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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Mes lectures sont éclectiques tout en étant de plus en plus engagées vers la tolérance, l'ouverture d'esprit, les cultures différentes et le féminisme. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

mardi 20 août 2019

Les fleurs d'Hiroshima d'Edita Morris

J’ai lu Les fleurs d’Hiroshima dans le cadre d’une Lecture Commune sur le forum Accros & Mordus de Lecture le mois dernier après que Jacana (Cinquième de Couv') a envoyé plusieurs exemplaires au membre du forum (une vraie perle ♥).



Quatrième de Couverture
Un jeune Américain, employé par une compagnie de navigation, loue une chambre dans une famille japonaise. Rien de plus simple, mais cette histoire se passe à Hiroshima. Et, peu à peu, malgré la pudeur, la fierté et le stoïcisme de ses hôtes, Sam découvrira un à un les secrets des survivants de la bombe : les souvenirs affreux d'une nuit unique dans l'histoire de l'humanité et les peurs atroces qui assombrissent l'avenir. Enfin, tout parle de la mort atomique jusqu'aux fleurs blanches qui, pour honorer les disparus, descendent le cours du fleuve. À la fin de ce livre, qui obtint en 1961 le prix ALBERT SCHWEITZER, le lecteur se sent tenté de dire, comme Sam l'Américain : « Merci, merci pour tout ce que vous m'avez appris. C'est grâce à vous que j'ai compris ce que signifiait Hiroshima ». Plus jamais Hiroshima.

Mon avis
Les fleurs d’Hiroshima est de ces romans qui, sous couvert de fiction, permettent d’appréhender une réalité dérangeante. Sam, jeune américain à l’avenir prometteur, profite d’un séjour à Hiroshima pour se plonger dans la culture japonaise en louant un lit au sein d’une famille de la région. Yuka est persuadée qu’elle peut donner l’illusion d’une vie agréable à son hôte, au milieu de ses enfants, son mari et sa sœur cadette. Seulement, la tragédie d’Hiroshima ayant eu lieu quinze ans plus tôt a laissé des marques qui ne sont visibles qu’aux yeux des gens attentifs, qui savent voir au-delà des apparences.

À travers le personnage de Sam, le monde occidental montre à quel point se bercer d’illusions permet de de croire que tout va bien, que la guerre et ses horreurs sont loin derrière. Pourtant, il faudrait être bien naïf pour croire que les effets d’une bombe nucléaire d’envergure ont disparu aussi vite qu’ils sont arrivés, non ?
C’est sans compter sur la réserve culturelle des Japonais, sur leur façon de faire en sorte de préserver les apparences, de ne pas froisser leurs anciens ennemis. Yuka incarne ces victimes du passé qui cherchent à relever la tête tout en faisant preuve de réserve, elle cherche à ne montrer que la lumière à Sam, en cachant dès que possible les zones d’ombres, en planquant la poussière sous les tapis pour masquer le délabrement de ces vies qui accusent encore le coup, qui restent marquées à jamais.

Le drame d’Hiroshima ne s’est pas arrêté après l’explosion de la bombe, il continue à s’écouler dans le sang des victimes collatérales, celles qui ont le corps marqué comme l’âme brûlée. Les radiations agissent encore, insidieusement, lentement avec plus ou moins de violence. Ceux qui portent les traces du drame sans pouvoir les cacher sont exclus de la société, ils sont les murs abîmés que l’on cache sous une peinture douce à défaut de pouvoir les réparer. Et puis il y a ceux qui savent que leurs fondations sont ébranlées malgré une structure en apparence solide, qui craignent le moindre choc violent qui pourrait tout faire voler en éclat. Il y a ces jeunes générations qui ne sont pas certaines de pouvoir un jour donner la vie à autre chose qu’une marque de l’horreur du passé, comme Ohatsu, la petite sœur de Yuka, qui décide de refuser de prendre le risque. Mais dans une société où la famille est le pilier de la vie, où une femme n’a d’autre espoir que de fonder un foyer avec des enfants en bon santé et un mari à la situation enviable, que reste-t-il à Ohatsu pour envisager un avenir ? Et ces fleurs, déposées dans les eaux de la ville pour apaiser les âmes torturées des défunts, sont-elles suffisantes pour ne plus voir sans cesse leurs chairs à vif et la douleur dans leurs yeux ?

Les fleurs d’Hiroshima est un roman qui permet de ne pas oublier les victimes silencieuses d’un conflit aussi important que la Seconde Guerre Mondiale, celles qui ont survécu à l’horreur. C’est aussi une histoire qui montre que les vainqueurs oublient un peu trop vite les conséquences de leurs actes : comprendre le passé pour ne pas refaire les mêmes erreurs devient plus compliqué quand les erreurs s’atténuent avec le temps, non ? C’est ce que montre Edita Morris qui a fait beaucoup pour les victimes d’Hiroshima, elle qui a apporté son soutien à ceux que l’Histoire a tenté d’oublier.

En lisant Les fleurs d’Hiroshima, comme Maurice Pons dans la préface, on ne peut que se dire « Jamais plus Hiroshima » même si l’oubli laisse craindre la répétition des erreurs les plus terribles…

Merci les copains pour cette lecture commune et merci Jacana ♥

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vendredi 16 août 2019

Cherry de Nico Walker

Cherry est un livre que j’ai acheté lors du petit déjeuner littéraire de l’été organisé par la Librairie Fiers de Lettres et la blogueuse Léa Touch Book en juin. L’événement a été un vrai plaisir que j’ai partagé avec deux autres Accros & Mordus, en plein cœur de Montpellier.



Quatrième de Couverture
Les fantômes de la guerre en Irak le hantent.
Heureusement, il y a Emily.
Mais la vague des opioïdes qui balaie le Midwest les emporte.
Il leur faut de l’argent, beaucoup d’argent.

Mon avis
Jeune Américain désœuvré issu de la classe moyenne supérieure, notre narrateur cherche un sens à sa vie après une première année d’université plutôt bancale, entre défonce douce, cours séchés et premier amour. À une époque où la guerre en Irak est glorifiée par une propagande intense aux USA, il s’engage dans l’armée, faute de savoir qui il est et où il veut poursuivre son avenir. Commence alors la descente aux enfers entre moments de creux où rien ne suffit à tuer l’ennui et sorties mortelles pour ses camarades. Il comprend que cette guerre n’est qu’un simulacre, que leur présence sur le terrain est inutile et que les morts sont vaines.
À son retour, il a besoin de toujours plus se défoncer pour oublier. Il fait partie de ces milliers d’anciens combattants traumatisés, lâchés dans la nature sans but, sans fil rouge pour reprendre une vie normale. Alors il se drogue, toujours plus. Il fume, sniffe ou s’injecte l’intégralité de ses maigres salaires, de ses effets personnels aussi. Avec Emily, ils consomment tout ce qu’ils peuvent. Jusqu’à ce qu’il commence à braquer des banques pour pouvoir acheter leurs doses à tous les deux.

Cherry est une plongée intense dans les conséquences de la guerre en Irak sur les jeunes qui s’y sont engagés au début des années 2000. Participer à l’horreur et comprendre que ça n’avait aucune réelle utilité les a déglingués. Revenir à la vie normale n’a pas fonctionné et seuls les opioïdes ont finalement aidé certains d’entre eux à tenir.
Nico Walker, l’auteur du livre, compose au moins les trois quarts de son narrateur : il purge actuellement une peine de onze ans de prison pour braquages de banques et s’est servi de son vécu pour raconter l’histoire de cette génération usée avant l’heure. Avec des mots crus et des phrases percutantes, il décrit toutes les horreurs de la guerre et de la vie. Il offre le vraie visage de la guerre en Irak à tous ceux qui ne l’ont suivie que de loin. Il montre les rouages d’une descente aux enfers prévisibles.

Cherry se lit vite, bien et avec intensité. Il permet une réelle immersion au cœur de cette génération perdue et une remise en question de toutes ces guerres dont les enjeux nous échappent. Le bouquin a été encensé aux USA et commence à l’être à travers le monde mais je ne partage pas réellement cette adulation pour l’auteur. J’ai apprécié ma lecture mais rien ne m’a fascinée dans l’écriture ou le sens du livre. Le roman est bon mais ne m’a pas paru exceptionnel non plus. Peut-être est-ce le fait que ce soit un livre écrit en prison qui fascine les gens… Parce que le monde littéraire a encore du mal à accepter qu’il est possible d’écrire un bon livre sans diplôme, sans avoir la vie d’un écrivain cliché… C’est l’impression que cela me donne en tout cas.

Quoi qu’il en soit, si vous voulez comprendre un peu mieux les problèmes des Américains avec la guerre en Irak et ses conséquences, ne vous privez pas de cette lecture. Elle n’en résout pas les mystères mais elle permet d’appréhender les nombreuses failles du système.

« Les gens n’arrêtaient pas de mourir : tout seuls, par deux, pas de héros, pas de batailles. Rien. Nous étions juste de la piétaille, des épouvantails glorifiés ; là uniquement pour avoir l’air occupés, à arpenter la route dans un sens et dans l’autre, pour un prix exorbitant, cons comme des balais. »

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dimanche 7 juillet 2019

Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher

Je continue ma découverte progressive du monde de la BD en suivant encore une fois les conseils glanés sur Accros & Mordus de Lecture. J'aime tellement ces échanges, ce partage qu"on a développés sur le forum ♥



Quatrième de Couverture
Que feriez-vous si d’un coup vous vous aperceviez que vous ne vivez plus qu’un jour sur deux ? C’est ce qui arrive à Lubin Maréchal, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui, sans qu’il n’en ait le moindre souvenir, se réveille chaque matin alors qu’un jour entier vient de s’écouler. Il découvre alors que pendant ces absences, une autre personnalité prend possession de son corps. Un autre lui-même avec un caractère bien différent du sien, menant une vie qui n’a rien à voir. Pour organiser cette cohabitation corporelle et temporelle, Lubin se met en tête de communiquer avec son « autre », par caméra interposée. Mais petit à petit, l’alter ego prend le dessus et possède le corps de Lubin de plus en plus longtemps, ce dernier s’évaporant progressivement dans le temps. Qui sait combien de jours il lui reste à vivre avant de disparaître totalement ?

Au-delà d’un récit fantastique totalement prenant, Ces Jours qui disparaissent pose des questions fortes sur l’identité, la dualité de l’être et le rapport entre le corps et l’esprit.

Mon avis
Ces jours qui disparaissent nous entraine à la rencontre de Lubin, jeune acrobate forcé d’avoir un boulot alimentaire pour poursuivre sa passion, voit peu à peu ses journées disparaître… Durant ses moments d’absence, un autre Lubin semble prendre sa place, un garçon ordonné, qui fait les courses, le ménage et ramène un peu plus d’argent. Au fil du temps, Lubin l’acrobate sent que son temps est grignoté par cet autre qui prend le dessus et qui fait tout pour que la tendance ne s’inverse pas jusqu’à ne laisser que quelques apparitions furtives à son alter ego.

J’ai eu du mal à accrocher à cette BD, ne m’attachant pas une seule fois aux personnages présentés. Il m’a manqué un petit quelque chose pour réellement plonger dans l’histoire avec mes tripes ce qui fait que je l’ai lue avec une certaine distance. C’est ainsi que les messages subliminaux m’ont paru trop peu subtils, trop faciles et attendus, très clichés aussi.
Timothé Le Boucher nous propose un récit graphique où le Lubin rêveur laisse peu à peu place à un Lubin responsable, un Lubin adulte. Notre artiste de cirque disparait au profit d’un homme qui entre dans les rangs, qui exerce un travail dit « utile » par la société, qui contribue au bon fonctionnement de la vie citoyenne en somme. L’éditeur décrit ce changement par le passage de l’enfance à l’âge adulte en faisant peu à peu taire l’enfant insouciant et rêveur.
Tous ces mécanismes m’ont paru trop attendus, trop simples parce qu’on entre dans la critique pure et dure de cet âge adulte quand tout est fait pour que le Lubin « responsable » passe pour le méchant de l’histoire. Et c’est là que j’ai du mal à accepter l’explication du duel entre l’enfance et l’âge adulte : j’avais plutôt l’impression de voir un duel entre le conformisme et l’idéalisme. Et ce duel m’a semblé bien trop manichéen et stéréotypé pour me plaire.

Plus le temps passe et plus j’aime la finesse, les sens cachés, la critique d’une société trop rigide. Ces jours qui disparaissent est à mes yeux une critique de la société qui range les gens dans des cases de façon un peu maladroite, en grossissant le trait et en perdant de son charme. Il y a des dessins assez simples, dans un trait flou et des couleurs très parlantes qui m’ont plu mais qui, parfois, rappelaient finalement le simplisme de la réflexion autour de l’affrontement entre les deux Lubin à mes yeux. Un scénario un poil moins simpliste m’aurait sûrement permis d’accrocher totalement au résultat.

J’ai apprécié ma lecture sur la première moitié du livre puis me suis vite ennuyée sur le reste, sur cette vision trop manichéenne mettant les deux personnalités en opposition. Je pense que le rythme y est aussi pour beaucoup même si, lui, est totalement logique et justifié : le Lubin rêveur se fait de plus en plus rare mais c’est lui que nous suivons, c’est donc des bonds dans le temps immense qui nous portent jusqu’au bout de cette histoire et qui m’ont plus encore coupée des personnages. Le choix est judicieux mais il a ce défaut de ne pas réussir à garder dans le rail les lecteurs comme moi qui sont susceptibles de ne pas s’attacher aux personnages.

Ces jours qui disparaissent est une BD proposant un scénario original, des pistes de réflexion intéressante mais à laquelle je n’ai pas su m’accrocher. Je suppose qu’il me manque encore une certaine sensibilité à ce type d’ouvrage pour me satisfaire de certains raccourcis nécessaires et trouver dans la partie graphique les éléments manquants à la partie scénaristique.

Garder son âme d’enfant me semble essentiel dans notre monde mais je ne pense pas qu’il faille rejeter en bloc tout ce que l’âge adulte semble attendre de nous en apparence : c’est en jouant avec les deux facettes de notre moi qu’on trouve un équilibre à mon sens. Et c’est cet équilibre que les personnages de Timothé Le Boucher ne trouvent pas, cet équilibre auquel nous devons essayer d’aspirer sous peine de finir comme ces deux Lubin, incomplets et perdus. Ces jours qui disparaissent est un bon moyen de se rappeler que faire la paix avec nous-même peut nous être salutaire.

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dimanche 30 juin 2019

Personne n'a peur des gens qui sourient de Véronique Ovaldé

Voici encore une lecture que je dois au croisement de La Grande Librairie et de La Comédie du Livre de Montpellier où Véronique Ovaldé a usé de sa carte blanche avec brio. Fascinée par sa façon de présenter ses convictions, son écriture mais aussi le travail des autres, j’ai acheté en très peu de temps beaucoup de ses livres et celui-ci est le premier que je lis d’elle.



Quatrième de Couverture
Gloria a choisi ce jour de juin pour partir. Elle file récupérer ses filles à l'école et les embarque sans préavis pour un long voyage. Toutes trois quittent les rives de la Méditerranée en direction du Nord, la maison alsacienne dans la forêt de Kayserheim où Gloria, enfant, passait ses vacances. Pourquoi cette désertion soudaine? Quelle menace fuit-elle? Pour le savoir, il faudra revenir en arrière, dans les eaux troubles du passé, rencontrer Giovannangeli, qui l'a prise sous son aile à la disparition de son père, lever le voile sur la mort de Samuel, le père de ses enfants - où était Gloria ce soir-là ? -, et comprendre enfin quel rôle l'avocat Santini a pu jouer dans toute cette histoire.
Jusqu'où peut-on protéger ses enfants? Dans ce roman tendu à l'extrême, Véronique Ovaldé met en scène un fascinant personnage de mère dont l'inquiétude face au monde se mue en un implacable sang-froid pour l'affronter.

Mon avis
Personne n’a peur des gens qui sourient met en scène Gloria, une mère qui n’a pas peur de faire prendre à sa vie et celle de ses filles un tournant radical pour échapper à un passé tortueux et surtout, dangereux. D’oisillon robuste à mère prête à tout pour protéger ses enfants, Gloria nous entraîne avec elle entre passé et présent, dans une vie où les coups durs s’affrontent pour savoir lequel a été le plus impactant. Fragile en apparence, c’est un mur sans faille qu’elle devient quand il s’agit de ses filles, de les préserver. Mais de quoi ? Il faut lire ce livre pour comprendre, pour appréhender la réalité et découvrir que l’équilibre de la vérité ne tient parfois qu’à un angle de vue.

Au-delà de l’histoire captivante et surprenante qu’elle nous offre, c’est tout un univers que dessine Véronique Ovaldé. Un univers où Gloria incarne un personnage qui, malgré les gens pour qui elle compte, est seule jusqu’à la naissance de sa première fille. Gloria est une femme forte qui ne compte que sur elle-même et qui prend ensuite conscience de cette petite vie qui va dépendre d’elle, un rôle qu’elle va prendre à cœur et qu’elle va mener de front quoi qu’il advienne. Pour ses filles. Gloria a peur, elle gère mal ses angoisses, ses réactions mais elle sait se ressaisir quand ses filles entre dans l’équation. Mère imparfaite mais mère prête à tout, elle puise au fond d’elle-même, elle s’assure que tout soit fait pour que ses filles soit protégée des dangers extérieurs, comme intérieurs. Et, comme elle, nous finissons par sortir de la définition du bien et du mal pour passer à celle de l’amour maternel inconditionnel : tous les moyens sont bons pour protéger ceux que l’on aime.

En faisant flancher notre sens moral à certains moments, Véronique Ovaldé nous rappelle finalement que certaines convictions peuvent faire bouger les lignes clairement établies au départ. Elle nous montre aussi qu’il arrive que malgré tous nos efforts, c’est parfois notre retrait qui permet de protéger au mieux une personne.

Enfin, pour ne rien gâcher, Véronique Ovaldé glisse entre les pages de son roman des idées féministes, des piques lancées à notre société patriarcale qui font du bien, qui rappelle la violence ordinaire subie au quotidien par les femmes. Au fond, Personne n’a peur des gens qui sourient s’inscrit dans mes lectures féministes par son héroïne, son autrice et les différents messages qui y sont diffusés en fond, sans que ce ne soit le principal thème du livre : c’est juste la plume d’une femme engagée et forte de ses convictions qui transpire son féminisme.

Une lecture haletante et dérangeante à la fois, angoissante et étrangement apaisante par moment. Un vrai régal.

« Stella visse son index sur sa tempe en écoutant sa petite sœur qui divague. Loulou se fâche puis se défâche. On dirait une giboulée de mars. »

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dimanche 23 juin 2019

Rose amer de Martin Delvaux

J’ai reçu ce livre lors du Swap mystère A&M. Mais kécessé ? Le but était d’emballer un livre à envoyer à un membre du forum de manière à ce qu’il le lise sans en connaître le titre ou l’auteur. Il a fallu être habile pour tout masquer, le moindre petit indice qui aurait pu gâcher la surprise devait être traqué. J’ai donc lu ce livre sans savoir de quoi il s’agissait grâce à Lady Swan qui avait bien fait les choses !



Quatrième de Couverture
Une petite fille grandit dans un village nouveau. Le père a disparu avant sa naissance. La mère a épousé un autre homme et souhaité s'installer loin de la ville. Le village est morne et ils y resteront des étrangers. Entre les enfants les liens se tissent quand même, dans les champs de fraise, ses amies s'appellent Manon-juste-Manon, BB ou encore Valence Berri. Elles rêvent d'Hollywood, mâchent de la Hubba Bubba, passent leur été à sauter dans la piscine du camping juste à côté. Tout semble normal. Mais une menace plane sur cet univers doucereux. Au village et dans la banlieue aseptisée où la famille déménagera dix ans plus tard il arrive que des filles disparaissent.

Rose amer raconte le regard inquiet d'une petite fille, puis d'une adolescente, sur la violence diffuse de l'ordinaire.

Mon avis
Rose amer est un livre qui semble raconter l’histoire banale d’une petite fille qui grandit dans un village, puis évolue dans une banlieue pour finir par avoir envie de découvrir enfin la vie citadine pour se libérer de son morne quotidien. En réalité, Rose amer décrit surtout ce que c’est que de grandir en étant une fille, des dangers auxquels on nous prépare depuis toujours sans même que nous nous en rendions compte : « ne parle pas aux inconnus », « fais attention le soir », « marche vite et regarde devant toi ».

L’héroïne, dont le nom n’est jamais cité il me semble, pourrait être toi, pourrait être moi. Elle grandit comme n’importe quelle petite fille, en jouant, en découvrant l’amitié fluctuante des jeunes années, en occultant ce que son esprit n’est pas encore capable d’encaisser. Pourtant, ça lui trotte dans la tête ces histoires, doucement, comme un nuage gracile qui passe et repasse dans le ciel bleu. Des petites filles disparaissent, ne sont jamais retrouvés. D’autres changent après des vacances chez un oncle, certaines comprennent plus tôt que les autres que le prince charmant préfère votre bouche posée ailleurs que sur leurs lèvres… Ce roman est un moyen d’obtenir une vue d’ensemble sur un monde où les violences subies par les femmes commencent dès l’enfance. Et ce monde, c’est le nôtre.

Dès petites filles, nous y sommes confrontés. Et comme le danger extérieur ne peut pas toujours être contrôlé par nos parents, ils essaient de nous donner les armes pour nous méfier, être sur nos gardes. Et nous grandissons comme ça, dans la possibilité du pire. Dans le « et si jamais… ? » si cruel qui nous fait reconsidérer la longueur de nos vêtements avant de sortir, ou le raccourci qui nous permettrait de nous coucher plus tôt si seulement il ne faisait pas si noir.

Cette pression constante finit par étouffer notre héroïne qui, à la fin de l’adolescence, ne rêve que d’une chose : sortir et ne plus s’ennuyer. Prendre une grande bouffée d’air, de liberté. Mais pas la liberté physique, finalement, non. C’est la tranquillité d’esprit que ce la figure, cette tranquillité à laquelle nous aspirons toutes. Il est épuisant d’avoir le réflexe de « faire attention ». Épuisant de compter ses verres en soirée pour être sûre de ne pas dépasser la dose d’alcool qui nous fait oublier le danger. Épuisant de rester alerte au moindre bruit sur le chemin du retour. Nous sommes enfermées dans ce monde hostile qui nous écrase et nous empêche de simplement profiter des choses, parfois, souvent même. Et c’est ce que raconte Rose amer à travers cette angoisse constante, cette pression sans fin. Le roman st étouffant de réalisme, agréable à lire, très bien fait et angoissant sans même que l’on s’en rende compte. Le terminer fait du bien, parce qu’on se détend, comme lorsque la clé tourne enfin dans la serrure de la porte et que le cocon de sécurité de la maison nous accueille.

Rose amer est un livre à lire ne serait-ce que pur découvrir la plume de Martine Delvaux, autrice Québécoise qui manie les émotions avec brio, qui rappelle que le rose des petites filles est une prison amère dont se libérer reste encore compliqué aujourd’hui.

Je suis ravie d’avoir lu ce livre avec le mystère du swap et ne pas en connaître le titre ne m’a en rien embêtée, c’était même génial !

Les avis des Accros & Mordus de Lecture