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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Mes lectures sont éclectiques tout en étant de plus en plus engagées vers la tolérance, l'ouverture d'esprit, les cultures différentes et le féminisme. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

lundi 2 septembre 2019

Prémices de la chute de Frédéric Paulin

Encore une lecture due au petit déjeuner littéraire organisé par la librairie Fiers de Lettres et la blogueuse Léa Touch Book en juin dernier auxquels nous avons assisté avec les copains d’Accros & Mordus de Lecture. Un livre qui a su littéralement m’aspirer.



Quatrième de Couverture
" Il a des frères de combat, des frères nés en France comme lui, prêts au grand sacrifice. D'autres se lèveront bientôt. "

Janvier 1996. Dans la banlieue de Roubaix, deux malfrats tirent sur des policiers lors d’un contrôle routier. Qui sont ces types qui arrosent les flics à la Kalachnikov ? Un journaliste local, Réif Arno, affirme qu’ils ont fait leurs armes en ex-Yougoslavie dans la brigade El Moudjahidin. À la DST, le commandant Laureline Fell s’intéresse de près à ces Ch’tis qui se réclament du djihad et elle a un atout secret : Tedj Benlazar est à Sarajevo pour la DGSE, d’où il lui fait parvenir des informations troublantes sur la Brigade et ses liens avec Al-Qaïda. Cette organisation et son chef, Ben Laden, ne sont encore que de vagues échos sur les radars des services secrets occidentaux, mais Benlazar a l’intuition que le chaos viendra de là-bas, des montagnes d’Afghanistan…

De la Bosnie aux grottes de Tora Bora, de Paris à Tibhirine, de Roubaix à New-York, avec ce deuxième tome Frédéric Paulin entraîne le lecteur dans la toile des réseaux djihadistes, poursuivant son exploration des souterrains de la terreur.

Mon avis
Prémices de la chute est le premier roman de Frédéric Paulin que je lis, et il semble aussi être le second tome d’un triptyque dédié à la montée du terrorisme islamiste dès les années 90. Le premier tome que je n’ai pas encore lu, La guerre est une ruse, n’est pas nécessaire pour comprendre Prémices de la chute même si certains personnages y sont repris et c’est un point fort puisque j’ai pu plonger sans retenue dans ce bouquin.

À travers des personnages fictifs complexes et très intéressants, Frédéric Paulin déroule les fils d’une histoire bien réelle, celle du Gang de Roubaix mais aussi de la piste du terrorisme islamiste français qui a eu du mal à être acceptée au sein des autorités dans les années 1990. Dans une enquête haletante et fascinante, l’auteur nous donne les clés essentielles de cette histoire, entre fiction et réalité, où il nous montre tout son talent de chef d’orchestre de la restitution. La fiction sert l’Histoire, la vraie, ou du moins les morceaux que l’on en connaît. De Roubaix à Paris, de Sarajevo à Narbonne, nous suivons ces fils que détaillent pour nous l’auteur, nous pénétrons dans le fonctionnement des conflits qui ont marqué les années 90 et essayons de comprendre comment le djihad a pu prendre une telle ampleur sans que la communauté internationale ne s’en rende réellement compte. À trop vouloir jouer les médiateurs ou même les sauveurs au cœur des conflits, les dirigeants des pays du « Nord » ont oublié de balayer devant leur porte.

Frédéric Paulin a su accrocher mon attention dès les premières pages, il a su me faire apprécier ses personnages en les usant à bon escient, en utilisant leur psychologie pile comme il le fallait et sans trop en faire même si pour servir la trame certaines coïncidences sont un peu grosses. L’Histoire et son histoire se mêlent à la perfection, nous laissant parfois croire que ses créations sont la réalité malgré l’évidence de la fiction au cœur du réel. Utiliser l’Histoire pour écrire une fiction, surtout à notre époque, n’est pas chose aisée et Frédéric Paulin prouve ici qu’il est maître en la matière.

Le fond historique est glaçant, il m’a poussée à passer des heures à me documenter sur l’époque, à approfondir mes connaissances sur la question et si les services du renseignement tombent sur mon historique de recherches, ils risquent de se poser des questions tellement je me suis laissé entrainer dans cette chute vers les sombres heures des années ayant précédé les attentats du 11 septembre 2001. J’ai hâte de lire le premier tome mais aussi le troisième qui viendrait, à défaut de conclure les temps troubles que nous connaissons, apporter de nouvelles clés à travers une fiction horriblement réelle.

Prémices de la chute est de ces romans qui se dévorent, de ceux qui nous poussent à vouloir retourner sans les méandres de l’Histoire et à comprendre le monde actuel, à décortiquer cette actualité qui nous vrille les viscères et nous annonce sûrement que le pire n’est peut-être pas encore arrivé. Un vrai coup de cœur !

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samedi 31 août 2019

Casting sauvage de Hubert Haddad

En allant enfin fureter dans la boîte à livres du village de mes parents, j’ai découvert ce livre de Hubert Haddad dont le nom a longtemps chatouillé ma curiosité.



Quatrième de Couverture
Missionnée pour un casting aux allures de défi, Damya arpente les rues de Paris à la recherche d’une centaine de figurants : efflanquées, défaites, ces ombres fragiles incarneront les déportés dans un film adapté de la Douleur de Duras. Par sa présence si vive au monde, ses gestes de danseuse, son regard alerte et profond, Damya mue en vraie rencontre chaque échange fugace avec les silhouettes qu’elle repère – un marcheur qui ne retient du temps qui passe que l’usure de ses semelles, Amalia, oiseau frêle en robe pourpre de la gare Saint-Lazare, ou ce jongleur de rue aux airs de clown fellinien. Mais dans le dédale de la ville, Damya a surtout l’espoir fou de retrouver le garçon d’un rendez-vous manqué – par la force tragique d’un soir de novembre 2015 – et dont le souvenir l’obsède. Casting sauvage est une magnifique traversée de Paris, un roman intense et grave dont la ville aux mille visages est la trame et le fil, habitée par la mémoire de ses drames et rendue à la vie par tous ceux qui la rêvent… Un walking movie qui offre aux âmes errantes comme un recours en grâce.

Mon avis
Casting sauvage nous entraîne dans un Paris post novembre 2015 où la reconstruction n’est pas chose aisée, où les cicatrices brûlent encore. Damya, ancienne danseuse au destin exceptionnel brisé par cette attaque, erre dans les rues parisiennes à la recherche de figurants mais surtout d’elle-même. Ce soir de novembre elle a perdu son avenir, ses rêves, ses espoirs. Elle ne réussit pas à avancer tout simplement parce que se reconstruire signifie savoir sur quelles fondations il faut se baser : Damya ne sait plus, elle marche sans avancer, se réveille chaque matin sans réellement s’éveiller à nouveau.

À travers sa quête de figurants pour un film sur les camps de concentration, Damya se retrouve à chercher des regards qui lui rappellent sûrement son propre reflet dans le miroir : des âmes hagardes, brisées, incapables de rattraper la vie en marche et faisant du surplace sans savoir par où commencer pour revivre. Les événements de novembre 2015 permettent ici à Hubert Haddad d’explorer ces âmes perdues, ces personnes abattues par des épreuves affreuses, marquantes à vie. Comment se reconstruire après l’horreur ? Comment remettre le pied dans l’engrenage de la vie quand notre routine a volé en éclats d’un seul coup sans retour en arrière possible ?

L’écriture de Hubert Haddad n’est pas légère, elle est dense et lente à la fois, elle impose un rythme tout en slow motion qui peut rendre la lecture fastidieuse mais qui, en même temps, colle à la perfection au livre qu’elle compose. Damya observe, elle décortique, elle s’arrête entre deux courses à travers la ville pour trouver les silhouettes parfaites, parce qu’elle cherche aussi à retrouver un rythme, sa propre vie. L’écriture complexe et sublime à la fois freine la lecture quand il le faut et la relance aux moments clés. Ce n’est pas évident à chaque page mais sans cela, le livre n’aurait pas la même saveur.

J’ai apprécié ma lecture, la construction mise en place par l’auteur ainsi que les axes qui y sont développés. Cependant, je n’ai pas réussi à aller au fond de l’émotion que je recherchais : l’exercice littéraire m’a beaucoup plu mais son impact sur mon âme n’a pas eu lieu. Je suppose que la qualité sur le papier ne suffit pas toujours à me toucher. Cependant, si la qualité littéraire d’un livre est le moteur de votre plaisir littéraire, n’hésitez pas à lire ce roman, vous ne devriez pas être déçus.

« Seule Damya ne sait plus danser. Des meurtriers indélicats ont brisé son élan. Elle avance désormais en exclue, débusquée d’un songe intrépide, par-delà la clôture du corps. À cause d’un genou déclencheur d’alarme aux portiques de contrôle. Elle aurait préféré perdre un sein ou un bras. Il n’y a pas de salut pour l’interprète empêché. Le chanteur rendu muet n’est plus qu’une flûte sans bec, la ballerine claudicante donne à rire ; l’artiste, lui, garde tous ses pouvoirs, même borgne, deux fois sourd ou totalement paralysé. »

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mardi 20 août 2019

Les fleurs d'Hiroshima d'Edita Morris

J’ai lu Les fleurs d’Hiroshima dans le cadre d’une Lecture Commune sur le forum Accros & Mordus de Lecture le mois dernier après que Jacana (Cinquième de Couv') a envoyé plusieurs exemplaires au membre du forum (une vraie perle ♥).



Quatrième de Couverture
Un jeune Américain, employé par une compagnie de navigation, loue une chambre dans une famille japonaise. Rien de plus simple, mais cette histoire se passe à Hiroshima. Et, peu à peu, malgré la pudeur, la fierté et le stoïcisme de ses hôtes, Sam découvrira un à un les secrets des survivants de la bombe : les souvenirs affreux d'une nuit unique dans l'histoire de l'humanité et les peurs atroces qui assombrissent l'avenir. Enfin, tout parle de la mort atomique jusqu'aux fleurs blanches qui, pour honorer les disparus, descendent le cours du fleuve. À la fin de ce livre, qui obtint en 1961 le prix ALBERT SCHWEITZER, le lecteur se sent tenté de dire, comme Sam l'Américain : « Merci, merci pour tout ce que vous m'avez appris. C'est grâce à vous que j'ai compris ce que signifiait Hiroshima ». Plus jamais Hiroshima.

Mon avis
Les fleurs d’Hiroshima est de ces romans qui, sous couvert de fiction, permettent d’appréhender une réalité dérangeante. Sam, jeune américain à l’avenir prometteur, profite d’un séjour à Hiroshima pour se plonger dans la culture japonaise en louant un lit au sein d’une famille de la région. Yuka est persuadée qu’elle peut donner l’illusion d’une vie agréable à son hôte, au milieu de ses enfants, son mari et sa sœur cadette. Seulement, la tragédie d’Hiroshima ayant eu lieu quinze ans plus tôt a laissé des marques qui ne sont visibles qu’aux yeux des gens attentifs, qui savent voir au-delà des apparences.

À travers le personnage de Sam, le monde occidental montre à quel point se bercer d’illusions permet de de croire que tout va bien, que la guerre et ses horreurs sont loin derrière. Pourtant, il faudrait être bien naïf pour croire que les effets d’une bombe nucléaire d’envergure ont disparu aussi vite qu’ils sont arrivés, non ?
C’est sans compter sur la réserve culturelle des Japonais, sur leur façon de faire en sorte de préserver les apparences, de ne pas froisser leurs anciens ennemis. Yuka incarne ces victimes du passé qui cherchent à relever la tête tout en faisant preuve de réserve, elle cherche à ne montrer que la lumière à Sam, en cachant dès que possible les zones d’ombres, en planquant la poussière sous les tapis pour masquer le délabrement de ces vies qui accusent encore le coup, qui restent marquées à jamais.

Le drame d’Hiroshima ne s’est pas arrêté après l’explosion de la bombe, il continue à s’écouler dans le sang des victimes collatérales, celles qui ont le corps marqué comme l’âme brûlée. Les radiations agissent encore, insidieusement, lentement avec plus ou moins de violence. Ceux qui portent les traces du drame sans pouvoir les cacher sont exclus de la société, ils sont les murs abîmés que l’on cache sous une peinture douce à défaut de pouvoir les réparer. Et puis il y a ceux qui savent que leurs fondations sont ébranlées malgré une structure en apparence solide, qui craignent le moindre choc violent qui pourrait tout faire voler en éclat. Il y a ces jeunes générations qui ne sont pas certaines de pouvoir un jour donner la vie à autre chose qu’une marque de l’horreur du passé, comme Ohatsu, la petite sœur de Yuka, qui décide de refuser de prendre le risque. Mais dans une société où la famille est le pilier de la vie, où une femme n’a d’autre espoir que de fonder un foyer avec des enfants en bon santé et un mari à la situation enviable, que reste-t-il à Ohatsu pour envisager un avenir ? Et ces fleurs, déposées dans les eaux de la ville pour apaiser les âmes torturées des défunts, sont-elles suffisantes pour ne plus voir sans cesse leurs chairs à vif et la douleur dans leurs yeux ?

Les fleurs d’Hiroshima est un roman qui permet de ne pas oublier les victimes silencieuses d’un conflit aussi important que la Seconde Guerre Mondiale, celles qui ont survécu à l’horreur. C’est aussi une histoire qui montre que les vainqueurs oublient un peu trop vite les conséquences de leurs actes : comprendre le passé pour ne pas refaire les mêmes erreurs devient plus compliqué quand les erreurs s’atténuent avec le temps, non ? C’est ce que montre Edita Morris qui a fait beaucoup pour les victimes d’Hiroshima, elle qui a apporté son soutien à ceux que l’Histoire a tenté d’oublier.

En lisant Les fleurs d’Hiroshima, comme Maurice Pons dans la préface, on ne peut que se dire « Jamais plus Hiroshima » même si l’oubli laisse craindre la répétition des erreurs les plus terribles…

Merci les copains pour cette lecture commune et merci Jacana ♥

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vendredi 16 août 2019

Cherry de Nico Walker

Cherry est un livre que j’ai acheté lors du petit déjeuner littéraire de l’été organisé par la Librairie Fiers de Lettres et la blogueuse Léa Touch Book en juin. L’événement a été un vrai plaisir que j’ai partagé avec deux autres Accros & Mordus, en plein cœur de Montpellier.



Quatrième de Couverture
Les fantômes de la guerre en Irak le hantent.
Heureusement, il y a Emily.
Mais la vague des opioïdes qui balaie le Midwest les emporte.
Il leur faut de l’argent, beaucoup d’argent.

Mon avis
Jeune Américain désœuvré issu de la classe moyenne supérieure, notre narrateur cherche un sens à sa vie après une première année d’université plutôt bancale, entre défonce douce, cours séchés et premier amour. À une époque où la guerre en Irak est glorifiée par une propagande intense aux USA, il s’engage dans l’armée, faute de savoir qui il est et où il veut poursuivre son avenir. Commence alors la descente aux enfers entre moments de creux où rien ne suffit à tuer l’ennui et sorties mortelles pour ses camarades. Il comprend que cette guerre n’est qu’un simulacre, que leur présence sur le terrain est inutile et que les morts sont vaines.
À son retour, il a besoin de toujours plus se défoncer pour oublier. Il fait partie de ces milliers d’anciens combattants traumatisés, lâchés dans la nature sans but, sans fil rouge pour reprendre une vie normale. Alors il se drogue, toujours plus. Il fume, sniffe ou s’injecte l’intégralité de ses maigres salaires, de ses effets personnels aussi. Avec Emily, ils consomment tout ce qu’ils peuvent. Jusqu’à ce qu’il commence à braquer des banques pour pouvoir acheter leurs doses à tous les deux.

Cherry est une plongée intense dans les conséquences de la guerre en Irak sur les jeunes qui s’y sont engagés au début des années 2000. Participer à l’horreur et comprendre que ça n’avait aucune réelle utilité les a déglingués. Revenir à la vie normale n’a pas fonctionné et seuls les opioïdes ont finalement aidé certains d’entre eux à tenir.
Nico Walker, l’auteur du livre, compose au moins les trois quarts de son narrateur : il purge actuellement une peine de onze ans de prison pour braquages de banques et s’est servi de son vécu pour raconter l’histoire de cette génération usée avant l’heure. Avec des mots crus et des phrases percutantes, il décrit toutes les horreurs de la guerre et de la vie. Il offre le vraie visage de la guerre en Irak à tous ceux qui ne l’ont suivie que de loin. Il montre les rouages d’une descente aux enfers prévisibles.

Cherry se lit vite, bien et avec intensité. Il permet une réelle immersion au cœur de cette génération perdue et une remise en question de toutes ces guerres dont les enjeux nous échappent. Le bouquin a été encensé aux USA et commence à l’être à travers le monde mais je ne partage pas réellement cette adulation pour l’auteur. J’ai apprécié ma lecture mais rien ne m’a fascinée dans l’écriture ou le sens du livre. Le roman est bon mais ne m’a pas paru exceptionnel non plus. Peut-être est-ce le fait que ce soit un livre écrit en prison qui fascine les gens… Parce que le monde littéraire a encore du mal à accepter qu’il est possible d’écrire un bon livre sans diplôme, sans avoir la vie d’un écrivain cliché… C’est l’impression que cela me donne en tout cas.

Quoi qu’il en soit, si vous voulez comprendre un peu mieux les problèmes des Américains avec la guerre en Irak et ses conséquences, ne vous privez pas de cette lecture. Elle n’en résout pas les mystères mais elle permet d’appréhender les nombreuses failles du système.

« Les gens n’arrêtaient pas de mourir : tout seuls, par deux, pas de héros, pas de batailles. Rien. Nous étions juste de la piétaille, des épouvantails glorifiés ; là uniquement pour avoir l’air occupés, à arpenter la route dans un sens et dans l’autre, pour un prix exorbitant, cons comme des balais. »

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dimanche 7 juillet 2019

Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher

Je continue ma découverte progressive du monde de la BD en suivant encore une fois les conseils glanés sur Accros & Mordus de Lecture. J'aime tellement ces échanges, ce partage qu"on a développés sur le forum ♥



Quatrième de Couverture
Que feriez-vous si d’un coup vous vous aperceviez que vous ne vivez plus qu’un jour sur deux ? C’est ce qui arrive à Lubin Maréchal, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui, sans qu’il n’en ait le moindre souvenir, se réveille chaque matin alors qu’un jour entier vient de s’écouler. Il découvre alors que pendant ces absences, une autre personnalité prend possession de son corps. Un autre lui-même avec un caractère bien différent du sien, menant une vie qui n’a rien à voir. Pour organiser cette cohabitation corporelle et temporelle, Lubin se met en tête de communiquer avec son « autre », par caméra interposée. Mais petit à petit, l’alter ego prend le dessus et possède le corps de Lubin de plus en plus longtemps, ce dernier s’évaporant progressivement dans le temps. Qui sait combien de jours il lui reste à vivre avant de disparaître totalement ?

Au-delà d’un récit fantastique totalement prenant, Ces Jours qui disparaissent pose des questions fortes sur l’identité, la dualité de l’être et le rapport entre le corps et l’esprit.

Mon avis
Ces jours qui disparaissent nous entraine à la rencontre de Lubin, jeune acrobate forcé d’avoir un boulot alimentaire pour poursuivre sa passion, voit peu à peu ses journées disparaître… Durant ses moments d’absence, un autre Lubin semble prendre sa place, un garçon ordonné, qui fait les courses, le ménage et ramène un peu plus d’argent. Au fil du temps, Lubin l’acrobate sent que son temps est grignoté par cet autre qui prend le dessus et qui fait tout pour que la tendance ne s’inverse pas jusqu’à ne laisser que quelques apparitions furtives à son alter ego.

J’ai eu du mal à accrocher à cette BD, ne m’attachant pas une seule fois aux personnages présentés. Il m’a manqué un petit quelque chose pour réellement plonger dans l’histoire avec mes tripes ce qui fait que je l’ai lue avec une certaine distance. C’est ainsi que les messages subliminaux m’ont paru trop peu subtils, trop faciles et attendus, très clichés aussi.
Timothé Le Boucher nous propose un récit graphique où le Lubin rêveur laisse peu à peu place à un Lubin responsable, un Lubin adulte. Notre artiste de cirque disparait au profit d’un homme qui entre dans les rangs, qui exerce un travail dit « utile » par la société, qui contribue au bon fonctionnement de la vie citoyenne en somme. L’éditeur décrit ce changement par le passage de l’enfance à l’âge adulte en faisant peu à peu taire l’enfant insouciant et rêveur.
Tous ces mécanismes m’ont paru trop attendus, trop simples parce qu’on entre dans la critique pure et dure de cet âge adulte quand tout est fait pour que le Lubin « responsable » passe pour le méchant de l’histoire. Et c’est là que j’ai du mal à accepter l’explication du duel entre l’enfance et l’âge adulte : j’avais plutôt l’impression de voir un duel entre le conformisme et l’idéalisme. Et ce duel m’a semblé bien trop manichéen et stéréotypé pour me plaire.

Plus le temps passe et plus j’aime la finesse, les sens cachés, la critique d’une société trop rigide. Ces jours qui disparaissent est à mes yeux une critique de la société qui range les gens dans des cases de façon un peu maladroite, en grossissant le trait et en perdant de son charme. Il y a des dessins assez simples, dans un trait flou et des couleurs très parlantes qui m’ont plu mais qui, parfois, rappelaient finalement le simplisme de la réflexion autour de l’affrontement entre les deux Lubin à mes yeux. Un scénario un poil moins simpliste m’aurait sûrement permis d’accrocher totalement au résultat.

J’ai apprécié ma lecture sur la première moitié du livre puis me suis vite ennuyée sur le reste, sur cette vision trop manichéenne mettant les deux personnalités en opposition. Je pense que le rythme y est aussi pour beaucoup même si, lui, est totalement logique et justifié : le Lubin rêveur se fait de plus en plus rare mais c’est lui que nous suivons, c’est donc des bonds dans le temps immense qui nous portent jusqu’au bout de cette histoire et qui m’ont plus encore coupée des personnages. Le choix est judicieux mais il a ce défaut de ne pas réussir à garder dans le rail les lecteurs comme moi qui sont susceptibles de ne pas s’attacher aux personnages.

Ces jours qui disparaissent est une BD proposant un scénario original, des pistes de réflexion intéressante mais à laquelle je n’ai pas su m’accrocher. Je suppose qu’il me manque encore une certaine sensibilité à ce type d’ouvrage pour me satisfaire de certains raccourcis nécessaires et trouver dans la partie graphique les éléments manquants à la partie scénaristique.

Garder son âme d’enfant me semble essentiel dans notre monde mais je ne pense pas qu’il faille rejeter en bloc tout ce que l’âge adulte semble attendre de nous en apparence : c’est en jouant avec les deux facettes de notre moi qu’on trouve un équilibre à mon sens. Et c’est cet équilibre que les personnages de Timothé Le Boucher ne trouvent pas, cet équilibre auquel nous devons essayer d’aspirer sous peine de finir comme ces deux Lubin, incomplets et perdus. Ces jours qui disparaissent est un bon moyen de se rappeler que faire la paix avec nous-même peut nous être salutaire.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture