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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Le bordel de mes goûts, de ma vie livresque, toujours en lien avec Accros & Mordus de Lecture.

jeudi 31 mars 2016

Le Blog du Moment : Cinquième de Couv'

Il y a bien longtemps que je n'ai pas présenté de nouveaux blogs et, pourtant, je fais chaque jour de chouettes découvertes en la matière. Pour reprendre en main cette catégorie de mon blog, voici un nouveau Blog du Moment.


Cinquième de Couv', c'est le blog de Sandra, plus connue sous le pseudo de Jacana sur Accros & Mordus de Lecture. Lectrice compulsive rencontrée sur le forum, Sandra est le genre de copine de lecture qu'on aime avoir à ses côtés. Elle lit des tas de choses, toujours super intéressantes d'ailleurs, et ses avis ont le terrible pouvoir de vous faire sombrer du côté obscur de la force ! Son blog est simple mais efficace : on y trouve tout de suite ce qu'on vient y chercher et c'est pour cela que je vous le conseille grandement ! N'hésitez pas à y foncer tête baissée, ça vaut le détour.

Enjoy it !

samedi 19 mars 2016

Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon

Mes chroniques arrivent dans un ordre complètement anarchique mais au moins, elles ramènent leurs fesses ! Aujourd'hui, je vous présente une chronique pour un livre que j'ai reçu lors d'une opération inter-livre sur facebook. Je l'ai directement ajouté à ma liste pour le Challenge A&M Vide ta PAL. Une vraie petite pépite ! Le livre n'est pas parfait mais il a fait son job et devient mon premier coup de ♥ de l'année !



Quatrième de Couverture
Qui a tué Wellington, le grand caniche noir de Mme Shears, la voisine ? Christopher Boone, " quinze ans, trois mois et deux jours ", décide de mener l'enquête. Christopher aime les listes, les plans, la vérité. Il comprend les mathématiques et la théorie de la relativité. Mais Christopher ne s'est jamais aventuré plus loin que le bout de la rue. Il ne supporte pas qu'on le touche, et trouve les autres êtres humains... déconcertants. Quand son père lui demande d'arrêter ses investigations, Christopher refuse d'obéir. Au risque de bouleverser le délicat équilibre de l'univers qu'il s'est construit...

Mon avis
Christopher est ce que le commun des mortels appelle une personne « déficiente ». Sa réflexion n’emprunte pas les mêmes chemins que la nôtre, ses capacités intellectuelles sont décuplées et ses relations sociales sont compliquées. Pour lui, la sécurité passe par la routine, un emploi du temps bien calibré, à la minute près. Il vit seul avec son père et suit des cours dans un institut spécialisé. Son monde est bouleversé quand il retrouve le chien de sa voisine, mort, assassiné à coup de fourche. Christopher, très touché par l’événement, décide de chambouler sa vie en se lançant dans une aventure qui le fait sortir des petites boîtes dans lesquelles il se sent bien : il entame une enquête minutieuse pour découvrir qui a tué ce pauvre chien et il relate chacune de ses découvertes dans un livre. Un vrai livre, qui ne raconte que la vérité et qui ne ment pas, contrairement aux romans qu’il déteste. Les faits et rien que les faits, vus avec ses yeux, analysés avec son esprit si particulier.

Le bizarre incident du chien pendant la nuit est le genre de livre qui attire très vite l’attention. On me l’a offert au cours d’un échange de livres et, dès la couverture, mon intérêt a été titillé. Que ce soit l’illustration ou le titre, l’accroche principale est là, au premier coup d’œil. Puis la quatrième de couverture fait le reste.

Tout d’abord, il faut savoir que ce livre n’est pas un traité sur l’autisme : l’auteur lui-même insiste sur le fait qu’il ne connait suffisamment cette particularité. D’ailleurs, l’autisme n’est jamais cité. Le héros se considère comme un mathématicien ayant quelques difficultés comportementales. On retrouve des aspects de l’autisme, du syndrome d’Asperger, du syndrome du Savant mais rien n’est établi avec certitude et c’est finalement un point énorme : on peut y voir ce que l’on souhaite, et, surtout, on peut se libérer des cases dans lesquelles les êtres humains sont rangés et plus encore, les êtres humains « différents ».
Le narrateur est interne et tout l’intérêt du roman est là : on se retrouve dans la tête de Christopher, ce jeune garçon dont la façon de penser est déconcertante et, à la fois, pleinement logique. D’une logique poussée à l’extrême. Il nous explique tout, absolument tout. Il nous décrit par exemple pourquoi il ne supporte pas les endroits bondés : son esprit emprisonne chaque détail d’une scène et, plus il y a de choses, plus son cerveau est sollicité, amené à la surchauffe. Christopher est singulier, éloigné des codes que nous connaissons mais il est terriblement attachant. J’ai pris un immense plaisir à m’imprégner des situations entièrement décortiquées par le narrateur, de la description d’une scène au passage à un fait complètement déconnecté de la trame principale : je n’ai pas décroché une seule seconde.
Et ce n’est pas donné à tout le monde. En effet, il y a énormément de descriptions détaillés de faits techniques ou scientifiques qui n’ont rien à voir avec l’histoire mais qui sont importantes pour l’essence du personnage. Les lecteurs qui n’aiment pas ce genre de passages risquent de facilement trouver certains passages un peu longs mais, pour les autres, c’est un pur régal !

Finalement, le dénouement de l’enquête n’est pas le but de ce roman : on suit en réalité la quête dont Christopher est le héros, une quête qu’il découvre par hasard au cours de ses investigations. Ce roman pourrait presque être qualifié de conte initiatique décalé des temps modernes, avec un héros d’un genre nouveau, le genre qui n’a rien à voir avec ceux que l’on croise d’habitude. Christopher affronte ses peurs, fait preuve d’un immense courage et ne reste, au fond, qu’un adolescent comme les autres, avec ses particularités bien à lui. Certains ont été agacé par le rythme de l’histoire ou son côté un peu « bâclé » mais je pense que ça vient surtout de la façon d’aborder le roman : en se glissant complètement dans la tête du narrateur, on oublie facilement ces détails qui, finalement, appartiennent à la norme. Ici, point de réellement norme et c’est assez agréable.

Je ne vais pas réellement parler des autres personnages du livre, Christopher étant réellement le centre de l’histoire. Ils sont stéréotypés mais juste ce qu’il faut pour nous mettre dans l’ambiance d’un quartier résidentiel de classe moyenne. Juste, un petit clin d’œil au personnage du père qui a le mérite d’aimer inconditionnellement son fils malgré les difficultés. Il n’est pas parfait mais tout ce qu’il fait, c’est pour Christopher. Ses choix sont discutables mais ils sont uniquement animés par l’amour qu’il porte à son fils. De quoi bien cogiter à la lecture sur ce qu’on aurait fait à sa place…

Le bizarre incident du chien pendant la nuit ne nous met pas dans la tête d’une personne « malade » : point de syndrome cité, juste une description détaillée d’un cerveau qui fonctionne différemment du nôtre et, s’il ne fallait retenir qu’une seule chose, ce serait celle-là. Rares sont les romans (enfin, parmi ceux que j’ai lus) qui sortent du schéma « mon handicap, comment je vis avec » : ici, point de handicap du point de vue du narrateur mais juste une particularité. Je me répète, je le sais, mais, vraiment, c’est un point qui me tient à cœur. On n’est pas face à roman qui nous pousse à nous apitoyer sur le héros : le but est simplement de nous faire vivre les choses différemment et le pari est réussi.

Pour cette vision différente du monde et de la « normalité », je conseille ce roman à tous ceux qui veulent tenter l’expérience. Le livre se lit très vite et, franchement, les passages de descriptions techniques et scientifiques s’avalent sans difficulté. Foncez !

mardi 15 mars 2016

Swap A&M Thé toqué



Je me suis lancée sans hésitation dans la seconde édition du Swap A&M Thé toqué avec Missdeath comme binôme (dont vous trouverez le blog ici).

Le principe était tout simple : faire découvrir à son binôme des thés qu'on affectionne beaucoup, le tout, pour Missdeath et moi, avec un livre et une bricole. Comme je m'y attendais, je n'ai pas été déçue !



Dans mon petit paquet, il y a :
Fight Club de Chuck Palahniuk (un livre que Missdeath aime beaucoup et qu'elle a d'ailleurs présenté comme Livre du Mois sur A&M),
• Un calendrier composé de marques-pages sur le thème de la lecture,
• Un baume hydratant fait par Missdeath elle-même,
• Lapsang Souchong (thé noir fumé),
• Thé aux sept parfums (thé noir, arômes abricot, figue, pitonga, citron, bergamote, fleur de lotus, écorce d'orange, pétales de fleurs),
• Oolong à l'Orchidée (thé bleu).

Autant dire que je suis enchantée, parce que je suis une fan inconditionnelle de thé noir et que je crois n'avoir jamais goûté le thé bleu ! De quoi ravir mes papilles accompagnée d'un bon livre dans les jours à venir ! Et puisque j'ai Fight Club, ce sera l'occasion de changer un peu de mes lectures actuelles en explorant un univers que je connais à travers le film. On m'a tellement vanté la plume de Palahniuk (et par on, j'entends Missdeath) que je vais à coup sûr m'y plonger sous peu.

Merci Missdeath ♥

samedi 5 mars 2016

Le Peintre et le Pirate de Còstas Hadziaryìris

En fouillant parmi des livres d’occasion, je suis tombée sur ce petit livre au format différent et à l’auteur au nom imprononçable. Après avoir lu la quatrième de couverture, j’ai craqué !



Quatrième de Couverture
Cela commence comme une bonne vieille histoire de pirates sanguinaires. De naufrages en abordages, de pillages en tueries, le lecteur, embarqué en Méditerranée sur le navire de Costandis, le corsaire féroce qui fond en larmes devant les moines et les artistes, se retrouve en Angleterre en plein délire religieux, puis en Grèce, dans une comédie de village pagnolesque. Avec un humour noir et un rire jaune, ce roman hilarant développe les péripéties jusqu'au grotesque, accumule les personnages jusqu'à la bouffonnerie, laissant entrevoir un monde forcené, régi par la loi du plus fort, qui ressemble singulièrement au nôtre.

Mon avis
Le Peintre et le Pirate, c’est une sorte de conte initiatique et philosophique parodiant le roman d’aventure structuré de manière assez étrange. Tout commence en Méditerranée, puis on se retrouve en Angleterre avant de finir en Grèce… Dans une suite illogique à première vue qui prend tout son sens une fois le livre refermé.

La structure du récit m’a beaucoup déroutée. Le récit est principalement au passé mais certains paragraphes au présent s’insèrent dans la forme et je me suis demandé s’il ne s’agissait pas d’une erreur de traduction. Finalement, en avançant, on finit par comprendre que ces changements sont volontaires et surtout efficaces : la volonté est d’accélérer ou ralentir les actions, déroutant le lecteur, le forçant à se concentrer amplement sur certains faits, à savourer la lenteur d’esprit des pirates, en opposition aux réflexions efficaces du peintre. J’ai été perturbée mais j’ai finalement su apprécier cette composition qui détonne, même si, du coup, ma lecture a été plus longue que prévue : pas de chapitres, très peu de sauts de lignes donc difficile de se remettre complètement dans l’ouvrage quand on doit interrompre sa lecture au milieu d’une action longue. Et la fin est surprenante dans sa forme : l’auteur nous apostrophe directement en expliquant qu’il perd patience et qu’il va nous résumer rapidement l’issue… Ce qui est finalement très agréable comme manière de conclure. J’ai été surprise du début à la fin par le style de l’auteur, et de la bonne manière.

L’histoire est une belle satire de la religion et de ses dérives. Lorsque notre équipage de pirates découvre Dieu et sa belle parole, tout part en vrille ! Pauvre peintre qui, au départ, ne cherchait qu’à éviter les massacres : il se retrouve alors à la tête d’une bande de pirates refusant de lever le sabre et dérivant en attendant un message divin… De quoi montrer qu’il est bien dangereux de suivre les préceptes de sa religion sans se remettre en question, en suivant mot à mot les écrits sans essayer de lire entre les lignes. Nos pauvres pirates veulent bien faire mais ils ne réfléchissent et foncent tête baissée vers leur perte ! Heureusement, le bon sens du peintre permet à notre joyeuse bande de s’en sortir (enfin, tout dépend du point de vue).
La seconde moitié de l’histoire se scinde en deux parties : on suit d’abord l’épopée de la majorité de l’équipage en Angleterre qui va ébranler les convictions religieuses de la population britannique dans un grand n’importe quoi : la dérive religieuse par excellence y est illustrée. Le fanatisme atteint son apogée sur la potence, où Dieu est si grand que personne ne doute de lui dans l’horreur. De quoi se poser des questions sur l’interprétation de la masse : après tout, si quelque chose arrive, c’est que Dieu le veut… Et il semble vouloir tout et son contraire, tout va bien. De quoi bien rigoler en se moquant du fanatisme et de la bêtise de la masse. Ensuite, on retrouve Costandis, le peintre et Luigis dans leur quête d’une vie bien rangée sur terre, en Grèce, où ils débarquent dans un village profondément marqué par le clivage notables/peuple. Ils bouleversent toute la hiérarchie en débarquant avec des coffres remplis d’or et mettent à mal la toute-puissance des notables. Malheureusement, on reste dans le stéréotype du peuple bête qui suit celui qui semble avoir le discours le plus complexe et intelligent sans en comprendre la profondeur… Mais toute l’histoire est construite sur ces stéréotypes dans un but de dénonciation, propre au conte philosophique. Le but de l’auteur, à la fin de l’histoire, est complètement atteint.
Cette seconde moitié a d’ailleurs tout de la comédie théâtrale, avec le drame fanatique d’un côté, la bonne vieille comédie de terroir de l’autre… Je n’aurais pas été surprise de voir un passage en actes et scènes si cela avait été le cas. On rit, on s’émeut, on apprécie !

Les personnages sont très stéréotypés mais restent tout de même intéressants : chacun à son rôle dans le message porté par l’auteur et il le joue à merveille. Costandis, ce grand gaillard sanguinaire ému par l’art devient finalement l’âme touchée par la parole de Dieu la plus pure. Il ne comprend que le sens littéral de ce qu’on lui dit mais il n’en garde que le bien. Contrairement au peuple dans son ensemble, présenté dans les deux lieux différents, qui suit les préceptes de Dieu par crainte de l’enfer, Constandis les suit par conviction réelle et par amour de ce qu’il est devenu. Le Peintre, lui, est l’incarnation de celui qui réfléchit et qui filoute pour imposer sa vision des choses, tout en ayant tout de même pour ambition de faire au mieux pour tous et pas simplement pour lui. Il lutte contre l’oppression mais aime tout de même le pouvoir, une combinaison qui fonctionne mais qui ne change pas le monde. Le peuple « libéré » pense avoir réussi à changer de vie, pour une vie meilleure, mais il reste tout de même le porte-monnaie des plus grands. La vraie différence vient au final de leur état d’esprit : il se sent plus libre sans vraiment l’être. Au moins, cette sensation lui permet d’être plus heureux. Je n’irai pas plus loin sur les personnages parce qu’ils sont nombreux à être intéressants mais il ne sert à rien de creuser ici.

Finalement, ce livre est une chouette découverte. Il n’a rien d’exceptionnel mais il est agréable à lire si l’on aime les effets de styles légers, les contes philosophiques et les personnages complètement barrés. Je ne pense pas que ce livre puisse plaire à tout le monde, c’est assez particulier et, d’ailleurs, je pense que j’aurais plus de mal à le lire à une autre période : il faut vraiment savoir à quoi s’attendre avant de se lancer. Le style, le fond et la forme ont de quoi séduire et le message final de l’œuvre est doté d’une touche de cynisme qui ravira les amateurs. J’ai passé un très bon moment même si ça ne restera pas dans les annales.

Je le conseille à ceux qui aiment les contes dénonciateurs, les histoires de pirates qui détonnent et ceux qui voudraient découvrir un style différent.