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Rambalh, c'est un pot pourri de mes lectures, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog. Il est surtout né de mon besoin de garder une trace de mes lectures. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

mardi 31 août 2021

Le Fantôme et Mrs Muir de R. A. Dick

J’ai reçu Le fantôme et Mrs Muir de R. A. Dick dans la box Cosy at Home de Glory Book Box (une des dernières box avant la fermeture du site mais la créatrice n’a pas pour autant arrêté de partager ses découvertes littéraires notamment à travers des balades littéraires).



Quatrième de Couverture
Au début des années 1900, en Angleterre, une jeune et belle veuve, Lucy Muir, décide de louer un cottage dans la station balnéaire de Whitecliff où elle s’installe avec fils, sa fille et sa fidèle servante, Martha, afin d’échapper à sa belle-famille. Dès le premier soir, elle surprend l’apparition du fantôme de l’ancien propriétaire, un capitaine de marine du nom de Daniel Gregg. Se noue alors entre eux une relation d’abord amicale, à peine troublée par quelques bouderies…

Mon avis
Veuve depuis peu, Lucy Muir décide de s’extraire de la pression qu’exercent sur elle ses proches pour partir s’installer sur la côte avec ses deux jeunes enfants, contre leur avis. Fraîchement arrivée, elle tombe amoureuse d’une maison mais le loueur tente de la dissuader d’y vivre seule : une fois encore, elle contourne l’avis des autres et va au bout de son envie.
Une fois sur place, Mrs Muir découvre que les lieux sont hantés par l’ancien propriétaire des lieux, le Capitaine Gregg, dur et froid, agacé de voir que sa demeure est habitée par des inconnus. Le fantôme s’attend à faire fuir sans difficulté les derniers venus, comme tous les autres avant eux, mais c’est sans compter sur la détermination de Lucy Muir qui a décidé de prendre sa vie en main et de s’en tenir à ses décisions contre vents et marées.

Le fantôme et Mrs Muir est un livre qui se déguste pour son écriture ainsi que pour le cadre qui y est dépeint. L’autrice a su rendre ses dialogues vivants et délicieusement piquants, façonnant ses deux personnages principaux avec un superbe souci du détail, faisant voler en éclats les premières impressions. Le rude Capitaine et la douce Mrs Muir s’avèrent finalement être plus nuancés que ce que les personnes autour peuvent croire, inversant même cette tendance au fil du roman. Leur relation illustre parfaitement le compromis, balayant l’idée selon laquelle céder du terrain à l’autre est signe d’abandon.

Le cadre de l’histoire a quelque chose de tout doux, il s’en dégage un parfum d’iode qui titille notre imagination même bien installé sur le canapé. L’air marin humide parcourt notre peau vite réchauffée par l’image d’un feu de cheminée. Une lecture cocooning à l’écriture plus qu’agréable, un moment de détente pur parcouru de sourires arrachés par les joutes verbales. Le fantôme et Mrs Muir a été une lecture parfaite pour l’automne (oui, je l’ai lu il y a presque un an).

Encore une fois, une superbe découverte grâce à la Glory Book Box.

« Ensuite, si vous vous réservez la meilleure chambre de la maison, où est-ce que je coucherai ?
- Dans la meilleure chambre.
- Mais…
- Mais, sacré tonnerre, s’exclama le capitaine, pourquoi pas ? Dieu soit loué, chère madame, je n’ai pas de corps ! Et quand on n’a plus de corps depuis douze ans, o n’a plus de désirs. Vous avez pourtant lu les Saintes Écritures, sapristi ! Alors, vous devez savoir qu’au Ciel il n’est pas question de mariage !
- L’ennui, dit Lucy, c’est que vous n’êtes pas au Ciel !
»

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

lundi 16 août 2021

La trahison des dieux de Marion Zimmer Bradley

Et oui, j'existe encore ! J'ai juste beaucoup trop la flemme de rédiger mes avis au fil de l'eau. Mais après tout, ce serait bien dommage de changer les mauvaises habitudes !



Quatrième de Couverture
Dans l'antique ville de Troie, Cassandre, fille du Roi Priam, a le don de voir l'avenir. Elle devient alors prêtresse d'Apollon. Mais un jour, mécontentant le Dieu, elle reçoit une terrible punition : elle a toujours son Don, mais plus personne ne la croira...
C'est alors que son frère, Pâris, ramène sa nouvelle femme, une certaine Hélène...
Cassandre a beau prévenir ses proches, personne ne la croira...

Mon avis
Cassandre, fille du roi Priam, fait partie des mortels choisis par le dieu Apollon. Douée du don de prophétie, elle voit le tragique destin de Troie et sa famille se préparer. Après avoir suivi les Amazones, famille de sa mère, pour grandir, elle devient prêtresse d’Apollon, mais retrouve aussi Pâris. Son frère jumeau va provoquer la chute de Troie, elle le sent.
Au fil des épreuves, Cassandre va voir le destin s’accomplir, impuissante, tiraillée entre sa dévotion pour les dieux et son amour pour les siens.

J’ai démarré cette lecture après avoir entendu maintes fois les louanges de Marion Zimmer Bradley, notamment de la part de ma coloc d’amour (on n’est plus en coloc depuis des années mais c’est un détail). J’avais envie de lire un livre autant pour le fond que pour la forme, en poursuivant sur ma lancée après avoir lu Neil Gaiman. Et c’était une très bonne pioche (non Lo, promis, je n’ai jamais douté de tes recommandations).

La trahison des dieux est une réécriture passionnante de la Guerre de Troie, apportant un nouvel éclairage au mythe. Je n’ai jamais lu L’Iliade mais j’ai eu travaillé sur de nombreux extraits durant ma scolarité et cette réécriture du point de vue féminin sonne juste.
Depuis plusieurs mois, je me tiens éloignée des lectures féministes, que ce soit des essais ou des romans, mais aussi d’autres sujets qui me tenaient à cœur, mon esprit subissant déjà un trop plein de faits d’actualité à digérer. J’appréhendais un peu de me trouver face à une réécriture forçant un peu trop sur le sujet mais cela n’a pas été le cas. Marion Zimmer Bradley montre l’entendu de son génie en faisant passer ses messages de manière naturelle, sans violence, en plantant çà et là les graines de ses réflexions. Les questions qu’elle soulève sont pertinentes et poussent à l’interrogation, par exemple sur le rôle des femmes dans l’histoire.

À travers le personnage de Cassandre, la Guerre de Troie se joue à nouveau sous nos yeux, dévoilant l’étendue de son absurdité, de ses règles sans fin mais, surtout, de la cruauté des Dieux. Marion Zimmer Bradley nous offre un mythe où la tragédie domine, où Cassandre affronte un destin sombre auquel elle ne peut échapper. Elle voudrait lutter mais n’y parvient pas : parce qu’elle est une femme, parce qu’elle connaît la nature implacable de l’avenir, parce qu’elle s’est dévouée aux dieux mais aussi à ses proches.

Cassandre est touchante mais aussi inspirante. Sa force nous guide à travers les épreuves et montre les difficultés de jongler avec chacune de nos prises de position, avec nos choix mais aussi nos doutes. Quoi qu’il arrive, Cassandre reste fidèle à elle-même, malgré le prix qu’elle doit en payer. Elle encaisse les coups la tête haute et sait saisir les miettes de bonheur concédées par les dieux lorsqu’elles sont à sa portée.

Cette réécriture place les femmes au premier plan sans les rendre surhumaines : elle permet simplement de donner une voix à ces actrices trop souvent oubliées par l’Histoire.
Une lecture succulente qui rend justice à celles qui ont été trop longtemps invisibilisées, notamment en mettant en lumière la réappropriation patriarcale faite par les Grecs des divinités d’autres peuples. La Déesse mère de Cassandre est sous les ordres de Zeus dans le panthéon grec, brisant son symbole de source de vie des Hommes, de déesse indomptable.

Un livre remettant bien plus en cause que les messages de la Guerre de Troie. Un livre de génie qui a aussi la très belle qualité d’être écrit avec une douce fluidité, une poésie douce amère décrivant avec beauté l’horreur d’un destin tragique.

« Elle eut alors pour lui un déchirant sourire. Un sourire d’une infinie tendresse, où se lisait aussi l’acceptation sereine de la fatalité. »

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lundi 24 mai 2021

Acquanera de Valentina D'Urbano

J’ai reçu Acquanera de Valentina d’Urbano dans la Glory Book Box Sortilèges & Malédictions.



Quatrième de Couverture
Lorsqu'on découvre dans son village natal un squelette qui pourrait être celui de sa meilleure amie, Fortuna décide de revenir après dix ans d'absence. Elle retrouve le lac sombre, la maison de sa chère grand-mère, Elsa, et l'hostilité de sa mère, Onda. À la recherche de la vérité, elle explore son histoire familiale, celle de quatre générations de femmes marquées par d'étranges dons de voyance...

Mon avis
J’ai immédiatement été happée par ce roman où se mêlent les histoires de quatre femmes : Clara, la vieille sorcière aveugle, sa fille adoptive, Elsa qui semble avoir un don pour les tragédies, Onda, la fille de Clara née le jour de la mort de son père, et Fortuna, la fille d’Onda, qui grandit sans réussir à intercepter l’attention de sa mère si distante et froide.

Lorsqu’un squelette est retrouvé dans son village natal, Fortuna décide de retourner chez elle dans l’espoir de mettre un point final à ses tourments d’enfance. Elle espère pouvoir enfin faire le deuil de l’amour de sa mère et de la disparition de Luce, sa meilleure amie.

Valentina D’Urbano met en scène une famille à travers les générations où la fatalité prend la plus grand place, où elle étouffe les héroïnes et s’agrippe à elles de toutes ses forces. Aucune ne réussit à chasser son destin. Certaines choisissent de l’embrasser complètement mais d’autres préfèrent le contenir dans une boîte semblable à celle de Pandore. Les deux premières parties, concernant Elsa et Onda, sont passionnantes. Leurs épreuves les façonnent, les écorchent peu à peu et montrent que malgré leurs essences proches, les deux femmes évoluent différemment. Lorsque la partie de Fortuna arrive, l’ambiance devient plus pesante, les chapitres sont plus lourds, plus durs à encaisser. Cette sensation est le fruit de la volonté de l’autrice contrairement à ce que je pensais au départ : je n’arrivais pas à saisir pourquoi ma lecture avait changé de rythme et c’est une fois arrivée au point final que tout s’est dénoué. Cette dernière partie peut sembler laborieuse mais c’est volontaire, c’est un moyen de comprendre comment tout peut voler en éclats.
Cette boîte de Pandore contenue trop longtemps finit par exploser au visage de nos héroïnes. Les non-dits et les réticences de chacune ont gâté cette famille. Aucun retour en arrière n’est possible et chacune est consciente de sa part de responsabilité dans le dénouement final.

Une illustration parfaite de ce que les non-dits peuvent déclencher au sein d’une famille, le tout teinté de mystère, dans un village où les préjugés prennent le pas sur la réalité.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

mardi 13 avril 2021

Sorcery of Thorns de Margaret Rogerson

J’ai lu ce livre en novembre 2020 sans prendre de notes, il s’agit donc d’un avis express basé sur mes souvenirs.



Quatrième de Couverture
Elisabeth, élevée au milieu des dangereux grimoires magiques d'une des Grandes Bibliothèques d'Austermeer, le sait depuis son plus jeune âge. D'ailleurs, peu de temps après le passage à la bibliothèque du sorcier Nathaniel Thorn, un des ouvrages se transforme en monstre de cuir et d'encre, semant mort et destruction. Et c'est Elisabeth qui se retrouve accusée de l'avoir libéré. Forcée de comparaître devant la justice à la capitale, elle se retrouve prise au cœur d'une conspiration vieille de plusieurs siècles.
Bien malgré elle, elle n'a d'autre choix que de se tourner vers son ennemi Nathaniel, et son mystérieux serviteur, Silas.
Car ce ne sont pas seulement les Grandes Bibliothèques qui sont en danger, mais le monde entier... et face à ce terrible complot, Elisabeth va devoir remettre en question tout ce qu'elle croyait jusqu'ici, y compris sur elle-même.

Mon avis
Sorcery of Thorns nous propose un univers où les livres traitant de la magie ont leur propre potentiel magique : s’ils sont abîmés, ils se transforment en créatures féroces qu’il faut combattre pour ne pas qu’elle sème mort et désolation. Seulement, une fois vaincue, la créature disparaît tout comme le savoir qu’elle renfermait sous sa forme de livre. Plus la magie traitée dans le livre est puissante, plus le monstre qui va potentiellement en découler sera destructeur. L’univers fait donc la part belle aux livres qui sont animés d’une sorte de volonté propre, qui sont des personnages à part entière et qui jouent le rôle de fil conducteur de l’intrigue : tout ce qu’il faut pour séduire une amoureuse des livres telle que moi.

J’ai lu ce roman d’une traite, au cours d’un weekend, lovée au fond de mon canapé et ne pouvant le lâcher tellement j’ai été happée par l’enchaînement des événements de l’intrigue. Plus que l’intrigue, même, c’est l’univers créé qui m’a fascinée et c’est aussi le principal défaut du roman : on sent la richesse des idées de Margaret Rogerson et on regrette qu’elles ne soient pas plus approfondies. Mais c’est un choix de l’autrice et il n’empêche pas de lire avec avidité le roman. J’aurais aimé bien plus de détails sur l’univers, sur la sorcellerie, sur le fonctionnement de ce monde mais le livre est déjà suffisamment dense et je comprends parfaitement que cela n’aurait pas forcément été nécessaire à l’intrigue.

Elisabeth, notre héroïne, a grandi au milieu des livres de sa bibliothèque et elle a développé avec un lien fort, rappelant aux passionnés de lecture ce lien qui se crée avec nos ouvrages, ce fétichisme que nous avons avec ces amas de papier qui renferment bien plus que des pages et de l’encre. On se fond avec facilité dans l’amour qu’elle leur porte, la douceur avec laquelle elle les traite et c’est tout le point fort de ce roman : titiller le point faible des lecteurs en jouant avec leur passion.
Elisabeth incarne le sens du devoir non pas envers une institution mais envers ces livres qui font son monde, qui l’accompagnent depuis toujours et qui représentent à ses yeux une vraie famille. Elle oscille entre sa loyauté envers la bibliothèque pour laquelle elle a donné toute sa vie et la conviction qu’il y a quelque chose de sombre qui se prépare. N’ayant connu que l’ordre des bibliothèques, il lui faut énormément de courage pour s’extraire des dogmes qui ont dicté sa vie entière, braver les interdits et aller au-delà des codes parce qu’elle sent que c’est ce qu’elle doit faire. Une sorte d’apologie de la désobéissance civile pour servir une cause juste à ses yeux. Et c’est en côtoyant ce qu’on lui a enseigné comme étant le mal suprême qu’elle comprend pas à pas que le manichéisme ne sert en rien la réalité de la vie.

Et pour vaincre la vision binaire du bien contre le mal, le personnage de Silas est parfait. Sans trop en dire, essence même du mal, il nous pousse à nous questionner sur notre vision du monde et sur la notion de déterminisme. C’est le personnage qui m’a le plus fascinée, par ce qu’il représente, par son comportement inhumain (dans son sens littéral) et par sa pleine conscience de sa nature profonde. Réussir à décrire un tel personnage est un coup de maître.

Il y a de nombreuses facilités, la puissance de certains personnages semble être un moyen de résoudre facilement les péripéties semées à travers l’intrigue mais, dans l’ensemble, cela ne m’a pas posé de problème.

Sorcery of Thorns est un chouette roman, pas forcément inoubliable mais dont le côté page turner a su rendre ce weekend de lecture fabuleux. Il n’y a rien que j’aime le plus au monde que de lire avec avidité un livre, de ne pas pouvoir le lâcher tant que je n’ai pas tourné la dernière page. Ce n’est pas gage de qualité exceptionnelle pour mes lectures mais c’est finalement une qualité que je préfère à l’excellence d’une histoire. C’est un peu comme la musique : elle peut être banale mais si elle a le mérite de me faire bouger dès la première note, alors elle atteint son but.

Les avis des Accros & Mordus de Lecture

vendredi 9 avril 2021

Neverwhere de Neil Gaiman

J’ai lu Neverwhere de Neil Gaiman par une forte envie de me plonger dans du fantastique de bonne qualité (mon année 2020 a été marquée par des lectures qui n’étaient pas toutes rangées dans la catégorie de la lecture de grand cru) et je savais qu’en misant sur Gaiman j’avais de grandes chances de passer un bon moment.
J’ai pioché ce livre dans ma PàL fort ancienne (j’ai acheté ce livre en 2013 ou 2014 je crois) pour me concentrer aussi sur mon challenge de l’année qui est de lire au moins 15 livres achetés avant 2021.



Quatrième de Couverture
Richard Mayhew vit à Londres une vie sans histoire, travaille dans un bureau, s'apprête à se marier, lorsqu'il sauve la vie de Porte, une jeune fille qui a le don de savoir ouvrir tout ce qui peut s'ouvrir. Cet évènement fait basculer sa vie. Sa fiancée le quitte, ses proches ne le voient plus, sa vie semble n'avoir jamais existé.
Il découvre alors qu'il existe un Londres d'En Bas, souterrain, peuplé de mendiants qui parlent aux rats, et de toute une société féodale et magique. Il décide de suivre Porte à la recherche des assassins de son père, dans l'espoir de trouver un moyen de reprendre une vie normale.

Mon avis
Richard Mayhew mène une vie bien rangée à Londres où il fait pile ce que l’on attend de lui et suit une voie toute tracée : obtenir une promotion méritée, épouser sa fiancée qui gère au millimètre près tout ce qui touche à leur couple, préparer sa délocalisation en banlieue pour ensuite y élever leurs futurs enfants… Rien ne s’écarte du plan initial jusqu’au soir où Richard croise la route de Porte, une jeune femme à qui il sauve la vie en prenant pour la toute première fois de son existence un risque. Il se retrouve alors propulsé dans la face cachée du Londres d’en Bas où chaque personne y mettant les pieds se voit effacée de la vie « normale ».

Neverwhere m’a fait replonger dans le plaisir du fantastique, celui où je me suis laissé guider par l’auteur sans savoir vers quels confins Neil Gaiman souhaitait me guider et le tout avec un plaisir tout à fait avouable. Il m’avait manqué, ce genre littéraire qui nous entraîne dans un tourbillon de mystères et qui efface tous nos repères avec une facilité déconcertante !

Neil Gaiman dessine un univers londonien aussi fascinant que mystérieux qui se dévoile peu à peu tandis que l’on suit les pas de Richard, ce personnage qui colle parfaitement à l’adjectif « normal » et qui est aussi perdu que nous, lecteurs, tout au long de l’intrigue. Mais être perdu ne signifie pas que cela pose problème : Richard s’en accommode parfaitement et c’est aussi là tout le plaisir de cette lecture. On suit l’intrigue en ayant les mêmes repères que Richard, c’est-à-dire le peu d’informations qu’accepte de nous distiller l’auteur et c’est ainsi que l’on se retrouve complètement fondus dans le cheminement de Richard : tout est différent, perturbant, déroutant même et c’est un régal. L’état d’esprit de Richard devient le nôtre et les aventures qu’il subit plus qu’il ne vit nous entraînent sans la moindre anicroche dans cet univers incompréhensible. Et c’est là tout le génie de Neil Gaiman : nous faire accepter un univers dont il ne nous donne pas les clés, nous faire suivre le déroulement de l’intrigue sans qu’à aucun moment on ne soit gênés par cette impossibilité à comprendre tout ce qu’il se passe. Richard se laisse porter par la quête qui ne le concerne pas, il est ici par un mauvais coup du hasard et accepte le tout sans chercher à comprendre tout ce qu’il découvre : on fait exactement comme lui et c’est fichtrement agréable.

Cependant, se laisser porter par l’intrigue n’empêche pas Richard d’évoluer à pas de géant en très peu de temps. S’il apporte son aide à Porte et ses compagnons dans leur quête en espérant pouvoir à la fin retrouver sa vie bien rangée, il découvre à leur contact que la vie peut offrir bien plus qu’une simple voie toute tracée. Il se découvre, aussi, réalisant que le courage ne se résume pas à choisir la sinuosité mais plutôt à savoir l’affronter. Peut-on rejoindre à nouveau la ligne droite lorsqu’on a compris que la voie de l’aventure a peut-être plus de sens ?

Neverwhere est une histoire délicieusement écrite permettant de mettre en perspective le sens de la vie et la façon dont on choisit de la mener. Parce que c’est bien le choix qui importe, le jour où l’on se rend compte qu’on a le pouvoir de le faire.

Gaiman est définitivement devenu un auteur que je relirai avec plaisir. Je n’ai pas disserté sur le style, mais il est toujours aussi prenant, bourré d’humour et de descriptions délicieuses. Bref, un auteur qui intègre ma liste des gens à relire !

Les avis des Accros & Mordus de Lecture