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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Le bordel de mes goûts, de ma vie livresque, toujours en lien avec Accros & Mordus de Lecture.

mardi 1 novembre 2011

Tristan et Iseult de René Louis

Il s'agit de la version de la légende écrite par René Louis. Il écrit lui-même dans sa préface qu'il s'est inspiré de l'oeuvre de Joseph Bédier, son mentor. Il ne prétend pas avoir reconstituer au mieux l'oeuvre, la légende qui a traversé les siècles, il espère juste avoir réussi à faire des textes historiques un roman agréable à lire et surtout capable de transmettre cette histoire. 304 pages, paru en 1972 aux éditions Livre de Poche mais la première publication est, me semble-t-il, plus ancienne.



Quatrième de Couverture
Tristan conduit Iseult la Blonde vers son futur époux, le roi Marc. A bord du navire, avant que les côtes de Cornouaille ne soient en vue, ils boivent un philtre qui les unit l'un à l'autre, pour trois ans, d'un amour indissoluble. Mais les noces d'Iseult et du roi seront célébrées et de l'amour les amants ne connaîtront que la souffrance. Racontée mille et une fois, cette vieille légende celte s'était déformée. S'inspirant des manuscrits du XIIE et XIIIE siècle, René Louis a rendu à ce conte sauvage, bercé par la mer et le vent de la forêt, la force de ses origines. L'intrépide Iseult n'a jamais été la victime d'un sortilège, elle boit le vin herbé de son plein gré, pour se donner tout entière à l'amour. Et Tristan, " héros invincible et tueur de monstres " est vaincu non par le destin mais par la femme aimée à laquelle il sacrifie sa vie.

Version en français moderne de René Louis, Texte intégral.


Mon avis
Tristan a tout du bon chevalier : il est droit, courageux, honnête, bon, loyal. Il décide de rejoindre les terres de son oncle le roi Marc en Cornouailles mais ne veut lui révéler son identité : il veut se faire apprécier de son roi non pas par son sang mais par ce qu'il est. Il y parvient sans peine et révèle sa filiation à son roi et oncle alors que l'ennemi irlandais menace les terres de Cornouailles. Il réussit à terrasser le géant irlandais et remporte la liberté du peuple. Il est mortellement blessé par un poison et décide de s'embarquer seul sur les flots pour se laisser porter par la chance. C'est en Irlande qu'il atterrit, auprès de la soeur et de la nièce du géant qu'il a vaincu. Il est soigné mais ne révèle pas son identité. Il rencontre alors pour la première fois Iseult la blonde, la nièce du géant. Il rentre dans sa patrie et est nommé héritier du roi Marc... C'est là que la jalousie des fidèles de Marc l'emporte : le roi est poussé à se marier pour concevoir un héritier. Il ne le veut pas et trouve un cheveu d'or : il déclare qu'il épousera la fille à qui appartient ce cheveu... Tristan connait cette chevelure : c'est celle de Iseult la blonde. Il part donc en quête de celle qui sera la future femme de son oncle... D'autres épreuves l'attendent avant de pouvoir ramener la jeune femme qui tombe sous le charme du chevalier. La servante de celle-ci scelle alors leurs destins en leur faisant boire un philtre magique qui les mènera à de tristes aventures...

René Louis a su mettre à notre portée une légende datant du Moyen Âge : le langage utilisé nous permet de nous plonger dans l'histoire comme si elle datait de notre époque et c'est agréable de ne pas avoir à se creuser la tête pour comprendre. Certains sont déçus par ce texte en prose, personnellement, il m'a permis de ne pas rater certains passages et de saisir le contenu de l'oeuvre. Il tente de rester fidèle mais ce n'est pas chose facile : il existait déjà deux versions différentes au Moyen Âge qui exposait deux points de vue. René Louis a choisi de ne pas victimiser Iseult la blonde : elle prend dans cette version le breuvage magique en âme et conscience et d'ailleurs, sa servante ici ne fait pas d'erreur. Elle prend consciemment le vin et le donne à Iseult à qui, même si elle ne dit pas clairement quel est le contenu de la coupe, elle laisse entendre ce qu'il en est.
Iseult est en quelques sortes blessées de voir que Tristan refuse sa main pour la donner à son oncle alors qu'il est celui qui a triomphé des maux et qui mérite donc de l'épouser. Elle est sous son charme et ne regrette à aucun moment d'être liée magiquement à lui. D'ailleurs, elle en reste éprise même une fois que le charme cesse d'agir. Tristan, lui, est bien trop intègre et respectueux de ses promesses pour se laisser aller à prendre Iseult pour lui : c'est bien le philtre qui fait qu'il succombe. Il était sûrement sous le charme de la jeune princesse mais son sens de l'honneur était plus fort. C'est cet aspect de la romance qui m'a légèrement déçue : j'avais toujours cru que les deux amants avaient été très vite épris l'un de l'autre et que le philtre n'avait fait que les empêcher de se séparer. En réalité, il est la cause réelle de leur amour si grand en plus d'empêcher leur séparation physique.

L'aspect qui m'a plus dans cet amour, c'est de voir comment il se transforme une fois la magie du philtre estompée. Malgré son amour pour Iseult, Tristan ne rechigne pas à la partager avec son oncle. Il sait que c'est sa couche qu'elle partage, que c'est à lui qu'elle appartient mais il n'en éprouve aucune jalousie. Il n'est pas non plus jaloux de ses courtisans. Pour lui, le fait que le coeur d'Iseult lui appartienne est suffisant : partager le corps de celle qu'il aime est nécessaire. Cet aspect de l'amour pour cette époque m'a surprise par son modernisme. Est-ce que c'était une vision normale au Moyen Âge ou non ? Je n'en ai pas la moindre idée mais je trouve que c'est un sujet qui pousse à la réflexion. Une fois le charme estompé cependant, la jalousie fait son apparition. En ce qui concerne le roi, elle n'est pas présente, ou très peu. Par contre, Tristan doute sans cesse de l'amour que lui porte Iseult, il en souffre, il commet des erreurs dans leur secret commun à cause de ça, il est sans cesse tourmenté. Il en est de même pour Iseult. Tristan se mari à une autre Iseult mais ne consomme jamais son amour : il aime une femme et ne peut en aimant charnellement une autre. Là aussi, on se pose des questions : pourquoi Iseult en est-elle capable ? Est-ce parce qu'Iseult a été mariée sous l'emprise du philtre et que ce n'est pas le cas pour Tristan ? C'est possible mais rien n'est moins sûr.

Les obstacles que rencontrent le couple sont dressés par des personnes viles, vénales, avides de pouvoir et de reconnaissance. Sans ces personnes, le roi aurait vécu heureux, sans porter le moindre doute sur Iseult et Tristan. On a envie tout le long de régler leur compte à ces types là mais Tristan s'en charge à la perfection et c'est agréable, presque grisant (non, nous ne sommes pas malsains !) La fin m'a touchée. Cette histoire d'amour reste une tragédie et le dénouement me semble cruel dans le sens où, encore une fois, c'est Tristan qui souffre. La reine Iseult a eu une existence riche, agréable. Lui, il a du vivre reclus dans les bois pour ne pas s'éloigner d'elle. Il a souffert plus qu'elle n'a souffert. Il est resté fidèle et c'est cette fidélité qui lui a été fatale. Le pire ? Il est mort en pensant avoir perdu l'amour de sa chère Iseult... Espérons qu'ils se soient enfin retrouvés dans le monde des morts pour vivre ce qu'ils méritent, ce qui lui mérite surtout...

Mon avis est donc positif, c'est un super moyen pour se plonger au coeur d'une légende celtique ancrée dans la culture, l'histoire. Le léger manque de romantisme de cette histoire d'amour au départ est vite rattrapé sur la fin et Tristan est juste un héros qu'on aime du début à la fin.

A découvrir ou redécouvrir !

4 commentaires:

  1. J'avais déjà entendus parler de cette légende, j'avais vue un film qui en parlait malheureusement je 'lair regardée en diagonale en étant sur l'ordi en même temps ^^

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  2. Ah, qu'est-ce que j'en ai entendu parler de Tristan & Iseult. J'avais une prof complètement fanatique qui nous avait sortis le sujet pendant pratiquement cinq mois. Et je n'en suis pas dégoûtée pour autant ! Ton avis me tente assez, mais je pense tout de même favoriser la version de Jacques Cassabois pour une première approche personnelle vers cette histoire "d'amour". J'aviserais par la suite. :)

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  3. Pierre de jade : ça m'étonne pas de toi :D

    Elyssandre : je lirai ton avis avant de lire cette version ! J'ai envie d'en lire d'autres de cette histoire et commencer par celle-là me tente !

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  4. Une bonne découverte pour moi aussi !

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