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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Le bordel de mes goûts, de ma vie livresque, toujours en lien avec Accros & Mordus de Lecture.

vendredi 29 juin 2012

La Balançoire de Raymonde Malengreau

Encore une lecture liée au forum A&M, il s’agit d’un partenariat avec la maison d’édition Chloé des Lys. La Balançoire est un recueil de nouvelles écrit par Raymonde Malengreau qui n’en est pas à son coup d’essai. Le recueil de 87 pages a été publié en 2010. Merci à Michiko pour sa correction sur le forum d'ailleurs !



Quatrième de Couverture
Enfance ne rime pas avec innocence.
Les fruits ne sont pas tous bons pour la santé.
Les poudres bleues ne sont pas forcément magiques.
Mais les alcôves le sont parfois.
Les rivales ne sont pas celles que l’on attendait.
Et certains arbres parlent à ceux qui savent les entendre.

Ecrire reste une aventure.

Mon avis
La Balançoire est un recueil de nouvelles qui aborde des thèmes variés, des personnages différents mais qui, au fond, ont plus de points communs que ce qu’on pourrait croire. L’être humain est exploré sous toutes ses coutures, de sa plus tendre enfance à des âges plus avancés et c’est un résultat à la hauteur de nos espérances qui nous attend.

La qualité des ouvrages publiés aux éditions Chloé des Lys est des plus aléatoires mais avec ce recueil, on peut apprécier l’harmonie entre le texte de la première de couverture et l’image choisie. La mise en page est bonne. La quatrième de couverture est, au premier coup d’oeil, énigmatique et en fait, elle ne prend tout son sens qu’une fois la lecture terminée. Etant très pointilleuse sur le contenu d’une quatrième de couverture, j’ai trouvé celle-ci très bien faite : elle permet d’éveiller la curiosité du futur lecteur et de créer une certaine complicité une fois le livre lu, une fois les énigmes de ces petits bouts de phrases découvertes.

Dix nouvelles composent ce recueil et certaines ont su accaparer mon attention. Je n’ai pas eu l’impression de tenir un lien logique entre ces nouvelles, je me trompe peut-être, mais ce recueil semble être simplement un rassemblement de textes liés uniquement par leur thème humain. Quand il s’agit d’un recueil d’un même auteur, ne pas avoir de lien fort entre les textes n’est pas un problème, l’auteur crée ce lien en nous offrant tout ce dont il est capable.

Les personnages mis en scène sont étonnamment bien développés en quelques pages seulement, on trouve chez eux suffisamment d’informations pour les comprendre – au moins en partie - et, parfois, pour s’attacher à eux. Ils sont simples en apparence mais sont bien plus signifiants que ce qu’on pourrait croire au fil de la lecture.

J’ai été très surprise par la chute de la nouvelle qui donne son nom au recueil, La Balançoire, et qui est aussi la toute première du livre. Cette nouvelle a clairement annoncé la couleur et j’ai aimé l’effet produit chez moi.
Rédemption est aussi une nouvelle que j’ai beaucoup aimée. Elle traite sans prendre de gants la nature mauvaise de certaines personnes et donne, à travers un instrument tout aussi mal intentionné, un aperçu de ce que le proverbe « l’Enfer est pavé de bonnes intentions » peut signifier.
L’arbre à clous est la nouvelle qui, selon moi, est la plus touchante de ce recueil. Le petit garçon qui est au cœur de cette histoire est l’incarnation de la bonté humaine, il nous rend presque honteux de notre propre égoïsme. Si nous prenions un peu plus exemple sur lui, le monde n’en serait que meilleur. D’autres nouvelles m’ont laissée plus perplexe comme Le pique-nique que j’ai trouvé bien étrange et dont la chute m’a échappé. La dame au coquelicot m’a aussi laissé un goût d’inachevé, comme s’il manquait la véritable chute : je pense que là aussi, le dénouement qu’il fallait retenir m’a échappé.

La Balançoire est donc un recueil qui se lit facilement, assez vite et qui laisse un bon souvenir. Parmi les dix nouvelles, chacun saura trouver celle(s) qui lui correspond(ent) et qui éveillera chez lui diverses émotions. C’est ce que j’attends d’un livre, qu’il me pousse à réfléchir et qu’il ne me laisse pas juste lire sans chercher à aller plus loin. C’est un recueil que je conseille à tout ceux qui aiment lire des histoires du quotidien et y retrouver des petits détails qui sortent au final de l’ordinaire.

Je tiens à remercier le forum A&M et la maison d’édition Chloé des Lys pour cette opportunité ainsi que l’auteur, Raymonde Malengreau, pour ce voyage littéraire plaisant.

Un tour de balançoire est-il innocent ?

mardi 26 juin 2012

Forgotten de Cat Patrick

Je me suis attaquée à Forgotten de Cat Patrick grâce à mon temps libre de ces derniers jours : les vacances. C’est bon de pouvoir lire tranquillement et surtout d’en profiter pour enfin m’attaquer à ma PAL qui est bien trop fournie à mon goût. Ce livre m’a été offert par Pierre de Jade, ma super correspondante sur Accros & Mordus de Lecture dans notre tout premier échange de colis (oui, je sais, je n’ai toujours pas mis les photos par ici). Le livre a été publié en juin 2011 aux éditions La Martinière Jeunesse. 298 pages.



Quatrième de Couverture
Passé. Présent. Futur. Et si tout était lié ?

Pour Lili Lane, chaque jour est une nouvelle vie. Tous les matins, elle se réveille sans souvenirs de la veille – mais avec des visions de l’avenir… Grâce à sa mère et à sa meilleure amie, elle réussit, tant bien que mal, à dissimuler sa différence. Mais lorsque le séduisant Luke entre dans sa vie, le destin de Lili bascule. Qui voudrait oublier un garçon pareil ? Pour changer son avenir, Lili va devoir affronter son passé et résoudre le mystère de sa mémoire défaillante…

Entre thriller psychologique et histoire d’amour, Forgotten est un roman haletant et bouleversant.

Mon avis
Lili est une jeune fille banale en apparence, éclipsée par le charisme de sa meilleure amie, vivant avec sa mère et n’ayant pas vu son père depuis l’enfance… Mais elle a un secret qui pèse lourd sur sa vie : sa mémoire ne retient pas les souvenirs passés et se contente de ne garder que les souvenirs à venir. Une fois sa journée terminée, sa mémoire se met à jour et efface tout. Ses seuls souvenirs sont donc ceux d’une vie qu’elle n’a pas encore vécue. Mais lorsque Luke entre dans sa vie, elle ne comprend pas pourquoi elle se réveille chaque matin sans aucun souvenir futur de lui alors qu’il prend de plus en plus de place dans sa vie. En même temps, de terribles cauchemars commencent à la hanter… Et si tout était lié ?

Si j’ai trouvé la couverture du livre très belle avec ses teintes mauves, j’ai, encore une fois, trouvé le résumé de la quatrième de couverture mauvais. La meilleure amie de Lili tient une place infime dans l’histoire, Luke n’est pas présenté comme il le faudrait… C’est un point qui est à mon sens bien trop négligé dans un livre : c’est ce résumé qui doit annoncer la couleur, qui doit déterminer si une histoire peut nous séduire ou pas et c’est un exercice auquel les maisons d’édition ne semblent pas s’en sortir.

Encore une fois, mon avis sur ce livre est mitigé. D’un côté, le thème abordé – celui des mystères du cerveau et de la mémoire – m’a beaucoup plu, j’ai aimé l’aboutissement des interrogations sur la mémoire sélective de Lili, j’ai trouvé l’explication tout sauf farfelue malgré le côté fantastique lié aux souvenirs futurs. L’auteur a mis le doigt sur quelque chose de différent et qui donne une bonne trame de fond avec une histoire familiale qui tient debout et un drame qui justifie pleinement les conséquences retombant sur Lili. D’un autre côté, j’ai, jusqu’au bout, eu énormément de mal à continuer ma lecture : rien dans le style de l’auteur ne m’a donné envie de continuer, de savoir à tout prix ce qu’il se passait. J’ai trouvé ça plat, banal voire même mal construit et ça ne vient pas de la traduction à mon avis. Le problème se situe dans l’enchainement des événements, dans le côté creux des personnages, dans les relations entre eux tellement peu intéressantes…

Les personnages ne m’ont donc pas touchée (attention, je vais donner certaines clés de l’histoire) : l’héroïne avait tout le potentiel pour être intéressante mais l’auteur en a fait une fille qui n’accroche pas l’envie du lecteur. La meilleure amie censée être si importante pour Lili dans la quatrième de couverture n’a au final aucun rôle dans l’histoire ou presque : quand Lili brise son histoire interdite avec un professeur sans que sa meilleure amie ne sache que c’est elle, on comprend que le personnage ne servait que d’exemple aux possibilités de modification du futur de Lili. Cette histoire m’a d’ailleurs laissée perplexe : elle gâche l’histoire de son amie – ce qui est une bonne action, je suis d’accord – mais elle peut gentiment oublier son geste grâce à sa mémoire sélective et ça ne pose de problèmes à personne : c’est trop facile pour moi et c’est l’exemple même du côté creux des relations entre les personnages. Il y a Luke aussi qui manque d’intérêt : il est beau, il est fasciné par cette fille qu’il a connue à onze ans durant quelques semaines dans un centre aéré et dont il est soi-disant amoureux depuis, dont il connait le secret sans le lui dire durant des mois… C’est tout simplement trop facile pour l’histoire : je ne comprends pas bien quel était l’intérêt d’en faire une ancienne connaissance de Lili en dehors du côté facile puisque ça permet à l’auteur de dire que Luke connait et accepte sans problème le défaut de fonctionnement de la mémoire de Lili.

A partir de ce constat sur les personnages, je n’ai pu me plonger à fond dans l’histoire. Les ellipses nombreuses auraient du être efficaces mais au lieu de ça, elles laissent une impression de facilité, comme si l’auteur avait senti les faiblesses de son histoire et s’était dit que rallonger un peu son histoire dans le temps suffirait à combler le tout. Je n’aime pas la facilité, j’aime quand les personnages sont en difficulté et j’aime par-dessus tout les voir affronter les conséquences de leurs actes et c’est ce qui m’a manqué dans ce livre. Je n’ai pas su trouver ce qu’il me fallait et je pense que c’est la faute du style de l’auteur et de ses personnages.

Encore une fois, il s’agit d’un livre qui aurait pu me conquérir grâce à son thème mais que les personnages et le côté facile ont gâché. On retrouve bien le côté roman jeunesse du moment, une héroïne qui tombe amoureuse du garçon ténébreux assez vite, qui parait banale mais qui a une vie compliquée et qui porte le poids du monde sur ses épaules : je me lasse vraiment de ce genre de livre. C’est un roman qui peut plaire à tout ceux qui aiment le genre jeunesse du moment mais qui ne séduira pas ceux qui, comme moi, on besoin de plus de profondeur. Merci à ma petite Pierre de Jade pour m’avoir fait découvrir ce livre qui reste cependant une lecture agréable.

Envie d'explorer les mystères du cerveau humain ?

24 heures pour la fin d'un monde d'Emilie Decamp

Livre paru en 2011 aux Editions Chloé des Lys, 107 pages. Lu dans le cadre d'un partenariat avec le forum Accros & Mordus de Lecture. Je remercie le forum et la maison d'édition pour cette superbe opportunité. Merci à Michiko pour sa correction sur le forum d'ailleurs !



Quatrième de Couverture
24 heures pour la fin d’un monde, pour la fin d’une vie. Celle d’une jeune droguée. La drogue n’est pas un élément réellement essentiel. Le roman se concentre plus sur ses relations avec ses proches, le monde extérieur et «les autres» en général. Une série de flash-back avec pour fil rouge une lutte incessante entre plume et drogue. Voici les dernières heures d’une vie, d’un monde, d’un elle. L’histoire d’un combat entre mots et stupéfiants.
Et les images comme les secondes continuaient à s’égrainer alors son stylo continuait de glisser sur le papier, de lutter avec ses larmes et ses souvenirs. Elle traçait sa vie sur le blanc pur et vierge d’une feuille qui n’avait rien demandé.

« La tempête avait cessé. Pour laisser place à une plaie béante, sanglante... Ma vie n’était restée qu’un tas de cendres sur le parvis d’une église, un trou énorme dans un monde qui s’en foutait.[…]»

Mon avis
Elle, notre héroïne tragique, est une jeune femme perdue et en 24 heures, elle revit son parcours ou plutôt sa descente aux enfers et tente une dernière fois de coucher ses mots sur le papier. Ces derniers mots sont son dernier espoir, un dernier espoir qui s'égraine comme ses dernières heures...

La particularité de la maison d'édition Chloé des Lys est qu'il s'agit d'une maison composée de bénévoles qui publie des livres à compte d'éditeur. Les couvertures sont choisies par les auteurs qui sont aussi le plus souvent chargés de la mise en forme de leurs textes ce qui donne un livre dont la qualité de fabrication n'est pas toujours présente. L'écriture de la première et de la quatrième de couverture est floue, pas très bien assortie avec l'illustration et, il faut le dire, le rendu final n'est pas avantageux pour le roman. Le logo de la maison, le prix et le code barre sont faits de gros pixels visibles et cela gâche toute la partie visuelle du livre. Les différentes polices manquent un peu de sobriété et d'harmonie, on trouve aussi quelques fautes dans le texte et j'ai trouvé l'organisation en paragraphe plutôt mal agencée. Beaucoup de sauts de lignes et même un trop grand espace entre deux mots. La mise en page du livre n'est pas du tout le point fort de l'oeuvre.

J'ai préféré commencer par le gros point négatif pour adoucir le reste de ma chronique parce qu'il faut le dire, j'ai apprécié ma lecture. Emilie Decamp écrit bien mais surtout avec efficacité. Tout au long de son écrit, elle sait transmettre tout un tas d'émotions au lecteur. Elle joue avec les différents styles, on évolue entre narration, écrits du personnage, poésie et style épistolaire et cela donne un rythme plutôt agréable au récit. Sans nommer son héroïne, l’auteur réussit à ne pas ennuyer son lecteur avec des répétitions comme "elle" et c'est appréciable.

Son héroïne justement, est une jeune femme enfermée dans un monde de souffrance, dans un monde où les stéréotypes n'ont fait que l'enfoncer encore et encore, où le rejet de ce qu'elle est finit par la détruire pour de bon. Elle essaie d'être forte mais elle reste une enfant à qui il manque énormément d'amour, un amour qu'elle ne fait au final que chercher et qu'elle ne trouve pas. Vivre, d'accord, mais dans quel but ? C'est une question que chacun se pose, une question que je me suis déjà posée sans pour autant être dans une situation de désespoir profond tout simplement parce que c'est une question existentielle universelle. Pourquoi vivre ? Biologiquement, pour préserver l'espèce mais au-delà de ça, pourquoi vivre en tant qu'individu capable de penser et d'agir ? La réponse est simple, vivre pour soi parce qu'il y a les autres pour nous faire vivre, évoluer, grandir. Sauf qu'Elle n'a personne à qui parler, à qui se confier, personne à aimer. Dans ce cas-là, comment faire pour continuer ? Elle, elle choisit la drogue et n'est pas assez forte pour s'en sortir parce qu'elle est seule. Elle est touchante, elle m'a bouleversée.

L'histoire dénonce la condition de ces gens qui n'ont personne et qui sont de plus en plus marginalisés par notre société. La famille de l’héroïne lui tourne le dos, des amis, elle n'en a plus et les spécialistes de la drogue ne font rien pour l'aider car ils ne sont pas capables de comprendre que la seule chose dont elle a besoin c'est d'une main tendue. C'est en 24 heures qu'elle fait le bilan de sa vie, qu'elle revoit ses tentatives de survie, ses remontées à la surface pour essayer de prendre un bol d'air mais où, à chaque fois, une personne lui a remis la tête sous l'eau. Elle a essayé mais n'a pas eu le coup de pouce dont elle avait besoin à chaque fois. Sauf peut-être à un moment où malheureusement, elle n'y croyait plus suffisamment. Cette histoire donne à réfléchir sur le regard que l'on porte à l'autre, sur notre façon de stigmatiser les gens et de juger sans savoir, sur le manque de solidarité chronique qui se fait sentir à notre époque.

Faire le bilan d'une vie sur 24 heures, c'est court mais s'il n'y a pas grand-chose à dire, c'est surtout triste, voilà le bilan de cette histoire. J'ai accroché au récit, au style (même si la forme laisse malheureusement à désirer) mais j'ai trouvé ça un peu court : ma lecture a été rapide et il manque à mon goût un peu plus de détails sur les 24 heures et l'état d'esprit de l'héroïne. Toute son histoire passée est développée et j'aurais aimé retrouver plus de profondeur sur ces 24 heures du présent. Le bilan sombre sur l'histoire de cette fille et sur l’Humanité en général ne m'a pas déplu, au contraire. J'aime beaucoup les visions tout en noir et les fins qui laissent un goût amer en bouche quand on se dit "et si... ?" et j'ai été séduite. C'est à mon avis une question de goût parce qu'un livre aussi sombre ne peut pas plaire à tout le monde : il faut avoir envie de lire quelque chose de dur, qui se solde par un échec. Certains aiment se servir de la lecture pour voir la vie d'un meilleur côté mais personnellement, je préfère lire pour tout ce que la littérature peut offrir à savoir de l'imaginaire, de la réalité pure et dure, de la légèreté, de la profondeur... C'est donc un livre que je conseille à ceux qui aiment le réalisme ou tout ce qui touche au drame ainsi qu’à ceux qui ont envie d'une histoire qui ne se finit pas forcément bien. Emilie Decamp est assurément une jeune auteur à suivre.

Un livre positif pour une histoire pessimiste...

vendredi 8 juin 2012

La balafre de Jean-Claude Mourlevat

Après les examens, la reprise de la lecture a été laborieuse : entre cervelle grillée, farniente à la plage et fêtes à gogo, j'avoue m'être laissée aller. Au milieu de mes partenariats pour le forum A&M, je me suis accordée une petite pause avec un roman de Jean-Claude Mourlevat, La balafre, que je me suis achetée il y a quelques semaines pour 20cts seulement (et dire que je le cherchais depuis longtemps en plus). Mourlevat est un de mes auteurs jeunesse fétiches : c'est une grande histoire d'amour littéraire qui a commencé en 2007 avec Le combat d'hiver mais ça, c'est une autre histoire que je vous conterai peut-être... La balafre est son tout premier roman publié en 1998 chez Pocket Jeunesse. Il est composé de 127 pages. Je pensais ne l'avoir jamais lu mais au final, les derniers chapitres me sont apparus bien trop familiers : sûrement l'une de mes premières lectures à l'école primaire, qui sait..



Quatrième de Couverture
Olivier vient d'emménager dans un hameau perdu. Un soir, l'adolescent est attaqué par le chien des voisins qui se jette sur la grille avec une rage terrifiante. Ses parents pensent qu'il a rêvé, car la maison est abandonnée depuis des années. Olivier est le seul à croire à l'existence de l'animal, le seul à voir une petite fille jouer avec ce chien. Obsédé par ces apparitions fantomatiques, Olivier veut comprendre.

Mon avis
Olivier a treize ans et, pour le boulot de son père, il doit quitter sa ville natale pour aller vivre durant une année entière dans un tout petit hameau. Quitter ses copains n'a rien de drôle et lorsqu'il arrive dans sa nouvelle maison, il comprend bien vite que vivre dans un village désert n'est pas drôle non plus. C'est l'occasion pour lui et ses parents de se retrouver, de profiter des joies de la vraie vie de famille. Olivier aime se promener dans le hameau, sur les chemins alentour. Mais un soir, un chien l'effraie et c'est le début d'une terrible obsession : personne n'a vu ce chien, la maison dans laquelle il se trouverait est abandonnée depuis cinquante et rien d'autre à part ce chien n'habite les pensées d'Olivier. Le jeune garçon se laisse alors happer par une histoire qui le dépasse...

Encore une fois, je me suis laissée emporter par l'histoire de JC Mourlevat. Son style d'écriture n'a rien d'exceptionnel mais il me touche : l'utilisation de la première personne m'a rapprochée d'Olivier, de ses angoisses, de ses doutes. L'histoire est profonde, touchante, elle se clarifie de plus en plus mais en même temps, elle devient plus complexe, plus sombre. Cette impression de toucher au but nous prend dès le début des investigations du héros et quand on pense qu'on tient enfin la clé du mystère, on est assaillis de questions : comment et pourquoi ?

Olivier est un personnage touchant et qui, pour une fois, entre bien dans ses treize ans. C'est pour ça que j'aime Mourlevat aussi : chez lui, ses héros sont conformes à leur âge, à leur vie. Pas de super adolescent qui sait tout, qui a tout vu et qui réussit tout ! Un héros de treize ans a des pensées en rapport avec son âge. Quand Monsieur Tournaire lui montre la lettre, on sent sa naïveté, sa façon de voir encore les hommes comme des gens généreux : l'évolution du personnage est intéressante à ce niveau puisqu'il passe de cette naïveté au réalisme de l'époque de l'occupation et doit essayer de comprendre et d'accepter que la nature humaine n'est pas toute blanche. Madame Goret a son rôle à jouer, on le sent dès son apparition dans l'histoire mais on n'imagine pas à quel point, on ne sait pas quoi penser de cette femme et c'est surtout à cause de la narration puis qu'on suit le fil des pensées d'Olivier et donc son opinion. Les parents de l'adolescent sont effacés, dépassés et ont du mal à comprendre ce qu'il arrive à leur fils. Les personnages sont à mon sens développés pile comme il le faut, sans trop d'informations ou pas assez.

L'histoire en elle-même est prenante parce qu'on ne sait pas vers où l'on va être menés : on pense d'abord qu'on va se retrouver face à un gosse mutilé par un chien méchant qui va devoir réapprendre à vivre avec une "balafre" mais en fait, ça n'a rien à voir avec ça et c'est plutôt la fin de l'histoire qui sonne comme une chute et qui explique le pourquoi du comment du titre. On navigue habilement entre réalisme et fantastique : l'auteur sème tout doucement ses éléments fantastiques et atteint son apogée avec la fin de cette année passée dans le hameau, une apogée qui surprend mais qui permet de garder ce petit goût de fantastique, d'histoire à travers les âges. JC Mourlevat aborde sans prendre de gants l'occupation et la montre telle qu'elle l'était à ses (plus ou moins) jeunes lecteurs : c'est peut-être risqué mais je pense que c'est un tour de force que de dire les choses comme elles sont aux plus jeunes même si elles ne sont pas belles. Le livre est d'ailleurs classé Pocket Junior - certains le contestent - et je pense que la dose de vérité est juste pile à la limite de ce qu'il faut pour de jeunes lecteurs, juste de quoi leur permettre de faire un premier pas vers l'histoire et le fait que les hommes ne sont pas toujours bons les uns envers les autres. Les histoires de dénonciation sont sûrement un peu dures pour de jeunes lecteurs mais à mon avis, c'est surtout pour mettre en relief les bonnes actions et montrer aux jeunes la voie à suivre. Je vais peut-être un peu loin dans mon analyse mais c'est ma façon de voir les choses sur le débat jeunesse.

Enfin, j'ai été très émue durant la lecture... Les passages où Olivier voit la nuit du drame m'ont bouleversée mais ça, c'est mon côté trop émotive quand il s'agit d'animaux, d'enfants et de littérature. Enfin, Mourlevat réussit toujours à me tirer quelques larmes et frissons, je n'y peux rien, c'est devenu une règle immuable. C'est un livre qui se lit vite, qui se savoure et qui laisse sa marque qu'on soit jeune ou moins jeune. Je le conseille à tout ceux qui aiment Mourlevat, à ceux qui aiment les histoires frôlant le fantastique, à ceux qui aiment la "vraie" littérature jeunesse - comprendre les livres où le héros est construit avec réalisme et où l'histoire n'a rien de complètement creuse - et à ceux qui veulent une lecture rapide mais avec du sens.

Encore une fois, merci Jean-Claude Mourlevat !