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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Mes lectures sont éclectiques tout en étant de plus en plus engagées vers la tolérance, l'ouverture d'esprit, les cultures différentes et le féminisme. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

dimanche 13 janvier 2019

Souvenirs d'enfance, Tome 2 : Le Château de ma mère de Marcel Pagnol

Je ne pouvais pas lire La Gloire de mon père sans poursuivre avec Le Château de ma mère où j'ai à nouveau retrouvé toutes ces superbes émotions que Marcel Pagnol avait fait naître en moi avec le premier tome.



Quatrième de Couverture
Le plus beau livre sur l'amitié enfantine : un matin de chasse dans les collines. Marcel rencontre le petit paysan, Lili des Bellons. Ses vacances et sa vie entière en seront illuminées.
Un an après La Gloire de mon père, Marcel Pagnol pensait conclure ses Souvenirs d'enfance avec ce Château de ma mère (1958), deuxième volet de ce qu'il considérait comme un diptyque, s'achevant sur la scène célèbre du féroce gardien effrayant la timide Augustine. Le petit Marcel, après la tendresse familiale, a découvert l'amitié avec le merveilleux Lili, sans doute le plus attachant de ses personnages. Le livre se clôt sur un épilogue mélancolique, poignante élégie au temps qui a passé. Pagnol y fait vibrer les cordes d'une gravité à laquelle il a rarement habitué ses lecteurs.
Je vis un garçon de mon âge qui me regardait sévèrement.
"Il ne faut pas toucher les pièges des autres, dit-il. Un piège, c'est sacré !
- Je n'allais pas le prendre, dis-je. Je voulais voir l'oiseau. ''
Il s'approcha : c'était un petit paysan. Il était brun, avec un fin visage provençal, des veux noirs et de longs cils de fille. "

Mon avis
C'est avec un pur plaisir que j'ai rencontré à nouveau Lili des Bellons, que je ne connaissais à travers les films. L'amitié qui naît entre lui et Marcel est belle, pure, elle illustre toute l'innocence de l'enfance, l'amour brut et sans fioritures qu'offrent les enfants sans condition. Lili et Marcel sont unis par cet amour de la garrigue, cette garrigue que Lili connaît par coeur et qu'il partage sans limite avec son nouvel ami. C'est un réel plaisir que de les accompagner dans leur vagabondage au fil des pages, que de sentir les odeurs de cette nature sèche à leurs côtés. J'entendais les cigales, je sentais cette délicate odeur de thym que j'aime par-dessus tout. Je pouvais sentir l'humidité, le ciel se charger avant d'exploser en un orage grondant toute sa colère. Marcel Pagnol a l'art de choisir les mots justes pour toucher droit au coeur.

Après avoir fait l'éloge de son père, de ce héros qui devient faillible qu'il aime alors plus encore dans le premier tome, Marcel Pagnol rend hommage à sa mère, la femme de sa vie, cette mère qu'il n'aura de cesse de vouloir protéger tout au long de sa vie à ses côtés, cette femme douce et fragile, qu'il aime sans borne. Augustine est une femme tendre, douce mais qui sait imposer sa volonté à sa manière, àa la manière d'une mère. De santé fragile, on sent pourquoi Marcel a cette constante envie de la couver alors que c'est lui, l'enfant. Il voit en elle un être fort à l'intérieur mais à l'enveloppe trop douce pour affronter les écorchures de la vie. La fin de ce deuxième tome nous offre d'ailleurs un bond dans le temps où l'on découvre que la véritable enfance de Marcel prend fin à la mort de sa mère, sa chère Augustine.
Le premier tome était ancré dans le présent du récit, l'orgueil de son père à la fin montrant un tournant dans l'esprit de Marcel, la preuve qu'il n'était pas un dieu, mais un tournant qui le laissait encore profiter de son enfance. Ici, son innocence présente disparait dans le futur de cette narration, un futur qu'il s'est senti obligé d'aborder pour aller au bout de son hommage à sa mère.

Des années après avoir vécu les événements, Marcel Pagnol a su encore retrouver son âme d'enfant pour décrire avec subtilité et douceur ses jeunes années et sa passion pour ses chères collines. J'aime ses mots, j'aime ses phrases, sa ponctuation et l'âme qu'il a su mettre dans ses écrits.

Si vous n'êtes toujours pas convaincus que lire Marcel Pagnol est une expérience à vivre, alors je ne peux plus rien faire pour vous convaincre.

« Mais dans les bras d'un églantier, sous des grappes de roses blanches et de l'autre côté du temps, il y avait depuis des années une très jeune femme brune qui serrait toujours sur son cœur fragile les roses rouges du colonel. Elle entendait les cris du garde, et le souffle rauque du chien. Blême, tremblante, et pour jamais inconsolable, elle ne savait pas qu'elle était chez son fils. »

« Telle est la vie des hommes. Quelques joies effacées par d'inoubliables chagrins.
Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants.
»



Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 6 janvier 2019

Souvenirs d'enfance, Tome 1 : La Gloire de mon père de Marcel Pagnol

Je poursuis mon hommage à Marseille avec cette lecture qui me tenait vraiment à coeur et qui est un véritable coup de ♥ de mon été 2018.



Quatrième de Couverture
Marcel Pagnol raconte, en qualité de témoin, les personnages de son enfance et la vie dans la famille d'un instituteur d'Aubagne, qui va s'animer avec la location d'une bastide dans la garrigue de l'arrière-pays marseillais où ils vont passer les grandes vacances. Cette villa dont rêve Marcel depuis toujours se nommera la Bastide neuve, il y passera les plus beaux jours de sa vie.

On y voit comment le petit Marcel parvient à épanouir peu à peu sa personnalité, celle d’un fils aîné de Provence, passionné par la lecture et les aventures dans les collines, partagé entre son amour exclusif pour la belle couturière, éternelle jeune fille incarnée par Augustine, qui sera une mère tendre et discrète, et l’admiration pour son père, Joseph le maître d’école, anticlérical et anti-alcoolique, mais profondément humain. Il ne deviendra complètement son héros qu’en lui prouvant qu’il aime autant que lui ses chères collines, glorifié par un exploit de chasse. L’enfant se débat entre ses rêves et les découvertes parfois angoissantes de la réalité du monde où il vit : Les adultes peuvent aussi mentir...

Sentir qu’il est aimé et entouré, parvenir à être fier de ses parents et de lui-même est le défi même de cette belle et poignante histoire.... à la fois unique et universelle.

Mon avis
J’ai grandi en regardant chaque année (voire plusieurs fois par an même) les films adaptés des romans de Marcel Pagnol, La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, réalisés par Yves Robert. Ces films, c’est ma maman qui me les a fait découvrir et je l’en remercie parce qu’ils font partie de mes classiques, parce que je les regarde inlassablement et que je les connais par cœur. Ces films me rappellent mon enfance, mon caractère aussi, mon amour pour ma propre garrigue, celle de l’Occitanie.
Et maintenant je peux dire qu'ils sont une adaptation fidèle et magique des livres (à quelques détails près qui ne changent rien à la beauté de l'oeuvre).

Pendant des années j’ai repoussé le moment de lire enfin les mots de Pagnol, mots que je savais aimer puisque présents partout dans ces films que j’aime tant. J’ai finalement attendu le moment de quitter Marseille, cette ville où j’ai vécu trois ans, pour faire naître une grande nostalgie en moi tout en me laissant bercer par la magie de l’écriture de Pagnol.

À travers une écriture poétique, marquée inconsciemment par cet accent provençal si doux et chantant, Marcel Pagnol nous entraîne dans le souvenir de la première partie de ses vacances dans les collines qu’il aimait tant, ces collines qu’il décrit avec un amour pur et sans fioriture, un amour qui me bouleverse encore et encore, un amour qui fait écho en moi.

Le premier tome de ces Souvenirs d’enfance gagne en puissance notamment parce que Marcel Pagnol se replonge dans l’esprit du petit garçon qu’il était à l’époque, il utilise les mots qui lui traversaient l’esprit à cette époque, ces mots qu’il chérissait et collectionnait, ces mots touchants par leur naïveté parfois, mais qui restent tout de même aligné, cela se sent, par un adulte. Mais un adulte qui n’a pas oublié son âme d’enfant, un adulte qui se souvient de son état d’esprit, de ses rêves, de ses espoirs, de sa vie à cette époque. Et c’est en ça que l’écriture de Pagnol en est plus touchante : écrivain de talent, maître dans l’usage des mots, c’est en teintant ses phrases de cette âme d’enfant qu’il nous ramène à cette douce époque de l’innocence, de l’insouciance, où tout ce qui était terrible à nos yeux était simplement la fin des grandes vacances.

C’est avec un plaisir immense et des étoiles plein les yeux que j’ai dévoré ce livre tout en le savourant, relisant certains passages plusieurs fois tellement je les ai aimés. Et, surtout, les teintant de mon propre accent, à le fois proche et différent de celui de cette Provence qui a su gagner mon cœur ces trois dernières années.

Si vous n’avez jamais lu Pagnol, foncez. C’est doux, c’est fort aussi et ça se déguste comme une bonne rasade de jus de citron frais l’été, sous les pins, au rythme du chant des cigales, avec l’odeur du thym sur les mains (oui, dès que je me balade en garrigue, je frotte mes mains avec du thym).

« Ce que j’écoutais, ce que je guettais, c’était les mots : car j’avais la passion des mots ; en secret, sur un petit carnet, j’en faisais une collection, comme d’autres font pour les timbres.
J’adorais
grenade, fumée, bourru, vermoulu et surtout manivelle : et je me les répétais souvent, quand j’étais seul, pour le plaisir de les entendre.
Or, dans les discours de l’oncle, il y en avait de tout nouveaux, et qui étaient délicieux :
damasquiné, florilège, filigrane ou grandioses : archiépiscopal, plénipotentiaire.
Lorsque sur le fleuve de son discours je voyais passer l’un de ces vaisseaux à trois ponts, je levais la main et je demandais des explications qu’il ne me refusait jamais. C’est là que j’ai compris pour la première fois que les mots qui ont un son noble contiennent toujours de belles images.
»

« Sous sa casquette de travers, il mâchonnait nerveusement une tige de romarin, et hochait une triste figure. Alors, je bondis sur la pointe d’un cap de roches, qui s’avançait au-dessus du vallon et, le corps tendu comme un arc, je criai de toutes mes forces : « Il les a tuées ! Toutes les deux ! Il les a tuées ! »
Et dans mes petits poings sanglants d’où pendaient quatre ailes dorées, je haussais vers le ciel la gloire de mon père en face du soleil couchant.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

lundi 31 décembre 2018

Une fille facile de Louise O'Neill

J’ai lu ce livre d’une traite ou presque, cet été, alors que ma coloc de l’amour venait de se l’acheter. Je le lui ai même un peu abîmé à coup d’eau de mer (pardon, je t’aime Lo) parce que je ne pouvais plus le lâcher, même au bord de l’eau.



Quatrième de Couverture
« Quand tu prononces un mot comme celui-ci, tu ne peux plus faire marche arrière. Fais comme s’il ne s’était rien passé. C’est plus simple comme ça. Plus simple pour toi. »

Emma a dix-huit ans, c’est la plus jolie fille du lycée. En plus d’être belle, elle est pleine d’espoir en l’avenir. Cette nuit-là, il y a une fête, et tous les regards sont braqués sur elle.
Le lendemain matin, ses parents la retrouvent inanimée devant la maison. Elle ne se souvient de rien. Tous les autres sont au courant. Les photographies prises au cours de la soirée circulent sur les réseaux sociaux, dévoilant en détail ce qu’Emma a subi. Les réactions haineuses ne se font pas attendre ; les gens refusent parfois de voir ce qu’ils ont sous les yeux. La vie d'Emma est brisée ? Certains diront qu'elle l'a bien cherché.

Mon avis
Je ne vais pas résumer le synopsis de ce bouquin mais me contenter d’abord les points importants à mes yeux. Une fille facile traite du viol du point de vue de la victime mais, ici, la victime culpabilise. La victime se place comme responsable de son viol, et le voit comme sa propre erreur de parcours. Emma encaisse, elle garde la tête haute, au début, persuadée que sa place dans la hiérarchie sociale de son lycée et même de sa ville suffira à faire oublier cet épisode. Elle s’excuse. Elle regrette d’avoir mis ses agresseurs dans cette situation.

Et tout au long du roman, son corps et son esprit divaguent. Elle ne se voit que comme les bouts de sa chair qui circulent en photo sur les réseaux sociaux. Elle perd peu à peu son humanité dans ses propres yeux. Elle, la victime, se retrouve à s’effacer, à effacer sa place en tant qu’être humain. Elle se coupe des autres, du monde, de sa personnalité, de ce qu’elle est. Elle regrette. Elle voudrait tout effacer. Ce n’est même pas le viol en lui-même, son agression, qu’elle souhaite effacer, mais toutes les conséquences qui en découlent.
Et c’est là le cœur du roman. Nous vivons dans une société où l’on apprend aux femmes à se protéger des violeurs plutôt que d’apprendre aux hommes qu’il ne faut pas violer. On doit être constamment sur nos gardes parce que la société est incapable d’expliquer aux êtres humains que le corps des femmes n’est pas un objet public dont on peut user et disposer à l’envie. Emma ne se considère plus que comme un bout de viande. Quand elle se regarde dans le miroir, tout ce qu’elle voit, c’est les photos en gros plan de son corps, ces parties dissociées. Elle ne se sent plus entière, elle n’est que des morceaux assemblés qui lui ont été pris par ces hommes, ces garçons qu’elle connait bien, en qui elle avait confiance.

Emma est la méchante de cette histoire dans le regard des autres, elle est celle qui fait naître le scandale, celle qui a trop bu, celle qui allume, celle qui mérite ce qui lui arrive. Et c’est révoltant. C’est révoltant parce que, sous couvert de fiction, c’est ce qui arrive tous les jours, c’est ce qu’on dit aux femmes. Même sous la compassion il y a ces mots, ces phrases « Mais tu devais bien te douter qu’il y avait un problème » « Tu n’aurais pas dû t’habiller comme ça » « Tu vois, à force de te frotter à des inconnus… »
Une fille facile dénonce tout ce qui fout la gerbe dans notre société soi-disant évoluée. Une fille facile nous rappelle encore que la victime est bien plus jugée que le ou les agresseurs. Parce que porter plainte, subir les interrogatoires, le procès, l’exposition de sa vie privée, de son intimité… C’est autant d’obstacles à la dénonciation que de conséquences d’une agression sur une personne. Parce qu’elle a été violée Emma devra justifier toute sa vie chacun de ses actes avant et pendant cette soirée, même après. Alors que ce sont les agresseurs les bourreaux, les coupables. Être une victime c’est voir sa parole remise en cause, c’est revivre sans cesse la scène à mesure qu’on doit la raconter, c’est devoir affronter encore et encore un souvenir déchirant, c’est devoir rappeler inlassablement que c’est l’agresseur le coupable, celui qui a agi sans consentement.

La fin de ce roman est un coup dans le cœur mais elle est criante de réalité : en Irlande, les agresseurs s’en sortent souvent. Rappelez-vous le procès récent où un violeur a été acquitté parce que sa victime portait un string ? Et il n’y a pas qu’en Irlande que cela arrive. Pourquoi ? Parce qu’on élève filles et garçons en leur faisant croire que le viol c’est l’inconnu bizarre qui va t’entraîner dans sa cave. On tait le fait que, dans la majorité des cas, le viol est commis par quelqu’un qu’on connait, dans une situation où il n’y pas toujours de violence, avec cette foutue zone grise qui est encore un moyen de dire « oui mais peut-être que ». Une fille facile est une grosse claque qui rappelle que le monde dans lequel on vit ne tourne pas rond, que le corps des femmes reste un appel au sexe quelle que soit notre tenue et que, quoi qu’il arrive, on est toujours un peu coupable de ce qui nous arrive dans les yeux des autres. Une fille facile me pousse à toujours plus parler de féminisme, à rappeler aux gens, hommes comme femmes, que le consentement c’est pas compliqué, que tant que des romans comme celui-là reflèterait encore la réalité il faudra se battre.
Une fille facile est un roman fort parce que tout est fait pour que l’héroïne agace au début, pour que le lecteur en vienne à se dire à un moment « mais qu’elle est conne » dans le but de lui rappeler que personne ne mérite ça. Personne. Pas même les gens qui nous irritent, pas même ceux que nous n’aimons pas. Personne ne mérite de subir une agression, d’être maltraité, d’être réduit à un simple corps sans âme. Personne ne mérite d’être une victime que l’on place ensuite sur l’échafaud pour l’ériger en coupable.

Une fille facile est à mettre entre toutes les mains des personnes qui pensent encore qu’on se fait violer uniquement parce qu’on l’a bien cherché. C’est un roman à lire pour comprendre à quel point réduire une personne à l’état d’objet lui fait oublier qu’elle est un être humain avant. C’est un roman à lire pour ne pas oublier que le chemin à parcourir est encore long.

Et je vous laisse trois citations montrant l'essentiel (même si il y a encore des tas de passages significatifs à relever) :

« Les jupes au ras des fesses , les hauts échancrés jusqu'au nombril, et elles boivent toutes trop et trébuchent dans les rues, elles poussent au crime, et quand ce qui doit arriver arrive, elles se plaignent et se mettent à pleurnicher. Comme disait votre autre intervenant, à quoi d'autre peuvent- elles s'attendre ? »

« C’est dommage qu’Emma ait eu plus de dix-huit ans à l’époque sinon, il auraient pu être poursuivis pour possession et diffusion d’images pédophiles. Tellement plus simple à prouver que le problème du consentement. »

« On téléphone pour dire que je l'ai bien mérité. On dit que je l'ai bien cherche. Dans un premier temps, ca m'a fait mal d'entendre ce qu'on disait de moi. J'ai beaucoup pleuré au début. Je ne devrais probablement pas écouter. Mais personne ne me racontera rien. J'ai l'impression en permanence de finir un puzzle avec quelques pièces manquantes. »


Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 30 décembre 2018

La fabrique du monstre de Philippe Pujol

Je me rends compte que lorsque je suis touchée par un livre, lorsqu'il fait vibrer mes convictions, mon avis devient plus long, plus personnel, moins tourné vers la chronique littéraire et plus vers l'exercice du partage de l'effet viscéral qu'il a eu sur moi. La fabrique du monstre est de ce livres qui m'ont touchée et qui m'ont marquée d'une façon telle que, même des mois après, je suis capable de disserter dessus sans m'arrêter.



Quatrième de Couverture
Philippe Pujol, prix Albert-Londres 2014, s’est fondu pendant dix ans dans le quartier le plus pauvre d’Europe, à Marseille.
Il sait fabriquer du cannabis coupé à l’huile de vidange. Il pénètre les HLM immondes, dégradés à dessein, où se pratique un culturisme stéroïdé, et repère les gosses guetteurs ou les nourrices planquées. Il se penche avec les flics de la BAC Nord, désabusés, sur les cadavres de minots de 20 ans assassinés, une Rolex à 5 000 euros au bras. Il écoute les plaintes des mères qui noient leur temps dans l’alcool et les médicaments.
Depuis 2004, il est l’un des rares à faire corps avec cette inhumanité-là. En toile de fond de cette grande misère, il décortique le système qui gangrène la région PACA : grand banditisme, corruption, clientélisme, conflits d’intérêts autant de facteurs qui d’année en année, contribuent à fabriquer ce monstre.

Mon avis
Mon livre contient encore quelques grains de sable récoltés involontairement au cœur des calanques où j’ai lu ce livre avec avidité cet été, savourant mes derniers moments marseillais tout en me plongeant dans le chaos qui anime cette ville que j’ai aimé fort pendant trois ans.

Philippe Pujol est ce qu’on peut appeler un spécialiste des quartiers nords de Marseille, ces quartiers utilisés par la presse nationale pour faire frémir les gens et leur faire croire que Marseille est une ville dangereuse, sournoise, vulgaire aussi. Philippe Pujol est de ces personnes qui vont au fond des choses, qui creusent pour montrer l’envers du décor et, surtout, ceux qui actionnent les ficelles auxquelles sont pendues les marionnettes misent sur le devant de la scène.

Marseille, c’est une ville vivante, une ville chantante, où la Bonne-Mère surplombe tout le monde, les forts comme les faibles, les voyous étiquetés comme ceux couverts de paillettes et de vernis. La Bonne-Mère les protège tous sans distinction, s’élevant au-dessus de chacun. Même moi, en tant qu’athée, j’aimais chercher Notre-Dame de la Garde dès que je posais le pied à Marseille, comme un petit rituel rassurant, et je souriais à chaque fois que je la regardais, même quand ça n’allait pas.
Et la Bonne-Mère est bien la seule des sommets à exercer sa bienveillance sur les Marseillais. C’est là tout le tragique de cette ville.

En commençant par nous décrire la misère des quartiers nords, Philippe Pujol creuse doucement la surface. On rencontre des gens qui cherchent à survivre, des anciens qui ne reconnaissent plus les méthodes violentes des voleurs d’aujourd’hui, des jeunes qui n’ont pas d’autre choix que d’entrer dans les réseaux de deal pour être, ironiquement, « tranquilles », des parents qui ont perdu la chair de leur chair dans une guerre de territoire où l’herbe et la résine côtoient sans problème poudres et produits plus liquides. Quand le jeune dealer amasse de quoi se payer le dernier Iphone, persuadé d’atteindre le sommet, il ne voit pas que le haut de la pyramide s’achète un nouveau palace dans un pays où il ne mettra jamais les pieds. Parce que c’est ça, Marseille. Ce n’est pas le petit dealer qui cultive son herbe dans son jardin et qui vend son surplus, c’est le gros magnat, comparable à un actionnaire du CAC40 qui possède tellement d’employés qu’il pourrait faire pâlir les plus grosses boîtes du pays grâce à son bénéfice net. Et ces têtes de file, personne ne les connait. Une chose est sûre, elles ne sont pas dans les quartiers et leurs hauts-gradés fidèles donnent déjà un aperçu de l’argent que génère la drogue. Il y a trente ans déjà, les enquêtes de police sur les réseaux de drogue étaient stoppées net dès que ça commençait à remonter dans les sphères de l’état, dès que ça passait la limite (cette source m’est personnelle, à vous de me croire ou non).
Ces Marseillais parqués dans les quartiers nords, à qui l’on offre que de fausses solutions pour s’en sortir permettent à ceux qui s’en mettent plein les poches d’obtenir ce qu’ils veulent : les soulèvements, les violences, les casseurs… Il faut de bons pions pour leur monter la tête et leur dire « regardez, ils vont nous prendre le peu que nous avons, il faut aller casser ici, ne les laissez pas faire ». Et le lendemain, ces mêmes personnes se pointent et demandent : « Avez-vous besoin d’un service de sécurité privé pour éviter qu’on ne vienne encore visiter votre chantier ? J’en possède un, c’est bien pratique. » Marseille, c’est comme ailleurs : on se sert de la misère du monde pour parvenir à ses fins.

Puis, ensuite, au milieu du carnage que les fondations de la pyramide subissent pour enrichir des gens qu’ils ne connaissent pas, comme dans le monde de la légalité finalement, Philippe Pujol creuse un peu plus et nous montre jusqu’où la gangrène s’est frayée un chemin : dans chaque administration, dans chaque arrondissement, dans chaque mairie. Comme dans une guerre, les soldats, ces revendeurs des quartiers nords, sont la chair à canon et les figures publiques qui dénoncent à tour de bras cette violence sont finalement tout autant impliquées dans la guerre, mais jouant de loin, déplaçant simplement des pions sur une carte.

Il creuse Philippe Pujol, encore et encore, en nous décrivant le monde politique de Marseille pourri jusqu’à la moelle, où même les élus issus des plus basses classes sociales en viennent à oublier leurs origines pour vivre dans ces tours d’ivoire qu’on leur propose. Et si possible, avec piscine au bord de la Corniche, évidemment. Ce monde politique où d’anciens du FN peuvent gentiment se revendiquer du PS tout en organisant encore des petites sauteries avec les copains aux idées flirtant avec le nazisme (et ce n’est qu’un euphémisme), ce monde politique où il faut laisser les quartiers populaires tomber en ruines pour ensuite tout raser et reconstruire pour une population bourgeoise qui dénature peu à peu l’âme de Marseille.

C’est là qu’on peut mesurer l’ampleur de la situation, surtout récemment avec la tragédie de la rue d’Aubagne, où des morts ne font que rendre les Marseillais plus engagés encore face à un maire qui continue de fermer les portes de la discussion et de l’élan solidaire. On laisse le centre s’enliser dans l’espoir de virer les gens pour cause d’insalubrité et accueillir ensuite des immeubles de standing. On regrette d’avoir laissé les épiceries et les kebabs s’installer sur la Canebière parce que, bon, maintenant, il faudrait quand même que les touristes y trouvent le luxe à la hauteur de leurs moyens. Merci Gaudin.

Marseille est une ville de la diversité, de l’entraide, du militantisme, de la tolérance et c’est tout ce qu’on ne montre jamais à la télévision. Il faut avoir passé du temps dans les rues de la ville, dans ses quartiers chaleureux pour le savoir, il faut avoir croisé la route de vrais Marseillais qui ne quitteraient jamais leur belle ville, de ces non-Marseillais qui ont décidé d’y faire leur vie après en être tombés amoureux. De ces gens de passage, comme moi, qui en gardent un souvenir merveilleux, qui sont passés du scepticisme à l’amour total pour une ville chargée d’histoire et de joie de vivre. Mais cette joie de vivre ne peut perdurer que si l’on y laisse les gens vivre.

Il aura fallu que je sois sur le départ pour enfin découvrir la plume de Philippe Pujol et je ne regrette rien, si ce n’est que je vais devoir acheter ses autres ouvrages tellement ce qu’il propose me transporte. Prise aux tripes, je n’ai pas réussi à lâcher ce livre avant la fin et j’y ai retrouvé des « faits divers » lus à l’époque dans les journaux mais, cette fois, chargés de l’histoire de fond et de la réalité du fatalisme vécu par les habitants des quartiers, nords ou centre finalement.

Découvrez Marseille, aimez-la ou détestez-la, mais plongez dans son histoire à travers le travail de Philippe Pujol. Vous perdrez peut-être un peu de votre foi en l’humanité d’un côté mais vous y gagnerez paradoxalement un peu de tolérance et une envie de changer les choses. Vous comprendrez un peu mieux cette Marseille militante qu’on ne montre que trop peu sur les chaînes nationales, de peur que cette solidarité et cet engagement se propagent partout en France.

« La violence, la drogue, l’affairisme, les magouilles, la corruption, le béton, l’élection, le racisme… Pour la France, et d’autres pays qui s’intéressent à nous, Marseille est une aventure à elle seule, sans avoir besoin de voyager. Elle constitue aussi une sorte de soupape de sûreté pour libérer la pression trop forte des problèmes refoulés dans l’Hexagone.
Comme si elle était seule, comme si elle était l’exception, comme s’il fallait accepter, fataliste, la figure du monstre.
« C’est pas pareil, c’est Marseille. »
Pourtant, non. La plus jolie ville de France ne cache pas ses blessures. Elle est sincère. C’est tout.
Cette ville n’est tout simplement que l’illustration visible des malfaçons de la République française.
»

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 29 décembre 2018

Nickel Blues de Nadine Monfils

Une chronique floue pour une lecture qui ne m'a pas emballée plus que ça et qui date de cet été (oui j'ai presque six mois de retard, so what ?). J'avais quand même envie de poster une chronique parce que j'avais le bouquin sous les yeux, dans la pile des livres lus cette année et que j'ai envie de terminer l'année 2018 sous le signe de la productivité !



Quatrième de Couverture
Ça se passe en Belgique. Deux ados, Ralph et Tony Boulon, décident de ne pas accompagner leurs parents en vacances. Après un mois de nouba dans le pavillon familial, les deux frères se réveillent complètement dans le cirage. Ils découvrent la maison sens dessus dessous : la baignoire est remplie de vaisselle, des capotes pendent au lustre et le canari est retrouvé calciné dans le four ! Seul Bubulle, le poisson rouge, est sauvé in extremis, surnageant dans des eaux douteuses. Gros problème : les parents rentrent le lendemain et les frangins ont une touffe de poils dans la main. L'aîné a soudain une idée géniale : kidnapper une nana du coin pour faire le ménage. Mais les choses ne se passent pas exactement comme prévu, Ralph et Tony se retrouvant embarqués malgré eux dans une aventure rocambolesque.

Humour noir et suspense sont au rendez-vous de ce roman jubilatoire dont on ressort essoufflé et réjoui.

Mon avis
L’écriture de Nadine Monfils est toujours aussi incisive et divinement accrocheuse, les répliques de ses personnages sont toujours aussi drôles mais, comme je m’en suis rendu compte avec La petite fêlée aux allumettes, j’ai eu ma dose. Toujours autant d’absurde dans ses histoires, ses personnages, le fil des enquêtes et c’est ce qu’on aime dans ses bouquins mais je n’accroche plus.

À travers des personnages tous plus tordus que les autres, Nadine Monfils nous offre un spectacle où il est difficile de différencier la queue de la tête, si on les trouve, et montre une nouvelle fois que de l’absurde peut naître un roman divertissant, drôle et véhiculant aussi deux trois messages grâce à ses stéréotypes dont on raffole.

Je ne suis plus intéressée par ce qu’elle propose mais je me dis que, si l’envie de lire ce genre revient un jour, c’est clairement vers ses romans que je me tournerai parce que j’aime son écriture même si parfois elle m’exaspère. Nadine Monfils est bonne dans ce qu’elle écrit et je sais que c’est une valeur sûre dans le domaine. Je garderai toutefois en tête, suite à cette lecture, que la série Mémé Cornemuse me plait bien plus que le reste.

Les amateurs de sa plume et son univers y trouveront sûrement leur compte (même si rien ne vaut Mémé Cornemuse en personnage principal, il faut le dire) et ceux qui aiment les histoires tordues, sans queue ni tête, devraient particulièrement apprécier ce qu’elle fait. Une lecture à prendre au trouzemillième degré.

« Sa grand-mère, c’était son Bon Dieu, son nez de clown, son ciel d’étoiles. Et il l’aimait « grand du ciel », comme il lui disait quand il était petit. Il savait que le jour où il la perdrait, il grandirait d’un coup, parce qu’il se sentirait seul dans « son monde », celui qu’elle avait toujours partagé avec lui. Un monde qui flottait au-dessus de la terre, dans une bulle bleue. »

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