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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Le bordel de mes goûts, de ma vie livresque, toujours en lien avec Accros & Mordus de Lecture.

vendredi 21 septembre 2018

Les Royaumes Démoniaques, Tome 1 : La Roche des Âges de Christopher Evrard

Il y avait bien longtemps que je n'avais pas pris de Service de Presse et c'est chose faite avec le retour des partenariats sur Accros & Mordus de Lecture. Merci à l'auteur pour sa confiance et à L'erreur sociale pour la partie correction !



Quatrième de Couverture
Et si vous suiviez l'histoire d'un univers où l'horreur et la violence côtoient la féerie et la beauté ?
La magie et les combats forgent la réalité au jour le jour, tandis que les légendes et mythes résonnent dans l'inconscient collectif comme des promesses d'un jour meilleur, telle la mystique roche des âges que Ciwen, un mage de foudre, recherche désespérément.

Dans une existence où le macabre fait partie du lot quotidien...
Quel est le sens de la vie ?
Quelle signification donner à des concepts comme l'amour et la haine, ou la guerre et la paix ?
Comment les définir et les dépasser ?
Tant d'éternelles énigmes qui se posent à chaque instant, les réponses apparaissant dans le noir, telles des lucioles fuyantes.

Mon avis
Le premier tome des Royaumes Démoniaques nous entraîne dans une quête haletante à la poursuite d’un idéal qui se heurte aux prémices d’une guerre qui changera sans aucun doute possible la face du monde.

Il y avait bien longtemps que je n’avais pas lu un roman de fantasy, dans un style épique, chargé de différentes thématiques. Classé plutôt en dark fantasy (une première pour moi), ce premier tome explore les recoins d’un monde à travers ses peuples, ses relations dominants–dominés, ses mystères et surtout, sa magie ancestrale oubliée. Visiblement, le schéma choisi se rapproche des imbrications que l’on retrouve dans les jeux vidéo épiques mais ça, je ne peux le confirmer, n’étant pas du tout joueuse. Par contre, ce que je peux vous dire, c’est que les ingrédients pour une telle saga comme on l’imagine quand on est une noob comme moi sont là et sont efficaces.

Le prologue ne m’a pas mis l’eau à la bouche : il est bien trop vague, trop flou pour servir d’entrée en matière à mes yeux mais sans que cela soit un problème pour moi. J’aime à revenir au prologue en fin de lecture, une fois l’histoire intégrée pour prendre pleinement conscience de la mise en place du suspense. Attention cependant, le tome 1 ne m’a pas permis de comprendre l’ensemble du prologue : j’ai quelques clés mais le voile n’est pas suffisamment levé sur cette mise en bouche, ce qui pousse à se poser de nouvelles questions sur l’intrigue.
Ce prologue peut sûrement rebuter des lecteurs, car très descriptif, mystérieux et trop peu révélateur du contenu du roman mais il ne faut pas s’en contenter. C’est en se glissant peu à peu dans le premier chapitre que tout commence, que le goût de l’aventure nous étreint et nous pousse à plonger tête baissée dans l’histoire aux côtés de Ciwen, notre compagnon de route.

Mage de foudre, Ciwen est un personnage marginal dans un monde qui semble codifié, où chacun a sa place. D’un caractère aussi explosif que ses capacités magiques, il agace par son manque de réflexion en même temps qu’il nous touche par ses idéaux naïfs, presque enfantins. Et c’est l’impression générale qu’il donne : un homme bourru, forgé par une vie tout sauf facile, aussi loin que ses souvenirs remontent, et rêvant d’un monde plus doux, sûrement pour permettre à l’enfant qui n’a pas pu profiter de l’insouciance des jeunes années de se reposer enfin. Beaucoup de personnages autour de lui en savent plus sur qui il est que lui-même, plus sur les raisons de sa présence ici que ce qu’il imagine. Et il a un peu ce côté Harry Potter finalement, ce héros malgré lui à qui personne n’ose dire l’étendue de la quête qui l’attend (que ce soit pour son bien pour leur propre intérêt). Il incarne plutôt bien ce héros de quête épique, mystérieuse, à qui on se lie progressivement.

Ce grand enfant aux pouvoirs dévastateurs qu’est Ciwen évolue aux côtés de différents personnages, qu’ils soient alliés ou opposants francs, compagnons intéressés ou naturellement attirés par lui. De Torwha, l’araignée géante ancestrale à Taskem, un nain comme on les aime dans ce type d’univers, en passant par Olivia, l’ondine aux lourdes épreuves passées, les personnages qui œuvrent pour une cause qui nous touche ne sont pas manichéens et c’est agréable. Ils sont à classer du côté du « bien » mais sans être des images de sainteté, sans être infaillibles non plus. C’est un aspect auquel je tiens dans mes lectures et que j’ai beaucoup apprécié. Pour ce premier tome, seul le but des démons et de la « hiérarchie » au-dessus reste trouble, non expliqué pour l’instant, et donne une impression de manichéisme bien stéréotypé. Je ne sais pas ce qu’il en sera dans la suite mais mon amour des nuances de gris entre le blanc et le noir me laisse espérer qu’il y aura quelque chose de plus profond derrière.

Sur la construction des personnages, il y a un bon travail de fait, j’ai simplement tiqué sur certains dialogues de Ciwen mais, avec du recul, mon interprétation personnelle du personnage peut coller avec ce point. Pour un personnage n’ayant pas eu une vie normale, encore moins facile, avoir des réactions orales excessives n’est pas incohérent. Par contre, j’ai plus de mal à saisir Olivia, notre ondine, et c’est sûrement parce qu’elle-même ne sait pas réellement qui elle veut devenir et sur quelle voie elle doit se lancer. Elle se cherche entre vengeance et devoir, se perd en réactions et convictions qu’elle doit ajuster à la réalité de la situation et de ses responsabilités.

L’intrigue devient rapidement prenante, nous plongeant dans un monde où écraser les plus faibles semble être le maître-mot, où l’espoir a quitté la plupart des êtres vivants et où les choses empirent d’un coup sans que personne ne sache par quel bout prendre cette situation. Les combats paraissent réalistes, l’auteur n’a pas peur d’empiler les cadavres pour servir son histoire et certains détails poussent même à l’écœurement. Dans le bon sens du terme : les réactions physiques sont réelles juste à travers les mots, les images réalistes et crues viennent frapper l’univers magique qui n’a rien de bucolique. J’ai tendance à être émerveillée par les univers de fantasy et, ici, c’est le cas mais l’horreur qui jalonne certains événements vient me rappeler qu’il ne s’agit pas d’un conte de fées où ces créatures volantes sont mignonnes et espiègles. Ici, la guerre est lancée avec fracas sur un fond d’apocalypse à venir, avec encore de nombreux mystères dont nous n’avons pas les clés et que j’avoue avoir envie de comprendre. Pour cela, il me faudra lire la suite des aventures de Ciwen !

Il s’agit d’un livre auto-édité où la correction n’a pas ôté toutes les coquilles mais, clairement, il ne reste pas grand-chose et cela ne gêne en rien la lecture. On imagine sans problème l’ampleur du travail pour ce type d’édition et on le salue (ce n’est pas dans tous les romans auto-édités que l’on trouve si peu de coquilles, rappelons-le).

À travers ce premier tome j’ai plongé pour la première fois dans l’univers de la dark fantasy et j’ai bien apprécié ma balade. L’univers mis en forme est vraiment intéressant et l’intrigue qui s’y dessine promet pas mal de rebondissements et de frissons. Je regrette de ne pas avoir eu plus d’informations à me mettre sous la dent concernant les motivations des démons ou encore les rouages politiques de ce monde mais je pense que le tome 2 devrait permettre de saisir plus en détails ces points. N’étant pas une grande connaisseuse de ce genre littéraire, je ne saurais dire s’il conviendrait aux grands habitués mais je pense que les lecteurs appréciant la fantasy en général y trouveront leur compte.

Je remercie Christopher Evrard pour sa confiance en Accros & Mordus de Lecture pour cette lecture en avant-première.

Et en bonus, un petit aperçu des illustrations de Jenny Burgy qui accompagneront la version publiée en décembre prochain :





Les avis des Accros & Mordus de Lecture

Une version illustrée du premier tome par Jenny Burgy sera disponible dès le 6 décembre 2018.

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vendredi 7 septembre 2018

La Vague de Dennis Gansel (2008)

Encore une fois, je fais un petit article pour un film vu lors d’un visionnage commun sur Accros & Mordus de Lecture. C’est fou ce que j’aime regarder des films avec d’autres A&M, ça stimule et rend le visionnage tellement plus intéressant !



Synopsis
En Allemagne, aujourd'hui. Dans le cadre d'un atelier, un professeur de lycée propose à ses élèves une expérience visant à leur expliquer le fonctionnement d'un régime totalitaire. Commence alors un jeu de rôle grandeur nature, dont les conséquences vont s'avérer tragiques.

Mon avis
La Vague est un mouvement autocratique mis en place par un professeur d’histoire politique dans un lycée allemand : le but est de faire comprendre aux élèves en quelques jours à quel point le pays n’est pas à l’abri d’une nouvelle dictature. Seulement, l’expérience dépasse le cadre de la salle de classe et la vitesse à laquelle les choses évoluent mais surtout dégénèrent est impressionnante.

Basé sur une histoire vraie, La Vague décrit à la perfection l’écran de fumée qui obstrue la vision des adolescents devant la mise en place d’une dictature. À travers un sentiment de cohésion, d’appartenance et de fierté, les jeunes élèves ne voient pas les travers de leur mouvement tant ils sont transcendés par les effets positifs qui les enveloppent. Ils travaillent ensemble, se dévouent à une cause, constituent progressivement un club dont tout le monde veut faire partie et ils ne se rendent pas compte de l’engrainage qui accélère dans la mauvaise direction.

L’uniformisation de la pensée, du comportement mais aussi du physique prend vite racine dans cette classe et commence à s’insinuer partout dans l’école où chacun veut avoir son rôle à jouer, quitte à devoir écraser ses camarades de route. Tout s’enchaîne très vite, les choses dégénèrent en moins d’une semaine et cette accélération colle parfaitement à l’idée qui est véhiculée par ce film : il n’est pas toujours évident de se rendre compte de la situation dans laquelle on a mis les pieds, c’est la base même de la manipulation de masse.

Ce sentiment d’unité qui est la base de l’engouement des élèves est aussi salvateur que dangereux : appartenir à un groupe, se sentir soutenu, savoir que l’on n’est pas seul rassure mais pousse ici à aller toujours plus loin. Surtout pour les élèves habitués à être en marge, pour ceux aussi qui n’ont pas confiance en eux et qui tâtonne dans l’océan social qu’est un lycée. Les esprits les plus faibles semblent même être ceux qui s’engagent plus intensément dans la cause, cette cause qui devient leur cause, le sens de leur vie à une vitesse fulgurante, à la vitesse de cette vague qui rassemble chaque élève croisant sa route, prête à réunir comme à détruire.

Entrer dans le détail des personnages n’est pas nécessaire, je vais seulement aborder les rôles types joués qui sont importants dans l’avancée de l’histoire. On retrouve le sportif populaire et gentil qui est déjà dans son élément au sein d’un groupe soudé et trouve naturellement sa place parmi les leaders, sans avoir réellement à fournir un effort important. Il y a l’élève populaire drôle et d’origine étrangère, sportif lui aussi, qui se donne corps et âme à la cause pour montrer qu’il est autant intégré que les autres au système. Il y a aussi l’adolescent peu sûr de lui, qui cherche la reconnaissance et l’approbation de son professeur et qui va se révéler être le soldat sans réflexion parfait, celui qui fera tout pour recevoir de petites gratifications, celui qui a besoin d’avoir enfin une place quelque part. On retrouve aussi la fille populaire, sûre d’elle, contente d’être dans le mouvement jusqu’à ce que sa position de leader soit menacée : elle ne se pose pas de questions parce qu’elle peut perdre son « trône » mais plutôt parce que ce n’est pas le travail ou la réflexion qui permet aux autres de monter, mais bien un engagement tête baissée et des actes qui deviennent immoraux. Enfin, on retrouve aussi une multitude d’élèves/pions, voués à mettre en place une hiérarchie plutôt pyramidale et promouvant haut et fort La Vague à tous.

À travers ce film, la prise de conscience sur la rapidité de la mise en place d’un mouvement totalitariste est réelle. Même si j’ai trouvé ces adolescents peu réfléchis finalement et assez terrifiant dans leur façon de se laisser manipuler sans problème, je me dis que le tout est bien joué et bien pensé. L’Histoire nous apprend le passé, les erreurs à ne pas reproduire mais nous montre aussi à quel point l’être humain oublie très vite les limites morales entre le Bien et le Mal au profit de son bien-être : pour se sentir membre du mouvement, ces jeunes sont prêts à tout et ne réfléchissent plus volontairement.

Aujourd’hui, on se rend bien compte de la nécessité de se sentir appartenir à un groupe. Et c’est notamment pour cela que, par exemple, le football rassemble autant en France et que la dernière Coupe du Monde a créé un mouvement d’unité nationale. Il est difficile de trouver actuellement une cause politique ou idéologique qui rassemble à ce point parce que nous restons marqués par l’histoire et nous avons du mal à nous immerger dans une cause, peut-être par peur d’en oublier notre identité au profit du groupe. Mais que se passerait-il si un mouvement politique réussissait à rassembler autant que le football ? Serions-nous capable d’en saisir les mauvais côtés pour savoir quand dire stop ? Après tout, un mouvement totalitaire peut avoir les meilleures intentions du monde, une idéologie noble, le souci c’est qu’il se place au-dessus de l’humain au profit du plus grand nombre et sombre facilement dans la répression sous prétexte d’apporter « le plus grand bien ». Et il réprime sans scrupule les idées divergentes dans ce but.

La Vague rappelle donc que nous ne sommes pas à l’abri de la mise en place d’un régime totalitaire et montre même que nous tendons de plus en plus vers un retour à ce modèle actuellement, alors que le sentiment d’inégalité est de plus en plus fort et que le besoin de s’identifier à un groupe augmente. Après avoir vu ce film, on se dit que la moindre étincelle pourrait enflammer le baril, baril qui est déjà prêt à l’usage.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

lundi 3 septembre 2018

The kissing booth de Beth Reekles (VO)

Je ne lis jamais ce genre de romance mais après avoir regardé le film du même nom sur Netflix, ma curiosité m’a poussé à tenter l’aventure pour deux raisons : le film n’était pas terrible mais fait le taff demandé (aaaah les Teen Movies qui permettent de se détendre sans réfléchir) et je n’avais jamais lu de roman Wattpad. L'avantage c'est que j'ai pu glisser cette lecture dans le Challenge Mini Pot-pourri de l'été sur Accros & Mordus de Lecture !



Quatrième de Couverture
Meet Elle Evans: pretty, popular - and never been kissed. Meet Noah Flynn: badass, volatile - and a total player. When Elle decides to run a kissing booth for the school carnival, she never imagines she'll sit in it – or that her first ever kiss would be with bad boy Noah. From that moment, her life is turned upside down – but is this a romance destined for happiness or heartbreak?

Mon avis
Elle Evans est populaire, gentille, drôle, mignonne mais n’a jamais eu de petit ami. Elle arrive à un âge où ses hormones lui donnent clairement envie de papillonner un peu mais il semblerait qu’aucun des garçons de son école ne s’intéresse à elle… Sauf qu’une rumeur court : Noah Flynn, le frère aîné de son meilleur ami, mettrait de grosses barrières autour d’elle parce qu’il la considère comme sa propre sœur.

On a donc la recette parfaite de la romance adolescente avec l’héroïne qui sait s’imposer, le meilleur ami toujours là pour les bêtises ou la consoler des coups durs et le garçon un peu rebelle, plus vieux, qui ne décroche pas plus de deux mots par phrase et qui a un regard qui appelle au crime.

J’ai lu ce livre en VO (le tout premier de ma vie d’ailleurs) et l’écriture est suffisamment simple pour être comprise sans problème. Trop simple même parfois, malgré les efforts de l’autrice pour nous trouver tous les synonymes existants décrivant le regard sombre, puis inquiet, puis les sourcils froncés, puis les sourires en coin… C’est tout ce qu’on retient de Noah Flynn, personnage dont le seul intérêt est d’être beau gosse et mystérieux… Sans réelle raison à ce mystère, autre que « Oh la la ma réputation est construite par les autres alors je joue le jeu et je ne montre pas qui je suis. » Ah, il est aussi du genre à dégoupiller facilement, parce qu’une petite dose de violence fait qu’il y a un garçon mystérieuse à rendre plus doux par Amouuuur.

Elle Evans est plus creusée, plus profonde et, heureusement puisque c’est le personnage principal de notre intrigue. Elle se crée des nœuds au cerveau parce qu’elle ne veut pas dire à son meilleur ami qu’elle sort avec son grand frère : on peut comprendre la peur de créer de la jalousie (pas une jalousie amoureuse, on est heureusement loin du triangle amoureux) parce qu’Elle et Lee (le meilleur ami en question) ont grandi ensemble depuis le jour de leur naissance (qui est le même).

Si l’histoire d’amour entre Elle et Noah fait le boulot demandé, nous donnant envie de les voir conclure en nous rappelant nos premiers émois adolescents, c’est bien la relation Elle et Lee qui est la plus intéressante. Pour une fois, dans une romance adolescente, les deux meilleurs amis sont réellement amis. Ils s’aiment d’un amour platonique vraiment chouette, n’ont aucune ambiguïté et sont là l’un pour l’autre. C’est clairement le gros point positif de cette histoire. C’est agréable de ne pas avoir de triangle amoureux vu et revu et d’avoir une réelle problématique amicale où nos deux amis sont prêts à faire passer ce lien au-delà du reste, comme un frère et une sœur. Lee martèle qu’il est prêt à larguer une fille si Elle ne l’apprécie pas, son avis comptant à ses yeux et, surtout, leur amitié fraternelle supplantant le reste. Et c’est finalement la même chose du côté d’Elle : c’est dans cette optique qu’elle ne veut rien lui dire et qu’elle finit même par expliquer gentiment à Noah qu’il ne passera jamais en premier.

Si le roman (comme le film) ne casse pas trois pattes à un canard, il se laisse lire (très vite même) et apprécier pour ce qu’il est. Je regrette quand même le côté creux de Noah même si, comparé au film (où son rôle se limite à celui d’une carpe douée de poings ravageurs), il a le mérite d’être un peu plus intéressant.

J’ai même poussé le vice jusqu’à lire la nouvelle annexe de ce livre, disponible sur Wattpad, qui raconte les grandes vacances de nos trois jeunes gens et qui rappelle bien que, pour Elle, Noah est un amour de jeunesse qui durera peut-être, peut-être pas, là où son amitié avec Lee est vouée à durer pour toujours. J’en garde donc ce qui m’intéresse : l’amour, c’est cool, mais les vrais amis, ceux avec qui on se construit, c’est quand même mieux.

À lire pour se vider la tête ou pour voir Noah aligner un mot de plus par phrase par rapport au film.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 31 août 2018

Le Ventre de l'Atlantique de Fatou Diome

J'aime de plus en plus découvrir des pans de l'Afrique à travers mes lectures et cette fois, c'est une partie du Sénégal qui s'est offerte à moi grâce à la plume magnifique de Fatou Diome dont j'avais si souvent entendu parler.



Quatrième de Couverture
Salie vit en France. Son frère, Madické, rêve de l'y rejoindre et compte sur elle. Mais comment lui expliquer la face cachée de l'immigration, lui qui voit la France comme une terre promise où réussissent les footballeurs sénégalais, où vont se réfugier ceux qui, comme Sankèle, fuient leur destin tragique ? Comment empêcher Madické et ses camarades de laisser courir leur imagination, quand l'homme de Barbès, de retour au pays, gagne en notabilité, escamote sa véritable vie d'émigré et les abreuve de récits où la France passe pour la mythique Arcadie ? Les relations entre Madické et Salie nous dévoilent l'inconfortable situation des " venus de France ", écrasés par les attentes démesurées de ceux qui sont restés au pays et confrontés à la difficulté d'être l'autre partout. Distillant leurre et espoir, Le Ventre de l'Atlantique charrie entre l'Europe et l'Afrique des destins contrastés, saisis dans le tourbillon des sentiments contraires, suscités par l'irrésistible appel de l'Ailleurs. Car, même si la souffrance de ceux qui restent est indicible, il s'agit de partir, voguer, libre comme une algue de l'Atlantique. Ce premier roman, sans concession, est servi par une écriture pleine de souffle et d'humour. .

Mon avis
Le Ventre de l’Atlantique nous entraîne dans le sillage de Salie, Sénégalaise expatriée en France, qui revient sur l’île de Niodior, sa terre natale. Elle y retrouve sa grand-mère, qui l’a élevée et son petit frère Madické, qui rêve de venir vivre en France pour y embrasser l’enviable carrière de footballeur. Salie se retrouve bien trop souvent à court d’arguments face à ce petit frère aux rêves illusoires, qui croit comme beaucoup de jeunes sénégalais, que la France est une terre d’accueil fabuleuse. Beaucoup s’y sont déjà cassés les dents avant de venir se jeter dans le ventre de l’Atlantique, noyer leurs corps pour offrir le repos à leurs âmes.

Fatou Diome nous met face à la réalité de la migration et des désillusions qui vont avec. À travers ses personnages, elle distille la palette d’émotions, de pensées et de faux espoirs qu’on peut trouver des deux côtés de la barrière. Madické est persuadé que la vie en France est douce, plus facile si l’on a la volonté de travailler et de se battre. Salie, elle, sait combien cela ne suffit pas dans un pays qui ne récompense le mérite que lorsqu’il lui est utile. Elle sait toute cette solitude qui l’étreint depuis qu’elle est partie, le prix de cette liberté chérie qui n’était pour elle que la seule solution pour enfin se construire une identité, elle qui a été élevée par sa grand-mère parce qu’enfant non légitime, contrairement à Madické. Sur Niodior, Salie n’avait pas d’avenir alors que, Madické, lui, peut tout faire selon elle.

J’ai sauté à pieds joints dans ce roman où Salie décrit la vie sur son île natale, où elle peint une toile pleine de franchise de la réalité de la jeunesse sénégalaise, abordant le positif comme le négatif. Elle m’a touchée, Salie, par son regard éclairée et par les difficultés qu’elle a rencontrées en tant que fille illégitime et, surtout, en tant que femme. Fatou Diome, à travers une fiction marquée par la réalité, m’a offert un moment magique malgré la dureté des faits abordés. De sa plume incroyablement poétique et vindicative, elle a su me toucher au point de me faire frissonner rien qu’en lisant la beauté de ses mots esquisser ce qu’il y a de sombre chez l’être humain. À travers une histoire qui n’est pas la mienne je me suis tout de même sentie proche de ses personnages, liés à eux par ces espoirs écrasés par la réalité, par l’envie de me battre contre les injustices et par l’écœurement que suscite la domination de ceux qui ont le pouvoir sur la plèbe, au Sénégal comme ici.

Et, surtout, la nostalgie de Salie m’a parlé. Son sentiment de solitude lorsqu’elle est en France, son attachement à ces terres qu’elle a pourtant quittées, sa sérénité en retrouvant sa grand-mère… Quelles que soient nos histoires, on se sent tous apaisés lorsqu’on retourne chez nous, lorsqu’on retrouve nos anciens repères et que les souvenirs les plus doux viennent nous rappeler qui nous sommes et d’où nous venons. Malgré les épreuves de la vie, nos racines font partie de nous et ont servi à notre construction, elles nous permettent de ne pas nous perdre lorsque notre chemin semble flou.

Là, en relisant des passages pour boucler ma chronique, je frémis encore. Ce n’est pas la première histoire du genre que je lis, d’ailleurs ma dernière chronique, Americanah, parle aussi de l’expatriation et du retour difficile de l’héroïne, mais c’est encore différent. C’est différent parce que les mots de Fatou Diome résonnent en moi, parce qu’ils agitent une corde sensible chez la fille qui est partie de chez elle et qui y revient de plus en plus souvent parce qu’elle s’y sent bien. Parce que partir et revenir à l’infini est une option alléchante et angoissante à la fois : risque-t-on de se perdre en ne trouvant sa place partout sans pour autant réussir à choisir ? Lorsqu’on est tiraillé entre plusieurs vies, finit-on fatalement par « Partir, vivre libre et mourir, comme une algue de l’Atlantique » ?
S’il n’y avait qu’une chose à retenir, ce serait que ce fil rouge qui nous lie à nos origines est un moyen de retrouver le chemin et non de nous empêcher d’aller plus loin, ailleurs, malgré les nœuds et les moments où se fil feint de se tendre.

Une lecture poignante que je recommande chaudement, que ce soit pour découvrir la réalité de l’expatriation en France ou la vie sur cette île sénégalaise. Je le recommande aussi à tous ceux qui croient que c’est facile de choisir un bord ou l’autre lorsqu’on a quitté un pays pour un autre.


Et pour le plaisir, quelques citations :

« Les gouvernements changent, mais notre sort, comme celui de leurs démunis, reste le même. Certains échangeraient volontiers leur vie contre la tienne. Blottis sous les ponts ou dans les dédales du métro, les SDF doivent parfois rêver d’une cabane en Afrique. Tu me fais rire avec ton analyse politique. Ta gauche de l’espoir est une gauche caviar qui soûle les pauvres de discours creux, avant d’aller s’empiffrer tranquillement de sa bonne conscience. La gauche reste notre mère à nous, les humbles, mais c’est une mère qui trop souvent nous refuse son lait et se contenter d’exhiber ses beaux seins. Quant à leur politique d’intégration, elle vaut tout au plus leur équipe nationale de football. Blacks, Blancs, Beurs, ce n’est qu’un slogan placardé sur leur vitrine mondiale, comme une mauvaise publicité de Benetton, juste une recette : Bœuf, Braisé, Beurré, que les chaînes de télévision s’arrachent à millions. Les étrangers sont acceptés, aimés et même revendiqués seulement, quand, dans leur domaine, ils sont parmi les meilleurs. »

« Je pensai à ma vie solitaire en Europe, où personne ne se soucie de mes allées et venues, où seule ma serrure compte mes heures d’absence. Un e-mail ou un message sur le répondeur téléphonique, ça ne sourit pas, ça ne s’inquiète pas, ça ne s’impatiente pas, ça ne vide pas une tasse de café, encore moins un cœur plein de mélancolie. La liberté totale, l’autonomie absolue que nous réclamons, lorsqu’elle a fini de flatter notre ego, de nous prouver notre capacité à nous assumer, révèle enfin une souffrance aussi pesante que toutes les dépendances évitées : la solitude. Que signifie la liberté, sinon le néant, quand elle n’est plus relative à autrui ? Le monde s’offre, mais il n’enlace personne et ne se laisse pas enlacer. La petite chaîne imaginaire, que ma grand-mère tendait entre nous, me restituait de l’équilibre. Elle est le phare planté dans le ventre de l’Atlantique pour redonner, après chaque tempête, une direction à ma navigation solitaire. Avec elle, j’ai compris qu’il n’y a pas de vieillards, il n’y a que de vénérables phares. »

« Laissez fonctionner l’hôtellerie, au bon plaisir des touristes occidentaux ! Ne soyez pas trop regardants sur ce qu’ils y font, il ne faut surtout pas les froisser. Il faut fidéliser la clientèle ! Tant pis si quelques libidineux viennent uniquement visiter des paysages de fesses noires, au lieu d’admirer le Lac rose, l’île aux oiseaux, nos greniers vides et nos bidonvilles si pittoresques.[…] Alors, messieurs les clients, quand votre routoutou bien flatté transpire et se dégonfle, implorant le repos, ayez l’obligeance de gonfler la facture, ça fera plaisir à mameselle, même si votre tête tient dans le bonnet de son soutien-gorge. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

lundi 27 août 2018

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

Americanah a été proposé en Lecture Commune sur Accros & Mordus de Lecture par Joyce et RedPanda. Je n’ai pas hésité à m’y inscrire puisque je voulais découvrir cette plume depuis un bon moment déjà et je ne regrette rien. J'ai lu ce livre il y a plusieurs mois déjà mais je me souviens plutôt bien de tout ce que j'ai ressenti à la lecture !



Quatrième de Couverture
« En descendant de l'avion à Lagos, j'ai eu l'impression d'avoir cessé d'être noire. »
Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l'Amérique qui compte bien la rejoindre. Mais comment rester soi lorsqu'on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?
Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.

À la fois drôle et grave, doux mélange de lumière et d'ombre, Americanah est une magnifique histoire d'amour, de soi d'abord mais également des autres, ou d'un autre. De son ton irrévérencieux, Chimamanda Ngozi Adichie fait valser le politiquement correct et les clichés sur la race ou le statut d'immigrant, et parcourt trois continents d’un pas vif et puissant.

Mon avis
Americanah est présenté comme une histoire d’amour entre trois continents mais ce roman va bien au-delà de ça, il creuse avec brio plusieurs sujets et offre de nombreuses pistes de réflexion.
À travers le parcours d’Ifemelu et Obinze, nous découvrons le rite initiatique du passage à la vie adulte de deux jeunes quittant leur pays d’origine pour grandir à l’étranger. Seulement, quitter l’Afrique pour l’ailleurs ne se passe pas de la même façon pour ces deux jeunes qui étaient fous amoureux durant leur adolescence.

Sous couvert de fiction, Chimamanda Ngozi Adichie nous offre une vision de l’accueil réservé aux étrangers aux USA comme en Europe. Elle nous montre le parcours du combattant traversé par Pbinze et Ifemelu qui n’ont pas vécu les mêmes choses mais qui n’ont été dans les yeux de certains que des « Africains » avant d’être des êtres humains. De la vie de sans-papiers d’Obinze à la vie d’écrivaine noire d’Ifemelu, on côtoie différentes formes de racisme, assumées ou non, volontairement méchantes ou camouflées sous la bonne charité.

Ifemelu tient un blog « Raceteenth ou Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les nègres) par une Noire non américaine » qui prend peu à peu de l’ampleur et lui permet de vivre de ce qu’elle écrit. Elle y distille son avis sur des faits de société, des détails de la vie quotidienne, des réflexions… Et surtout, elle met en lumière beaucoup de faits qui passent inaperçus pour tous ces gens qui ne subissent pas d’oppression quotidienne (dont je fais partie si on laisse de côté l’oppression du patriarcat parce que j’ai un vagin). Le tour de force de Chimamanda réside dans l’éducation qu’elle offre à ses lecteurs à travers le regard de son héroïne. S’il y a des faits dont j’étais consciente, notamment parce que j’ai écouté des amis subissant ces oppressions m’en parler, il y a aussi de nombreux détails auxquels je ne faisais pas attention. Et c’est en ça que j’ai vraiment adoré lire ce roman et que je le considère comme roman à recommander sans modération.

Ifemelu et Obinze nous permettent de comprendre une autre réalité du monde, de nous glisser dans la peau de deux jeunes avec des rêves plein la tête qui se fracassent le crâne avec plus ou moins de violence contre le mur que l’on appelle la Réalité.
Lorsqu’Obinze retourne au pays, il le vit comme un échec parce qu’il a été expulsé. Son rêve a été piétiné, on ne lui a pas laissé de réelle chance. Il accepte de construire sa vie au Nigéria selon une ligne autre que celle prévue et s’en sort bien. Seulement, on sent toujours cette blessure, cet accroc de la vie laissé sur son âme.
Ifemelu, elle, revient en vraie Americanah, ces Africains considérés comme complètement américanisés une fois qu’ils reviennent « à la maison ». Et ce mot devient réel pour ces gens qui ne reconnaissent plus rien de leur jeunesse, ou ne reconnaisse que trop bien un lieu qu’ils ont quitté. Entre accélération trop poussée dans certains domaines et pause à rallonge dans d’autres, leur pays leur semble étranger parce que trop proche de ce qu’ils étaient avant de grandir peut-être. Le décalage est là, ils étouffent en même temps qu’ils sont heureux d’être rentrés. Et c’est ce que ressent Ifemelu, cette Americanah qui ne sait plus dans quel pays elle a réellement sa place.

Les épreuves de la vie qui ont marqué Ifemelu et Obinze sont celles que l’on croise nous aussi, mais il y en a d’autres, il y a celles liées au fait qu’ils sont des étrangers, de couleur qui plus est. Tant d’obstacles ajoutés à cause d’une couleur de peau différente, d’un pays différent, d’un autre continent, surtout.

Il y a encore tant de choses à dire sur Americanah que tout ce que je peux conseiller c’est de le lire, de découvrir la plume de l’autrice, d’écouter sa voix qui permet de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux points de vue. Elle est une voix qui a réussi à émerger dans le monde littéraire mais aussi féministe et qui permet de mettre en avant toutes ces autres voix qu’on ne laisse pas s’exprimer. Chimamanda Ngozi Adichie rappelle que l’Afrique n’est pas un continent arriéré, que la littérature africaine mérite aussi d’être mise en avant et que les Africains ont tout autant à apporter au monde que les autres êtres humains sans avoir besoin de renier là d’où ils viennent.

Lisez, lisez Chimamanda Ngozi Adichie, lisez de la littérature étrangère, lisez sur le regard des autres, mais aussi écoutez les gens qui vous entourent pour mieux comprendre leurs différences et les prendre en compte quand vous souhaitez vous exprimez sur un sujet. La littérature est une porte qui m’a permis de m’ouvrir à d’autres horizons, d’apprendre plus sur les « autres », ces gens qui n’ont pas la même histoire que moi, qui ne viennent pas du même milieu et c’est aussi en ça que lire m’est essentiel, en ça que je le conseille à tous. Quoi de mieux que la voix de l’autre pour le comprendre ?

Et, pour tout ce que ce livre m’a fait ressentir, je peux dire qu’Americanah a été un coup de cœur de l’année 2018 ♥.


Quelques citations (parmi toutes celles que j'ai relevées pendant ma lecture) :

« Un autre ami nous dit : "Les Noirs autochtones sont toujours plus mal traités que les Noirs non autochtones partout dans le monde. Mon amie qui est née et a été élevée en France de parents togolais prétend être anglophone quand elle va faire des achats à Paris, parce que les vendeurs sont beaucoup plus aimables avec les clients noirs qui ne parlent pas français. Tout comme les Noirs américains sont traités avec respect dans les pays africains." »

« Si tu ne comprends pas, pose des questions. Si poser des questions te met mal à l'aise, dis-le et pose-les quand même. On voit facilement si une question part d'une bonne intention. Puis écoute encore davantage. Parfois les gens ont seulement envie d'être entendus. »

« Alexa, et les autres invités comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la pauvreté qui broyait l'âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d'échapper à la léthargie pesante du manque de choix. Ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien nourris, qui n'avaient pas manqué d'eau, mais étaient englués dans l'insatisfaction, conditionnés depuis leur naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient aujourd'hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir. »

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