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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Mes lectures sont éclectiques tout en étant de plus en plus engagées vers la tolérance, l'ouverture d'esprit, les cultures différentes et le féminisme. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

dimanche 12 janvier 2020

Vipère au poing de Hervé Bazin

Vipère au poing est de ces livres qui ornent la longue liste des romans français que j’espère lire un jour. J’ai sauté le pas avec celui-ci grâce à Epo9 qui souhaitait le lire aussi l’été dernier et nous nous sommes lancées dans une petite lecture commune.



Quatrième de Couverture
Vipère au poing, c’est le combat impitoyable livré par Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon, et ses frères, à leur mère, une femme odieuse, qu’ils ont surnommée Folcoche. Cri de haine et de révolte, ce roman, largement autobiographique, le premier d’Hervé Bazin, lui apporta la célébrité et le classa d’emblée parmi les écrivains contemporains les plus lus.


Mon avis
Roman décrit comme autobiographique, Vipère au poing conte les aventures de Brasse-Bouillon, jeune garçon qui grandit en détestant sa mère au plus haut point. Rejetant tout ce qu’elle représente, il passe son enfance et son début d’adolescence à s’opposer à celle qu’il nomme Folcoche. Des bêtises enfantines aux tentatives de meurtre, Brasse-Bouillon se construit autour de son envie de nuire à cette mère, son but ultime finit par résumer l’intégralité de son existence au sein de cette famille.

Hervé Bazin possède une plume fine, infiniment drôle, qui rend la lecture divine, qui donne aux mots une saveur à laquelle je ne m’attendais pas. J’ai adoré le ton utilisé, l’humour, le choix dans le vocabulaire. C’est réellement le point fort de ce roman, c’est ce qui fait que cette lecture m’a beaucoup plu. Le regard acéré que porte le héros sur le monde qui l’entoure se marie parfaitement aux mots piquants choisis par l’auteur. Chaque petite action du quotidien de cette famille est dépeinte avec précision et une pointe d’humour qui se savoure sans retenue. Un véritable plaisir pour l’esprit.

L’histoire, cependant, est plus complexe à apprécier. En fait, c’est très bon à lire mais le malaise créé au fil des pages rend la lecture ambivalente. Brasse-Bouillon va de plus en plus loin, tout comme sa mère. Ces deux être que tout semble opposer s’avèrent en fin de compte faits du même bois et c’est ce qui les pousse à être incompatibles. Folcoche est consciente qu’il s’agit du fils qui lui ressemble le plus et c’est sûrement en ça qu’elle est impitoyable avec lui : il représente la seule réelle menace à son autorité parce qu’aussi fort qu’elle, si ce n’est plus. Brasse-Bouillon, lui, met du temps à comprendre qu’il est elle, qu’elle est lui : ce dégoût d’elle va le pousser à devenir ce qu’il a toujours détesté et à finalement l’assumer. Il devient profondément mauvais et l’accepte parce qu’il se défausse : pour lui, tout est de la faute de sa mère et non de la sienne.
Lorsque la haine mène aux tentatives de meurtre, la lecture devient laborieuse, non pas par le style mais par les sentiments qu’elle fait naître chez le lecteur : le monstre que devient Brasse-Bouillon dérange, le fatalisme dans lequel il plonge, l’impression que c’est son destin et que rien ne peut s’y opposer… Finalement, c’est une sorte de tragédie qui s’offre à nous. Voir un enfant jovial devenir plus horrible que cette mère qu’il voulait fuir à tout prix à quelque chose de tragique, génère une sensation d’immuabilité qui met mal à l’aise et nous soulage une fois l’histoire terminée.

Je sais désormais pourquoi Vipère au poing est un roman qui a su traverser le temps. Écrit par un auteur à la plume efficace et fascinante, il montre les travers familiaux qui se transmettent malgré nous. Il dérange parce qu’il prend le parti de dire que nous ne pouvons réellement lutter contre notre héritage de sang et qu’il transforme un enfant en boule de haine et rancœur.

« Cette vipère, ma vipère, dûment étranglée, mais partout renaissante, je la brandis encore et je la brandirai toujours, quel que soit le nom qu'il te plaise de lui donner : haine, politique du pire, désespoir ou goût du malheur !
Cette vipère, ta vipère, je la brandis, je la secoue, je m'avance dans la vie avec ce trophée, effarouchant mon public, faisant le vide autour de moi.
Merci ma mère ! Je suis celui qui marche, une vipère au poing.
»


Les avis des Accros & Mordus de Lecture

dimanche 5 janvier 2020

La Passe-Miroir, Tome 4 : La Tempête des échos de Christelle Dabos

La Passe-Miroir est une saga découverte via Accros & Mordus de Lecture et c'est en toute logique que j'ai lu le dernier tome avec une chouette Lecture Commune sur le forum (et avec des amies hors forum aussi, parce que c'est une grande aventure de l'amour cette saga ♥). Difficile pour moi de tourner cette page, il m'a fallu plus d'un mois pour enfin rédiger mon avis (le deuil, ça prend du temps) et c'est avec le coeur lourd que je dis au revoir à Ophélie, Thorn et tous les autres personnages (jusqu'à la prochaine relecture).



Quatrième de Couverture
Le monde est sens dessus dessous. L’effondrement des arches a bel et bien commencé. Une seule solution pour l’enrayer : trouver le responsable. Trouver l’Autre. Mais comment faire sans seulement savoir à quoi il ressemble ? Ophélie et Thorn se lancent ensemble sur la piste des échos, ces étranges phénomènes qui semblent la clef de toutes les énigmes. Ils devront explorer plus en profondeur les coulisses de Babel ainsi que leur propre mémoire. Et pendant ce temps, sur Arc-en-Terre, Dieu pourrait bien obtenir le pouvoir qu’il convoite tant. De lui ou de l’Autre, qui représente la plus grande menace ?



Mon avis
La Passe-Miroir est une saga qui m’a fait ressentir tout ce que je n’avais pas touché du doigt depuis des années : l’enivrement à la découverte d’un univers merveilleux, l’attente avide de la publication des tomes, la fébrilité à la lecture du premier chapitre du dernier tome… Et la sensation de vide intense une fois la dernière page lue. La Passe-Miroir est un retour en arrière pour moi, à une époque où, enfant et adolescente, je vibrais avec Harry Potter ou la suite de sagas de Pierre Bottero, de La Quête d’Ewilan aux Âmes Croisées. Ce vide, cette impression d’être orpheline une fois les personnages quittés à la fin de l’histoire, c’est la preuve que cette saga a merveilleusement fonctionné sur moi et qu’elle entre dans le panthéon de mes lectures préférées.

J’ai relu les trois premiers tomes avant de me lancer dans la lecture du dernier pour me rafraîchir la mémoire (et aussi pour ronger mon frein durant la dernière ligne droite) et j’ai bien fait : si j’avais un souvenir précis des deux premiers tomes, j’avais lu le troisième trop vite (aaaah la passion) et avait oublié bien des détails qui m’auraient fait défaut à la lecture du dernier tome. Et là, nouvelle preuve de la magnificence de cette saga à mes yeux : chaque relecture est un pur bonheur, je ne m’ennuie pas et je savoure tout autant que la première, la deuxième ou la dix millième fois.
Le troisième tome nous laissait avec des tas de réponses amenant de nouvelles questions de façon exponentielle : mais qui était réellement Ophélie, qui était l’Autre et qu’était-il finalement arrivé au monde durant cette déchirure ?

Aaaah (ceci est un soupir de contentement).
Ce quatrième et dernier tome aura été une apothéose allant bien au-delà de ce que j’imaginais. Si des détails réussissaient à s’imbriquer les uns dans les autres, si j’avais saisi des pistes, si j’avais compris la ligne directrice de certains aspects, je n’aurais jamais pu déceler l’ensemble du génie de Christelle Dabos.
Ce tome est un condensé de toute l’histoire, de toutes les pièces manquantes, de tout l’univers qui a germé dans la tête de l’autrice et de bien plus encore. J’ai dévoré le livre en trois jours, accumulant les réponses distribuées et devenant de plus en plus admirative au fil des pages. Christelle Dabos a su faire tenir en un tome tant d’informations sans que cela ne soit un problème, malgré mon impression terrible de ne pas être capable de tout retenir. Et une fois la fin arrivée, on se dit que fiou, même le rythme est un excellent crescendo auquel on ne s’attendait pas : des longs mois puis années écoulés entre les deux premiers tomes et le troisième, des longues semaines ensuite pour arriver à une accélération maîtrisée à la seconde près dans le final. Un bijou qui a sûrement des défauts qu’on ne saurait réellement pointer du doigt tant le plaisir de la lecture est intense.

J’ai lu ce tome quatre en même temps que mes amies avec lesquelles j’ai découvert cette saga, en plein Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, sortant nos livres dès que nous nous accordions du repos (et beaucoup, beaucoup de thé ♥). J’ai pleuré dans le train du retour en lisant certains chapitres poignants et j’ai vite terminé cette saga le soir pour pouvoir ensuite appeler mon amie et partager notre peine, notre joie et notre amour pour La Passe-Miroir.

Cette saga m’a permis de découvrir une autrice de talent, dont la prose poétique toute en légèreté m’a fait voyager dans un univers fabuleux, m’a fait rencontrer des personnages d’une réelle profondeur tous plus attachants les uns que les autres et a su réveiller en moi ma passion perdue pour les sagas que j’avais perdue en grandissant, faute de retrouver cet attachement à un univers. J’ai adoré chaque aspect de ma lecture, chaque description, chaque détail, chaque petit recoin dessiné avec perfectionnisme par Christelle Dabos et je ne regrette absolument pas d’avoir plongé tête baissée au cœur des Arches. La fin m’a fait pleurer, déchirée par l’histoire et surtout triste de devoir quitter tous ces personnages et cette saga cocon que j’ai adorée. Je me conforte dans l’idée de l’ouverture possible de la fin, de la possibilité d’utiliser les éléments laissés à disposition pour me construire une suite où tout pourrait arriver, surtout ce qui ferait chaud à mon petit cœur.

Si vous hésitez à aller au bout de cette saga parce que les premiers tomes sont assez lents (ce que j’ai personnellement beaucoup aimé), alors foncez : la fin ne vous laissera même pas le temps de reprendre votre souffle. Et si vous n’osez pas la débuter parce qu’elle vous paraît complexe, sachez que tout a un sens et que, même si vous ne saisissez pas l’ensemble des détails, le plaisir est tout de même là. De la joie à la tristesse en passant par l’appréhension et les moments de pure rigolade, La Passe-Miroir est une saga complète qui va énormément me manquer jusqu’à ce que je la relise. Et la relise encore. Et encore.

« Cette langue deviendra un jour, si tout marche selon ses plans, celle de l’humanité entière. Parce que la guerre, c’est lorsqu’on cesse de se comprendre. »


Les avis des Accros & Mordus de Lecture

La Passe-Miroir Tome 1 : Les fiancés de l'hiver
La Passe-Miroir Tome 2 : Les disparus du Clairdelune
La Passe-Miroir Tome 3 : La mémoire de Babel

lundi 2 septembre 2019

Prémices de la chute de Frédéric Paulin

Encore une lecture due au petit déjeuner littéraire organisé par la librairie Fiers de Lettres et la blogueuse Léa Touch Book en juin dernier auxquels nous avons assisté avec les copains d’Accros & Mordus de Lecture. Un livre qui a su littéralement m’aspirer.



Quatrième de Couverture
" Il a des frères de combat, des frères nés en France comme lui, prêts au grand sacrifice. D'autres se lèveront bientôt. "

Janvier 1996. Dans la banlieue de Roubaix, deux malfrats tirent sur des policiers lors d’un contrôle routier. Qui sont ces types qui arrosent les flics à la Kalachnikov ? Un journaliste local, Réif Arno, affirme qu’ils ont fait leurs armes en ex-Yougoslavie dans la brigade El Moudjahidin. À la DST, le commandant Laureline Fell s’intéresse de près à ces Ch’tis qui se réclament du djihad et elle a un atout secret : Tedj Benlazar est à Sarajevo pour la DGSE, d’où il lui fait parvenir des informations troublantes sur la Brigade et ses liens avec Al-Qaïda. Cette organisation et son chef, Ben Laden, ne sont encore que de vagues échos sur les radars des services secrets occidentaux, mais Benlazar a l’intuition que le chaos viendra de là-bas, des montagnes d’Afghanistan…

De la Bosnie aux grottes de Tora Bora, de Paris à Tibhirine, de Roubaix à New-York, avec ce deuxième tome Frédéric Paulin entraîne le lecteur dans la toile des réseaux djihadistes, poursuivant son exploration des souterrains de la terreur.

Mon avis
Prémices de la chute est le premier roman de Frédéric Paulin que je lis, et il semble aussi être le second tome d’un triptyque dédié à la montée du terrorisme islamiste dès les années 90. Le premier tome que je n’ai pas encore lu, La guerre est une ruse, n’est pas nécessaire pour comprendre Prémices de la chute même si certains personnages y sont repris et c’est un point fort puisque j’ai pu plonger sans retenue dans ce bouquin.

À travers des personnages fictifs complexes et très intéressants, Frédéric Paulin déroule les fils d’une histoire bien réelle, celle du Gang de Roubaix mais aussi de la piste du terrorisme islamiste français qui a eu du mal à être acceptée au sein des autorités dans les années 1990. Dans une enquête haletante et fascinante, l’auteur nous donne les clés essentielles de cette histoire, entre fiction et réalité, où il nous montre tout son talent de chef d’orchestre de la restitution. La fiction sert l’Histoire, la vraie, ou du moins les morceaux que l’on en connaît. De Roubaix à Paris, de Sarajevo à Narbonne, nous suivons ces fils que détaillent pour nous l’auteur, nous pénétrons dans le fonctionnement des conflits qui ont marqué les années 90 et essayons de comprendre comment le djihad a pu prendre une telle ampleur sans que la communauté internationale ne s’en rende réellement compte. À trop vouloir jouer les médiateurs ou même les sauveurs au cœur des conflits, les dirigeants des pays du « Nord » ont oublié de balayer devant leur porte.

Frédéric Paulin a su accrocher mon attention dès les premières pages, il a su me faire apprécier ses personnages en les usant à bon escient, en utilisant leur psychologie pile comme il le fallait et sans trop en faire même si pour servir la trame certaines coïncidences sont un peu grosses. L’Histoire et son histoire se mêlent à la perfection, nous laissant parfois croire que ses créations sont la réalité malgré l’évidence de la fiction au cœur du réel. Utiliser l’Histoire pour écrire une fiction, surtout à notre époque, n’est pas chose aisée et Frédéric Paulin prouve ici qu’il est maître en la matière.

Le fond historique est glaçant, il m’a poussée à passer des heures à me documenter sur l’époque, à approfondir mes connaissances sur la question et si les services du renseignement tombent sur mon historique de recherches, ils risquent de se poser des questions tellement je me suis laissé entrainer dans cette chute vers les sombres heures des années ayant précédé les attentats du 11 septembre 2001. J’ai hâte de lire le premier tome mais aussi le troisième qui viendrait, à défaut de conclure les temps troubles que nous connaissons, apporter de nouvelles clés à travers une fiction horriblement réelle.

Prémices de la chute est de ces romans qui se dévorent, de ceux qui nous poussent à vouloir retourner sans les méandres de l’Histoire et à comprendre le monde actuel, à décortiquer cette actualité qui nous vrille les viscères et nous annonce sûrement que le pire n’est peut-être pas encore arrivé. Un vrai coup de cœur !

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

samedi 31 août 2019

Casting sauvage de Hubert Haddad

En allant enfin fureter dans la boîte à livres du village de mes parents, j’ai découvert ce livre de Hubert Haddad dont le nom a longtemps chatouillé ma curiosité.



Quatrième de Couverture
Missionnée pour un casting aux allures de défi, Damya arpente les rues de Paris à la recherche d’une centaine de figurants : efflanquées, défaites, ces ombres fragiles incarneront les déportés dans un film adapté de la Douleur de Duras. Par sa présence si vive au monde, ses gestes de danseuse, son regard alerte et profond, Damya mue en vraie rencontre chaque échange fugace avec les silhouettes qu’elle repère – un marcheur qui ne retient du temps qui passe que l’usure de ses semelles, Amalia, oiseau frêle en robe pourpre de la gare Saint-Lazare, ou ce jongleur de rue aux airs de clown fellinien. Mais dans le dédale de la ville, Damya a surtout l’espoir fou de retrouver le garçon d’un rendez-vous manqué – par la force tragique d’un soir de novembre 2015 – et dont le souvenir l’obsède. Casting sauvage est une magnifique traversée de Paris, un roman intense et grave dont la ville aux mille visages est la trame et le fil, habitée par la mémoire de ses drames et rendue à la vie par tous ceux qui la rêvent… Un walking movie qui offre aux âmes errantes comme un recours en grâce.

Mon avis
Casting sauvage nous entraîne dans un Paris post novembre 2015 où la reconstruction n’est pas chose aisée, où les cicatrices brûlent encore. Damya, ancienne danseuse au destin exceptionnel brisé par cette attaque, erre dans les rues parisiennes à la recherche de figurants mais surtout d’elle-même. Ce soir de novembre elle a perdu son avenir, ses rêves, ses espoirs. Elle ne réussit pas à avancer tout simplement parce que se reconstruire signifie savoir sur quelles fondations il faut se baser : Damya ne sait plus, elle marche sans avancer, se réveille chaque matin sans réellement s’éveiller à nouveau.

À travers sa quête de figurants pour un film sur les camps de concentration, Damya se retrouve à chercher des regards qui lui rappellent sûrement son propre reflet dans le miroir : des âmes hagardes, brisées, incapables de rattraper la vie en marche et faisant du surplace sans savoir par où commencer pour revivre. Les événements de novembre 2015 permettent ici à Hubert Haddad d’explorer ces âmes perdues, ces personnes abattues par des épreuves affreuses, marquantes à vie. Comment se reconstruire après l’horreur ? Comment remettre le pied dans l’engrenage de la vie quand notre routine a volé en éclats d’un seul coup sans retour en arrière possible ?

L’écriture de Hubert Haddad n’est pas légère, elle est dense et lente à la fois, elle impose un rythme tout en slow motion qui peut rendre la lecture fastidieuse mais qui, en même temps, colle à la perfection au livre qu’elle compose. Damya observe, elle décortique, elle s’arrête entre deux courses à travers la ville pour trouver les silhouettes parfaites, parce qu’elle cherche aussi à retrouver un rythme, sa propre vie. L’écriture complexe et sublime à la fois freine la lecture quand il le faut et la relance aux moments clés. Ce n’est pas évident à chaque page mais sans cela, le livre n’aurait pas la même saveur.

J’ai apprécié ma lecture, la construction mise en place par l’auteur ainsi que les axes qui y sont développés. Cependant, je n’ai pas réussi à aller au fond de l’émotion que je recherchais : l’exercice littéraire m’a beaucoup plu mais son impact sur mon âme n’a pas eu lieu. Je suppose que la qualité sur le papier ne suffit pas toujours à me toucher. Cependant, si la qualité littéraire d’un livre est le moteur de votre plaisir littéraire, n’hésitez pas à lire ce roman, vous ne devriez pas être déçus.

« Seule Damya ne sait plus danser. Des meurtriers indélicats ont brisé son élan. Elle avance désormais en exclue, débusquée d’un songe intrépide, par-delà la clôture du corps. À cause d’un genou déclencheur d’alarme aux portiques de contrôle. Elle aurait préféré perdre un sein ou un bras. Il n’y a pas de salut pour l’interprète empêché. Le chanteur rendu muet n’est plus qu’une flûte sans bec, la ballerine claudicante donne à rire ; l’artiste, lui, garde tous ses pouvoirs, même borgne, deux fois sourd ou totalement paralysé. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mardi 20 août 2019

Les fleurs d'Hiroshima d'Edita Morris

J’ai lu Les fleurs d’Hiroshima dans le cadre d’une Lecture Commune sur le forum Accros & Mordus de Lecture le mois dernier après que Jacana (Cinquième de Couv') a envoyé plusieurs exemplaires au membre du forum (une vraie perle ♥).



Quatrième de Couverture
Un jeune Américain, employé par une compagnie de navigation, loue une chambre dans une famille japonaise. Rien de plus simple, mais cette histoire se passe à Hiroshima. Et, peu à peu, malgré la pudeur, la fierté et le stoïcisme de ses hôtes, Sam découvrira un à un les secrets des survivants de la bombe : les souvenirs affreux d'une nuit unique dans l'histoire de l'humanité et les peurs atroces qui assombrissent l'avenir. Enfin, tout parle de la mort atomique jusqu'aux fleurs blanches qui, pour honorer les disparus, descendent le cours du fleuve. À la fin de ce livre, qui obtint en 1961 le prix ALBERT SCHWEITZER, le lecteur se sent tenté de dire, comme Sam l'Américain : « Merci, merci pour tout ce que vous m'avez appris. C'est grâce à vous que j'ai compris ce que signifiait Hiroshima ». Plus jamais Hiroshima.

Mon avis
Les fleurs d’Hiroshima est de ces romans qui, sous couvert de fiction, permettent d’appréhender une réalité dérangeante. Sam, jeune américain à l’avenir prometteur, profite d’un séjour à Hiroshima pour se plonger dans la culture japonaise en louant un lit au sein d’une famille de la région. Yuka est persuadée qu’elle peut donner l’illusion d’une vie agréable à son hôte, au milieu de ses enfants, son mari et sa sœur cadette. Seulement, la tragédie d’Hiroshima ayant eu lieu quinze ans plus tôt a laissé des marques qui ne sont visibles qu’aux yeux des gens attentifs, qui savent voir au-delà des apparences.

À travers le personnage de Sam, le monde occidental montre à quel point se bercer d’illusions permet de de croire que tout va bien, que la guerre et ses horreurs sont loin derrière. Pourtant, il faudrait être bien naïf pour croire que les effets d’une bombe nucléaire d’envergure ont disparu aussi vite qu’ils sont arrivés, non ?
C’est sans compter sur la réserve culturelle des Japonais, sur leur façon de faire en sorte de préserver les apparences, de ne pas froisser leurs anciens ennemis. Yuka incarne ces victimes du passé qui cherchent à relever la tête tout en faisant preuve de réserve, elle cherche à ne montrer que la lumière à Sam, en cachant dès que possible les zones d’ombres, en planquant la poussière sous les tapis pour masquer le délabrement de ces vies qui accusent encore le coup, qui restent marquées à jamais.

Le drame d’Hiroshima ne s’est pas arrêté après l’explosion de la bombe, il continue à s’écouler dans le sang des victimes collatérales, celles qui ont le corps marqué comme l’âme brûlée. Les radiations agissent encore, insidieusement, lentement avec plus ou moins de violence. Ceux qui portent les traces du drame sans pouvoir les cacher sont exclus de la société, ils sont les murs abîmés que l’on cache sous une peinture douce à défaut de pouvoir les réparer. Et puis il y a ceux qui savent que leurs fondations sont ébranlées malgré une structure en apparence solide, qui craignent le moindre choc violent qui pourrait tout faire voler en éclat. Il y a ces jeunes générations qui ne sont pas certaines de pouvoir un jour donner la vie à autre chose qu’une marque de l’horreur du passé, comme Ohatsu, la petite sœur de Yuka, qui décide de refuser de prendre le risque. Mais dans une société où la famille est le pilier de la vie, où une femme n’a d’autre espoir que de fonder un foyer avec des enfants en bon santé et un mari à la situation enviable, que reste-t-il à Ohatsu pour envisager un avenir ? Et ces fleurs, déposées dans les eaux de la ville pour apaiser les âmes torturées des défunts, sont-elles suffisantes pour ne plus voir sans cesse leurs chairs à vif et la douleur dans leurs yeux ?

Les fleurs d’Hiroshima est un roman qui permet de ne pas oublier les victimes silencieuses d’un conflit aussi important que la Seconde Guerre Mondiale, celles qui ont survécu à l’horreur. C’est aussi une histoire qui montre que les vainqueurs oublient un peu trop vite les conséquences de leurs actes : comprendre le passé pour ne pas refaire les mêmes erreurs devient plus compliqué quand les erreurs s’atténuent avec le temps, non ? C’est ce que montre Edita Morris qui a fait beaucoup pour les victimes d’Hiroshima, elle qui a apporté son soutien à ceux que l’Histoire a tenté d’oublier.

En lisant Les fleurs d’Hiroshima, comme Maurice Pons dans la préface, on ne peut que se dire « Jamais plus Hiroshima » même si l’oubli laisse craindre la répétition des erreurs les plus terribles…

Merci les copains pour cette lecture commune et merci Jacana ♥

Les avis des Accros & Mordus de Lecture