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Rambalh, c'est un pot pourri de mes lectures, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog. Il est surtout né de mon besoin de garder une trace de mes lectures. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

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dimanche 23 février 2025

Noël... Quelle galère ! d'Alicia Garnier

Après Let your heart be Light d'Alison Germain, j'ai enchaîné avec Noël... Quelle galère ! d'Alicia Garnier. À noter que ces deux nouvelles sont issues d'un recueil publié à quelques exemplaires en auto-édition en 2022, Noël autour du monde.



Quatrième de Couverture
Holly ne pouvait pas imaginer pire scénario...

Holly travaille chez Rikke Land depuis très longtemps et elle adore son job. Même si elle sait que tous les ans le mois de décembre est compliqué à cause de la surcharge d’activité. Mais surtout, elle redoute par-dessus tout Noël et ses célébrations; il faut dire qu’elle est loin d’être fan de ces fêtes de fin d’année...
Cependant, il y a une personne qui lui hérisse encore plus le poil que Noël : Reed, son collègue et ennemi de longue date. Pourtant, le destin va leur jouer un drôle de tour quand ils vont se retrouver bloqués, juste tous les deux au bureau.
Cette soirée glaciale s’annonce riche en évènements, prises de bec et révélations !

Holly et Reed n’ont pas fini de vous divertir.

Mon avis
Holly et Reed bossent ensemble et se détestent. Coincés au bureau pour Noël, ils vont devoir se supporter et plus si affinité.

Bon, nul besoin de vous faire un dessin, on est clairement face à une relation où les deux personnages mènent sans cesse une joute verbale, se détestent, mais, évidemment, au fond, s’apprécient au moins physiquement. C’est du vu et revu mais ça marche toujours aussi bien. L’ambiance de Noël y apporte une touche sympathique et c’est assez agréable à lire en période de fêtes.

J’ai découvert la plume d’Alicia Garnier avec cette nouvelle et je n’ai pas été déçue du voyage : les escales et la destination finale correspondaient à ce que j’attendais.

Pour info, la nouvelle s'est transformée en saga Reed & Holly et comporte désormais 4 tomes pour 4 saisons.

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vendredi 14 février 2025

La Sorcière rousse précédé de La coupe de cristal taillé de F. Scott Fitzgerald

J'avance dans ma rétrospective des lectures de 2022. PArmi elles, il y avait ces deux nouvelles de F. Scott Fitzgerald. En vrai, n'hésitez pas à lire Zelda Fitzgerald que j'ai lue bien avant lui et que j'ai vraiment trouvé plus pertinente dans son écriture !



Quatrième de Couverture
Un amant éconduit a offert à la ravissante Evie Piper «un présent aussi dur, aussi beau, aussi vide, aussi transparent» qu'elle, une coupe en cristal taillé. Mais quelle étrange malédiction pèse sur cette coupe? Merlin Grainger, un libraire new yorkais, est envoûté par une jeune femme «aux cheveux roux ombrés de violet» qui semble toujours surgir aux moments importants de sa vie pour semer le trouble. Qui est-elle vraiment? Le fantôme d'une vie rêvée ?

Deux nouvelles tendres et désenchantées dans l'Amérique des Années folles.

Mon avis
Que ce soit “La coupe de cristal taillé” ou “La Sorcière rousse”, F. Scott Fitzgerald donne une image assez péjorative de la femme. Elle y est forte mais surtout envoûtante, et elle le paye à la fin. Que ce soit Evie Pipier qui finit aussi lacérée par la vie que ce qu’un amant éconduit semble lui avoir reproché ou la mystérieuse Caroline qui est méprisée et crainte par les hommes comme les femmes…
F. Scott Fitzgerald semble avoir une dent contre les femmes, au point de se servir d’elles pour faire passer chacun de ses messages. Et les messages, alors ? Le temps qui passe, le fait de regretter ses actes une fois qu’on en mesure les conséquences, ne pas choisir la liberté quand on en a l’occasion mais plutôt le conformisme, le retour de flamme, … Bref, il y a de quoi faire.
Par contre, si c’est bien écrit, je n’ai pas été convaincue par la gestion des chutes finales. J’aime les nouvelles aux chutes abruptes et surprenantes. Ici, elles sont convenues et plates. Je comprends le but, l’effet désiré mais ce n’est pas à mon goût.

Pour poursuivre, j’irai plutôt lire les nouvelles de Zelda Fitzgerald parce que j’avais beaucoup aimé son roman autobiographique, Accordez-moi cette valse. J’ai sûrement un gros a priori sur F. Scott à cause de ce livre mais j’assume parce que Zelda ♥

Je lirai sûrement Gatsby le Magnifique un jour, pour voir si le génie est justifié ou non.

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samedi 3 février 2024

Gelée royale précédé de William et Mary de Roald Dahl

Ce livre, je l'ai lu en septembre 2022. J'ai donc encore plus d'un an de retard d'avis lecture mais je remonte doucement la liste de ces chroniques en attente (bon, je lis plus vite que ce que je publie, mais, sait-on jamais, peut-être que je finirai par être à jour !).



Quatrième de Couverture
Comment faire grossir un bébé qui refuse de manger ? Son père, passionné d'apiculture, a une idée qui pourrait bien révolutionner l'alimentation des nourrissons ! Comment garder un œil sur sa femme après sa mort ? William Pearl, avec la complicité d'un ami neurochirurgien, tente une expérience inédite. Mais on ne revient pas impunément d'entre les morts...

Plongez dans l'effroi pour éclater de rire à la page suivante - avec Roald Dahl, maître de l'humour noir so british !

Mon avis
Dans mon objectif de piocher dans les livres qui prennent la poussière dans ma PàL depuis trop longtemps mais aussi par une envie de lire des nouvelles, j’ai lu ces deux nouvelles délicieusement tordues extraites du recueil Kiss Kiss de Roald Dahl. J’ai été entraînée dans une expérimentation à double tranchant puis dans le monde merveilleux des abeilles.

Ces deux nouvelles sont mes toutes premières lectures de Roald Dahl et je ne regrette rien. J’avais vaguement l’envie de lire ses écrits, comme la plupart des auteurs qu’on connaît de nom parce qu’ils ont marqué le monde littéraire mais c’était là, latent, dans cette petite liste du « un jour peut-être »… Je n’avais pas idée de ce que je manquais en attendant si longtemps !

À travers un humour bien britannique, Roald Dahl use du fantastique, flirtant presque avec la science-fiction, pour nous proposer deux situations troublantes qui, en quelques pages seulement, nous offrent plusieurs pistes de réflexion tout en nous divertissant avec efficacité. Le fantastique, ce genre littéraire que j’aime retrouver peu à peu, qui nous pousse dans nos retranchements au fil des pages parce qu’on ne sait si la situation est réellement tangible ou non, Roald Dahl le maîtrise et le façonne à sa manière. Il l’use pour mettre en lumière les travers humains qui tendent vers la folie, cette douce folie qui couve finalement en chacun de nous.

Le choix est au cœur de chaque nouvelle, le choix qui entraîne la dérive et qui porte les personnages vers une finalité à laquelle ils ne s’attendaient pas. Finalité bien acceptée… ou non.

Je ne m’arrêterai clairement pas là avec Roald Dahl !

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samedi 26 janvier 2019

Histoire naturelle des morts et autres nouvelles d'Ernest Hemingway





Quatrième de Couverture
Qu'il décrive les morts sur les champs de bataille avec la précision glaçante d'un entomologiste, qu'il s'inspire de ses propres expériences pour raconter comment elle peut briser un homme ou qu'il mette en scène des soldats sur le point d'être démobilisés, Hemingway se livre à une dénonciation magistrale.

Cinq nouvelles d'une grande force pour témoigner des atrocités de la guerre et de ses traumatismes indélébiles.

Mon avis
Histoire naturelle des morts, et autres nouvelles d’Ernest Hemingway est une plongée intense et violente dans la réalité de la guerre et de ses conséquences. Hemingway a vécu la guerre, il s’est retrouvé au milieu de cette terrible effervescence et son vécu se ressent à travers ces cinq nouvelles qui transpirent le réalisme.

Dès les premières pages, la nouvelle Histoire naturelle des morts rappelle l’engagement d’Hemingway comme ambulancier lors de la première guerre mondiale : il y décrit des scènes macabres, des corps en décomposition, hommes comme animaux, et insiste sur le fait qu’on ne distingue plus les camps une fois que la mort a frappé. Chair à canon ils étaient, chair en lambeaux sans visage ou identité ils terminaient. Décrivant scientifiquement la mort, son visage, son odeur aussi, Hemingway rappelle que chacun reste un homme avant tout, un homme qui ne représente que peu de choses aux yeux de ceux qui dirigent les guerres d’en-haut.

Un soldat chez lui montre à quel point les hommes ayant survécu ont été transformés, à quel point les futilités de la vie peuvent les ennuyer mais, surtout, que tout ce qu’ils recherchent ensuite c’est la paix. Une paix intérieure qu’ils peinent à trouver tant ils ont vécu d’horreur et tant les tracas du quotidien les dépassent, les marginalisant finalement dans leurs réactions. C’est le dur retour à la réalité simple après une réalité d’horreurs qui préoccupe le lecteur dans cette nouvelle.

Dans un autre pays aborde les blessures physiques mais, surtout les blessures de l’âme. Lui-même blessé lors de la guerre, Hemingway aborde avec gravité cet aspect de la guerre, les conséquences physiques et morales. C’est la perte qui est au cœur de cette nouvelle, la perte de son corps, de son passé ou de ses proches.

Simple enquête aborde un aspect peu abordé dans la littérature sur la guerre : la sexualité lorsque l’on passe des mois voire des années au front, lorsque les hommes vivent entre eux et ne voient que peu de femmes… Où les hauts-gradés proposent à leurs subalternes de satisfaire leurs besoins contre une protection. Un point que je n’avais jamais lu quelque part, qui ne faisait sûrement pas du bien à l’image de héros de ces hommes si c’était abordé.

Enfin, Ça ne risque pas de vous arriver est plus floue, plus étrange aussi. On comprend peu à peu que le personnage principal déraille, divague. On découvre jusqu’à quel point l’esprit peut être touché, que ce soit par traumatisme ou par blessure. Aussi perdu que le personnage, on termine notre aventure d’un coup tout en gardant un goût de cette guerre qui met du temps à s’effacer.

Dans un style qui nous jette sans préparation dans l’horreur de la guerre, Ernest Hemingway livre un certain témoignage de son vécu à travers ces cinq nouvelles fictives. Le format ne nous laisse pas le temps de nous attacher aux personnages, il nous permet juste de sauter les deux pieds en avant dans le tas, sans préambule, puis de passer d’une nouvelle à l’autre sans répit. Comme la guerre, d’une bataille à l’autre, d’horreur en horreur.
Malgré le format court, la lecture a été assez dense, tendue et même complexe : il ne m’a pas été évident de m’y plonger d’un coup mais j’ai su apprécier tout ce que ce recueil pouvait m’offrir. Cependant, il vaut mieux savoir à quoi s’attendre si on est sensible aux descriptions de cadavres.

Fun fact : Hemingway est né à Oak Park, dans l'Illinois (banlieue de Chicago, aux USA), chose que j'avais oubliée alors que j'ai passé 10 jours à Oak Park il y a 10 ans, lors d'un échange et qu'on nous avait fait la liste de toutes les personnalités ayant marqué la ville (comme l'architecte Frank Lloyd Wright qui, s'il n'y était pas né, avait laissé son empreinte architecturale spectaculaire dans la ville (et ça, je ne l'avais pas oublié)). Bref, je peux me la péter en disant que j'ai réellement marché sur les traces d'Hemingway (mais le lycée où j'ai été avait l'air trop récent pour avoir été le sien

« Jusqu'à leur mise en terre, les morts changent d'aspect tous les jours. Les Caucasiens passent du blanc au jaune, au jaune-vert, puis au noir. Si la chair séjourne assez longtemps à la chaleur, elle prend la couleur du goudron, tout spécialement autour des blessures, avec des reflets irisés bien visibles. Tous les jours, les cadavres enflent et deviennent trop gros pour leur uniforme qui se tend sur les corps soufflés et menace de craquer. Les membres peuvent augmenter de volume dans des proportions incroyables et les visages se transforment en boules rondes et tendues comme des ballons. » Nouvelle Histoire naturelle des morts.

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jeudi 22 mars 2018

Ida, suivi de La comédie bourgeoise d'Irène Némirovsky

Dans un précédent article, je vous parlais de la Glory Book Box sur le thème des fabuleuses années 20. Ida est l'un des livres qu'il y avait dedans et que j'ai lu. J'ai pu découvrir grâce à cette box une autrice à la plume magique et qui était engagée dans son art pour la cause des femmes qu'elle décrit sous deux angles différents avec ces deux nouvelles. Je vous conseille vivement de vous pencher sur des autrices, de vous intéresser à ce qu'elles ont à dire sur nous, les femmes : le féminisme à travers le temps c'est aussi lire les mots de ces femmes qui se sont battues pour se faire entendre. Lisez des femmes, surtout en ce mois de mars, surtout en cette période où on cherche encore à nous museler lorsqu'on réclame les mêmes droits que les hommes.



Quatrième de Couverture
Les paillettes, les plumes et les strass, les bouquets de fleurs, les hommes fous d'amour, l'ivresse des applaudissements... tel est le quotidien de la belle Ida Sconin, célèbre meneuse de revue parisienne. Mais le temps passe impitoyablement et il devient de plus en plus difficile de faire illusion.

L’auteur de l’inoubliable Suite française nous offre deux nouvelles d’une douloureuse lucidité, deux destins de femmes cruels et intimistes.

Ces nouvelles sont extraites de Films parlés (1934).

Mon avis
Irène Némirovsky a écrit et vécu à une époque où la place de la femme était encore bien définie par la société à la maison. Elle a fait partie de ces femmes qui montraient à travers leurs écrits l’oppression subie par notre genre. Ses héroïnes montrent qu’elles vont au-delà de ce qu’on attend d’elle, ce qu’on suppose, que l’utérus obtenu à la conception n’est pas un frein à l’accomplissement d’une vie. Mais Irène Némirovsky a aussi subi l’antisémitisme et, après qu’on lui ait refusé la nationalité française en 1938, elle doit comme beaucoup faire profil bas pendant la guerre. Seulement, elle est arrêtée, déportée et meurt à Auschwitz, laissant derrière elle des écrits qui permettent de faire vivre sa mémoire.

Ida

Ida est une meneuse de revue qui garde la tête d’affiche à un âge où les autres artistes ont été reléguées au dernier plan depuis longtemps. Craignant de perdre la lumière qui la fait vivre, elle se donne encore et encore pour garder son trône malgré les rides camouflées sous la poudre et son corps qu’elle a épuisé au fil des ans. Elle est au sommet, a tout sacrifié pour cette place et, pourtant, elle doit sans cesse faire ses preuves. Encore et encore, montrer au monde qu’elle est la meilleure. Ce monde qui admire sa ténacité tout en lui renvoyant au visage chaque soir que sa date de péremption est proche, qu’au moindre faux pas, ce sera la fin.

Ida, même au sommet, doit encore tout prouver. Chaque jour est un nouvel examen final, chaque tableau est un test. Une femme, lorsqu’elle a accompli de grandes choses, lorsqu’elle brille, ne doit jamais baisser sa garde et prouver qu’elle mérite toujours sa place. Encore et encore. Ida est forte, elle est consciente de ce qui l’a menée jusqu’ici et elle sait qu’elle est la meilleure. Seulement, c’est toujours à travers le regard des autres qu’elle se sent vivante : le spectacle ne vit que par l’approbation du spectateur. Mais c’est toute sa vie qui tient à ce fil, cette vie qu’elle a consacré à sa carrière. Le moindre jugement, dans le regard des hommes mais aussi celui des femmes est un coup de poignard. Malgré sa force et son talent, c’est dans le regard de l’autre qu’elle cherche la reconnaissance, qu’elle s’accroche à une gloire qui est éphémère malgré la longévité déroutante de sa carrière.

À travers cette nouvelle, Irène Némirovsky rappelle inlassablement, dans un rythme lent et lascif, que quoi que fasse Ida, elle dépend du regard des autres, de leur jugement. En tant que femme, son corps qui est son outil de travail ne lui appartient pas vraiment et est voué à dépérir. Ce corps qui a été son meilleur allié devient son pire ennemi en flanchant. Elle est sa propre ennemie, elle lutte contre les effets du temps parce que c’est ainsi qu’on traite les femmes : l’âge arrive, la beauté juvénile appréciée et validée par les autres n’est plus, puis l’âme se fane.

« Elle se sent triste. Car elle a beau farder son visage, taillader ses seins et ses joues, masser son front, effacer tous les jours les rides, qui, toutes les nuits, inlassablement, se reforment, elle ne peut s'empêcher que son âme, par moment, s'essouffle et se fatigue plus vite que son corps. »

La comédie bourgeoise

Madeleine est une jeune fille de bonne famille, vouée à épouser un homme qui prendra la suite de son père à l’usine. Ses parents choisissent son époux, qu’elle apprend à connaître. Mais Henri a déjà une maîtresse, qui assure avoir un enfant de lui. Le scandale passe, le mariage a lieu et Madeleine s’accorde parfaitement dans sa petite vie bourgeoise, avec son mari, puis leurs deux enfants ensuite. Madeleine n’est pas heureuse mais elle affronte la vie, elle se plie au rôle qu’on lui a confié, malgré les aventures de son mari, les épreuves. Elle se prend un jour à vivre une passion éphémère avec un ami, une passion qui la fait se sentir vivante, qui lui rappelle qu’elle est une personne à part entière. Mais cela doit s’arrêter, comme tout ce qui n’entre pas dans le moule conçu pour une parfaite femme.

En apparence, Madeleine est passive, résiliente. Mais, au fond, c’est sa force qui nous touche, sa façon d’accepter ce qu’on attend d’elle, de se laisser briser peu à peu sans jamais baisser la tête. Jusqu’au jour de la libération, quand elle retrouve enfin sa liberté et laisse sa nature profonde éclater au grand jour : elle a fait ce qui était attendu jusqu’au bout sans jamais perdre l’essence même de son être, un être façonné au fil du temps. Et quand vient l’heure où elle n’a plus ces obligations imprimées dans sa chair, elle s’impose et surprend autant son entourage que les lecteurs.

À travers un rythme rapide et lent à la fois, Irène Némirovsky montre à nouveau le poids qui pèse sur les épaules d’une femme, la charge qu’elle doit supporter encore et encore jusqu’au jour où elle peut enfin s’en délester et s’imposer. Comme toujours, cela passe par la fin du joug de l’homme sur la femme, rappelant une fois encore qu’être une femme est un parcours du combattant et qu’il faut une force incroyable pour ne pas se laisser briser par la vie.

« - (...) Tout ton portrait, Madeleine, à cet âge-là. Oh, c'est dégoûtant, vois-tu, comme la vie est courte !
- Elle est bien assez longue, dit Madeleine, mais c'est la jeunesse qui passe vite.
»

Ces deux nouvelles sont un hommage rendu aux femmes, ces femmes qui écrasées par la société patriarcale de l’époque peine à sortir de la place qui leur est imposée. Ces femmes qui sont un objet de décoration parmi tant d’autres dans une maison, dont on attend une attitude parfaite, une harmonie sans faille avec le moule qu’on leur impose. Ces femmes qui doivent être plus fortes que les hommes pour supporter l’oppression tout en ne se laissant pas détruire par ces carcans qui cherchent à les museler sans relâche. Quelle que soit la classe sociale à laquelle appartient une femme, elle doit combattre sans cesse pour ne pas se perdre dans l’image qu’on lui demande de renvoyer.

Poignante, l’écriture d’Irène Némirovsky nous transporte et nous aide à nous fondre dans la vie de ces femmes qui luttent inlassablement contre les autres mais aussi contre elles-mêmes.

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vendredi 13 juin 2014

Les Anges de l'Ombre de Malaïka Macumi

Depuis que j’ai commencé à prendre des partenariats sur A&M, j’ai découvert un tout nouvel aspect du monde de l’édition mais surtout de la littérature française. Désormais, je me fais un devoir (mais surtout un plaisir) d’acheter les livres des petits maisons d’édition que j’apprends à connaître via A&M et c’est ainsi que je me suis procuré Les Anges de l’Ombre de Malaïka Macumi, recueil de nouvelles paru aux Editions du Petit Caveau.



Quatrième de Couverture
Seriez-vous prêts à chatter sur le Net avec un …vampire ? À acheter un cercueil sur un site d’occasions ? Ou bien à goûter une délicieuse soupe préparée par un mort-vivant aux talents culinaires quelque peu inquiétants ?
Succombez à la mystérieuse musique d’un vampire mélomane, le long des falaises battues par les vents et les ténèbres, ou entrez dans les noires pensées d’une goule épuisée par sa propre résurrection… Mais surtout, méfiez-vous des corbeaux aux yeux luisants et des charrettes aux roues geignantes !

Ce sont là quelques-uns des terribles voyages que vous propose ce recueil : treize histoires de vampires mariant effrontément l’horreur absolue à la poésie la plus décadente. Treize nouvelles gothiques au style puissant et macabre, dont les images fortes ne vous laisseront pas indemnes…

Malaïka Macumi nous offre son premier recueil de nouvelles, réunissant des oeuvres inédites ainsi que quelques récits déjà publiés.

Mon avis
Mon avis sur ce recueil est plutôt mitigé. L’auteur a une très belle plume, son style s’adapte d’ailleurs très bien aux différents tons qu’elle veut donner à ses nouvelles mais cela n’a pas suffi à complètement m’entrainer dans son univers. J’ai passé un très bon moment lecture mais qui, malheureusement, ne restera pas inoubliable.

Les nouvelles sont très variées. Elles ne se ressemblent pas, que ce soit dans la forme ou dans le fond. Malaïka Macumi possède un réel talent d’adaptation, talent qui me semble de plus en plus rare de nos jours : nombreux sont les auteurs qui se cantonnent à un seul aspect, un seul style alors qu’ici, c’est tout le contraire. J’ai réellement apprécié ces changements même si je n’ai pas forcément accroché à tous. J’ai eu tout juste le temps de m’adapter au style d’une nouvelle pour qu’ensuite, pouf, celui-ci change avec la nouvelle suivante. Déstabilisant mais grisant !

En ce qui concerne le fond, les personnages dépeint par l’auteur sont eux aussi différents les uns des autres même si, au fond, ils se retrouvent tous liés par les aventures que leur a fait vivre l’auteur. On retrouve le rapport au monstre, à la bête, que ce soit chez le voisin ou directement en nous. On plonge dans des histoires sombres, d’autres plus douces mais sans jamais tomber dans l’ennui.

Les fans du genre apprécieront sans peine l’univers, ou plutôt les différents univers proposés par Malaïka Macumi. Un moment agréable même s’il ne restera pas remarquable pour moi.

mercredi 8 août 2012

Monstres ! Anthologie dirigée par Jacques Fuentealba

Et dire que j'avais prévu de profiter de mon été pour lire encore et encore ! finalement, je passe plus de temps à faire la fête qu'autre chose... Je me rattraperai à la rentrée je pense !

Monstres ! est une anthologie des éditions Céléphaïs que j’ai eu l’occasion de lire grâce à un partenariat avec le forum A&M. Elle a été publiée en 2012 et est composée de 308 pages. Cette anthologie est dirigée par Jacques Fuentealba.Merci encore une fois à Michiko pour sa correction sur le forum !

Auteurs
Lewis Shiner, Bill Congreve, Jeffrey Thomas, Alan Baxter, Lavie Tidhar, Steve Rasnic Tem, Kaaron Warren, Pablo Dobrinin, Fermín Moreno, Carlos Gardini, Pedro Escudero, Marc R. Soto, Nuria C. Botey, David Pierru, Yohan Vasse, Celia Deiana, Nelly Chadour, Timothée Rey, Marija Nielsen, Leonor Lara, Marc-Olivier Aiken.



Quatrième de Couverture
Des eaux troubles de l’océan aux pistes des cirques les plus étranges, de l’apparente normalité de demeures anonymes aux villes cauchemardesques ou fantasmatiques, du passé légendaire aux futurs post-apocalyptiques, voyagez aux côtés de monstres du folklore (vampires, loups-garous, fantômes, Léviathan), de phénomènes de foire comme d’abominations échappant à toute classification. Tour à tour proches de nous, miroirs déformants ou hideuse altérité, les créatures qui peuplent cette anthologie vous convieront à un tour du monde de la littérature fantastique, à travers vingt-et-une nouvelles d’auteurs d’origine américaine, australienne, israélienne, espagnole, argentine, uruguayenne ou française.

Ecrire reste une aventure.

Mon avis
L’anthologie Monstres ! regroupe vingt-et-une nouvelles de fantasy, fantastique et science-fiction abordant le thème du monstre et toutes ses définitions. Que ce soit la monstruosité humaine, la monstruosité engendrée par les autres ou les monstres d’autres espèces, rien n’est oublié.

La couverture de l’anthologie annonce clairement la couleur avec ses petits monstres exposés dans des bocaux. La qualité du papier est là, la présentation et surtout les dessins sont très soignés. La mise en page permet une lecture agréable et le petit texte, précédent chaque nouvelle, qui présente l’auteur est bien pensé. Comme toujours, j’ai lu l’avant-propos une fois ma lecture terminée pour ne pas en savoir trop à l’avance et me forcer à me creuser les méninges : Jacques Fuentealba a su trouver une organisation bien pensée pour classer ces textes.

La première chose qu’il faut souligner dans cette anthologie est la diversité culturelle des textes qu’on peut trouver. Les auteurs viennent du monde entier et c’est une opportunité rare. Je n’ai pas pour habitude de lire d’autres auteurs que les auteurs français, les auteurs anglais, les auteurs américains car ils sont les plus communs dans les commerces. Pouvoir retrouver des auteurs espagnols ainsi que d’Amérique Latine dans ce recueil m’a permis d’élargir mes horizons littéraires. J’y ai découvert des auteurs que mes lectures habituelles ne m’auraient pas présentés et j’ai désormais quelques nouveaux noms dans ma liste d’auteurs à suivre.

Tous les aspects du monstre sont abordés et cela nous permet de revoir notre propre définition du mot monstre. Est-ce qu’un monstre est une bête qui hante nos cauchemars d’enfant ? Ou est-ce qu’un monstre est tout simplement le nom que l’on donne à celui qui ne nous ressemble pas et ne pense pas comme nous ? Ou même, est-ce que le monstre n’est tout simplement pas celui que l’on voit dans le miroir ? Le recueil commence par la monstruosité divine et retrace plutôt bien cette sorte de fascination qu’elle exerce chez l’homme. On passe ensuite à des nouvelles qui abordent la Mort, j’ai d’ailleurs beaucoup aimé Fantômes de Carlos Gardini qui parle du deuil de façon différente. Les nouvelles suivantes abordent les monstres qui m’ont le plus perturbée (du bon côté), les nouvelles qui abordent les travers humains et la monstruosité de notre espèce. Mes nouvelles préférées de ce recueil sont celles-là. Altera in alteram ou encore Les meilleurs partent les premiers sont délicieusement horribles, Mater Insania est à la fois triste et terrible, tous les aspects de la nature humaine abordés ici nous poussent à réfléchir et c’est ce qu’on attend d’un écrit. Les deux nouvelles qui viennent ensuite abordent les monstres qui hantent nos plus sombres cauchemars et je les ai trouvées extrêmement bien écrites. Elles sont touchantes, elles poussent les personnages à se dépasser et les détruisent peu à peu. On se sent proches des personnages et on compatit pleinement à leur malheur. Ensuite, viennent deux nouvelles parlant du monstre suprême de l’enfance : le loup, aussi effrayant que dangereux. Les dernières nouvelles abordent monstres marins, monstres du futur, tous plus horribles les uns que les autres. On termine sur une nouvelle des plus troublantes, qui suit l’évolution d’un homme dont le physique est monstrueux, dont les actes sont en apparences ceux d’un monstre mais qui, au final, n’est un monstre qu’aux yeux de ceux qui en ont peur et ne cherchent pas à creuser plus loin. Un peu comme nous tous, non

Les auteurs sont tous différents, ils ont chacun leur vision du monde mais une chose leur est commune : le talent. Ils ont tous été capables de me transporter dans leur univers. J’ai eu un peu de mal avec Zombie Revenge Psyché et Lanjnoir à cause du côté science-fiction mais, même là, j’ai réussi à suivre et à me poser des questions intéressantes. Ce recueil fait partie de ceux où je fais une pause à chaque nouvelle pour pouvoir réfléchir à ce que je viens de lire. Les sens de ces nouvelles ne sont pas forcément cachés et à trouver soi-même mais ils poussent à se poser des questions sur le monde, sur le thème, sur les personnages… En préparant le pot-au-feu par exemple, ne demande par forcément de se creuser les méninges pour comprendre le sens de la nouvelle mais j’ai reposé le recueil parce que je n’ai pu m’empêcher d’imaginer la suite pour la mère du petit garçon… C’est ce que j’ai aimé dans ce recueil. Les textes n’ont pas été choisis au hasard : il n’y a que du très bon au cœur de ces pages. Les différentes plumes sont excellentes et peuvent plaire à différents types de lecteurs. Cette diversité est une bonne chose.

Monstres ! est donc un recueil qui permet d’abord le thème du monstre sous toutes ses coutures à travers des auteurs aux styles différents et très intéressants. On passe de personnages en personnages sans jamais se lasser car ils ont tous quelque chose d’attachant ou d’attractif et finit par en vouloir plus. C’est un recueil qui saura trouver ses lecteurs du côté des fans de fantasy et de fantastique ainsi que de science-fiction. Il plaira à tous ceux qui veulent faire travailler leur imagination et qui n’ont pas peur de se frotter à des images peu appétissantes ou à des histoires déroutantes.

Je remercie les éditions Céléphaïs pour cette découverte et le forum A&M pour m’avoir permis de mettre le doigt sur ce petit bijou. Et un grand merci à Michiko pour la correction de ma chronique !

Qui est vraiment le monstre ?

vendredi 29 juin 2012

La Balançoire de Raymonde Malengreau

Encore une lecture liée au forum A&M, il s’agit d’un partenariat avec la maison d’édition Chloé des Lys. La Balançoire est un recueil de nouvelles écrit par Raymonde Malengreau qui n’en est pas à son coup d’essai. Le recueil de 87 pages a été publié en 2010. Merci à Michiko pour sa correction sur le forum d'ailleurs !



Quatrième de Couverture
Enfance ne rime pas avec innocence.
Les fruits ne sont pas tous bons pour la santé.
Les poudres bleues ne sont pas forcément magiques.
Mais les alcôves le sont parfois.
Les rivales ne sont pas celles que l’on attendait.
Et certains arbres parlent à ceux qui savent les entendre.

Ecrire reste une aventure.

Mon avis
La Balançoire est un recueil de nouvelles qui aborde des thèmes variés, des personnages différents mais qui, au fond, ont plus de points communs que ce qu’on pourrait croire. L’être humain est exploré sous toutes ses coutures, de sa plus tendre enfance à des âges plus avancés et c’est un résultat à la hauteur de nos espérances qui nous attend.

La qualité des ouvrages publiés aux éditions Chloé des Lys est des plus aléatoires mais avec ce recueil, on peut apprécier l’harmonie entre le texte de la première de couverture et l’image choisie. La mise en page est bonne. La quatrième de couverture est, au premier coup d’oeil, énigmatique et en fait, elle ne prend tout son sens qu’une fois la lecture terminée. Etant très pointilleuse sur le contenu d’une quatrième de couverture, j’ai trouvé celle-ci très bien faite : elle permet d’éveiller la curiosité du futur lecteur et de créer une certaine complicité une fois le livre lu, une fois les énigmes de ces petits bouts de phrases découvertes.

Dix nouvelles composent ce recueil et certaines ont su accaparer mon attention. Je n’ai pas eu l’impression de tenir un lien logique entre ces nouvelles, je me trompe peut-être, mais ce recueil semble être simplement un rassemblement de textes liés uniquement par leur thème humain. Quand il s’agit d’un recueil d’un même auteur, ne pas avoir de lien fort entre les textes n’est pas un problème, l’auteur crée ce lien en nous offrant tout ce dont il est capable.

Les personnages mis en scène sont étonnamment bien développés en quelques pages seulement, on trouve chez eux suffisamment d’informations pour les comprendre – au moins en partie - et, parfois, pour s’attacher à eux. Ils sont simples en apparence mais sont bien plus signifiants que ce qu’on pourrait croire au fil de la lecture.

J’ai été très surprise par la chute de la nouvelle qui donne son nom au recueil, La Balançoire, et qui est aussi la toute première du livre. Cette nouvelle a clairement annoncé la couleur et j’ai aimé l’effet produit chez moi.
Rédemption est aussi une nouvelle que j’ai beaucoup aimée. Elle traite sans prendre de gants la nature mauvaise de certaines personnes et donne, à travers un instrument tout aussi mal intentionné, un aperçu de ce que le proverbe « l’Enfer est pavé de bonnes intentions » peut signifier.
L’arbre à clous est la nouvelle qui, selon moi, est la plus touchante de ce recueil. Le petit garçon qui est au cœur de cette histoire est l’incarnation de la bonté humaine, il nous rend presque honteux de notre propre égoïsme. Si nous prenions un peu plus exemple sur lui, le monde n’en serait que meilleur. D’autres nouvelles m’ont laissée plus perplexe comme Le pique-nique que j’ai trouvé bien étrange et dont la chute m’a échappé. La dame au coquelicot m’a aussi laissé un goût d’inachevé, comme s’il manquait la véritable chute : je pense que là aussi, le dénouement qu’il fallait retenir m’a échappé.

La Balançoire est donc un recueil qui se lit facilement, assez vite et qui laisse un bon souvenir. Parmi les dix nouvelles, chacun saura trouver celle(s) qui lui correspond(ent) et qui éveillera chez lui diverses émotions. C’est ce que j’attends d’un livre, qu’il me pousse à réfléchir et qu’il ne me laisse pas juste lire sans chercher à aller plus loin. C’est un recueil que je conseille à tout ceux qui aiment lire des histoires du quotidien et y retrouver des petits détails qui sortent au final de l’ordinaire.

Je tiens à remercier le forum A&M et la maison d’édition Chloé des Lys pour cette opportunité ainsi que l’auteur, Raymonde Malengreau, pour ce voyage littéraire plaisant.

Un tour de balançoire est-il innocent ?

mardi 1 mai 2012

Histoires d'Amour anthologie dirigée par Elie Darcos

Livre paru en 2012 aux Editions Sombres Rets, dans la collection Méandres de Vie, 292 pages. Lu dans le cadre d'un partenariat avec le forum Accros & Mordus de Lecture. Histoires d'Amour est un recueil de 23 nouvelles traitant de l'amour et dirigé par Elie Darco...

Auteurs : Michaël Moslonka, Pierre Benazech, Ombeline Duprat, Cyril Carau, Yvette Auméran, Esmeralda Bianca, Sylvain Boïdo, Emmanuelle Boreau, Céline Brenne, Emmanuelle Cart-Tanneur, Pierre Chaffard-Luçon, Jérémie Ciholyas, Yves-Daniel Crouzet, Frédéric Czilinder, Inès El-Shikh, Jennifer Flajolet-Toubas, Marie Jaouen, Sybille Marchetto, Pascaline Nolot, Marc Oreggia, Didier Reboussin, Teo Silis et Thomas Spok.
Illustration de couverture : Elie Darco



Quatrième de Couverture
L’Amour, comme une quête de bonheur, une aspiration impossible, une soif d’absolu, la recherche de l’âme-sœur.
L’Amour qui attend le bon moment pour s’en venir, qui lutte contre le temps, qui demeure une vie entière ou un bref instant.
L’Amour enflammant le corps, troublant la raison et l’esprit, dépassant les limites du genre ou de la mort.
L’Amour qui transcende l’espace, la matière, l’être et ce qu’on a de plus précieux, l’étincelle en nous qui sait donner la vie.
Qu’elles prennent un tour sensuel, fantastique, comique ou tragique, ces vingt-trois histoires d’amour vous porteront à la rencontre de personnages attachants, convaincus de la force du sentiment amoureux et de son unicité.

Mon avis
Histoires d'Amour est une anthologie qui reprend le célèbre thème de l'amour, chéri par la littérature, mais qui lui apporte une dose de nouveauté grâce à ses auteurs aux styles réellement différents et à sa suite logique. L'anthologie débute avec une recherche de l'amour en 6 nouvelles où l'on suit toutes sortes de personnages qui se laissent peu à peu capturer par ce sentiment si complexe et tellement propre à chaque personne : on passe de l'amour rêvé, à l'amour qui nous tombe dessus sans qu'on s'y attende ou encore l'amour espéré, tant attendu mais qui ne se manifeste pas et qu'on cherche à provoquer... Ensuite vient Le temps d'aimer en 6 nouvelles avec ces amours auxquels il faut laisser le temps ou encore ceux qui traversent les temps et leurs épreuves en s'effritant mais sans s'éteindre, ou même le fil des amours d'une vie pour savoir qu'on n'en a au final qu'un seul... Quand les sentiments se transforment en amour fou en 6 nouvelles encore, ils peuvent prendre de nombreuses formes : de l'amour passionnel à l'amour aveugle en passant par l'amour insensé. Mais faire Le don de l'amour, l'amour pur et réel, n'est pas chose aisée et c'est à travers 5 nouvelles qu'est clôturé ce périple.

La couverture de l'anthologie ne m'a pas séduite. Je ne m'arrête pas aux premières impressions quand je sais que je veux lire un livre mais lorsque je furète en librairie, je m'intéresse aux livres dont les couvertures attirent mon regard et je pense que je n'aurais pas choisi celle-ci. Elle est belle, elle colle au thème mais elle est trop rose et rouge. Le titre évoque déjà explicitement le thème de l'anthologie et une couverture comme celle-là insiste trop. Après, c'est une question de goût.

La préface d'un livre en dit toujours trop pour moi c'est pourquoi je préfère la lire à la fin, une fois toutes les nouvelles terminées pour être sûre de garder le suspense jusqu'au bout. La préface du livre est intéressante car elle place le contexte mais surtout elle éclaire réellement sur le lien logique entre les différentes nouvelles et leur agencement. J'ai apprécié cet arrangement d'ailleurs, le fait de commencer par les débuts de l'amour et de progresser doucement vers quelque chose de plus intense. C'est un excellent point pour l'anthologie.

La recherche de l'amour est la première partie du livre mais aussi celle à laquelle je n'ai pas accroché : ça vient principalement de moi et de mes goûts. Je n'apprécie pas souvent les écrits décrivant les amours naissants, les rencontres foudroyantes. J'ai eu du mal à me plonger réellement dans ces histoires d'amour là. Cependant, j'ai trouvé Elle de Sybille Marchetto bien écrite. Elle est celle des 6 qui a réussi à me plaire le plus. La fin de Folles de moi de Frédéric Czilinder est aussi touchante dans sa conclusion... Et elle semble surtout tellement vraie. L'impromptu de la noce de Thomas Spok et La jeune femme, les morts et Bobby Joe d'Emmanuelle Boreau n'ont pas réussi à attirer mon attention. Les ingrédients sont là mais la sauce n'a pas pris.

Le temps d'aimer est ma partie préférée du livre. Je suis toujours touchée par les histoires banales en apparence et tellement complexe en réalité... L'encadreuse d'Emmanuelle Cart-Tanneur m'a littéralement transportée : c'est exactement ce que je j'aime dans un écrit, ce quotidien si banal, ces drames de la vie qui vous façonnent... C'est un nom dont je me souviendrai. Le personnage de Paul m'a touchée, celui de sa femme aussi. L'amour n'est pas une question d'âge ou de génération, c'est une question d'épreuves à traverser ensemble. Quatre Saisons Avant la Pluie de Jennifer Flajolet-Toubas est elle aussi touchante : un proverbe qui m'a marquée dit "Il faut avoir beaucoup aimé pour se rendre compte que l'on aime qu'une seule fois", il prend tout son sens dans ce pèlerinage effectué par le héros. Le développement de l'odorat à travers l'écriture est tout simplement sublime. Mon avis est compliqué pour Le sourire de Fausta de Cyril Carau : l'écriture est fluide, prenante et le côté dérangeant de la relation décrite juste superbe... Mais je suis perturbée par ce côté dérangeant : je trouve réellement bien de le mettre en valeur, de faire réfléchir mais j'ai grimacé en le lisant à cause du fait que je suis proche de tous mes cousins, germains ou éloignés... C'est en même temps ce que j'aime : qu'on me bouscule à travers les mots !

L'amour fou dérange, il bouscule le politiquement correct, repousse les limites et c'est tout ça à la fois qu'on peut retrouver dans cette parte de l'anthologie. La fille de l'air de Pascaline Nolot nous offre le sympathique coup de l’ascenseur émotionnel en deux lignes : du génie. J'ai grimacé, j'ai fermé le livre pour m'en remettre, la tête pleine d'images dont je me serais bien passée mais c'était franchement bon. Le Baiser du requin d'Yvette Auméran est l'histoire la plus extraordinaire ce cette anthologie, ma préférée reste L'encadreuse mais celle-ci dépasse tout et nous donne une bonne leçon de vie : qui aurait cru qu'une esturgeonne était capable de m'émouvoir à ce point ? Yvette Auméran affronte la science, affronte les lois de la nature et surtout, elle nous montre que se battre vaut parfois la peine. Surtout en amour. Les autres amours décrits dans cette partie garde cet aspect dérangeant, que ce soit le sentiment qu'a du éprouver le héros de Coup de Foudre ou l'horreur de Luz del Camino, nous poussent à voir plus loin que l'amour simple et facile qu'on connait. Ces nouvelles nous ouvrent les yeux sur la réalité humaine et ses travers, la réalité humaine et l'amour fou...

Enfin Le don de l'amour est la dernière partie et pas la moindre : il s'agit de s'offrir entier à l'autre, de se sacrifier. J'ai particulièrement aimé Paris/Grenoble d'Esmeralda Bianca : les histoires du quotidiens, du commun des mortels me touchent encore et toujours. En quelques minutes, le héros passe de sa femme embrassant un autre homme quelques mois plutôt à l'une des révélations les plus bouleversantes de sa vie et ça ne laisse pas indifférent.

Les auteurs de cette anthologie n'ont pas été choisis au hasard et ça se sent : ils sont tous différents, ils apportent chacun une touche bien personnelle au livre mais se complètent à merveille. Il y en a pour tous les goûts ce qui n'est pas courant dans les anthologies : là, on est forcément touché par quelques écrits tellement les sensations sont diverses et variées. J'y ai trouvé mon compte, j'ai découvert de nouvelles façons de voir et lire l'amour et je ne regrette pas cette lecture. Je me suis attachée à des personnages en seulement quelques pages et c'est ce que j'aime dans la nouvelle : être touchée en quelques mots tout simplement parce que c'est naturel, ça semble couler de source. Je regrette simplement de ne pas avoir adhérer à toutes les nouvelles mais c'est le prix à payer pour un recueil aussi diversifié.

Merci aux Editions Sombrets Rets pour cette opportunité et la confiance qu'ils accordent au forum A&M.

Que savez-vous vraiment de l'amour ?

mardi 1 novembre 2011

Nuits d'Enfer au Paradis _ Recueil de Nouvelles



Quatrième de Couverture
Quelle fille n'a jamais rêvé d'être la reine du bal de fin d'année ? Une robe vaporeuse, un cavalier élégant et amoureux, une musique entêtante...
Les histoires de ce recueil réunissent des héroïnes qui ont tout pour accéder au podium.
Malheureusement, c'est sans compter sur les vampires, démons et autres morts-vivants qui s'invitent a la fête...
Alors, prêtes à danser avec le Diable ?

LES PLUS GRANDES AUTEURES AMÉRICAINES VOUS ENTRAÎNENT DANS UNE DANSE AUSSI ENVOÛTANTE QUE MACABRE !


Mon avis
On se retrouve là face à 5 nouvelles traitant toute d'un même thème : le bal de promo. Enfin, un bal de promo pas comme les autres... Toutes ces nouvelles mettent en scène des lycéens confrontés à des situations paranormales, fantastiques. Rien ne se passe comme prévu, tout dérape, chacun perd ses repères...

J'ai ce recueil dans ma bibliothèque depuis sa sortie. Je l'avais commencé mais j'ai très vite décroché... Je crois que j'en avais pas claque à l'époque des histoires de vampires, de supers héroïnes qui ont tout et surtout tout cuit dans le bec. J'ai donc décidé d'attendre d'avoir à nouveau l'envie de ce genre d'univers. J'ai bien fait car j'ai pu profiter des bonnes choses de ce recueil et laisser de côté les choses moins intéressantes...

La première nouvelle est celle de Stephenie Meyer, L'Enfer sur Terre. Je ne peux être déçue : après tout, Twilight n'était pas d'un niveau de génie et d'imagination élevé. Du coup, je reste sur mon avis en ce qui concerne l'auteur : un bon style d'écriture mais une imagination qui ne me séduit pas. On retrouve Gabi, un jeune garçon qui ne peut s'empêcher d'aider les autres et Sheba, qui elle, enfonce chaque personne de la soirée... C'est son boulot : elle travaille pour l'Enfer et le fait bien. Seulement, elle n'est pas au bout de ses peines... Ce qui m'exaspère chez Meyer, c'est ça façon de faire triompher le bien sans difficulté et de classer chaque chose soit en noir, soit en blanc. Là sérieusement, la chute est tout simplement effarante de simplicité. Je n'adhère pas, dommage car l'idée pouvait donner quelque chose de bien...

La seconde nouvelle est celle de Meg Cabot, La Fille de l'Exterminateur... Là aussi, un scenario qui pourrait fonctionner mais qui reste plat par son côté girly trop poussé. Pourtant, je suis une fan de Cabot ! Une fille chasse un vampire dont sa copine un peu simplette est éprise (envoûtée la fille, bien sûr : ce sont toujours les filles faibles qui le sont, c'est trop facile) : elle est miraculeusement aidée par un beau gosse qu'elle n'avait jamais vraiment remarqué et qui ne semble pas surpris par une histoire de vampire, de chasseuse de vampire, de gamine au destin incroyable... Là, c'est juste naze dès que le type entre en scène et qu'il se met en tête de faire équipe avec la chasseuse de vampires... C'est mielleux à souhait et franchement, ça en est presque écœurant à la fin : pourtant, le romantisme ne me rebute pas. C'est vrai que ça reste de la nouvelle donc un univers à construire en peu de page mais bon... c'est facile.

Viens ensuite Le Bouquet de Lauren Myracle... J'ai juste envie de lire la nouvelle dont elle s'est inspirée pour voir si c'est l'auteur qui n'a pas su me tenir en haleine ou si c'est son histoire. Pourtant, tout était réuni : une bande d'amis, un objet ensorcelé, la possibilité de faire un vœu... Et surtout, de devoir assumer les conséquences auxquelles on ne pense jamais ! Et bien franchement, j'ai été déçue : j'ai été appâtée vilement et on ne m'a rien donné pour combler ma faim grandissante. Le garçon est prévenu mais il se jette dans le truc tête baissée : c'est juste improbable quand, comme on le ressent vis à vis de ses actes, on croit en la puissance des prédictions. Et puis franchement, la pseudo héroïne à un quelque chose d'insupportable : pile le genre d'enfant gâtée impertinente qui ne se gêne pas pour manquer de respect aux autres. Une réelle déception sur cette nouvelle. Un point positif : le thème abordé est lui un thème que j'aime beaucoup, dommage qu'il soit si mal rendu.

On tombe après sur une nouvelle de Kim Harrison, Madison Avery et l'Ange des Ténèbres. Je comptais sur cette nouvelle pour me faire mon idée sur l'auteur mais je pense que j'irai plus loin en tentant de lire autre chose pour être sûre parce que je n'ai pas été séduite. Madison Avery vient d'atterrir dans un bled paumé au fin fond des USA et elle doit se rendre au bal de promo avec le fils du patron de son père... Insupportable. Comme par hasard, un beau jeune homme lui propose de la raccompagner après l'avoir embrassée : elle ne le connait pas mais accepte parce qu'elle veut clouer le bec à son cavalier de base... Celui-ci l'averti de ses réticences au sujet de l'inconnu mais elle s'en contre-fiche, elle le suit et... meurt. Seulement, des anges sont à sont chevet à la morgue et leurs amulettes lui permettre de ne pas être réellement morte. Compliqué mais sympa comme idée en creusant bien. Seulement, le thème de la peur de la mort est abordé avec facilité, simplicité. Ça pourrait être n'importe quel roman sur le sujet, rien ne dénote, n'attire le regard, l'envie. Et puis la fin... Décevante aussi. Cependant, j'aime la façon dont c'est écrit d'où mon envie de tenter autre chose de la part de l'auteur.

On termine avec Baisers Divins de Michelle Jaffe. Je pense que c'est celle qui m'a le plus intéressée dans le sens où elle est drôle et où pour une fois, les personnages centraux ont quelque chose d’intéressant, surtout la gamine légèrement tarée qui veut embrasser tous les garçons qu'elle croise. On se retrouve avec une pseudo Wonder Woman qui cependant n'a rien de l'héroïne bien sous tout rapport agaçante : elle est pleine de failles et ça, c'est cool; et elle est accompagnée d'une prophétesse des temps modernes qui, avec ses baisers compulsifs rappelle quand même les femmes de l'Antiquité : certaines entraient en état de transe via le sexe par exemple. Là c'est soft puisque le public visé est jeune et je trouve que ça passe plutôt bien. On les suit à travers une fuite de quelques heures et c'est franchement drôle. Bon la fin ne m'a pas surprise mais je suis conquise donc ça me suffit.

Je ne regrette pas d'avoir lu ce recueil, je pense que le réel problème est le suivant : tout le monde n'excelle pas dans la nouvelle. Mon soucis avec la plupart des nouvelles (Meyer, Cabot et Harrison pour ne pas citer les auteurs) est que ce ne sont pas de vraies nouvelles mais plutôt des prologues de romans. Les chutes n'en sont pas à mon sens, l'univers est trop développé et prend trop de place, les personnages sont des personnages qui ne collent pas à la nouvelle. Pour Lauren Myracle, c'est vraiment le soucis de pertinence dans l'attitude des personnages et l'héroïne qui m'ont déplu et pour Michelle Jaffe, et bien je suis fan en fait donc rien à redire ! Je le conseille aux fans de scènes romantiques à l'excès, de vampires, d'anges et démons. Je le conseille à ceux qui veulent voir ces auteurs tenter autre chose avec le risque important d'être déçus.

Une bonne surprise sur cinq, ça vaut le coup, non ?

lundi 29 août 2011

Les Héritiers d’Homère – Anthologie de Nathalie Dau et Jean Millemann

Les Héritiers d’Homère – Anthologie de Nathalie Dau et Jean Millemann
Editions Argemmios – Collection Périples Mythologiques



L’Anthologie Les Héritiers d’Homère est un recueil de 18 nouvelles francophones qui nous plongent ou nous replongent à travers les mythes grecs plus ou moins connus. On passe de la réécriture d’un mythe à la transposition d’un autre dans le monde moderne jusqu’au songe d’un énième dans un futur troublant. Ces 18 auteurs nous rappellent à quel point la mythologie nous touche, nous fait rêver et nous inspire.


La Bouteille, le barbu et le sens du monde de Franck Ferric
La première nouvelle de ce recueil a beaucoup de sens selon moi, elle dépeint bien notre société. Un type qui bosse dans une usine a du mal à trouver un sens à sa vie : son époque le bouleverse, il ne comprend pas comment l’humanité en est arrivée là. Pour oublier, il boit. Seulement, un soir, il entre dans un bar un peu spécial où, sans le savoir, tout va basculer. Dionysos en personne tient le bar. Le dieu le fait boire, lui expliquant que dans l’Antiquité, la boisson était un moyen de communion avec les divins et la nature. Le type, saoul, le croit. Le dieu lui dit alors qu’il sait comment l’aider à connaître ça lui aussi…
Si je trouve que cette nouvelle en accord avec le monde actuel, c’est parce que nous sommes une génération où alcool et drogues sont un moyen d’oublier la réalité de l’humanité que nous ne comprenons pas forcément. Qui ne s’est pas senti à sa place aujourd’hui au moins une fois ? C’est exactement ce que nous dit cette nouvelle : la communion avec Dionysos est là pour l’évasion. Ce dieu représentait toute cette envie de liberté, d’évasion, d’oubli qui nous tiraille encore aujourd’hui. J’ai aimé sentir à quel point nous sommes en réalité bien plus proche des hommes de l’Antiquité que ce que l’on peut croire.

La caverne des centaures mâles de Marie-Catherine Daniel
On retrouve là l’histoire d’un jeune centaure qui, suite à l’accident de son père, a peur de grandir et de rentrer dans l’âge adulte. Pour cela, il doit passer le rite de la Caverne, c'est-à-dire prendre son envol et enfin se jeter dans le grand bain. Seulement, chaque année, à la sortie des jeunes centaures mâles, lui, recule et reste avec les enfants. Un jour, il va devoir faire un choix…
On est là face au syndrome de Peter Pan, cette peur de grandir, d’affronter le monde adulte si mystérieux et terrifiant. Le jeune centaure ne sait pas à quoi il va être confronté. Les centaures qu’il voit revenir sont comme transformés par ce périple. Je ne connais rien de cette légende mais elle laisse clairement transparaître cette angoisse toujours présente dans notre société. Qui n’a pas peur de se retrouver à gérer tout une vie d’adulte ? Les détails diffèrent avec les époques, les siècles, mais l’enjeu reste le même : devenir responsable, affronter ses peurs pour avancer. J’ai beaucoup aimé ce rapprochement.

La Mort d’Héraclès de Claire Jacquet
La mort du célèbre Héraclès est reprise sous forme de pièce de théâtre. On y retrouve l’histoire d’origine : Déjanire est abusée par Nessus et elle finit, après avoir été manipulée, par causer la mort de son mari qu’elle aime tant.
Nessus représente les tentations, les péchés du monde. Déjanire y succombe : elle a l’image de la traitresse. Ici, la tunique empoisonnée prend la forme d’une lessive pour « laver la crasse » d’Héraclès. Cette saleté, c’est sûrement l’œuvre du temps, des travaux du héros. Déjanire pense sûrement avoir perdu l’époux qu’elle connaissait, ces changements l’effraient et elle n’en est que plus vulnérable. Nessus lui dit qu’il suffit de laver la chlamyde de son mari pour retrouver sa couleur véritable, celui qu’il était. Seulement, elle le tue. Elle a été abusée mais s’est tout de même laisser faire quelque part.

Le Syndrome de Midas de Jess Kaan
Le héros de l’histoire est un homme détestable, un trader qui ne vit que pour le profit, les chiffres, la prise de risque excitante qu’il y a à gérer des capitaux qui dépassent de loin le PIB de beaucoup de pays du monde… On baigne dans le cœur de notre monde capitaliste. On vit peu à peu sa décadence, sa descente aux enfers personnelle tandis qu’il s’élève professionnellement. Seulement, il aurait du s’en douter : ses employeurs sont loin d’être comme les autres et son erreur ne sera pas pardonnée…
La cupidité, l’appât du gain, l’envie d’aller toujours plus loin, savoir que l’on peut faire mieux… C’est le problème du monde contemporain, cette société de profit à tout prix. Le héros est un descendant de ceux qui ont pu goûter au pouvoir du légendaire Midas. C’est l’incarnation de cette société capitaliste si controversée. Le vocabulaire est cru, l’histoire peut choquer mais j’ai beaucoup aimé. J’ai trouvé que c’était un tableau très réaliste de la cupidité humaine. La morale aussi est pleine de sens : la perte de son âme pour le gain, pour une vie emplie d’or mais qui, au fond, n’apporte rien si elle n’est faite que de ça.

Le Pacte d’Hécate de Sophie Dabat
C’est la célèbre romance entre Perséphone et Hadès qui est ici contée. Ou plutôt, ce sont les petites conséquences de cet amour qui y sont racontées, et les bénéfices que la terrible Hécate réussit à en tirer. Elle le savait, dès le départ, elle le savait : cette histoire ne pouvait que lui rapporter. Elle joue les messagères entre Déméter qui se lamente de la perte de sa fille et Perséphone elle-même. Pas de solution possible : Perséphone est condamnée à vivre aux enfers si elle veut sauver son amour ou à perdre Hadès pour vivre sur Terre et empêcher sa mère de faire naître un hiver éternel… Hécate jubile : elle détient la solution mais elle veut quelque chose en échange…
C’est toujours comme cela : on a rien pour rien. Hécate est un peu le vilain canard de cette histoire et elle va leur montrer qu’elle le vaut bien. Elle précipite Perséphone dans sa chute pour que la déesse ait besoin de son aide : c’est en la manipulant ainsi qu’elle réussit à obtenir ce qu’elle désire : les enfants de l’enfer et du printemps… Tout n’est que manipulation dans la vie humaine : on croit que le pur altruisme existe mais c’est un leurre, une histoire qu’on se raconte pour garder un semblant d’optimisme ou pour avoir la conscience tranquille, au choix…

Aube d’Eliane Aberdam
Un jeune homme d’une beauté divine raconte son trouble passé à son amant d’une nuit. Il a vécu, ce jeune homme, bien plus que ce que son apparence juvénile peut laisser croire. Il lui raconte son tragique destin, son acte horrible, sa vie de remords qui ne s’achèvera probablement jamais…
Cette nouvelle est touchante par sa profondeur, par les émotions qu’elle fait naître. On se reconnait difficilement à travers ce héros en réalité, il est trop éloigné de nous, il a trop vécu. Cependant, on se place facilement à la place de celui qui l’écoute : on est émerveillé par tout son vécu, par sa vie qui sort de l’ordinaire. On comprend la mélancolie qui ressort de ce personnage alors, et son détachement. Une réelle vague d’émotion au fil des pages…

Cet éternel orgueil de Nadège Capouillez
Chryséis fait naître de l’argile des objets sublimes, sans défauts. Son père en est fier, il la chérit et fait gonfler jour après jour l’orgueil de sa fille. Personne sur Terre n’égale son talent et elle le sait… Son père ose alors dire que même la grande Athéna n’est pas capable de créer de telles œuvres… Il aurait du le savoir : les dieux sont partout, ils voient tout et surtout, ils entendent tout. Touchée par cet affront, Athéna décide d’aller voir d’elle-même ce qu’il en est et de donner une leçon à cette famille. Chryséis relève le défi : elle se sent capable de surpasser la déesse…
On retrouve l’un des plus grands travers de l’humanité : l’orgueil. Athéna est aveuglée par son orgueil tout comme Chryséis. Seulement, la jeune femme n’aurait jamais du affronter… C’est une excellente leçon d’humilité que nous donne cette nouvelle et franchement, ça nous rappelle que l’orgueil ne mène qu’à notre perte. Il faut savoir faire la part des choses et surtout, il ne faut pas se voiler la face et pouvoir ce dire : là, c’est ma limite. J’ai aimé ces quelques pages au grand sens.7

Prisonnier de son image de TK Ladlani
Narcisse des temps modernes… Voilà notre héros. Seulement, lui, il n’attire pas l’œil par sa beauté mais au contraire, par sa laideur. Doté d’une malformation du visage, il a des excroissances de cartilage qui lui bouffent littéralement le visage. Chacun se retourne sur son passage, il inspire la pitié, il les déteste tous, il déteste ce visage qui cache qui il est réellement. Seule son amie, Chloé, dépressive mais drôle et généreuse, ne considère que ce qu’il est lui. C’est enfin arrivé, il fait l’opération qu’il attend tant… Et miracle, son visage est parfait. Même les cicatrices ne sont pas là, rien, c’est un véritable Adonis. Il rentre chez lui et se contemple… Des heures durant, oubliant la notion du temps, oubliant Chloé qui, sans lui, a fini par sombrer…
C’est une malédiction cruelle qui frappe ce Narcisse contemporain. On lui offre la beauté qui lui a tant manqué mais on lui prend tout ce qui faisait de lui une bonne personne, on lui prend Chloé aussi. En seulement une nuit, tout bascule pour lui. Son reflet est envoûtant, il ne peut y résister et il finit par en être le captif. La beauté est souvent souhaitée mais elle ne fait pas tout, elle ne peut balayer la décadence de l’âme…

Mayday de Jeanne-A Debats
L’action est brève, juste le temps d’un bain. Une femme trompée qui voit son mari la quitter, le sourire aux lèvres… Etrange, n’est-ce pas ? Elle jubile à l’idée de savoir qu’il va se retrouver démuni sans elle, qu’il va devoir se trouver une nouvelle « maman » parce que c’est ce qu’elle est : une maman de substitution. Au fil des lignes, on se demande quel est le lien avec la mythologie mais tout prend son sens lors de la chute de la nouvelle…
On y retrouve l’allusion à Zeus, aux Titans et à Héra. C’est dur d’analyser tout ça sans parler de la chute. On pense à Héra avec le côté femme à tout faire de l’héroïne : Zeus se repose sur elle, il la trompe sans cesse mais ne se résout jamais à la quitter. Elle est sa femme et le reste. De son côté, elle tente par tous les moyens de limiter les infidélités de son mari quitte à éliminer les concurrentes. Mais c’est plus l’aspect titanesque qui apparait dans la chute. Certains faits divers parlent de ce genre d’actes, ça reste rare, mais malheureusement, ça arrive : là, on sent bien que la mythologie n’était que la transposition des actes humains…

L’Esprit de l’Hellespont de Olivier Boile
On retrouve l’histoire touchante de cette princesse qui se noie et finit par communier avec l’Océan. Le Grand Roi part en guerre et il décide de mettre de son côté l’Océan en faisant une offrande à l’Esprit qu’est devenu la princesse. Seulement, son offrande lui est renvoyée. Il y voit là un affront, un défi. Dans sa folie, il décide de châtier l’Esprit en fouettant les flots : cela fonctionne est la douleur déchirante qu’elle ressent alors nous prend aux tripes. Seulement, on ne se frotte pas impunément à l’Océan…
On retrouve plusieurs morales à cette nouvelle touchante. Il n’est pas possible d’être insensible à la douleur de l’eau, à ses émotions, son incompréhension face à un tel déchainement. Premièrement, on y apprend que l’homme ne peut rien face à cet élément : on croit pouvoir dompter les flots à la vue des barrages, de nos capacités d’irrigation,… Mais au final, l’eau fait ce qu’elle veut et peut reprendre ce qu’elle donne. C’est l’élément le plus dangereux, le plus incertain et le plus meurtrier. Ensuite, l’orgueil du Grand Roi le conduit à sa perte. Le pouvoir qu’il possédait sur Terre, il pensait pouvoir le faire perdurer sur l’eau et il a eu tort. Il ne faut pas que l’homme se prenne à se croire plus fort que la nature : ça le perdra…

Nyctalê de Samothrace de Fabrice Chotin
Nyctalê est une jeune fille qui ne peut supporter la lumière du soleil. A son époque, c’était considéré comme une malédiction. La petite le vie bien, elle se construit même une vie nocturne et devient une messagère très demandée. Un soir, elle est attaquée mais ses assaillants sont tués par des flèches empoisonnées venues de nulle part : une prêtresse lui explique que la déesse de la Lune, Artémis en personne, la protège. Une légende raconte qu’elle espère obtenir 3 filles tout en respectant sa promesse de chasteté : pour cela, il lui faut trois âmes…
C’est l’histoire d’une gamine différente, qui ne vit pas comme les autres petites filles mais à qui cette vie convient. En âge de se marier, elle ne veut pas changer de vie est décide de s’offrir à Artémis qui l’a tant protégée. Ce don d’elle-même est beau, cette passion pour cette déesse qui la protège m’a submergée. J’ai aimé voir dans ces pages l’amour inconditionnel que porte la petite fille à cette déesse qu’elle a élevée sur un piédestal. Un moment fort de sens et de clins d’œil à un amour maternel pur et sincère.

Le Chêne et le Tilleul de Charlotte Bousquet
L’une des plus belles légendes de la mythologie grecque, celle de Baucis et Philémon qui s’aiment d’un amour aussi pur que leurs cœurs. Ils sont bons et cette bonté sera mise à l’épreuve au cours de leur existence par la fuite forcée pour pouvoir s’aimer, par la misère et la pauvreté. Zeus et Hermès leur assènent la dernière épreuve en demandant l’hospitalité au couple. Ils acceptent et partagent avec eux le peu qu’ils ont. Ils sont les seuls de leur ville à le faire, ils sont les seuls à être épargnés par la colère des dieux. Leur souhait est alors exaucé : à leur mort, ils restent ensemble pour l’éternité, en se transformant en chêne et tilleul enlacé à jamais.
Une ôde à l’amour et au réel altruisme. Ces légendes sont là pour garder l’espoir d’une humanité meilleure. On est touché par ces personnes qui se démunissent de toutes leurs richesses pour vivre ensemble et heureux. C’est aussi simple que ça : la beauté de l’amour sincère et pur.

L’Hospitalier de Yan Marchand
Agathon est un mortel protégé de tous les malheurs et de tous les maux par Zeus. Il ne connait qu’abondance, amitié, fidélité, amour et ciel bleu. Les autres dieux le jalousent presque, ils ne sont pas d’accord avec Zeus et décident de mettre à l’épreuve le bon Agathon. Ils le poussent à bout jusqu’à causer sa perte…
C’est une nouvelle qui traite de l’orgueil des dieux cette fois-ci. Ils estiment qu’ils se doivent de faire souffrir les mortels pour qu’ils n’atteignent jamais la plénitude divine. C’est tout un débat qui s’ouvre là : on y voit des dieux cruels, soucieux uniquement de la crainte qu’ils imposent aux mortels et de leur façon de s’octroyer leur obéissance et leur amour. On les déteste, seule Athéna, la sagesse, trouve gloire à nos yeux. Un délice.

La descente aux Enfers d’Orphée et Eurydice de Anthony Boulanger
Reprise de la célèbre tragédie à travers le monde contemporain. Eurydice devient une junkie face à son musicien de mari qui ne vit que pour son art.
Malheureusement, je suis trop attachée à cette légende pour apprécier une version aussi arrangée. L »idée est bonne, l’utilisation de la drogue pour la descente aux enfers aussi mais le vocabulaire, les actes, les personnages… C’est trop de changements pour moi. La morale reste cependant bonne même si les personnages deviennent vides par rapport à tout ce qu’ils représentaient avant. Ce qu’il faut soulever, c’est que l’auteur à remis au rang de faibles créatures les protagonistes : il nous ramène à la réalité en les descendant de leu piédestal. On en perd la magie de la mythologie et on se prend la réalité en pleine face. Quelque part, ça fait du bien.

Pierce’s track : the Maid & the highway de Nicholas Eustache
Comme pour la précédente, on retrouve une nouvelle qui transpose une legende au monde contemporain. Il y a même plusieurs légendes qui y sont abordées. Pierce (Persée) sauve Andra Maid (Andromède) du terrible Cétos. Il ramène aussi la tête de Méduse et il est ami avec Orphan (Orphée).
Là aussi, je suis déçue. On touche encore une fois aux légendes que j’affectionne et on les vulgarise… On se fond mieux dans les personnages par rapport à notre époque mais ça reste du stéréotype. Je n’ai pas accroché. Pour les amateurs du genre, tous les clins d’œil à la vraie légende devraient plaire.

Les sept derniers païens de Romain Lucazeau
Un mercenaire celte est engagé par le haut christianisme de Constantinople pour une mission importante. Il doit tuer une créature grecque, symbole du polythéisme. Il fonce tête baissée car il y a beaucoup d’or à la clé. La créature, c’est le dieu Pan, dernier dieu encore vivant. Le mercenaire va au bout de son entreprise et c’est seulement à ce moment qu’il prend conscience qu’il vient aussi d’enterrer sa propre religion polythéiste…
Cette nouvelle m’a beaucoup parlée car elle montre le peur du christianisme face aux autres religions et cette volonté de les écraser pour rassembler les peuples sous le monothéisme. L’homme pense se battre contre quelque chose qui ne le concerne pas, il est aveuglé et c’est une fois l’horreur faite qu’il comprend. C’est exactement l’expression de la réalité des débuts du christianisme : écraser les autre pour s’affirmer. Chapeau bas !

Sémélé de Philippe Guillaut
Nouvelle de science-fiction qui reprend en quelques sortes la tragédie de Sémélé. C’est la fascination de l’humanité pour les dieux et de son envie de les voir, de les toucher, de les personnifier pour renforcer la croyance. Seulement, personnifier une essence n’est pas toujours bon. A vouloir voir sous l’armure, on s’y brûle comme Sémélé morte foudroyée pour avoir voulu voir Zeus sous sa forme divine. Pas totalement convaincue mais c’est un joli tour de force de la part de l’auteur.

Firestarter de Céline Brenne
Retour des légendes concernant les bacchantes qui envoûtent les humains pour les donner en pâture aux dieux. J’aime la façon dont les sensations sont écrites : les mots sont envoûtants, on ressent même la musicalité en les lisant. C’est sublime. Le rythme des phrases est puissant, on commence la nouvelle sans s’arrêter un instant, de peur de casser ce rythme justement. Superbe.


La fin de recueil est agrémentée d’un glossaire mythologique qui trouve parfaitement sa place ici en cas de trou de mémoire : je dois avouer que je m’en suis beaucoup servie.

En lisant cette anthologie, on se sent comme ces grecs à qui les aèdes contaient les fabuleuses aventures de leurs dieux et héros. Un bon en arrière plein de sens et convaincant. J’ai été moins touchée par les nouvelles qui n’étaient pas fidèles aux légendes. Les transpositions au monde contemporain sont très réussies et montre le lien constant entre le passé et le présent : les mythes et les dieux ont été façonnés par l’homme pour expliquer ses propres travers. A travers ce recueil, on voit que l’homme n’a malheureusement pas changé à travers les siècles puisque tous ses travers sont encore présents et que les vieux mythes peuvent être dépoussiérés sans problème. Bravo à tous ces auteurs qui ont su me transporter ailleurs et me rappeler à quel point la mythologie tient une place importante dans mon cœur.


Merci aux Editions Argemmios