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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Mes lectures sont éclectiques tout en étant de plus en plus engagées vers la tolérance, l'ouverture d'esprit, les cultures différentes et le féminisme. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

dimanche 27 janvier 2019

Papa part, maman ment, mémé meurt de Fabienne Yvert

Déniché comme souvent dans un bac de livres d’occasion à Gibert Jospeh, Papa part, maman ment, mémé meurt est un livre qui a titillé ma curiosité par son titre et son format.



Quatrième de Couverture
« c’est père,
snif, il veut s’en aller
»

Mon avis
Dès le départ, on sait que l’histoire n’a rien de bucolique, qu’elle va nous entraîner dans un tourbillon triste, amer. Et ce n’est pas tant le fond qui importe ici mais bien la forme : à travers des phrases courtes, saccadées, à la ponctuation inhabituelle, Fabienne Yvert nous offre un exercice de style tout autant déroutant que touchant juste. On se glisse dans la peau de ce regard d’enfant qui voit peu à peu son monde s’écrouler.

Le titre décomposé en trois parties est finalement le sommaire des trois grands chapitres du livre. Le départ du père annonce la couleur : l’homme hésite. Il ne supporte plus sa vie, il veut tout arrêter, partir, recommencer. Mais pourquoi et surtout, pour quoi ? Il hésite. Il tergiverse, cherche des excuses, se décide, renonce, recommence. Et tout le drame de cette phase vient du fait que l’enfant est spectatrice de cette crise, spectatrice de la ronde saccadé de son père, de la réaction de sa mère. Elle ne comprend pas et se demande ce qu’elle a bien pu faire pour que, finalement, son père ne fasse pas le choix de rester auprès d’elles, sa famille.

Ensuite, vient l’étiolement de la mère, cette mère qui s’était enfermée dans cette vie, qui se sent trahie et abandonnée et qui en veut à son mari. Qui oublie de faire bonne figure face à son enfant et qui, dans sa descente aux enfers, l’entraîne dans ses réflexions, sa rancœur, sa paranoïa flirtant avec la dépression. Nouvelle phase du déchirement de cette famille où la mère perd pied et où l’enfant reste encore la spectatrice.

Enfin, c’est la mort qui s’invite dans cette famille. La mémé meurt, disparaît, pour toujours. Et l’enfant décrit des dizaines de morts différentes, comme pour reprendre les différents scénarios mis en place par son père pour justifier son départ. La mort comme le départ sont les finalités pour cette enfant, les causes ne sont accessoires, elles peuvent être multiples, l’essentiel reste le résultat qui, lui, ne varie pas.

À travers ces trois parties, c’est toute une famille qui s’écroule, sous les yeux de la petite fille qui, finalement, comprend l’essentiel : peu importe la raison, la cause, c’est le résultat qui importe, c’est lui qui va la construire, de travers, sûrement. Pourtant, les causes nous semblent toujours avoir une influence sur notre façon de vivre le résultat : ici, Fabienne Yvert nous montre que c’est dans nos esprits d’adultes que nous cherchons à comprendre les causes, le pourquoi du comment alors que la finalité reste la même. À quoi bon le « pourquoi » puisque ça ne change rien au « maintenant » ?
Malgré la tristesse de cette histoire, c’est une belle leçon qui est à tirer de ce regard d’enfant, de cette petite fille qui se moque des excuses, des causes d’une mort, des tenants et aboutissants : dans tous les cas, son père n’est plus là, sa mère n’est plus que l’ombre d’elle-même et sa mémé est morte.

Un petit roman étrange à la lecture dans le bon sens, au rythme saccadé et inhabituel se mariant à la perfection avec son sujet et à la morale forte et profonde.

Citations
« Papa est parti hier, papa part tout à l’heure, il emballe quelques affaires, papa part demain, en faisant semblant d’aller travailler normalement, papa part dans trois mois après avoir donné un préavis réglementaire à maman, papa part quand il sera majeur, papa part dans neuf mois, quand il sera sûr que maman n’a pas d’autres enfants, papa part dans un an et un jour, sa décision lui appartiendra. »

« elle est pompée, elle nous pompe, elle nous pompe l’air, elle m’énerve, elle a les nerfs, elle a les dents pointues, elle a la hargne, elle a chopé l’angoisse, elle nous file l’angoisse, c’est une angoisse vivante, c’est pas la joie

mais elle fait sa prière tous les soirs
»

« Elle est morte dans son lit-bateau, c’est plus pratique pour la navigation éternelle. Elle est morte dans le poulailler, son âme s’est collé des plumes et s’est envolée. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 26 janvier 2019

Histoire naturelle des morts et autres nouvelles d'Ernest Hemingway





Quatrième de Couverture
Qu'il décrive les morts sur les champs de bataille avec la précision glaçante d'un entomologiste, qu'il s'inspire de ses propres expériences pour raconter comment elle peut briser un homme ou qu'il mette en scène des soldats sur le point d'être démobilisés, Hemingway se livre à une dénonciation magistrale.

Cinq nouvelles d'une grande force pour témoigner des atrocités de la guerre et de ses traumatismes indélébiles.

Mon avis
Histoire naturelle des morts, et autres nouvelles d’Ernest Hemingway est une plongée intense et violente dans la réalité de la guerre et de ses conséquences. Hemingway a vécu la guerre, il s’est retrouvé au milieu de cette terrible effervescence et son vécu se ressent à travers ces cinq nouvelles qui transpirent le réalisme.

Dès les premières pages, la nouvelle Histoire naturelle des morts rappelle l’engagement d’Hemingway comme ambulancier lors de la première guerre mondiale : il y décrit des scènes macabres, des corps en décomposition, hommes comme animaux, et insiste sur le fait qu’on ne distingue plus les camps une fois que la mort a frappé. Chair à canon ils étaient, chair en lambeaux sans visage ou identité ils terminaient. Décrivant scientifiquement la mort, son visage, son odeur aussi, Hemingway rappelle que chacun reste un homme avant tout, un homme qui ne représente que peu de choses aux yeux de ceux qui dirigent les guerres d’en-haut.

Un soldat chez lui montre à quel point les hommes ayant survécu ont été transformés, à quel point les futilités de la vie peuvent les ennuyer mais, surtout, que tout ce qu’ils recherchent ensuite c’est la paix. Une paix intérieure qu’ils peinent à trouver tant ils ont vécu d’horreur et tant les tracas du quotidien les dépassent, les marginalisant finalement dans leurs réactions. C’est le dur retour à la réalité simple après une réalité d’horreurs qui préoccupe le lecteur dans cette nouvelle.

Dans un autre pays aborde les blessures physiques mais, surtout les blessures de l’âme. Lui-même blessé lors de la guerre, Hemingway aborde avec gravité cet aspect de la guerre, les conséquences physiques et morales. C’est la perte qui est au cœur de cette nouvelle, la perte de son corps, de son passé ou de ses proches.

Simple enquête aborde un aspect peu abordé dans la littérature sur la guerre : la sexualité lorsque l’on passe des mois voire des années au front, lorsque les hommes vivent entre eux et ne voient que peu de femmes… Où les hauts-gradés proposent à leurs subalternes de satisfaire leurs besoins contre une protection. Un point que je n’avais jamais lu quelque part, qui ne faisait sûrement pas du bien à l’image de héros de ces hommes si c’était abordé.

Enfin, Ça ne risque pas de vous arriver est plus floue, plus étrange aussi. On comprend peu à peu que le personnage principal déraille, divague. On découvre jusqu’à quel point l’esprit peut être touché, que ce soit par traumatisme ou par blessure. Aussi perdu que le personnage, on termine notre aventure d’un coup tout en gardant un goût de cette guerre qui met du temps à s’effacer.

Dans un style qui nous jette sans préparation dans l’horreur de la guerre, Ernest Hemingway livre un certain témoignage de son vécu à travers ces cinq nouvelles fictives. Le format ne nous laisse pas le temps de nous attacher aux personnages, il nous permet juste de sauter les deux pieds en avant dans le tas, sans préambule, puis de passer d’une nouvelle à l’autre sans répit. Comme la guerre, d’une bataille à l’autre, d’horreur en horreur.
Malgré le format court, la lecture a été assez dense, tendue et même complexe : il ne m’a pas été évident de m’y plonger d’un coup mais j’ai su apprécier tout ce que ce recueil pouvait m’offrir. Cependant, il vaut mieux savoir à quoi s’attendre si on est sensible aux descriptions de cadavres.

Fun fact : Hemingway est né à Oak Park, dans l'Illinois (banlieue de Chicago, aux USA), chose que j'avais oubliée alors que j'ai passé 10 jours à Oak Park il y a 10 ans, lors d'un échange et qu'on nous avait fait la liste de toutes les personnalités ayant marqué la ville (comme l'architecte Frank Lloyd Wright qui, s'il n'y était pas né, avait laissé son empreinte architecturale spectaculaire dans la ville (et ça, je ne l'avais pas oublié)). Bref, je peux me la péter en disant que j'ai réellement marché sur les traces d'Hemingway (mais le lycée où j'ai été avait l'air trop récent pour avoir été le sien

« Jusqu'à leur mise en terre, les morts changent d'aspect tous les jours. Les Caucasiens passent du blanc au jaune, au jaune-vert, puis au noir. Si la chair séjourne assez longtemps à la chaleur, elle prend la couleur du goudron, tout spécialement autour des blessures, avec des reflets irisés bien visibles. Tous les jours, les cadavres enflent et deviennent trop gros pour leur uniforme qui se tend sur les corps soufflés et menace de craquer. Les membres peuvent augmenter de volume dans des proportions incroyables et les visages se transforment en boules rondes et tendues comme des ballons. » Nouvelle Histoire naturelle des morts.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 20 janvier 2019

Un Chien de saison de Maurice Denuzière

Ce livre m’a été conseillé par Christelle et les livres lors d’une virée en librairie entre lectrices de Montpellier. Et comme je n’hésite jamais à me laisser tenter quand il s’agit d’un livre d’occasion, je l’ai écoutée et suis repartie avec ce petit livre.



Quatrième de Couverture
Quand un célibataire bien tranquille accepte de prendre en pension, le temps des vacances, le chien de son meilleur ami, l'aventure commence. Il faut reconnaître que Néron, boxer bringé, lourd de quarante kilos de muscles et de malice canine, à une étonnante propension à faire d'énormes bêtises.
La preuve est ainsi administrée qu'un chien peut bouleverser une existence quiète et organisée, tout en se révélant un compagnon fidèle et tolérant. Ce roman humoristique de Maurice Denuzière, dédié à la mémoire d'un boxer, est un livre tendre et drôle, où sont notamment évoquées : la solitude du cœur la fragilité des relations sociales et surtout, l'affection sincère dont ont besoin les chiens… et les hommes.

Mon avis
Félix est un épigraphiste solitaire, vivant dans son appartement de célibataire, rendant des services à tour de bras à ses amis et appréciant les moments où il écoute ses disques, le soir, quand personne n’est là pour le déranger. Jusqu’à ce que son ami Henry ne lui demande de s’occuper de Néron, son boxer, le temps de ses vacances familiales en Écosse.
Commence alors une toute nouvelle vie pour Félix qui, après avoir passé des années à ne s’occuper que de lui, se prend à réorganiser toutes ses journées pour le confort de son nouveau compagnon auquel il va s’attacher plus que de raison.

Un Chien de saison est un hommage rendu par Maurice Denuzière aux compagnons à pattes qui changent la vie des hommes par tout ce qu’ils nous apportent. Ils égayent notre quotidien, le rendent loufoque, parfois impossible et sont des sources d’amour inconditionnel inébranlable.

Dans un monde où les relations sociales souffrent trop souvent de l’intérêt personnel que l’on en retire, les relations que l’on construit avec les animaux sont toutes autres et c’est ce que découvre Félix. Il réapprend à nouer des liens avec les âmes qu’il croise, à passer du temps avec des personnages qui ne cherchent pas à tirer avantage de lui, à apprécier la compagnie de gens qui partagent eux aussi l’amour des bêtes.
Néron apporte beaucoup à Félix, il lui apporte un nouveau souffle de vie, une nouvelle vision des choses et, surtout, le déclic qu’il lui manquait pour prendre ses relations en main, lui qui se laissait porter par des « amis » qui n’en étaient pas vraiment et qui s’en contentait.

Dans un style assez pompeux dosé juste comme il le faut pour que cela colle à Félix et contraste à la perfection avec les péripéties causées par Néron, Maurice Denuzière nous offre un roman délicieux, qui fait sourire à plusieurs reprises et qui dénonce la vacuité de certaines relations sociales là où d’autres devraient être favorisées et même célébrées.

Un Chien de saison rappelle que l’être humain est un animal social mais que même les animaux des autres espèces peuvent se montrer bien plus humains que certains de nos congénères. Ce roman remet en perspective le sens de nos relations à travers un humour décalé sans se départir d’une certaine émotion. À lire si vous aimez les bêtes et les changements qu’ils peuvent apporter à nos vies… Ou si vous avez envie de comprendre pourquoi les animaux sont merveilleux.

NB : Mention spéciale à l’auteur qui a décidé que le personnage pas très sympa du roman était géologue. Laissez-nous, on est des gens chouettes en vrai ! Un jour notre valeur sera enfin reconnue !

« Pendant notre absence, les murs de la capitale s'étaient couverts d'affiches suggestives, indiquant, avec flèches à l’appui, comment les toutous bien élevés doivent s'y prendre pour se soulager dans les caniveaux. Cette campagne pour la propreté de Paris, qui semble attribuer aux chiens toute la responsabilité de la saleté des rues, me parut assez désobligeante pour la gent canine, dont l'éducation n'est que le reflet de celle des maîtres. »

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Souvenirs d'enfance, Tome 3 : Le Temps des secrets de Marcel Pagnol

Encore un morceau de Pagnol pour la route, pour me rappeler de la douceur de ses mots que j'ai effleurés en 2018 avec une émotion particulière.



Quatrième de Couverture
Marcel Pagnol grandit et poursuit de nouvelles vacances d’été dans les collines du Garlaban, ensuite ce sera le moment d’entrer au Grand Lycée de Marseille (le Lycée Thiers). Et entre cette rentrée de grand garçon et ce début des vacances, milles tracas, milles secrets vont venir émailler ces tendres moments à la Bastide Neuve.

Au fil des rencontres, Pagnol apprend avec fierté ce qu’est la vie, les amis, les chagrins. De cette période charnière après l’enfance inconsciente, "Le temps des secrets" donne les éléments de réflexion.

Mon avis
De nouvelles vacances commencent et Marcel est heureux de pouvoir reprendre ses petites habitudes dans les collines. Seulement, ses plans sont rapidement remplacés par la nouveauté, par l’amour, par l’amitié que l’on met de côté, par les secrets que l’on garde, les compromis que l’on croit faire pour le bien de tous… Et c’est la fin de l’enfance qui se profile à l’horizon, cette chère et tendre enfance…

Comme pour les deux premiers tomes, je me suis laissé entraîner le cœur battant au cœur des collines, ravie de pouvoir à nouveau sentir le thym, le romarin ou entendre les cigales répondre aux caresses du soleil. Le Temps des secrets est un tournant dans ces Souvenirs d’enfance, un tournant annoncé par le flashforward de la fin du deuxième tome où l’on nous annonce à quel moment aura lieu l’arrêt définitif de l’enfance de Marcel.

Ici, Marcel grandit. Il est ce garçon, plus tellement petit, qui a pris du grade en changeant de classe, qui a de nouvelles idées en tête, qui a bien saisi les mensonges des adultes et qui a appris à faire sciemment des choix légèrement égoïstes. Il découvre les premiers émois, il apprend à jongler entre promesses à tenir et envies irrépressibles et, surtout, il découvre que grandir c’est acquérir de nouvelles responsabilités dont on se serait bien passé.

Le Temps des secrets est aussi beau qu’il est mélancolique, parce qu’il nous ramène en même temps que Marcel Pagnol à cette tendre époque où tout était simple. Mais, surtout, c’est sur le pont qui nous fait sortir de l’enfance qu’il nous mène, ce pont vers lequel on s’est tous élancés tête baissée avant de comprendre, une fois plus de la moitié franchie, que reculer n’était plus possible et que cette douce enfance que nous quittions alors était la période la plus facile et tendre de notre vie. Ce pont nous a conduits vers de nouvelles aventures mais, le prix à payer a été celui de l’innocence et de la prise de conscience de la réalité.

Qu’il était bon, ce temps de l’enfance, des jeux à n’en plus finir, des heures passées à gambader, à inventer des histoires, à attendre que le jour décline pour reposer ces petits corps que nous épuisions de rires et découvertes, que nous écorchions au fil de nos balades, de nos explorations d’aventuriers sans peur et sans limite.

Comme nous, on sent que Marcel Pagnol donnerait tout pour revenir quelques temps en enfance, pour ne pas peiner son ami, son frère, ses parents et surtout, le petit garçon qu’il était à l’époque. Comme il le disait en parlant de ce livre : « C’est cette époque de notre vie que j’ai voulu décrire dans ce livre. Elle est très importante, car c’est comme une seconde naissance : c’est à ce moment que nous commençons à apprendre que rien n’est facile, et qu’il ne suffit pas d’aller pleurer sur l’épaule de sa mère pour obtenir ce que l’on veut. »

Je n’ai pas encore lu le quatrième tome et ne sais pas si je le ferai : publié posthume, j’ai peur de lui trouver un goût d’inachevé ou d’être déçue de ne pas y retrouver la magie de l’enfance maintenant que le jeune Marcel a franchi un cap dans son apprentissage. Un jour, peut-être, mais pas tout de suite, pour faire durer encore un peu la magie des collines, des Bellons, de la Bastide, de la Treille, des cigales, de cette garrigue que j’aime tant.

« Dans les pages qui vont suivre, je ne dirai de moi ni mal ni bien : ce n’est pas de moi que je parle, mais de l’enfant que je ne suis plus. C’est un petit personnage que j’ai connu, et qui s’est fondu dans l’air du temps, à la manière des oiseaux qui disparaissent sans laisser de squelette. »

« Je pris fort vaniteusement la pose. Le petit Paul avait lâché ma main, mais à grand regret : il n'attendait qu'un signe pour venir se planter auprès de moi : mais la gloire gâte le cœur des hommes, et ce signe, je ne le fis pas. »

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dimanche 13 janvier 2019

Souvenirs d'enfance, Tome 2 : Le Château de ma mère de Marcel Pagnol

Je ne pouvais pas lire La Gloire de mon père sans poursuivre avec Le Château de ma mère où j'ai à nouveau retrouvé toutes ces superbes émotions que Marcel Pagnol avait fait naître en moi avec le premier tome.



Quatrième de Couverture
Le plus beau livre sur l'amitié enfantine : un matin de chasse dans les collines. Marcel rencontre le petit paysan, Lili des Bellons. Ses vacances et sa vie entière en seront illuminées.
Un an après La Gloire de mon père, Marcel Pagnol pensait conclure ses Souvenirs d'enfance avec ce Château de ma mère (1958), deuxième volet de ce qu'il considérait comme un diptyque, s'achevant sur la scène célèbre du féroce gardien effrayant la timide Augustine. Le petit Marcel, après la tendresse familiale, a découvert l'amitié avec le merveilleux Lili, sans doute le plus attachant de ses personnages. Le livre se clôt sur un épilogue mélancolique, poignante élégie au temps qui a passé. Pagnol y fait vibrer les cordes d'une gravité à laquelle il a rarement habitué ses lecteurs.
Je vis un garçon de mon âge qui me regardait sévèrement.
"Il ne faut pas toucher les pièges des autres, dit-il. Un piège, c'est sacré !
- Je n'allais pas le prendre, dis-je. Je voulais voir l'oiseau. ''
Il s'approcha : c'était un petit paysan. Il était brun, avec un fin visage provençal, des veux noirs et de longs cils de fille. "

Mon avis
C'est avec un pur plaisir que j'ai rencontré à nouveau Lili des Bellons, que je ne connaissais à travers les films. L'amitié qui naît entre lui et Marcel est belle, pure, elle illustre toute l'innocence de l'enfance, l'amour brut et sans fioritures qu'offrent les enfants sans condition. Lili et Marcel sont unis par cet amour de la garrigue, cette garrigue que Lili connaît par coeur et qu'il partage sans limite avec son nouvel ami. C'est un réel plaisir que de les accompagner dans leur vagabondage au fil des pages, que de sentir les odeurs de cette nature sèche à leurs côtés. J'entendais les cigales, je sentais cette délicate odeur de thym que j'aime par-dessus tout. Je pouvais sentir l'humidité, le ciel se charger avant d'exploser en un orage grondant toute sa colère. Marcel Pagnol a l'art de choisir les mots justes pour toucher droit au coeur.

Après avoir fait l'éloge de son père, de ce héros qui devient faillible qu'il aime alors plus encore dans le premier tome, Marcel Pagnol rend hommage à sa mère, la femme de sa vie, cette mère qu'il n'aura de cesse de vouloir protéger tout au long de sa vie à ses côtés, cette femme douce et fragile, qu'il aime sans borne. Augustine est une femme tendre, douce mais qui sait imposer sa volonté à sa manière, àa la manière d'une mère. De santé fragile, on sent pourquoi Marcel a cette constante envie de la couver alors que c'est lui, l'enfant. Il voit en elle un être fort à l'intérieur mais à l'enveloppe trop douce pour affronter les écorchures de la vie. La fin de ce deuxième tome nous offre d'ailleurs un bond dans le temps où l'on découvre que la véritable enfance de Marcel prend fin à la mort de sa mère, sa chère Augustine.
Le premier tome était ancré dans le présent du récit, l'orgueil de son père à la fin montrant un tournant dans l'esprit de Marcel, la preuve qu'il n'était pas un dieu, mais un tournant qui le laissait encore profiter de son enfance. Ici, son innocence présente disparait dans le futur de cette narration, un futur qu'il s'est senti obligé d'aborder pour aller au bout de son hommage à sa mère.

Des années après avoir vécu les événements, Marcel Pagnol a su encore retrouver son âme d'enfant pour décrire avec subtilité et douceur ses jeunes années et sa passion pour ses chères collines. J'aime ses mots, j'aime ses phrases, sa ponctuation et l'âme qu'il a su mettre dans ses écrits.

Si vous n'êtes toujours pas convaincus que lire Marcel Pagnol est une expérience à vivre, alors je ne peux plus rien faire pour vous convaincre.

« Mais dans les bras d'un églantier, sous des grappes de roses blanches et de l'autre côté du temps, il y avait depuis des années une très jeune femme brune qui serrait toujours sur son cœur fragile les roses rouges du colonel. Elle entendait les cris du garde, et le souffle rauque du chien. Blême, tremblante, et pour jamais inconsolable, elle ne savait pas qu'elle était chez son fils. »

« Telle est la vie des hommes. Quelques joies effacées par d'inoubliables chagrins.
Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants.
»



Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 6 janvier 2019

Souvenirs d'enfance, Tome 1 : La Gloire de mon père de Marcel Pagnol

Je poursuis mon hommage à Marseille avec cette lecture qui me tenait vraiment à coeur et qui est un véritable coup de ♥ de mon été 2018.



Quatrième de Couverture
Marcel Pagnol raconte, en qualité de témoin, les personnages de son enfance et la vie dans la famille d'un instituteur d'Aubagne, qui va s'animer avec la location d'une bastide dans la garrigue de l'arrière-pays marseillais où ils vont passer les grandes vacances. Cette villa dont rêve Marcel depuis toujours se nommera la Bastide neuve, il y passera les plus beaux jours de sa vie.

On y voit comment le petit Marcel parvient à épanouir peu à peu sa personnalité, celle d’un fils aîné de Provence, passionné par la lecture et les aventures dans les collines, partagé entre son amour exclusif pour la belle couturière, éternelle jeune fille incarnée par Augustine, qui sera une mère tendre et discrète, et l’admiration pour son père, Joseph le maître d’école, anticlérical et anti-alcoolique, mais profondément humain. Il ne deviendra complètement son héros qu’en lui prouvant qu’il aime autant que lui ses chères collines, glorifié par un exploit de chasse. L’enfant se débat entre ses rêves et les découvertes parfois angoissantes de la réalité du monde où il vit : Les adultes peuvent aussi mentir...

Sentir qu’il est aimé et entouré, parvenir à être fier de ses parents et de lui-même est le défi même de cette belle et poignante histoire.... à la fois unique et universelle.

Mon avis
J’ai grandi en regardant chaque année (voire plusieurs fois par an même) les films adaptés des romans de Marcel Pagnol, La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, réalisés par Yves Robert. Ces films, c’est ma maman qui me les a fait découvrir et je l’en remercie parce qu’ils font partie de mes classiques, parce que je les regarde inlassablement et que je les connais par cœur. Ces films me rappellent mon enfance, mon caractère aussi, mon amour pour ma propre garrigue, celle de l’Occitanie.
Et maintenant je peux dire qu'ils sont une adaptation fidèle et magique des livres (à quelques détails près qui ne changent rien à la beauté de l'oeuvre).

Pendant des années j’ai repoussé le moment de lire enfin les mots de Pagnol, mots que je savais aimer puisque présents partout dans ces films que j’aime tant. J’ai finalement attendu le moment de quitter Marseille, cette ville où j’ai vécu trois ans, pour faire naître une grande nostalgie en moi tout en me laissant bercer par la magie de l’écriture de Pagnol.

À travers une écriture poétique, marquée inconsciemment par cet accent provençal si doux et chantant, Marcel Pagnol nous entraîne dans le souvenir de la première partie de ses vacances dans les collines qu’il aimait tant, ces collines qu’il décrit avec un amour pur et sans fioriture, un amour qui me bouleverse encore et encore, un amour qui fait écho en moi.

Le premier tome de ces Souvenirs d’enfance gagne en puissance notamment parce que Marcel Pagnol se replonge dans l’esprit du petit garçon qu’il était à l’époque, il utilise les mots qui lui traversaient l’esprit à cette époque, ces mots qu’il chérissait et collectionnait, ces mots touchants par leur naïveté parfois, mais qui restent tout de même aligné, cela se sent, par un adulte. Mais un adulte qui n’a pas oublié son âme d’enfant, un adulte qui se souvient de son état d’esprit, de ses rêves, de ses espoirs, de sa vie à cette époque. Et c’est en ça que l’écriture de Pagnol en est plus touchante : écrivain de talent, maître dans l’usage des mots, c’est en teintant ses phrases de cette âme d’enfant qu’il nous ramène à cette douce époque de l’innocence, de l’insouciance, où tout ce qui était terrible à nos yeux était simplement la fin des grandes vacances.

C’est avec un plaisir immense et des étoiles plein les yeux que j’ai dévoré ce livre tout en le savourant, relisant certains passages plusieurs fois tellement je les ai aimés. Et, surtout, les teintant de mon propre accent, à le fois proche et différent de celui de cette Provence qui a su gagner mon cœur ces trois dernières années.

Si vous n’avez jamais lu Pagnol, foncez. C’est doux, c’est fort aussi et ça se déguste comme une bonne rasade de jus de citron frais l’été, sous les pins, au rythme du chant des cigales, avec l’odeur du thym sur les mains (oui, dès que je me balade en garrigue, je frotte mes mains avec du thym).

« Ce que j’écoutais, ce que je guettais, c’était les mots : car j’avais la passion des mots ; en secret, sur un petit carnet, j’en faisais une collection, comme d’autres font pour les timbres.
J’adorais
grenade, fumée, bourru, vermoulu et surtout manivelle : et je me les répétais souvent, quand j’étais seul, pour le plaisir de les entendre.
Or, dans les discours de l’oncle, il y en avait de tout nouveaux, et qui étaient délicieux :
damasquiné, florilège, filigrane ou grandioses : archiépiscopal, plénipotentiaire.
Lorsque sur le fleuve de son discours je voyais passer l’un de ces vaisseaux à trois ponts, je levais la main et je demandais des explications qu’il ne me refusait jamais. C’est là que j’ai compris pour la première fois que les mots qui ont un son noble contiennent toujours de belles images.
»

« Sous sa casquette de travers, il mâchonnait nerveusement une tige de romarin, et hochait une triste figure. Alors, je bondis sur la pointe d’un cap de roches, qui s’avançait au-dessus du vallon et, le corps tendu comme un arc, je criai de toutes mes forces : « Il les a tuées ! Toutes les deux ! Il les a tuées ! »
Et dans mes petits poings sanglants d’où pendaient quatre ailes dorées, je haussais vers le ciel la gloire de mon père en face du soleil couchant.

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