qualité (mon année 2020 a été marquée par des lectures qui n’étaient pas toutes rangées dans la catégorie de la lecture de grand cru) et je savais qu’en misant sur Gaiman j’avais de grandes chances de passer un bon moment.
J’ai pioché ce livre dans ma PàL fort ancienne (j’ai acheté ce livre en 2013 ou 2014 je crois) pour me concentrer aussi sur mon challenge de l’année qui est de lire au moins 15 livres achetés avant 2021.



Quatrième de Couverture
Richard Mayhew vit à Londres une vie sans histoire, travaille dans un bureau, s'apprête à se marier, lorsqu'il sauve la vie de Porte, une jeune fille qui a le don de savoir ouvrir tout ce qui peut s'ouvrir. Cet évènement fait basculer sa vie. Sa fiancée le quitte, ses proches ne le voient plus, sa vie semble n'avoir jamais existé.
Il découvre alors qu'il existe un Londres d'En Bas, souterrain, peuplé de mendiants qui parlent aux rats, et de toute une société féodale et magique. Il décide de suivre Porte à la recherche des assassins de son père, dans l'espoir de trouver un moyen de reprendre une vie normale.

Mon avis
Richard Mayhew mène une vie bien rangée à Londres où il fait pile ce que l’on attend de lui et suit une voie toute tracée : obtenir une promotion méritée, épouser sa fiancée qui gère au millimètre près tout ce qui touche à leur couple, préparer sa délocalisation en banlieue pour ensuite y élever leurs futurs enfants… Rien ne s’écarte du plan initial jusqu’au soir où Richard croise la route de Porte, une jeune femme à qui il sauve la vie en prenant pour la toute première fois de son existence un risque. Il se retrouve alors propulsé dans la face cachée du Londres d’en Bas où chaque personne y mettant les pieds se voit effacée de la vie « normale ».

Neverwhere m’a fait replonger dans le plaisir du fantastique, celui où je me suis laissé guider par l’auteur sans savoir vers quels confins Neil Gaiman souhaitait me guider et le tout avec un plaisir tout à fait avouable. Il m’avait manqué, ce genre littéraire qui nous entraîne dans un tourbillon de mystères et qui efface tous nos repères avec une facilité déconcertante !

Neil Gaiman dessine un univers londonien aussi fascinant que mystérieux qui se dévoile peu à peu tandis que l’on suit les pas de Richard, ce personnage qui colle parfaitement à l’adjectif « normal » et qui est aussi perdu que nous, lecteurs, tout au long de l’intrigue. Mais être perdu ne signifie pas que cela pose problème : Richard s’en accommode parfaitement et c’est aussi là tout le plaisir de cette lecture. On suit l’intrigue en ayant les mêmes repères que Richard, c’est-à-dire le peu d’informations qu’accepte de nous distiller l’auteur et c’est ainsi que l’on se retrouve complètement fondus dans le cheminement de Richard : tout est différent, perturbant, déroutant même et c’est un régal. L’état d’esprit de Richard devient le nôtre et les aventures qu’il subit plus qu’il ne vit nous entraînent sans la moindre anicroche dans cet univers incompréhensible. Et c’est là tout le génie de Neil Gaiman : nous faire accepter un univers dont il ne nous donne pas les clés, nous faire suivre le déroulement de l’intrigue sans qu’à aucun moment on ne soit gênés par cette impossibilité à comprendre tout ce qu’il se passe. Richard se laisse porter par la quête qui ne le concerne pas, il est ici par un mauvais coup du hasard et accepte le tout sans chercher à comprendre tout ce qu’il découvre : on fait exactement comme lui et c’est fichtrement agréable.

Cependant, se laisser porter par l’intrigue n’empêche pas Richard d’évoluer à pas de géant en très peu de temps. S’il apporte son aide à Porte et ses compagnons dans leur quête en espérant pouvoir à la fin retrouver sa vie bien rangée, il découvre à leur contact que la vie peut offrir bien plus qu’une simple voie toute tracée. Il se découvre, aussi, réalisant que le courage ne se résume pas à choisir la sinuosité mais plutôt à savoir l’affronter. Peut-on rejoindre à nouveau la ligne droite lorsqu’on a compris que la voie de l’aventure a peut-être plus de sens ?

Neverwhere est une histoire délicieusement écrite permettant de mettre en perspective le sens de la vie et la façon dont on choisit de la mener. Parce que c’est bien le choix qui importe, le jour où l’on se rend compte qu’on a le pouvoir de le faire.

Gaiman est définitivement devenu un auteur que je relirai avec plaisir. Je n’ai pas disserté sur le style, mais il est toujours aussi prenant, bourré d’humour et de descriptions délicieuses. Bref, un auteur qui intègre ma liste des gens à relire !

Les avis des Accros & Mordus de Lecture


mercredi 17 mars 2021

Les Sorcières de North Hampton de Melissa De La Cruz

J’ai lu cette trilogie en pleine période d’Halloween, moment où j’ai toujours envie de me plonger dans des histoires de sorcières.



Quatrième de Couverture
Ingrid, l’aînée, aidée d’un mystérieux aide, découvre des secrets restés enfouis dans la bibliothèque où elle travaille.
Joanna Beauchamp et ses filles Ingrid et Freya vivent à North Hampton, à la pointe de l’île de Long Island. La ville, belle et brumeuse, semble comme figée dans le temps, et les trois femmes y mènent une vie en apparence paisible.
En réalité elles sont de puissantes sorcières. Joanna peut ressusciter les morts et guérir les blessures graves. Ingrid, passionnée de livres, prédit le futur et tisse des fils qui résolvent les problèmes d’infertilité et d’infidélité. Enfin Freya, la fille rebelle, possède les charmes et potions capables de guérir les peines de cœur.
Mais depuis des centaines d’années, les trois femmes n’ont pas le droit d’utiliser leurs pouvoirs. Jusqu’au jour où Freya, partagée entre deux frères séduisants, et prise dans un dangereux jeu de désir, met son secret en péril. Ingrid et Joanna connaissent le même dilemme, et les femmes de la famille Beauchamp comprennent qu’elles ne peuvent plus dissimuler leur nature profonde. Elles récupèrent leur baguette magique au grenier, nettoient leur balais et commencent à lancer des sorts sur les gens de la ville. Au départ plutôt des petits sorts simples et bienveillants. Mais des attaques violentes troublent bientôt North Hampton, et quand une jeune fille disparaît le week-end du 4 juillet, Joanna, Ingrid et Freya décident de découvrir qui et quelles forces maléfiques œuvrent contre elles.

Mon avis
Freya et Ingrid Beauchamp sont deux sœurs diamétralement opposées, à ceci près qu’elles sont ce qu’on pourrait appeler des sorcières : elles tissent des sorts, concoctent charmes et potions et sont poursuivis par un implacable destin qui semble sans cesse les rattraper. Elles sont en réalité des divinités nordiques piégées sur Terre, comme le reste de leur famille. Elles reviennent à la vie après leur mort, ne perdant ni leurs souvenirs, ni leurs pouvoirs. Quoi qu’il puisse leur arriver, leur passé divin n’est jamais bien loin.

J’avais regardé il y a quelques années la série Witches of East End dont le début était prometteur mais qui est vite partie en sucette : je ne suis jamais allée au bout de l’histoire. J’ai tout de même choisi de lire les bouquins en misant sur le mythe qui veut que les livres sont toujours mieux que leurs adaptations. Spoiler : ce n’est pas le cas ici.

La série avait eu la bonne idée de faire oublier à Freya et Ingrid leurs vies antérieures pour justifier leur naïveté mais ce n’est pas le cas dans les romans. C’est le gros point noir de cette saga : les deux sœurs ont tous leurs souvenirs et il devient difficile de rendre leur crédulité cohérente.
Freya et Ingrid sont coincées dans une abominable immaturité depuis des milliers d’années et n’apprennent jamais de leurs erreurs. Après tant de temps, il est difficile de suivre leurs aventures et de comprendre comment elles peuvent être si stupides. Leurs réactions sont incompréhensibles et on cherche encore la cohérence de leurs actes et leurs caractères quand on fait le bilan de leur vécu : ce sont des déesses après tout. Cette sensation colle à la peau tout au long des trois tomes : un jeune adulte peut être inconséquent dans ses actes et pensées en misant sur la naïveté, pas des êtres divins qui ont des milliers d’années dans un monde qui est le nôtre. Ce point aurait pu être intéressant si un parallèle avait été fait avec les mythes qui décrivent des dieux jaloux, mesquins et immatures mais non, ici, on essaie de nous faire croire que les personnages sont géniaux.
Malheureusement, les idées intéressantes de l’intrigue pâtissent de l’insipidité des personnages (Freya et Ingrid ne sont pas les seules à être creuses comme des radis) et la lecture en devient laborieuse.

L’univers avait du potentiel mais les personnages ne sont tristement jamais à la hauteur. Tous les êtres du panthéon nordique dépeints dans cette trilogie sont à pleurer. Il y a une telle dissonance entre leur nature et la platitude de leurs histoires au fil des tomes que suivre certaines micro-intrigues devient un calvaire. Et le dénouement final est à la hauteur des trois tomes, sans relief.
Ceci dit, cette lecture aura eu le mérite de mettre mon cerveau sur off, ce qui a au moins rempli une partie de mes attentes.

À lire uniquement pour déconnecter si on est capable de passer outre la disparition de la notion de cohérence.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 26 avril 2020

The kissing booth, tome 2 : Going the distance de Beth Reekles

Après la sortie du film, j’avais lu le premier tome en VO et j’avais trouvé que ce n’était pas terrible mais tout de même divertissant en le prenant pour ce qu’il était. J’ai lu le tome 2, en VF, et c’est une catastrophe.



Quatrième de Couverture
Désormais en couple avec le beau Noah Flynn, Ella vit un rêve éveillé. Mais la réalité la rattrape rapidement quand ce dernier doit s'éloigner des plages de Californie.

Mon avis
Dans ce tome, le beau Noah intègre Harvard et Ella entame sa dernière année de lycée. Là où le tome 1 nous présentait une adolescente aux priorités axées sur l’amitié et la loyauté, le tome 2 tombe pile poil dans les travers de la romance adolescente peu travaillée. Noah est loin, Ella doute, elle se fait des films à partir de rien du tout et se persuade que la vie n’est que drames. Rien n’est développé et les points forts de l’héroïne ont disparu. L’intrigue est, au-delà du niais attendu dans ce genre de livre, tout sauf crédible. Il faudra m’expliquer à quel moment une personne refuse d’expliquer la réalité même si cela signifie perdre l’amour de sa vie qui se trouve à plusieurs heures d’avion en croyant qu’attendre de longues semaines suffira à mettre les choses à plat. Autant les malentendus sont plausibles, autant leur résolution touche au n’importe quoi.

Les personnages sont plus creux que dans le tome 1 (je ne pensais pas une régression possible), les clichés s’enchaînent alors qu’ils semblaient être combattus précédemment et on s’ennuie ferme. Hâte de voir ce que Netflix a fait avec l’adaptation pour rendre l’histoire un minimum attrayante parce que là, c’est un échec.

Mention spéciale à la disparition du lien spécial qui unissait Ella et Lee, unique point fort du tome 1, qui perd en substance dans ce tome.

Mais hey, au moins, j’ai trouvé la motivation de lire un peu en cette période où tout mon être n’est que flemme une fois que je rentre du boulot. J’ai même relu le tome 1 en VF et me suis rendu compte que la VO avait au moins l’avantage de paraître légèrement moins pauvre littérairement parlant. Le niveau d’écriture est bas mais c’est bien pire quand on lit la traduction. Lire des romances, c’est dur pour moi mais j’ai en plus un don pour les choisir mal écrites (que voulez-vous, les seules qui me tentent sont celles ayant été adaptées en film et elles sont souvent mauvaises à l’origine visiblement).

Si vous aimez les romances bien écrites, passez votre chemin. Si vous êtes juste fans de The Kissing Booth, ça vous plaira peut-être (à condition de ne pas être trop exigeants).

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mardi 19 mars 2019

Un avion sans elle de Michel Bussi

J’ai lu Un avion sans elle dans le cadre d’une Lecture Commune sur le forum Accros & Mordus de Lecture, lancée spécialement à l’occasion de l’adaptation du livre en série. Il s’agit de mon tout premier Michel Bussi dont on m’a tant vanté les mérites.



Quatrième de Couverture
23 décembre 1980. Un crash d'avion dans la Jura. Une petite libellule de 3 mois tombe du ciel, orpheline. Deux familles que tout oppose se la disputent. La justice tranche : elle sera Émilie Vitral. Aujourd'hui, elle a 18 ans, la vie devant elle mais des questions plein la tête. Qui est-elle vraiment ?
Dix-huit ans que Crédule Grand-Duc, détective privé, se pose la même question. Alors qu'il est prêt à abandonner, la vérité surgit devant ses yeux, qu'il referme aussitôt, assassiné.
Il ne reste plus qu'un vieux carnet de notes, des souvenirs, et Marc, son frère, pour découvrir la vérité.

Mon avis
Lylie est une jeune fille de 18 ans qui a grandi avec un doute ultime sur son identité : seule rescapée d’un crash d’avion, elle aurait pu être le nourrisson de deux familles présentes à bord. À une époque où les tests ADN ne pouvaient être utilisés, c’est la justice qui a tranché et choisi son identité. Seulement, aujourd’hui, le doute l’étreint plus que jamais, à l’âge où savoir qui l’on est devient crucial et où les événements qui s’enchaînent tendent à enfin expulser les secrets de chacun.

Un avion sans elle est un livre que j’ai lu en une journée, d’une traite, sans pouvoir le lâcher tant que la dernière page n’était pas tournée. Bonne chose, non ? Pas vraiment, parce que c’est mon côté critique qui m’a poussée à aller au bout, à vite me débarrasser d’une écharde pouvant d’infecter.

Michel Bussi écrit bien, la forme est belle, rythmée, ses mots sont bien choisis et très agréable à la dégustation. Mais il n’y a que cela qui est agréable. Pour le reste… Il est de ces auteurs qui agacent. Il tient une histoire, qu’il tricote en rajoutant des mailles grossières, non soignées mais qui prennent de la place pour combler les blancs, qui n’apportent rien au motif général si ce n’est de l’incohérence. Il tricote des stéréotypes à travers ses personnages, les codes des romans policiers mais aussi des pseudos-suspenses. Il use de ficelles trop grosses, en rajoute uniquement parce que cela l’arrange, aussi, et se plait sûrement à se dire « ah mais j’avais mis des indices ». Oui, les indices y étaient, et c’était bien là le problème…

Le problème est que j’ai deviné les deux dénouements clés de l’histoire avant même d’avoir atteint le premier quart du roman. Je les ai devinés parce que les twists n’ont rien d’innovants, parce que ses ficelles étaient grossières. Et j’ai détesté ce roman non pas parce que j’avais deviné mais par rapport à ce que j’avais deviné…
Comprendre le dénouement d’une intrigue dix fois « trop tôt » n’est pas un problème pour moi, c’est même souvent une situation prévue par les auteurs : le lecteur a ses certitudes, elles collent mais il y a toujours des détails qui manquent, des mécanismes qui se mettent en place uniquement à la touche finale. Et c’est très agréable d’être surpris tout comme de se dire « ah j’avais deviné mais c’était tellement bon ! »
Ici, Michel Bussi ne s’embarrasse pas avec la cohérence, il part du principe qu’il y avait de quoi comprendre au début (ou pas, ce n’est peut-être que présomption de ma part) et se dit que ça peut justifier son twist final. Il se dit aussi que, après tout, il y a en plus d’autres choses qui peuvent se justifier par la même occasion et donc tout roule. Et ça, ça ! Non, je n’adhère pas à cette façon de concevoir un scénario. Que son lectorat aime, je n’y vois pas de problèmes, mais moi, ça ne fonctionne pas. Je n’aime pas qu’on me balade pour de faux prétexte, qu’on me force à avaler des longueurs qui pourraient tout aussi bien être coupées au montage sans que rien ne bouge autour. Combler pour combler, ça m’exaspère. Même si c’est bien écrit : on peut savoir très bien écrire sans faire naître chez moi une once d’émotion si le cœur n’y est pas.

Et puis il y a ses personnages, les stéréotypes qu’il expose et qui ne m’ont pas plu. Ils ne sont pas trop poussés, pourtant, ils ne sont pas exagérés. Ils sont comme la société peut voir les gens en apparence : des fous, des héros, des grands vilains riches, des gentils pauvres qui sont heureux d’amour… Aucun des personnages ne m’a semblé palpable, et ça a aussi beaucoup joué dans le fait que je n’ai pas apprécié ce livre.
Lylie, personnage principal en théorie, est présentée comme ces héros distants, ceux qui acceptent leur destin avec fatalité, comme les souffrances qui vont avec. Cette image en fait une sorte de divinité antique irréelle, intouchable… Et tout sauf touchante par extension. Elle est cette image divine que peut avoir un adolescent amoureux d’une fille de sa classe à qui il n’ose jamais parler et qui lui offre un sourire en copiant ses devoirs. Il y a quelque chose de gênant dans cette image, vis-à-vis de la façon dont elle est décrite ; belle, intelligente, intouchable, trop bien pour tous… À croire qu’un personnage féminin ne peut qu’être comme ça pour être digne d’être l’héroïne ultime d’une histoire aussi fantastique. Autour d’elle, les autres personnages féminins sont dotés de défauts mis en avant pour les rendre humains. Elle, elle est parfaite. Sûrement parce que son humanité n’est pas acceptable tant que son identité n’est pas avérée. Une chose assez triste quand on sait que l’être se construit après sa naissance et non avant : le message véhiculé là me dérange un peu.
Marc, le véritable héros, celui qui trime, qui est censé être attachant, qui effectue ses douze travaux pour enfin pouvoir aider Lylie m’a dégoûtée du début à la fin. Insupportable, faussement niais (et pas sûre que ce soit volontaire de la part de l’auteur), complètement creux et assez dérangé dans sa tête finalement, n’a rien d’un héros à mes yeux. Le suivre m’a littéralement gavée. Comprendre ce qu’il se passait réellement dans sa tête m’a exaspérée. L’essence même de ce qu’il est m’a fait détester le livre.
Les autres personnages sont tout aussi chimériques. Et pas de façon agréable. J’aime aussi quand les personnages sont intouchables, quand ils semblent irréels… Mais là, ça ne collait pas.

Et puis, il faut que je le dise, que je l’aborde et je préviens, il s’agit d’un gros spoiler que je mets en italique parce que je ne sais pas comment masquer sur blogger :

Cette histoire d’inceste avec cette grossesse que j’ai captée dès le départ, c’est tout ce que je déteste. L’inceste ne me fait pas rêver, évidemment, mais c’est surtout cette façon de décrire ça comme quelque chose sans gravité parce qu’au final, il n’y a pas de lien de sang qui m’écoeure. Ces gamins ont grandi ensemble. Malgré le doute, qu’ils n’avaient sûrement pas au tout départ, ils ont grandi ensemble. Le fait que Marc culpabilise ne se ressent pas ou très peu. Cette relation est normalisée et c’est grave. C’est grave parce qu’on a l’impression que Lylie accepte la situation sans le vouloir, qu’elle laisse Marc l’aimer et basta, puisque de toute façon il la colle au train sans arrêt. C’est pervers, c’est malsain, c’est ignoble.

Et justifier tout un putain de roman avec un scénario inutile et incohérent pour ça, c’est se moquer du monde. C’est prendre son lecteur pour une bille utilisant la troisième famille en un claquement de doigt (et ça aussi, je l’avais compris dès le départ). Mettre trois indices plus gros qu’un cul de vache dans un trou de mulot au long du récit pour dire « mais hey si ça colle regardez » ce n’est pas ce que j’appelle maîtriser l’art du roman policier. Que ça fonctionne auprès du lectorat, tant mieux, mais ça ne fait pas de ce livre un bon livre.


Je lirai peut-être un autre roman de Michel Bussi mais je pense que je ne me ferai pas l’affront d’aller une nouvelle fois jusqu’au bout si je sens que les mécanismes utilisés dans ce roman sont en fait sa signature constante. Le bien que j’ai entendu de ses écrits ne peut quand même pas sortir de nulle part et je vais tabler sur le fait que Un avion sans elle a simplement eu le malheur d’appuyer sur ce que je n’apprécie pas.

Je ne regrette pas d’avoir lu ce livre parce que j’étais bien contente de participer à une lecture commune et je regarderai la série qui semble annoncer une adaptation plutôt libre. Si vous souhaitez vous lancer, je vous conseille juste de ne pas chercher à comprendre ce qu’il se passe : le moindre indice récolté gâche tout, malheureusement. Je maintiendrai quand même qu’un bon roman policier est un roman où même le dénouement deviné en amont sait surprendre pour les bonnes raisons.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture


dimanche 13 janvier 2019

Souvenirs d'enfance, Tome 2 : Le Château de ma mère de Marcel Pagnol

Je ne pouvais pas lire La Gloire de mon père sans poursuivre avec Le Château de ma mère où j'ai à nouveau retrouvé toutes ces superbes émotions que Marcel Pagnol avait fait naître en moi avec le premier tome.



Quatrième de Couverture
Le plus beau livre sur l'amitié enfantine : un matin de chasse dans les collines. Marcel rencontre le petit paysan, Lili des Bellons. Ses vacances et sa vie entière en seront illuminées.
Un an après La Gloire de mon père, Marcel Pagnol pensait conclure ses Souvenirs d'enfance avec ce Château de ma mère (1958), deuxième volet de ce qu'il considérait comme un diptyque, s'achevant sur la scène célèbre du féroce gardien effrayant la timide Augustine. Le petit Marcel, après la tendresse familiale, a découvert l'amitié avec le merveilleux Lili, sans doute le plus attachant de ses personnages. Le livre se clôt sur un épilogue mélancolique, poignante élégie au temps qui a passé. Pagnol y fait vibrer les cordes d'une gravité à laquelle il a rarement habitué ses lecteurs.
Je vis un garçon de mon âge qui me regardait sévèrement.
"Il ne faut pas toucher les pièges des autres, dit-il. Un piège, c'est sacré !
- Je n'allais pas le prendre, dis-je. Je voulais voir l'oiseau. ''
Il s'approcha : c'était un petit paysan. Il était brun, avec un fin visage provençal, des veux noirs et de longs cils de fille. "

Mon avis
C'est avec un pur plaisir que j'ai rencontré à nouveau Lili des Bellons, que je ne connaissais à travers les films. L'amitié qui naît entre lui et Marcel est belle, pure, elle illustre toute l'innocence de l'enfance, l'amour brut et sans fioritures qu'offrent les enfants sans condition. Lili et Marcel sont unis par cet amour de la garrigue, cette garrigue que Lili connaît par coeur et qu'il partage sans limite avec son nouvel ami. C'est un réel plaisir que de les accompagner dans leur vagabondage au fil des pages, que de sentir les odeurs de cette nature sèche à leurs côtés. J'entendais les cigales, je sentais cette délicate odeur de thym que j'aime par-dessus tout. Je pouvais sentir l'humidité, le ciel se charger avant d'exploser en un orage grondant toute sa colère. Marcel Pagnol a l'art de choisir les mots justes pour toucher droit au coeur.

Après avoir fait l'éloge de son père, de ce héros qui devient faillible qu'il aime alors plus encore dans le premier tome, Marcel Pagnol rend hommage à sa mère, la femme de sa vie, cette mère qu'il n'aura de cesse de vouloir protéger tout au long de sa vie à ses côtés, cette femme douce et fragile, qu'il aime sans borne. Augustine est une femme tendre, douce mais qui sait imposer sa volonté à sa manière, àa la manière d'une mère. De santé fragile, on sent pourquoi Marcel a cette constante envie de la couver alors que c'est lui, l'enfant. Il voit en elle un être fort à l'intérieur mais à l'enveloppe trop douce pour affronter les écorchures de la vie. La fin de ce deuxième tome nous offre d'ailleurs un bond dans le temps où l'on découvre que la véritable enfance de Marcel prend fin à la mort de sa mère, sa chère Augustine.
Le premier tome était ancré dans le présent du récit, l'orgueil de son père à la fin montrant un tournant dans l'esprit de Marcel, la preuve qu'il n'était pas un dieu, mais un tournant qui le laissait encore profiter de son enfance. Ici, son innocence présente disparait dans le futur de cette narration, un futur qu'il s'est senti obligé d'aborder pour aller au bout de son hommage à sa mère.

Des années après avoir vécu les événements, Marcel Pagnol a su encore retrouver son âme d'enfant pour décrire avec subtilité et douceur ses jeunes années et sa passion pour ses chères collines. J'aime ses mots, j'aime ses phrases, sa ponctuation et l'âme qu'il a su mettre dans ses écrits.

Si vous n'êtes toujours pas convaincus que lire Marcel Pagnol est une expérience à vivre, alors je ne peux plus rien faire pour vous convaincre.

« Mais dans les bras d'un églantier, sous des grappes de roses blanches et de l'autre côté du temps, il y avait depuis des années une très jeune femme brune qui serrait toujours sur son cœur fragile les roses rouges du colonel. Elle entendait les cris du garde, et le souffle rauque du chien. Blême, tremblante, et pour jamais inconsolable, elle ne savait pas qu'elle était chez son fils. »

« Telle est la vie des hommes. Quelques joies effacées par d'inoubliables chagrins.
Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants.
»



Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 6 janvier 2019

Souvenirs d'enfance, Tome 1 : La Gloire de mon père de Marcel Pagnol

Je poursuis mon hommage à Marseille avec cette lecture qui me tenait vraiment à coeur et qui est un véritable coup de ♥ de mon été 2018.



Quatrième de Couverture
Marcel Pagnol raconte, en qualité de témoin, les personnages de son enfance et la vie dans la famille d'un instituteur d'Aubagne, qui va s'animer avec la location d'une bastide dans la garrigue de l'arrière-pays marseillais où ils vont passer les grandes vacances. Cette villa dont rêve Marcel depuis toujours se nommera la Bastide neuve, il y passera les plus beaux jours de sa vie.

On y voit comment le petit Marcel parvient à épanouir peu à peu sa personnalité, celle d’un fils aîné de Provence, passionné par la lecture et les aventures dans les collines, partagé entre son amour exclusif pour la belle couturière, éternelle jeune fille incarnée par Augustine, qui sera une mère tendre et discrète, et l’admiration pour son père, Joseph le maître d’école, anticlérical et anti-alcoolique, mais profondément humain. Il ne deviendra complètement son héros qu’en lui prouvant qu’il aime autant que lui ses chères collines, glorifié par un exploit de chasse. L’enfant se débat entre ses rêves et les découvertes parfois angoissantes de la réalité du monde où il vit : Les adultes peuvent aussi mentir...

Sentir qu’il est aimé et entouré, parvenir à être fier de ses parents et de lui-même est le défi même de cette belle et poignante histoire.... à la fois unique et universelle.

Mon avis
J’ai grandi en regardant chaque année (voire plusieurs fois par an même) les films adaptés des romans de Marcel Pagnol, La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, réalisés par Yves Robert. Ces films, c’est ma maman qui me les a fait découvrir et je l’en remercie parce qu’ils font partie de mes classiques, parce que je les regarde inlassablement et que je les connais par cœur. Ces films me rappellent mon enfance, mon caractère aussi, mon amour pour ma propre garrigue, celle de l’Occitanie.
Et maintenant je peux dire qu'ils sont une adaptation fidèle et magique des livres (à quelques détails près qui ne changent rien à la beauté de l'oeuvre).

Pendant des années j’ai repoussé le moment de lire enfin les mots de Pagnol, mots que je savais aimer puisque présents partout dans ces films que j’aime tant. J’ai finalement attendu le moment de quitter Marseille, cette ville où j’ai vécu trois ans, pour faire naître une grande nostalgie en moi tout en me laissant bercer par la magie de l’écriture de Pagnol.

À travers une écriture poétique, marquée inconsciemment par cet accent provençal si doux et chantant, Marcel Pagnol nous entraîne dans le souvenir de la première partie de ses vacances dans les collines qu’il aimait tant, ces collines qu’il décrit avec un amour pur et sans fioriture, un amour qui me bouleverse encore et encore, un amour qui fait écho en moi.

Le premier tome de ces Souvenirs d’enfance gagne en puissance notamment parce que Marcel Pagnol se replonge dans l’esprit du petit garçon qu’il était à l’époque, il utilise les mots qui lui traversaient l’esprit à cette époque, ces mots qu’il chérissait et collectionnait, ces mots touchants par leur naïveté parfois, mais qui restent tout de même aligné, cela se sent, par un adulte. Mais un adulte qui n’a pas oublié son âme d’enfant, un adulte qui se souvient de son état d’esprit, de ses rêves, de ses espoirs, de sa vie à cette époque. Et c’est en ça que l’écriture de Pagnol en est plus touchante : écrivain de talent, maître dans l’usage des mots, c’est en teintant ses phrases de cette âme d’enfant qu’il nous ramène à cette douce époque de l’innocence, de l’insouciance, où tout ce qui était terrible à nos yeux était simplement la fin des grandes vacances.

C’est avec un plaisir immense et des étoiles plein les yeux que j’ai dévoré ce livre tout en le savourant, relisant certains passages plusieurs fois tellement je les ai aimés. Et, surtout, les teintant de mon propre accent, à le fois proche et différent de celui de cette Provence qui a su gagner mon cœur ces trois dernières années.

Si vous n’avez jamais lu Pagnol, foncez. C’est doux, c’est fort aussi et ça se déguste comme une bonne rasade de jus de citron frais l’été, sous les pins, au rythme du chant des cigales, avec l’odeur du thym sur les mains (oui, dès que je me balade en garrigue, je frotte mes mains avec du thym).

« Ce que j’écoutais, ce que je guettais, c’était les mots : car j’avais la passion des mots ; en secret, sur un petit carnet, j’en faisais une collection, comme d’autres font pour les timbres.
J’adorais
grenade, fumée, bourru, vermoulu et surtout manivelle : et je me les répétais souvent, quand j’étais seul, pour le plaisir de les entendre.
Or, dans les discours de l’oncle, il y en avait de tout nouveaux, et qui étaient délicieux :
damasquiné, florilège, filigrane ou grandioses : archiépiscopal, plénipotentiaire.
Lorsque sur le fleuve de son discours je voyais passer l’un de ces vaisseaux à trois ponts, je levais la main et je demandais des explications qu’il ne me refusait jamais. C’est là que j’ai compris pour la première fois que les mots qui ont un son noble contiennent toujours de belles images.
»

« Sous sa casquette de travers, il mâchonnait nerveusement une tige de romarin, et hochait une triste figure. Alors, je bondis sur la pointe d’un cap de roches, qui s’avançait au-dessus du vallon et, le corps tendu comme un arc, je criai de toutes mes forces : « Il les a tuées ! Toutes les deux ! Il les a tuées ! »
Et dans mes petits poings sanglants d’où pendaient quatre ailes dorées, je haussais vers le ciel la gloire de mon père en face du soleil couchant.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture



vendredi 7 septembre 2018

La Vague de Dennis Gansel (2008)

Encore une fois, je fais un petit article pour un film vu lors d’un visionnage commun sur Accros & Mordus de Lecture. C’est fou ce que j’aime regarder des films avec d’autres A&M, ça stimule et rend le visionnage tellement plus intéressant !



Synopsis
En Allemagne, aujourd'hui. Dans le cadre d'un atelier, un professeur de lycée propose à ses élèves une expérience visant à leur expliquer le fonctionnement d'un régime totalitaire. Commence alors un jeu de rôle grandeur nature, dont les conséquences vont s'avérer tragiques.

Mon avis
La Vague est un mouvement autocratique mis en place par un professeur d’histoire politique dans un lycée allemand : le but est de faire comprendre aux élèves en quelques jours à quel point le pays n’est pas à l’abri d’une nouvelle dictature. Seulement, l’expérience dépasse le cadre de la salle de classe et la vitesse à laquelle les choses évoluent mais surtout dégénèrent est impressionnante.

Basé sur une histoire vraie, La Vague décrit à la perfection l’écran de fumée qui obstrue la vision des adolescents devant la mise en place d’une dictature. À travers un sentiment de cohésion, d’appartenance et de fierté, les jeunes élèves ne voient pas les travers de leur mouvement tant ils sont transcendés par les effets positifs qui les enveloppent. Ils travaillent ensemble, se dévouent à une cause, constituent progressivement un club dont tout le monde veut faire partie et ils ne se rendent pas compte de l’engrainage qui accélère dans la mauvaise direction.

L’uniformisation de la pensée, du comportement mais aussi du physique prend vite racine dans cette classe et commence à s’insinuer partout dans l’école où chacun veut avoir son rôle à jouer, quitte à devoir écraser ses camarades de route. Tout s’enchaîne très vite, les choses dégénèrent en moins d’une semaine et cette accélération colle parfaitement à l’idée qui est véhiculée par ce film : il n’est pas toujours évident de se rendre compte de la situation dans laquelle on a mis les pieds, c’est la base même de la manipulation de masse.

Ce sentiment d’unité qui est la base de l’engouement des élèves est aussi salvateur que dangereux : appartenir à un groupe, se sentir soutenu, savoir que l’on n’est pas seul rassure mais pousse ici à aller toujours plus loin. Surtout pour les élèves habitués à être en marge, pour ceux aussi qui n’ont pas confiance en eux et qui tâtonne dans l’océan social qu’est un lycée. Les esprits les plus faibles semblent même être ceux qui s’engagent plus intensément dans la cause, cette cause qui devient leur cause, le sens de leur vie à une vitesse fulgurante, à la vitesse de cette vague qui rassemble chaque élève croisant sa route, prête à réunir comme à détruire.

Entrer dans le détail des personnages n’est pas nécessaire, je vais seulement aborder les rôles types joués qui sont importants dans l’avancée de l’histoire. On retrouve le sportif populaire et gentil qui est déjà dans son élément au sein d’un groupe soudé et trouve naturellement sa place parmi les leaders, sans avoir réellement à fournir un effort important. Il y a l’élève populaire drôle et d’origine étrangère, sportif lui aussi, qui se donne corps et âme à la cause pour montrer qu’il est autant intégré que les autres au système. Il y a aussi l’adolescent peu sûr de lui, qui cherche la reconnaissance et l’approbation de son professeur et qui va se révéler être le soldat sans réflexion parfait, celui qui fera tout pour recevoir de petites gratifications, celui qui a besoin d’avoir enfin une place quelque part. On retrouve aussi la fille populaire, sûre d’elle, contente d’être dans le mouvement jusqu’à ce que sa position de leader soit menacée : elle ne se pose pas de questions parce qu’elle peut perdre son « trône » mais plutôt parce que ce n’est pas le travail ou la réflexion qui permet aux autres de monter, mais bien un engagement tête baissée et des actes qui deviennent immoraux. Enfin, on retrouve aussi une multitude d’élèves/pions, voués à mettre en place une hiérarchie plutôt pyramidale et promouvant haut et fort La Vague à tous.

À travers ce film, la prise de conscience sur la rapidité de la mise en place d’un mouvement totalitariste est réelle. Même si j’ai trouvé ces adolescents peu réfléchis finalement et assez terrifiant dans leur façon de se laisser manipuler sans problème, je me dis que le tout est bien joué et bien pensé. L’Histoire nous apprend le passé, les erreurs à ne pas reproduire mais nous montre aussi à quel point l’être humain oublie très vite les limites morales entre le Bien et le Mal au profit de son bien-être : pour se sentir membre du mouvement, ces jeunes sont prêts à tout et ne réfléchissent plus volontairement.

Aujourd’hui, on se rend bien compte de la nécessité de se sentir appartenir à un groupe. Et c’est notamment pour cela que, par exemple, le football rassemble autant en France et que la dernière Coupe du Monde a créé un mouvement d’unité nationale. Il est difficile de trouver actuellement une cause politique ou idéologique qui rassemble à ce point parce que nous restons marqués par l’histoire et nous avons du mal à nous immerger dans une cause, peut-être par peur d’en oublier notre identité au profit du groupe. Mais que se passerait-il si un mouvement politique réussissait à rassembler autant que le football ? Serions-nous capable d’en saisir les mauvais côtés pour savoir quand dire stop ? Après tout, un mouvement totalitaire peut avoir les meilleures intentions du monde, une idéologie noble, le souci c’est qu’il se place au-dessus de l’humain au profit du plus grand nombre et sombre facilement dans la répression sous prétexte d’apporter « le plus grand bien ». Et il réprime sans scrupule les idées divergentes dans ce but.

La Vague rappelle donc que nous ne sommes pas à l’abri de la mise en place d’un régime totalitaire et montre même que nous tendons de plus en plus vers un retour à ce modèle actuellement, alors que le sentiment d’inégalité est de plus en plus fort et que le besoin de s’identifier à un groupe augmente. Après avoir vu ce film, on se dit que la moindre étincelle pourrait enflammer le baril, baril qui est déjà prêt à l’usage.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 4 mai 2018

Dossier : La Bicyclette bleue de Régine Deforges

J'ai beaucoup enquiquiné les réseaux littéraires avec ma fascination pour La Bicyclette bleue au cours de ma lecture des quatre premiers tomes et j'en suis venue à la conclusion que les chroniques des tomes ne suffiraient pas à exprimer tout ce que ces lectures ont fait naître chez moi. Je me lance donc dans un dossier de plusieurs articles !



La Bicyclette bleue a bercé mon enfance à travers les trois téléfilms adaptés des romans de Régine Deforges. J’avais fini par acheter le tome 1 et la rediffusion récente que j’ai regardée avec avidité m’a poussée à me lancer enfin dans la lecture de cette saga. Je ne m’attendais pas à plonger aussi intensément dans les livres et à être autant transportée par l’histoire et j’ai été plus qu’agréablement surprise, j’ai été fascinée.

Plus jeune, j’avais lu des tas de romans sur la Seconde Guerre Mondiale : certains sur la résistance, d’autres sur les personnes ayant aidé à cacher des enfants juifs, et récemment Éducation européenne de Romain Gary ou Amélia : une vie, deux guerres de Manuel Santos et Pascale Malevergne.
Là où La Bicyclette bleue se démarque, c’est qu’on suit absolument tous les détails de la guerre via les trois premiers tomes, de l’invasion de la Pologne par les Allemands en septembre 1939 à la libération de la France entière en 1945. Et c’est quelque chose que je n’avais encore jamais lu.

J’ai énormément de chose à dire sur les 3 premiers tomes, le 4ème étant différent, comme sur Régine Deforges donc je vais tenter d’organiser au mieux ma pensée et faire plusieurs articles en ayant une fiche par livre, sûrement aussi un article comparant les films et les livres, un autre sur la place de la littérature dans la saga, un sur Régine Deforges et le féminisme… Bref, des tas de choses à raconter vous dis-je !

Dans tous les cas, chaque livre sera chroniqué comme mes autres lectures, avec un avis simple, n’allant pas dans le détail pour éviter les digressions.

On verra si je vais au bout de cette entreprise, sachant que je ne suis pas une professionnelle de l’article littéraire et que tout ce que je vais écrire sortira de ma caboche de profane. Si vous cherchez un dossier détaillé et complet sur La Bicyclette bleue, ce ne sera pas ici, désolée. Mais vous aurez là tout ce que m’a évoqué cette saga, tout ce que ça a fait naître chez moi et les recherches d’informations que j’ai eu envie d’effectuer. Cette série d’article sera donc une sorte de gros pense-bête personnel que je partage publiquement.

Liens vers les articles
Chronique du tome 1
Chronique du tome 2
Chronique du tome 3
Chronique du tome 4
Régine Deforges, bref portrait
• en cours

S'il y a des points qui vous intéressent, n'hésitez pas à m'en faire part ici, sur Instagram, Facebook ou encore sur Accros & Mordus de Lecture, peut-être trouverai-je de quoi les développer dans mes articles ♥

mercredi 11 avril 2018

La Métamorphose de Franz Kafka de Corbeyran et Horne

La Métamorphose de Franz Kafka de Corbeyran (scénariste) et Horne (illustrateur) est une BD adaptée de la nouvelle de Franz Kafka que j’ai déniché d’occasion au merveilleux Trouve Tout du Livre, librairie insolite pour laquelle j'ai déjà écrit un article à lire ici. La couverture toute en contraste m’a tout de suite attirée et la dédicace pour une certaine Aurélie (comme moi eheh) m’a confirmé que cette BD était pour moi !



Quatrième de Couverture
Comme chaque matin, Gregor, employé modèle, s'apprête à aller au travail. Mais à son réveil, il aperçoit son corps doté d'une lugubre carapace de coléoptère. Gregor croit d'abord à un mauvais rêve. Pourtant la métamorphose est bien réelle. Il ne quittera plus cet aspect, vivotera sa vie d'insecte tout aussi inoffensif qu'innocent, pour finir écrasé comme de la vulgaire vermine.

Mon avis
La Métamorphose de Franz Kafka met en scène Gregor qui se réveille un matin transformé en insecte et dont les seules préoccupations à ce moment-là sont « comment faire pour aller travailler ? » ou encore « je vais être en retard ». Lorsque sa famille découvre sa nouvelle apparence, tout bascule car il se rend compte que le problème de la ponctualité n’est rien en comparaison du reste…

N’ayant jamais lu la nouvelle de Kafka, je ne vais pas faire une comparaison des deux œuvres et me contenter d’une chronique sur cette BD, sans savoir si elle est fidèle ou non à l’œuvre d’origine.

L’ambiance de la BD est sombre, très sombre, Gregor concentre, complètement noir, est une grande part de cette obscurité au fil des pages. Et cela colle parfaitement au scénario qui s’étend du début à la fin de la BD : ce n’est pas qu’une descente aux enfers puisque la vie de Gregor n’était déjà pas lumineuse. Mais pourquoi donc ?

Gregor, fils aîné ayant une jeune sœur, subvient aux besoins de toute sa famille. Sa mère s’occupe de la maison, sa sœur vie comme une adolescente qui reste éloignée des soucis d’argent et son père se laisse aller, laissant son fils s’occuper de ramener l’argent. Gregor travaille sans relâche, pour un patron qui n’est pas reconnaissant, passant des heures sur ses dossiers, à traiter avec des clients qui n’ont aucune considération pour lui. Mais sa gloire, elle tient dans le fait de permettre à sa famille de vivre, de voir que, grâce à son travail, le pain est sur la table, le loyer du grand appartement est payé et que tout le monde lui en est plus ou moins reconnaissant.

Le jour où il ne peut plus aller travailler, à cause de sa métamorphose, tout bascule. Sa mère ne supporte pas sa vue, son père ne voit en lui qu’un poids inutile et sa sœur, elle, et la seule à tenter de le considérer encore comme un membre de la famille. Le temps passe, l’argent manque mais, surtout, Gregor devient une bouche à nourrir inutilement, une bouche qui fait fuir tout le monde, qui pousse la famille à vivre recluse.

Le père va se remettre à travailler pour tenter de payer le loyer, la mère va tout faire pour ne pas apercevoir ce fils qu’elle considère perdu et, la sœur, va peu à peu changer de position. Et c’est finalement la métamorphose de cette famille qui se produit au fil des pages, celle de Gregor ayant eu lieu dès le départ. D’une famille ne comptant que sur le fils aîné, nous passons à une famille qui se démène pour continuer à vivre et qui se retrouve à vouloir plus. Et pour avoir plus, il faut se débarrasser du fardeau qu’est Gregor, représentant la différence dans cette BD, l’être qui ne ressemble pas au moule attendu et qui vit le rejet, la stigmatisation. La métamorphose de cette famille, qui ne peut plus compter sur le travail de l’aîné, est évidente et reflète à la perfection notre société : ils n’ont plus besoin de Gregor et se désintéressent de lui puisqu’il leur fait honte. Ils ne lui sont en rien reconnaissants du travail qu’il a fourni pour eux. C’est d’une tristesse infinie, surtout parce que tout rappelle la réalité actuelle, les gens « différents » laissés de côté, les gens dont l’utilité n’est plus et pour qui nous n’avons même plus un regard.

La notion de temps est aussi fortement présente dans cette BD, à travers l’angoisse du retard pour Gregor au début, puis les jours qui passent sans qu’on ne puisse les dénombrer mais qui semblent longs, interminables, où nuits et jours se confondent… Ce temps aussi, considéré comme perdu par cette famille qui n’est plus capable de vivre normalement avec la présence de Gregor… Ce temps s’apparente fortement au monde du travail, au fait qu’il faut rentabiliser son temps à défaut de le considérer comme perdu, chose que les membres de cette famille ne semblaient pas réaliser jusqu’au moment où ils ont dû eux-mêmes mettre la main à la pâte. Comme un rappel de la stigmatisation de cette « société d’assistés » dont on nous parle sans cesse dès qu’il s’agit de trouver des responsables de la difficulté de la vie quotidienne.

La Métamorphose de Franz Kafka est une BD qui traite d’un problème actuel, dont la nouvelle d’origine a déjà plus d’un siècle. Un siècle et on se demande encore si le monde a changé et si nous avons réellement évolué. Une BD qui pousse à réfléchir et qui atteint parfaitement son but, avec des dessins inquiétants, des personnages déformés par leurs préjugés et leur égoïsme. Une lecture que je ne regrette pas !


Petite dédicace qui, c'est sûr, m'était destinée !


Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mercredi 28 mars 2018

Seul sur Mars de Ridley Scott (2015)

Je fais peu de critiques de films mais je m’y mets dans le cadre des Visionnages Communs Accros & Mordus de Lecture pour garder une trace de ces chouettes moments passés sur le forum.



Synopsis
Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. À 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver.

Mon avis
Seul sur Mars est un film de Ridley Scott, adapté du roman de science-fiction du même nom d’Andy Weir que je n’ai pas lu. Il est fort possible que je le fasse un jour pour pouvoir comparer les deux œuvres.

Lors d’une mission sur Mars, Mark Watney, biologiste, est laissé pour mort par le reste de l’équipage alors qu’une tempête force un décollage en urgence. Lorsqu’il se réveille, il prend conscience de la situation. Il ne peut contacter ses collègues ou encore la NASA et sait que la prochaine expédition n’arrivera pas avant plusieurs années. Dotée d’une rage de vivre puissante, Mark décide de tout mettre en œuvre pour survivre et trouver un moyen de contacter la Terre.

Les détails scientifiques ont su capter mon attention, notamment le petit côté MacGyver du héros, à travers la façon dont son ingéniosité lui permet de prolonger ses vivres, ses expéditions ainsi que sa motivation. Seul face à lui-même, le héros est son propre compagnon et c’est à travers des mini-vidéos qu’il tourne qu’il garde une trace de ses pensées ainsi que de ses journées. L’erreur sociale, sur la chatbox du forum, a d’ailleurs comparé ces passages à un vlog expliquant comment vivre pépouze sur Mars. Et, effectivement, on n’en est pas loin, c’est d’ailleurs un point qui a fini par me lasser même si j’en comprends l’intérêt.

En parlant de lassitude, j’ai trouvé le film trop long et notamment parce que je ne suis pas totalement entrée dans l’histoire. J’ai peu à peu décroché, attendant le dénouement mécaniquement, anticipant les obstacles prévisibles comme les tempêtes, les soucis techniques, les communications compliquées… Je n’ai regardé le film jusqu’au bout que parce que nous étions sur la chatbox à en discuter et que c’était franchement chouette.

Ce qui ne m’a pas lassée, par contre, c’est la vue. Les paysages utilisés pour imager la vue de Mars sont sublimes. Ces grandes étendues désertiques m’ont fait rêver et sont à mon sens le point fort de ce film. Les plans éloignés renforcent la solitude du personnage et poussent à l’introspection, au parallèle avec nos propres vies : ne sommes-nous pas seuls, nous aussi, face à nous-mêmes parfois ?

Bon, cette chronique est à l’image de mon implication dans le film : rapide et un peu superficielle mais je voulais garder une trace écrite de ce visionnage commun.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

lundi 16 octobre 2017

Blade Runner de Ridley Scott (1982)

Et c'est reparti avec un Visionnage Commun sur A&M : Blade Runner, version 1982 ! L'avantage, c'est que je découvre aussi des films que je n'aurais jamais regardés seule !



Synopsis
Dans les dernières années du 20ème siècle, des milliers d'hommes et de femmes partent à la conquête de l'espace, fuyant les mégalopoles devenues insalubres. Sur les colonies, une nouvelle race d'esclaves voit le jour : les répliquants, des androïdes que rien ne peut distinguer de l'être humain. Los Angeles, 2019. Après avoir massacré un équipage et pris le contrôle d'un vaisseau, les répliquants de type Nexus 6, le modèle le plus perfectionné, sont désormais déclarés "hors la loi". Quatre d'entre eux parviennent cependant à s'échapper et à s'introduire dans Los Angeles. Un agent d'une unité spéciale, un blade-runner, est chargé de les éliminer. Selon la terminologie officielle, on ne parle pas d'exécution, mais de retrait...

Mon avis
Blade Runner est un film de science-fiction assez librement adapté de Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick (que je n’ai pas lu) et dont une suite vient tout juste de sortir au cinéma.

C’est à travers le Visionnage Commun A&M que j’ai découvert ce film où l’humanité lutte contre des androïdes qu’ils ont créés : la machine a fini par dépasser le maître. J’ai eu énormément de mal à suivre le scénario, je n’ai d’ailleurs rien compris à l’intrigue initiale. J’ai cependant complètement adhéré aux thèmes évoqués et au message principal du film : je sais, ne pas comprendre la base du film mais comprendre le message caché, c’est bizarre… Mais c’est comme ça !

Les différentes scènes s’enchainent sans réel fil conducteur, et c’est ce qui fait que j’ai rapidement perdu pied. J’ai eu beaucoup de peine à faire le lien entre les éléments, les scènes, les personnages. C’est un style de cinéma que je ne maîtrise pas et qui me le rend bien. J’ai cependant beaucoup aimé l’esthétique du film, ce côté punk/gore dans les costumes, mais aussi la lumière. Le film datant des années 80, j’ai aussi souvent eu le sourire en voyant la vision du futur qu’il y avait à l’époque : les gadgets, les écrans, l’utilité des objets… Tout m’a paru bien kitsch avec le point de vue bien actuel.

Concernant le thème, j’ai beaucoup aimé la question principale qui se détache du film : qu’est-ce qu’une âme ? Finalement, les androïdes menacent l’humanité parce qu’ils sont doués de réflexion mais aussi parce qu’ils commencent à développer des sentiments. Quand la machine devient un être à part entière, quand peut-on dire qu’elle possède une âme ? À travers tout une symbolique visuelle, cette question revient, incessante : l’apparition de licornes est LE symbole qui a fait tilt dans ma tête. Quoi de plus pur et mystique qu’une licorne pour représenter l’âme ? Et qui a dit que l’âme était uniquement une caractéristique humaine ?

Au-delà de la science-fiction, Blade Runner pose la question de l’âme chez l’être humain : est-ce que l’âme est là dès notre conception ? Ou est-ce que c’est en se forgeant une identité, en grandissant et en faisant ses choix que l’être humain se construit son âme ? Question Ô combien intéressante quand on se penche du côté des croyances : en tant qu’athée, je préfère me dire qu’on crée notre âme en évoluant et apprenant la vie.

Malgré l’incompréhension générale du scénario et des scènes assez étranges, j’ai passé un excellent moment avec ce visionnage, notamment parce qu’on l’a regardé à plusieurs tout en discutant sur la chatbox du forum. On a bien rigolé et c’était chouette !

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mercredi 30 août 2017

Le Château de ma mère réalisé par Yves Robert d'après Marcel Pagnol

Et voici la suite du Visionnage Commun sur A&M avec le deuxième volet du diptyque.



Synopsis
Chaque fin de semaine et en été, le jeune Marcel Pagnol passe ses vacances en famille dans les collines du Garlaban, au-dessus de Marseille. Marcel a hâte de retrouver son « petit frère des collines », Lili des Bellons. Mais le trajet est long depuis la cité phocéenne. Joseph, le père de Marcel, décide alors de passer illégalement par les berges du canal pour raccourcir la marche de plusieurs kilomètres, ce qui n'est pas du goût d'Augustine, sa femme, angoissée à l'idée de traverser des propriétés privées. La famille Pagnol se fait bientôt surprendre dans les jardins du château de la Buzine appartenant à un ancien militaire.
Marcel s'éprend bientôt de la prétentieuse Isabelle Cassignol, fille d'un prétendu riche poète en vacances à La Treille. Aveuglé par l'amour, le jeune garçon délaisse bientôt sa famille et son ami Lili…

Mon avis
Le Château de ma mère continue de nous tracer l’enfance de Pagnol, mais avec cette sensation tragique, ce sentiment que la fin du film mène inévitablement à la fin de cette enfance heureuse et douce sous le soleil de la garrigue. Marcel grandit, change et commence à découvrir les affres de l’amour d’enfant. Il comprend aussi que son père n’est pas aussi tout puissant que ce qu’il croyait, que le monde n’est pas toujours ce qu’il parait être.

Comme La Gloire de mon père, Le Château de ma mère m’a encore une fois transportée dans ces paysages que j’aime, dans cette ambiance de vacances qui me rappelle mon enfance. Yves Robert a su à nouveau faire passer toutes les émotions à travers son film.

La menace pesant sur la fin de cette enfance qui se profile m’a encore prise aux tripes, même si je connaissais par cœur le déroulement de l’histoire. Cette façon de nous annoncer la fin d’une époque, d’une vie faire d’insouciance et de joie, comme Pagnol le disait si bien : « Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants. »

J’ai encore pris énormément de plaisir à revoir ce film avec Jacana pour le Visionnage Commun A&M.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mardi 29 août 2017

La Gloire de mon père réalisé par Yves Robert d'après Marcel Pagnol

Je me lance dans la critique de film, de façon très brève et simple, pour un Visionnage Commun sur A&M avec un film qui a bercé toute mon enfance.



Synopsis
Fils d'un instituteur marseillais, Marcel Pagnol passe ses premières années dans le monde de l'école où il se montre naturellement bon élève. Jeune adolescent, durant les grandes vacances de l'été 1904, il découvre les garrigues environnant Marseille et le Garlaban, auxquels il restera attaché toute sa vie. La vieille bastide louée par la famille devient le centre d'une sorte de paradis peuplé de personnages pittoresques dont Lili des Bellons, un jeune paysan qui deviendra son ami et l'initiera aux mystères des collines.
Son père et son oncle s'adonnent à la chasse et c'est un exploit de chasseur, un doublé de bartavelles, qui deviendra la gloire de son père.

Mon avis
J’ai grandi en regardant le diptyque réalisé par Yves Robert, revisionnant chaque été sans m’en lasser La Gloire de mon père et Le Château de ma mère. Je n’ai d’ailleurs jamais ressenti le besoin de lire les livres tellement ces films m’ont marquée, sûrement par peur de casser cette magie qui est née en moi dès mon plus jeune âge.

La Gloire de mon père nous transporte à Marseille puis dans la garrigue qui la surplombe à travers les souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. Ayant vécu à Marseille mais aussi ayant arpenté une partie de cette garrigue lors de ma formation, revoir encore une fois ce film m’a rappelé à quel point je me suis attachée à Marseille et ses environs.

Le film est fidèle à l’ambiance de la Provence que j’ai découverte et il offre une vision belle et émouvante du début du XXe siècle. La beauté de la garrigue est retranscrite à merveille à travers les images du film, le chant des cigales, cette impression de terre brûlée qui est aussi semblable à ma garrigue natale… Tout dans ce film me transporte.

La narration utilisant les mots de Marcel Pagnol apporte une touche émouvante et réaliste à l’ensemble, c’est d’ailleurs un des aspects que je préfère dans ce film, entendre cette voix, chargée d’émotion, peindre avec recul ces souvenirs mis en scène.

J’ai pris énormément de plaisir à revoir ce film avec Jacana pour le Visionnage Commun A&M. Il est désormais évident que je vais bientôt lire le livre pour enfin profiter de la plume de Marcel Pagnol dans son intégralité.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

jeudi 8 septembre 2011

Ma meilleure ennemie de Maggie Robb

Roman tiré d'un scenario de Gigi Levangie & Jessie Nelson & Steven Rogers & Karen Leigh Hopkins & Ron Bass. Film réalisé par Chris Columbus. Sorti en 1999 et adapté par Maggie Robb au format papier la même année.



Quatrième de Couverture
Jackie gère sans heurts apparent son divorce avec Luke, le père d’Anna et de Ben, jusqu’à l’arrivée d’Isabel dans la vie de son ancien mari. Dès lors, elle attise avec intelligence, la haine des enfants contre leur nouvelle belle-mère.
Un jour, pourtant, Jackie découvre qu’elle est atteinte d’un cancer. Tout bascule. L’épreuve devient révélation et bien des choses vont changer.
Un roman plein de tact traité avec une réelle sensibilité.


Mon avis

Le résumé de la quatrième couverture ne me semble pas exprimer la réalité de ce bouquin, du film qui est né avant le bouquin d’ailleurs. En réalité, il s’agit de l’histoire de Jackie, divorcée et mère de deux enfants de 7 et 11 ans, qui ne vit que par eux et pour eux. Ils sont son quotidien, ses envies, ses espérances, son passé, son présent et son futur. Elle fait tout pour eux. Et puis arrive Isabel, nouvelle copine de son ex-mari qui elle, semble être celle qui va partager la fin de la vie de celui-ci. Elle a peur que ses enfants voient en elle une nouvelle mère, une mère plus jeune, plus « cool », plus tout. C’est là qu’elle décide, sans s’en rendre compte, de transférer son mauvais jugement vers ses enfants qui mènent alors la vie dure à Isabel qui elle, de son côté, tente tout pour les rendre heureux et faire de son mieux. Jackie ne lui laisse rien passer car elle s’inquiète : la garde partagée lui laisse déjà un grand vide alors elle se dit qu’une nouvelle mère ne ferait qu’accentuer tout ça. Et puis vient le jour de l’annonce, non pas de son cancer, mais de sa rechute : une grosseur au sein qu’elle avait combattue un an plus tôt à coup de rayons et qui s’est finalement montrée plus forte… Elle commence à se rendre compte que c’est Isabel qui va l’aider, mieux que les autres, à surmonter ça et à se préparer : se préparer signifie pour elle être certaine que ses enfants continueront à vivre une belle vie une fois qu’elle ne sera plus là…

C’est une histoire de mise au point, de mise face à la réalité et de changement. La quatrième de couverture nous fait croire que c’est une rivalité entre deux femmes pour un homme alors que ça ne survient à aucun moment, pas un seul. Jackie ne regrette pas son divorce, elle regrette juste de ne pas avoir senti l’amour se détériorer.

Jackie et Isabel sont deux personnages forts de caractère et qui prennent tout leur sens au fil des pages. Jackie est une mère forte, une femme forte. Elle fait tout elle-même. Elle ne peut laisser personne lui prendre son rôle, elle sait qu’elle en est capable alors qu’elle ne sait pas ce que les autres peuvent faire ou non. Quand il s’agit de ses enfants, elle a peur : peur que quelque chose ne leur arrive donc elle s’occupe d’eux, les couves parfois trop de son amour. Cette réserve, cette force la poussent à vivre l’arrivée de son cancer seule et à le combattre une fois. La rechute, elle la vit seule, au début. Elle la cache et tente de faire bonne figure mais c’est peine perdue car Isabel l’observe et se rend compte que quelque chose cloche. Et puis une fois tout ça révélé, elle se laisse aider et elle apprend à lâcher du leste, à autoriser une autre qu’elle à s’occuper réellement de ses petits. Sa quiétude face à la mort est déconcertante et belle à la fois : elle se sent prête, ou presque, une fois qu’elle sait que ses enfants iront bien. Isabel, elle, est la confiance incarnée dans ce qu’elle fait puisque c’est ce qu’elle choisit : les enfants de Luke, elle ne les a pas choisis. Elle a peur, elle doute sans cesse et surtout, le poids du regard de Jackie dans son dos lui fait mal. Elle se bat pourtant, elle fait de gros efforts tout au long de cette histoire, c’est le personnage qui fait le plus de concessions, qui acceptent les merdes pour le bonheur des deux petits. Elle est belle dans cette façon d’être. Elle voit en Jackie un modèle qu’elle admire et qu’elle suit et c’est elle qui voit ce modèle se détériore et qui met les pieds dans le plat. Luke, lui, subit. C’est l’histoire de deux femmes ennemies qui vont se rapprocher et lui, il regarde. Il joue le tampon entre les deux aussi mais il ne se doute pas de la moitié des choses qui se produisent.

J’ai vu le film environ deux ou trois fois avant d’enfin lire le livre qui traine depuis des années dans la bibliothèque de ma mère. Pour ce qui est de l’histoire en elle-même, elle est juste sublime. Elle est prenante, belle, sincère et peut ressembler à celle de n’importe qui. Toutes les émotions et toutes les épreuves sont tellement proches de la réalité qu’on se laisse absorber du début à la fin. Les thèmes abordés sont banals et c’est ce qui rend tout ça si beau. En ce qui concerne le roman, et bien, en lui-même, je suis déçue : écrit à partir du scenario du film, il n’apporte pas beaucoup plus à l’histoire. On a l’impression de lire le script du film sans surprises ou ajouts. Le film est tellement bien fait que les détails sur le caractère des personnages apportés dans ses pages sont déjà visibles dans l’œuvre de Columbus. L’histoire est superbe mais si vous avez vu le film, il n’est pas utile de lire le livre. Pour l’inverse : regardez-le car les actrices sont justes parfaites !

Une superbe histoire à voir à l’écran, à lire si vous préférez le format papier mais où les deux ne sont pas nécessaires.

Âmes sensibles : équipez-vous de mouchoirs !