Rambalh, c'est un pot pourri de mes lectures, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog. Il est surtout né de mon besoin de garder une trace de mes lectures. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.
Pour m'ouvrir à de nouveaux horizons, je me suis fixée comme objectif de lire des Albums, à travers des BDs et autres romans graphiques. Aux Chapiteaux du Livre ce weekend, je suis tombée amoureuse de la couverture de cet album qui a tenu toutes ses promesses. Il m'a permis d'avancer mon Challenge A&M Mini Pot-pourri de l'Automne.
Quatrième de Couverture
La vieille Minoa conservait un inestimable trésor. Une graine grosse comme un poing et brillante comme de l’or. Le moment de la confier à quelqu’un de plus jeune était arrivé. Gravement, elle la donna à Djalil. Le jeune garçon veillerait à son tour sur cette graine extraordinaire : la graine de l’arbre unique. Un jour, Djalil la mettrait en terre et l’arbre révélerait son secret…
Mon avis
À travers la collection « Le Pont des Arts », le Réseau Canopé et les Éditions de l’Élan vert mettent en scène des œuvres accessibles aux jeunes ainsi que tout un dossier pédagogique pour les enseignants.
Myriam Ouyessad et Anja Klauss donnent une autre dimension à la mosaïque murale de la salle à manger du palais Stoclet par Gustav Klimt, triptyque composé de « L’Attente », « L’Arbre de Vie » et « L’Accomplissement ».
Oeuvre de Gustav Klimt
Anja Klauss reprend avec talent les couleurs et formes utilisées par Klimt pour raconter l’histoire du Gardien de l’arbre et les mots de Myriam Ouyessad complète à merveille ce tableau. J’ai été fascinée par ces couleurs chaudes, ces alliages de formes et ces liens tissés entre les pages. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre l’évolution de Djalil et sa quête pour préserver cette graine unique.
Djalil et Minoa
Ce petit album m’a réchauffé le cœur et me donne envie de poursuivre ma découverte de ce pan de la littérature que j’ai abandonné en commençant véritablement à lire il y a des années. Le couple illustration/mot est très bien dosé dans cet album et permet vraiment de toucher du doigt une œuvre qui n’est pas forcément facile à comprendre au premier regard et le but est atteint. Petits comme grands peuvent lire cet album et profiter de toute la douceur chaude qu’il offre.
J'ai beaucoup entendu parler de ce roman puisqu'il a été récompensé par de nombreux prix mais c'est sur les conseils d'amies que j'ai décidé de me lancer. J'avais cette folle envie de le lire, d'un coup, à ce moment de ma vie où je cherche encore et toujours à comprendre le monde. Et je ne regrette pas de l'avoir fait.
Quatrième de Couverture
Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l’harmonie familiale s’est disloquée en même temps que son « petit pays », le Burundi, ce bout d’Afrique centrale brutalement malmené par l’Histoire.
Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d’orage, les jacarandas en fleur… L’enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.
Mon avis
L’enfance est la période de l’innocence, celle où l’on se construit d’abord dans la réalité de notre bulle avant de se forger dans la réalité du monde extérieur. L’enfance de Gabriel était douce, faite de cueillette de mangues, de pêche, de plans sur la comète dans le vieux Combi avec les copains du quartier. Un quartier de privilégiés, de gens riches. Gabriel aime son pays, le Burundi, celui qui l’a vu naître même s’il est Franco-Rwandais. C’est chez lui et il ne comprend pas bien pourquoi son copain Gino lui dit qu’il doit se sentir concerné par ce qu’il se passe au Rwanda. Il ne comprend pas bien pourquoi sa mère, réfugiée rwandaise, commence à dire que c’est la faute des Français. Il comprend par contre pourquoi son père a toujours refusé de leur parler de politique, à lui et Ana : une fois qu’il prend conscience de ce qu’il se passe, une fois qu’il voit, il n’y a plus de retour en arrière…
Petit pays est l’histoire de ces milliers d’enfances volées par les guerres civiles et les génocides. Petit pays est l’histoire aussi de ces pays dont les frontières ont été imposées par les colons sans tenir compte des ethnies. Petit pays est l’histoire de ces pays qui, après la décolonisation, laissent leurs anciennes colonies se débrouiller pour ériger des démocraties en quelques mois seulement alors qu’eux ont eu plusieurs siècles pour se construire. Petit pays est l’histoire d’un petit garçon qui est forcé de grandir trop vite.
Je connaissais le génocide rwandais de loin, j’avais effleuré simplement ce pan d’histoire parce qu’il nous est conté avec un regard extérieur, parce que j’étais encore petite à cette époque et que j’ai découvert cette histoire plus de dix ans après. Je ne savais rien du Burundi. Et puis Petit pays m’a permis de découvrir une partie de cette histoire à travers le regard de Gabriel, à travers un regard innocent qui ne comprend pas bien ce qu’il se passe, parce qu’il est privilégié mais, surtout, protégé par ses parents. Seulement, la situation dégénère et la protection n’est plus aussi solide, elle vole en éclats.
Si le roman n’amène pas de débat politique, le récit sème quelques graines qui ont fait germer dans mon esprit questions et réflexions. J’ai toujours eu un regard extrêmement dur envers la gestion des décolonisations et leurs conséquences, envers les réflexions du genre « on leur a rendu leur indépendance et ils n’ont pas su la gérer ». C’est bien plus complexe que ça et, sans entrer dans le détail, Petit pays apporte des éléments de réponse. Des éléments glaçants, qui poussent à vouloir plus encore changer les mentalités et à remettre en question le fonctionnement de l’ONU.
À travers la plume de Gaël Faye, l’enfance est douce, savoureuse, sucrée et parfumée. Elle s’étire tel un chat au soleil, lentement, profite du soleil et des pluies, des plaisirs simples de la vie. Puis, brutalement, elle chute, les mots perdent leur innocence et les images deviennent graves, choquantes, et la nausée monte. Elle grime si vite qu’on se demande où est passée cette douce enfance, on la regrette et, en un claquement de doigts, elle a disparu. Et c’est ce rythme, lent au départ, puis tout en dégringolade qui nous rappelle que, du jour au lendemain, tout peut basculer. Gabriel sentait le temps tourner, il sentait cette odeur d’orage mais tout était fait pour qu’il se gorge de soleil le plus longtemps possible. Lui qui ne voulait pas choisir de camp comme ses copains, lui qui ne comprenait pas pourquoi il était le Français, le Tutsi rwandais, le gosse de riche ou le métis alors que, dans son cœur, il se sentait simplement enfant du Burundi…
Personne ne devrait avoir à vivre ça mais tout le monde doit savoir. Avec ce récit d’enfant, Gaël Faye nous permet de toucher du doigt cette histoire qui semble si loin et pourtant si proche : le passé devrait servir de mémoire, il n’est encore aujourd’hui que prétexte à la surenchère. L’Homme n’apprend que peu mais, en secouant les mentalités, peut-être qu’un jour, le passé deviendra enfin leçon et non plus règle à suivre.
Petit pays n’est pas un livre d’histoire, c’est un roman, une fiction où l’on sent tout de même une grande part de vérité et, surtout, de vécu. J’ai aimé suivre les aventures de Gabriel, apprendre à travers son regard ce « petit pays », cette région des grands lacs, sa beauté, ses trésors mais surtout ses plaies. Et pour poursuivre le voyage, rien de mieux que les chansons de l’auteur qui permettent de se plonger plus encore dans son univers. Gaël Faye est un artiste avec de l’or au bout des mots, qu’il les couche sur papier ou qu’il les mette en musique. Et je regrette simplement d’être passée à côté aussi longtemps.
« J’enroule une tresse de Maman autour de mes doigts et je relis le poème de Jacques Roumain offert par Mme Economopoulos le jour de mon départ : « Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes… »
Je tangue entre deux rives, mon âme a cette maladie-là. »
Cet avis n’a pas été facile à écrire, parce que j’avais tant à dire et en même temps si peu de mots pour l’exprimer que ça reste assez brouillon mais je vais le laisser tel quel, parce que c’est comme ça que les mots sont venus. C’est un coup de cœur mais aussi un coup à l’âme. Et je vous laisse un peu de ce « Petit pays » en musique.
Ce weekend, Les Chapiteaux du Livre de Béziers étaient de retour pour fêter leurs dix ans. Petite manifestation littéraire de chez moi, ce salon propose de découvrir les maisons d'éditions d'ici et d'ailleurs, des auteurs qui mettent la région à l'honneur ainsi que de nombreuses activités. C'est assez cosy comme lieu, il y a de quoi boire, manger mais aussi s'amuser !
Je n'y suis restée que deux petites heures, entrecoupées d'un repas tout chouette, mais j'ai eu le temps d'acheter quelques livres et de découvrir quelques stands. J'ai un peu zappé la prise de photos et c'est bien dommage parce que le soleil était au rendez-vous !
Près de la zone de restauration, le collectif d'actions urbaines de Béziers, Nabuchodonosor, était présent et proposait tout un stand de livres gratuits : une très bonne action pour véhiculer la culture ! Je n'ai rien pris même si des titres me tentaient : j'étais là pour acheter de quoi découvrir de nouveaux horizons et je m'y suis tenue !
J'ai acheté un petit livre sur les mots occitans (même si j'en ai déjà plein) qui raconte avec humour l'histoire de ces expressions utilisées par chez moi, ainsi que l'origine de nombreux noms de familles et noms de lieux. On y retrouve aussi la définition de Rambalh, qui me correspond toujours aussi bien ! C'était un craquage imprévu qui fait toujours plaisir.
Mon objectif du moment est de me mettre à la lecture d'albums et BDs et j'ai donc craqué pour ces deux ouvrages qui sont superbes ! J'ai toujours préféré les livres avec uniquement des mots, sûrement parce que je n'ai jamais vraiment été fan de BDs plus jeune et j'ai raté cette transition d'ouvrages pour enfants à ouvrages pour adultes. Retrouvant goût à l'art graphique, j'ai cette envie depuis plusieurs mois et c'est désormais chose faite !
Eldeweiss de Lucy Mazel et Cédric Mayen m'a attiré par son résumé et la couverture. Les auteurs étant présents, j'ai pu faire dédicacer l'ouvrage et j'étais évidemment toute contente. Le scénario est d'ailleurs largement inspiré de l'histoire familiale de Mayen et on a pu discuter de cette base, de l'origine de cette histoire. C'était un échange vraiment agréable et j'ai hâte de me plonger dans cette BD !
Et il y a même un clin d'oeil à ma totale ignorance de ce monde de la BD. Ils ont été vraiment adorables !
J'ai passé un excellent moment, il y a eu d'autres achats mais pour ma maman et ma petite cousine donc hop, ça n'entre pas dans le cadre de ce billet. Vivement l'année prochaine ! Et si vous passez dans le coin fin septembre 2018, n'hésitez pas : c'est un événement peu connu avec pourtant une bonne fréquentation et les auteurs sont accessibles sans problème.
Ce matin, en allant chercher le courrier, surprise : une enveloppe envoyée par ma petite Jacana. Et, à l'intérieur,
un superbe marque-page fait main et, en plus...
Une super carte postale dédicacée par Christelle Dabos *_*
Parce que oui, Jacana a rencontré l'autrice lors d'un festival suisse au début du mois et elle en a profité pour faire signer une carte pour moi sans me le dire ! C'est une chouette copine Jaca, comme on les aime ♥
Pour boucler ma participation au Challenge Mini Pot-pourri de l'été A&M j'ai choisi de lire, à la section poésie, un poème d'Arthur Rimbaud que je partage ici.
Ophélie de John Everett Millais
Ophélie
I
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or
II
O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;
C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible éffara ton oeil bleu !
III
- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.
Mon avis
Je ne suis pas très calée en poésie, principalement parce que j'ai l'impression d'avoir de grosses lacunes pour en saisir toute l'essence mais, parfois, je tombe sur des poèmes qui me parlent, m'émeuvent, comme en peinture. C'est le cas d'Ophélie que j'ai lu en le choisissant pour son titre, dans un recueil de Rimbaud pour le Challenge mini pot-pourri de l'été. Ophélie est un poème fluide mais aussi toute en langueur, en attente, en plainte. J'ai été saisie par la tragédie d'Ophélie, par sa longue descente des eaux, par son suicide.
C'est une scène Shakespearienne que nous décrit Rimbaud, je joins d'ailleurs le tableau de John Everett Millais qui en fait de même : les deux œuvres sont souvent associées.
J'aime beaucoup Rimbaud, ses mots, le rythme de ses poèmes et je suis bien contente d'avoir choisi celui-là. Je vais peut-être même lire l'ensemble du recueil !