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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Mes lectures sont éclectiques tout en étant de plus en plus engagées vers la tolérance, l'ouverture d'esprit, les cultures différentes et le féminisme. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

dimanche 20 janvier 2019

Un Chien de saison de Maurice Denuzière

Ce livre m’a été conseillé par Christelle et les livres lors d’une virée en librairie entre lectrices de Montpellier. Et comme je n’hésite jamais à me laisser tenter quand il s’agit d’un livre d’occasion, je l’ai écoutée et suis repartie avec ce petit livre.



Quatrième de Couverture
Quand un célibataire bien tranquille accepte de prendre en pension, le temps des vacances, le chien de son meilleur ami, l'aventure commence. Il faut reconnaître que Néron, boxer bringé, lourd de quarante kilos de muscles et de malice canine, à une étonnante propension à faire d'énormes bêtises.
La preuve est ainsi administrée qu'un chien peut bouleverser une existence quiète et organisée, tout en se révélant un compagnon fidèle et tolérant. Ce roman humoristique de Maurice Denuzière, dédié à la mémoire d'un boxer, est un livre tendre et drôle, où sont notamment évoquées : la solitude du cœur la fragilité des relations sociales et surtout, l'affection sincère dont ont besoin les chiens… et les hommes.

Mon avis
Félix est un épigraphiste solitaire, vivant dans son appartement de célibataire, rendant des services à tour de bras à ses amis et appréciant les moments où il écoute ses disques, le soir, quand personne n’est là pour le déranger. Jusqu’à ce que son ami Henry ne lui demande de s’occuper de Néron, son boxer, le temps de ses vacances familiales en Écosse.
Commence alors une toute nouvelle vie pour Félix qui, après avoir passé des années à ne s’occuper que de lui, se prend à réorganiser toutes ses journées pour le confort de son nouveau compagnon auquel il va s’attacher plus que de raison.

Un Chien de saison est un hommage rendu par Maurice Denuzière aux compagnons à pattes qui changent la vie des hommes par tout ce qu’ils nous apportent. Ils égayent notre quotidien, le rendent loufoque, parfois impossible et sont des sources d’amour inconditionnel inébranlable.

Dans un monde où les relations sociales souffrent trop souvent de l’intérêt personnel que l’on en retire, les relations que l’on construit avec les animaux sont toutes autres et c’est ce que découvre Félix. Il réapprend à nouer des liens avec les âmes qu’il croise, à passer du temps avec des personnages qui ne cherchent pas à tirer avantage de lui, à apprécier la compagnie de gens qui partagent eux aussi l’amour des bêtes.
Néron apporte beaucoup à Félix, il lui apporte un nouveau souffle de vie, une nouvelle vision des choses et, surtout, le déclic qu’il lui manquait pour prendre ses relations en main, lui qui se laissait porter par des « amis » qui n’en étaient pas vraiment et qui s’en contentait.

Dans un style assez pompeux dosé juste comme il le faut pour que cela colle à Félix et contraste à la perfection avec les péripéties causées par Néron, Maurice Denuzière nous offre un roman délicieux, qui fait sourire à plusieurs reprises et qui dénonce la vacuité de certaines relations sociales là où d’autres devraient être favorisées et même célébrées.

Un Chien de saison rappelle que l’être humain est un animal social mais que même les animaux des autres espèces peuvent se montrer bien plus humains que certains de nos congénères. Ce roman remet en perspective le sens de nos relations à travers un humour décalé sans se départir d’une certaine émotion. À lire si vous aimez les bêtes et les changements qu’ils peuvent apporter à nos vies… Ou si vous avez envie de comprendre pourquoi les animaux sont merveilleux.

NB : Mention spéciale à l’auteur qui a décidé que le personnage pas très sympa du roman était géologue. Laissez-nous, on est des gens chouettes en vrai ! Un jour notre valeur sera enfin reconnue !

« Pendant notre absence, les murs de la capitale s'étaient couverts d'affiches suggestives, indiquant, avec flèches à l’appui, comment les toutous bien élevés doivent s'y prendre pour se soulager dans les caniveaux. Cette campagne pour la propreté de Paris, qui semble attribuer aux chiens toute la responsabilité de la saleté des rues, me parut assez désobligeante pour la gent canine, dont l'éducation n'est que le reflet de celle des maîtres. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

Souvenirs d'enfance, Tome 3 : Le Temps des secrets de Marcel Pagnol

Encore un morceau de Pagnol pour la route, pour me rappeler de la douceur de ses mots que j'ai effleurés en 2018 avec une émotion particulière.



Quatrième de Couverture
Marcel Pagnol grandit et poursuit de nouvelles vacances d’été dans les collines du Garlaban, ensuite ce sera le moment d’entrer au Grand Lycée de Marseille (le Lycée Thiers). Et entre cette rentrée de grand garçon et ce début des vacances, milles tracas, milles secrets vont venir émailler ces tendres moments à la Bastide Neuve.

Au fil des rencontres, Pagnol apprend avec fierté ce qu’est la vie, les amis, les chagrins. De cette période charnière après l’enfance inconsciente, "Le temps des secrets" donne les éléments de réflexion.

Mon avis
De nouvelles vacances commencent et Marcel est heureux de pouvoir reprendre ses petites habitudes dans les collines. Seulement, ses plans sont rapidement remplacés par la nouveauté, par l’amour, par l’amitié que l’on met de côté, par les secrets que l’on garde, les compromis que l’on croit faire pour le bien de tous… Et c’est la fin de l’enfance qui se profile à l’horizon, cette chère et tendre enfance…

Comme pour les deux premiers tomes, je me suis laissé entraîner le cœur battant au cœur des collines, ravie de pouvoir à nouveau sentir le thym, le romarin ou entendre les cigales répondre aux caresses du soleil. Le Temps des secrets est un tournant dans ces Souvenirs d’enfance, un tournant annoncé par le flashforward de la fin du deuxième tome où l’on nous annonce à quel moment aura lieu l’arrêt définitif de l’enfance de Marcel.

Ici, Marcel grandit. Il est ce garçon, plus tellement petit, qui a pris du grade en changeant de classe, qui a de nouvelles idées en tête, qui a bien saisi les mensonges des adultes et qui a appris à faire sciemment des choix légèrement égoïstes. Il découvre les premiers émois, il apprend à jongler entre promesses à tenir et envies irrépressibles et, surtout, il découvre que grandir c’est acquérir de nouvelles responsabilités dont on se serait bien passé.

Le Temps des secrets est aussi beau qu’il est mélancolique, parce qu’il nous ramène en même temps que Marcel Pagnol à cette tendre époque où tout était simple. Mais, surtout, c’est sur le pont qui nous fait sortir de l’enfance qu’il nous mène, ce pont vers lequel on s’est tous élancés tête baissée avant de comprendre, une fois plus de la moitié franchie, que reculer n’était plus possible et que cette douce enfance que nous quittions alors était la période la plus facile et tendre de notre vie. Ce pont nous a conduits vers de nouvelles aventures mais, le prix à payer a été celui de l’innocence et de la prise de conscience de la réalité.

Qu’il était bon, ce temps de l’enfance, des jeux à n’en plus finir, des heures passées à gambader, à inventer des histoires, à attendre que le jour décline pour reposer ces petits corps que nous épuisions de rires et découvertes, que nous écorchions au fil de nos balades, de nos explorations d’aventuriers sans peur et sans limite.

Comme nous, on sent que Marcel Pagnol donnerait tout pour revenir quelques temps en enfance, pour ne pas peiner son ami, son frère, ses parents et surtout, le petit garçon qu’il était à l’époque. Comme il le disait en parlant de ce livre : « C’est cette époque de notre vie que j’ai voulu décrire dans ce livre. Elle est très importante, car c’est comme une seconde naissance : c’est à ce moment que nous commençons à apprendre que rien n’est facile, et qu’il ne suffit pas d’aller pleurer sur l’épaule de sa mère pour obtenir ce que l’on veut. »

Je n’ai pas encore lu le quatrième tome et ne sais pas si je le ferai : publié posthume, j’ai peur de lui trouver un goût d’inachevé ou d’être déçue de ne pas y retrouver la magie de l’enfance maintenant que le jeune Marcel a franchi un cap dans son apprentissage. Un jour, peut-être, mais pas tout de suite, pour faire durer encore un peu la magie des collines, des Bellons, de la Bastide, de la Treille, des cigales, de cette garrigue que j’aime tant.

« Dans les pages qui vont suivre, je ne dirai de moi ni mal ni bien : ce n’est pas de moi que je parle, mais de l’enfant que je ne suis plus. C’est un petit personnage que j’ai connu, et qui s’est fondu dans l’air du temps, à la manière des oiseaux qui disparaissent sans laisser de squelette. »

« Je pris fort vaniteusement la pose. Le petit Paul avait lâché ma main, mais à grand regret : il n'attendait qu'un signe pour venir se planter auprès de moi : mais la gloire gâte le cœur des hommes, et ce signe, je ne le fis pas. »

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dimanche 13 janvier 2019

Souvenirs d'enfance, Tome 2 : Le Château de ma mère de Marcel Pagnol

Je ne pouvais pas lire La Gloire de mon père sans poursuivre avec Le Château de ma mère où j'ai à nouveau retrouvé toutes ces superbes émotions que Marcel Pagnol avait fait naître en moi avec le premier tome.



Quatrième de Couverture
Le plus beau livre sur l'amitié enfantine : un matin de chasse dans les collines. Marcel rencontre le petit paysan, Lili des Bellons. Ses vacances et sa vie entière en seront illuminées.
Un an après La Gloire de mon père, Marcel Pagnol pensait conclure ses Souvenirs d'enfance avec ce Château de ma mère (1958), deuxième volet de ce qu'il considérait comme un diptyque, s'achevant sur la scène célèbre du féroce gardien effrayant la timide Augustine. Le petit Marcel, après la tendresse familiale, a découvert l'amitié avec le merveilleux Lili, sans doute le plus attachant de ses personnages. Le livre se clôt sur un épilogue mélancolique, poignante élégie au temps qui a passé. Pagnol y fait vibrer les cordes d'une gravité à laquelle il a rarement habitué ses lecteurs.
Je vis un garçon de mon âge qui me regardait sévèrement.
"Il ne faut pas toucher les pièges des autres, dit-il. Un piège, c'est sacré !
- Je n'allais pas le prendre, dis-je. Je voulais voir l'oiseau. ''
Il s'approcha : c'était un petit paysan. Il était brun, avec un fin visage provençal, des veux noirs et de longs cils de fille. "

Mon avis
C'est avec un pur plaisir que j'ai rencontré à nouveau Lili des Bellons, que je ne connaissais à travers les films. L'amitié qui naît entre lui et Marcel est belle, pure, elle illustre toute l'innocence de l'enfance, l'amour brut et sans fioritures qu'offrent les enfants sans condition. Lili et Marcel sont unis par cet amour de la garrigue, cette garrigue que Lili connaît par coeur et qu'il partage sans limite avec son nouvel ami. C'est un réel plaisir que de les accompagner dans leur vagabondage au fil des pages, que de sentir les odeurs de cette nature sèche à leurs côtés. J'entendais les cigales, je sentais cette délicate odeur de thym que j'aime par-dessus tout. Je pouvais sentir l'humidité, le ciel se charger avant d'exploser en un orage grondant toute sa colère. Marcel Pagnol a l'art de choisir les mots justes pour toucher droit au coeur.

Après avoir fait l'éloge de son père, de ce héros qui devient faillible qu'il aime alors plus encore dans le premier tome, Marcel Pagnol rend hommage à sa mère, la femme de sa vie, cette mère qu'il n'aura de cesse de vouloir protéger tout au long de sa vie à ses côtés, cette femme douce et fragile, qu'il aime sans borne. Augustine est une femme tendre, douce mais qui sait imposer sa volonté à sa manière, àa la manière d'une mère. De santé fragile, on sent pourquoi Marcel a cette constante envie de la couver alors que c'est lui, l'enfant. Il voit en elle un être fort à l'intérieur mais à l'enveloppe trop douce pour affronter les écorchures de la vie. La fin de ce deuxième tome nous offre d'ailleurs un bond dans le temps où l'on découvre que la véritable enfance de Marcel prend fin à la mort de sa mère, sa chère Augustine.
Le premier tome était ancré dans le présent du récit, l'orgueil de son père à la fin montrant un tournant dans l'esprit de Marcel, la preuve qu'il n'était pas un dieu, mais un tournant qui le laissait encore profiter de son enfance. Ici, son innocence présente disparait dans le futur de cette narration, un futur qu'il s'est senti obligé d'aborder pour aller au bout de son hommage à sa mère.

Des années après avoir vécu les événements, Marcel Pagnol a su encore retrouver son âme d'enfant pour décrire avec subtilité et douceur ses jeunes années et sa passion pour ses chères collines. J'aime ses mots, j'aime ses phrases, sa ponctuation et l'âme qu'il a su mettre dans ses écrits.

Si vous n'êtes toujours pas convaincus que lire Marcel Pagnol est une expérience à vivre, alors je ne peux plus rien faire pour vous convaincre.

« Mais dans les bras d'un églantier, sous des grappes de roses blanches et de l'autre côté du temps, il y avait depuis des années une très jeune femme brune qui serrait toujours sur son cœur fragile les roses rouges du colonel. Elle entendait les cris du garde, et le souffle rauque du chien. Blême, tremblante, et pour jamais inconsolable, elle ne savait pas qu'elle était chez son fils. »

« Telle est la vie des hommes. Quelques joies effacées par d'inoubliables chagrins.
Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants.
»



Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 6 janvier 2019

Souvenirs d'enfance, Tome 1 : La Gloire de mon père de Marcel Pagnol

Je poursuis mon hommage à Marseille avec cette lecture qui me tenait vraiment à coeur et qui est un véritable coup de ♥ de mon été 2018.



Quatrième de Couverture
Marcel Pagnol raconte, en qualité de témoin, les personnages de son enfance et la vie dans la famille d'un instituteur d'Aubagne, qui va s'animer avec la location d'une bastide dans la garrigue de l'arrière-pays marseillais où ils vont passer les grandes vacances. Cette villa dont rêve Marcel depuis toujours se nommera la Bastide neuve, il y passera les plus beaux jours de sa vie.

On y voit comment le petit Marcel parvient à épanouir peu à peu sa personnalité, celle d’un fils aîné de Provence, passionné par la lecture et les aventures dans les collines, partagé entre son amour exclusif pour la belle couturière, éternelle jeune fille incarnée par Augustine, qui sera une mère tendre et discrète, et l’admiration pour son père, Joseph le maître d’école, anticlérical et anti-alcoolique, mais profondément humain. Il ne deviendra complètement son héros qu’en lui prouvant qu’il aime autant que lui ses chères collines, glorifié par un exploit de chasse. L’enfant se débat entre ses rêves et les découvertes parfois angoissantes de la réalité du monde où il vit : Les adultes peuvent aussi mentir...

Sentir qu’il est aimé et entouré, parvenir à être fier de ses parents et de lui-même est le défi même de cette belle et poignante histoire.... à la fois unique et universelle.

Mon avis
J’ai grandi en regardant chaque année (voire plusieurs fois par an même) les films adaptés des romans de Marcel Pagnol, La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, réalisés par Yves Robert. Ces films, c’est ma maman qui me les a fait découvrir et je l’en remercie parce qu’ils font partie de mes classiques, parce que je les regarde inlassablement et que je les connais par cœur. Ces films me rappellent mon enfance, mon caractère aussi, mon amour pour ma propre garrigue, celle de l’Occitanie.
Et maintenant je peux dire qu'ils sont une adaptation fidèle et magique des livres (à quelques détails près qui ne changent rien à la beauté de l'oeuvre).

Pendant des années j’ai repoussé le moment de lire enfin les mots de Pagnol, mots que je savais aimer puisque présents partout dans ces films que j’aime tant. J’ai finalement attendu le moment de quitter Marseille, cette ville où j’ai vécu trois ans, pour faire naître une grande nostalgie en moi tout en me laissant bercer par la magie de l’écriture de Pagnol.

À travers une écriture poétique, marquée inconsciemment par cet accent provençal si doux et chantant, Marcel Pagnol nous entraîne dans le souvenir de la première partie de ses vacances dans les collines qu’il aimait tant, ces collines qu’il décrit avec un amour pur et sans fioriture, un amour qui me bouleverse encore et encore, un amour qui fait écho en moi.

Le premier tome de ces Souvenirs d’enfance gagne en puissance notamment parce que Marcel Pagnol se replonge dans l’esprit du petit garçon qu’il était à l’époque, il utilise les mots qui lui traversaient l’esprit à cette époque, ces mots qu’il chérissait et collectionnait, ces mots touchants par leur naïveté parfois, mais qui restent tout de même aligné, cela se sent, par un adulte. Mais un adulte qui n’a pas oublié son âme d’enfant, un adulte qui se souvient de son état d’esprit, de ses rêves, de ses espoirs, de sa vie à cette époque. Et c’est en ça que l’écriture de Pagnol en est plus touchante : écrivain de talent, maître dans l’usage des mots, c’est en teintant ses phrases de cette âme d’enfant qu’il nous ramène à cette douce époque de l’innocence, de l’insouciance, où tout ce qui était terrible à nos yeux était simplement la fin des grandes vacances.

C’est avec un plaisir immense et des étoiles plein les yeux que j’ai dévoré ce livre tout en le savourant, relisant certains passages plusieurs fois tellement je les ai aimés. Et, surtout, les teintant de mon propre accent, à le fois proche et différent de celui de cette Provence qui a su gagner mon cœur ces trois dernières années.

Si vous n’avez jamais lu Pagnol, foncez. C’est doux, c’est fort aussi et ça se déguste comme une bonne rasade de jus de citron frais l’été, sous les pins, au rythme du chant des cigales, avec l’odeur du thym sur les mains (oui, dès que je me balade en garrigue, je frotte mes mains avec du thym).

« Ce que j’écoutais, ce que je guettais, c’était les mots : car j’avais la passion des mots ; en secret, sur un petit carnet, j’en faisais une collection, comme d’autres font pour les timbres.
J’adorais
grenade, fumée, bourru, vermoulu et surtout manivelle : et je me les répétais souvent, quand j’étais seul, pour le plaisir de les entendre.
Or, dans les discours de l’oncle, il y en avait de tout nouveaux, et qui étaient délicieux :
damasquiné, florilège, filigrane ou grandioses : archiépiscopal, plénipotentiaire.
Lorsque sur le fleuve de son discours je voyais passer l’un de ces vaisseaux à trois ponts, je levais la main et je demandais des explications qu’il ne me refusait jamais. C’est là que j’ai compris pour la première fois que les mots qui ont un son noble contiennent toujours de belles images.
»

« Sous sa casquette de travers, il mâchonnait nerveusement une tige de romarin, et hochait une triste figure. Alors, je bondis sur la pointe d’un cap de roches, qui s’avançait au-dessus du vallon et, le corps tendu comme un arc, je criai de toutes mes forces : « Il les a tuées ! Toutes les deux ! Il les a tuées ! »
Et dans mes petits poings sanglants d’où pendaient quatre ailes dorées, je haussais vers le ciel la gloire de mon père en face du soleil couchant.

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lundi 31 décembre 2018

Une fille facile de Louise O'Neill

J’ai lu ce livre d’une traite ou presque, cet été, alors que ma coloc de l’amour venait de se l’acheter. Je le lui ai même un peu abîmé à coup d’eau de mer (pardon, je t’aime Lo) parce que je ne pouvais plus le lâcher, même au bord de l’eau.



Quatrième de Couverture
« Quand tu prononces un mot comme celui-ci, tu ne peux plus faire marche arrière. Fais comme s’il ne s’était rien passé. C’est plus simple comme ça. Plus simple pour toi. »

Emma a dix-huit ans, c’est la plus jolie fille du lycée. En plus d’être belle, elle est pleine d’espoir en l’avenir. Cette nuit-là, il y a une fête, et tous les regards sont braqués sur elle.
Le lendemain matin, ses parents la retrouvent inanimée devant la maison. Elle ne se souvient de rien. Tous les autres sont au courant. Les photographies prises au cours de la soirée circulent sur les réseaux sociaux, dévoilant en détail ce qu’Emma a subi. Les réactions haineuses ne se font pas attendre ; les gens refusent parfois de voir ce qu’ils ont sous les yeux. La vie d'Emma est brisée ? Certains diront qu'elle l'a bien cherché.

Mon avis
Je ne vais pas résumer le synopsis de ce bouquin mais me contenter d’abord les points importants à mes yeux. Une fille facile traite du viol du point de vue de la victime mais, ici, la victime culpabilise. La victime se place comme responsable de son viol, et le voit comme sa propre erreur de parcours. Emma encaisse, elle garde la tête haute, au début, persuadée que sa place dans la hiérarchie sociale de son lycée et même de sa ville suffira à faire oublier cet épisode. Elle s’excuse. Elle regrette d’avoir mis ses agresseurs dans cette situation.

Et tout au long du roman, son corps et son esprit divaguent. Elle ne se voit que comme les bouts de sa chair qui circulent en photo sur les réseaux sociaux. Elle perd peu à peu son humanité dans ses propres yeux. Elle, la victime, se retrouve à s’effacer, à effacer sa place en tant qu’être humain. Elle se coupe des autres, du monde, de sa personnalité, de ce qu’elle est. Elle regrette. Elle voudrait tout effacer. Ce n’est même pas le viol en lui-même, son agression, qu’elle souhaite effacer, mais toutes les conséquences qui en découlent.
Et c’est là le cœur du roman. Nous vivons dans une société où l’on apprend aux femmes à se protéger des violeurs plutôt que d’apprendre aux hommes qu’il ne faut pas violer. On doit être constamment sur nos gardes parce que la société est incapable d’expliquer aux êtres humains que le corps des femmes n’est pas un objet public dont on peut user et disposer à l’envie. Emma ne se considère plus que comme un bout de viande. Quand elle se regarde dans le miroir, tout ce qu’elle voit, c’est les photos en gros plan de son corps, ces parties dissociées. Elle ne se sent plus entière, elle n’est que des morceaux assemblés qui lui ont été pris par ces hommes, ces garçons qu’elle connait bien, en qui elle avait confiance.

Emma est la méchante de cette histoire dans le regard des autres, elle est celle qui fait naître le scandale, celle qui a trop bu, celle qui allume, celle qui mérite ce qui lui arrive. Et c’est révoltant. C’est révoltant parce que, sous couvert de fiction, c’est ce qui arrive tous les jours, c’est ce qu’on dit aux femmes. Même sous la compassion il y a ces mots, ces phrases « Mais tu devais bien te douter qu’il y avait un problème » « Tu n’aurais pas dû t’habiller comme ça » « Tu vois, à force de te frotter à des inconnus… »
Une fille facile dénonce tout ce qui fout la gerbe dans notre société soi-disant évoluée. Une fille facile nous rappelle encore que la victime est bien plus jugée que le ou les agresseurs. Parce que porter plainte, subir les interrogatoires, le procès, l’exposition de sa vie privée, de son intimité… C’est autant d’obstacles à la dénonciation que de conséquences d’une agression sur une personne. Parce qu’elle a été violée Emma devra justifier toute sa vie chacun de ses actes avant et pendant cette soirée, même après. Alors que ce sont les agresseurs les bourreaux, les coupables. Être une victime c’est voir sa parole remise en cause, c’est revivre sans cesse la scène à mesure qu’on doit la raconter, c’est devoir affronter encore et encore un souvenir déchirant, c’est devoir rappeler inlassablement que c’est l’agresseur le coupable, celui qui a agi sans consentement.

La fin de ce roman est un coup dans le cœur mais elle est criante de réalité : en Irlande, les agresseurs s’en sortent souvent. Rappelez-vous le procès récent où un violeur a été acquitté parce que sa victime portait un string ? Et il n’y a pas qu’en Irlande que cela arrive. Pourquoi ? Parce qu’on élève filles et garçons en leur faisant croire que le viol c’est l’inconnu bizarre qui va t’entraîner dans sa cave. On tait le fait que, dans la majorité des cas, le viol est commis par quelqu’un qu’on connait, dans une situation où il n’y pas toujours de violence, avec cette foutue zone grise qui est encore un moyen de dire « oui mais peut-être que ». Une fille facile est une grosse claque qui rappelle que le monde dans lequel on vit ne tourne pas rond, que le corps des femmes reste un appel au sexe quelle que soit notre tenue et que, quoi qu’il arrive, on est toujours un peu coupable de ce qui nous arrive dans les yeux des autres. Une fille facile me pousse à toujours plus parler de féminisme, à rappeler aux gens, hommes comme femmes, que le consentement c’est pas compliqué, que tant que des romans comme celui-là reflèterait encore la réalité il faudra se battre.
Une fille facile est un roman fort parce que tout est fait pour que l’héroïne agace au début, pour que le lecteur en vienne à se dire à un moment « mais qu’elle est conne » dans le but de lui rappeler que personne ne mérite ça. Personne. Pas même les gens qui nous irritent, pas même ceux que nous n’aimons pas. Personne ne mérite de subir une agression, d’être maltraité, d’être réduit à un simple corps sans âme. Personne ne mérite d’être une victime que l’on place ensuite sur l’échafaud pour l’ériger en coupable.

Une fille facile est à mettre entre toutes les mains des personnes qui pensent encore qu’on se fait violer uniquement parce qu’on l’a bien cherché. C’est un roman à lire pour comprendre à quel point réduire une personne à l’état d’objet lui fait oublier qu’elle est un être humain avant. C’est un roman à lire pour ne pas oublier que le chemin à parcourir est encore long.

Et je vous laisse trois citations montrant l'essentiel (même si il y a encore des tas de passages significatifs à relever) :

« Les jupes au ras des fesses , les hauts échancrés jusqu'au nombril, et elles boivent toutes trop et trébuchent dans les rues, elles poussent au crime, et quand ce qui doit arriver arrive, elles se plaignent et se mettent à pleurnicher. Comme disait votre autre intervenant, à quoi d'autre peuvent- elles s'attendre ? »

« C’est dommage qu’Emma ait eu plus de dix-huit ans à l’époque sinon, il auraient pu être poursuivis pour possession et diffusion d’images pédophiles. Tellement plus simple à prouver que le problème du consentement. »

« On téléphone pour dire que je l'ai bien mérité. On dit que je l'ai bien cherche. Dans un premier temps, ca m'a fait mal d'entendre ce qu'on disait de moi. J'ai beaucoup pleuré au début. Je ne devrais probablement pas écouter. Mais personne ne me racontera rien. J'ai l'impression en permanence de finir un puzzle avec quelques pièces manquantes. »


Les avis des Accros & Mordus de Lecture