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Rambalh, c'est un pot pourri sur la littérature, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog : de tout et surtout tout moi. Le bordel de mes goûts, de ma vie livresque, toujours en lien avec Accros & Mordus de Lecture.

samedi 5 mars 2016

Le Peintre et le Pirate de Còstas Hadziaryìris

En fouillant parmi des livres d’occasion, je suis tombée sur ce petit livre au format différent et à l’auteur au nom imprononçable. Après avoir lu la quatrième de couverture, j’ai craqué !



Quatrième de Couverture
Cela commence comme une bonne vieille histoire de pirates sanguinaires. De naufrages en abordages, de pillages en tueries, le lecteur, embarqué en Méditerranée sur le navire de Costandis, le corsaire féroce qui fond en larmes devant les moines et les artistes, se retrouve en Angleterre en plein délire religieux, puis en Grèce, dans une comédie de village pagnolesque. Avec un humour noir et un rire jaune, ce roman hilarant développe les péripéties jusqu'au grotesque, accumule les personnages jusqu'à la bouffonnerie, laissant entrevoir un monde forcené, régi par la loi du plus fort, qui ressemble singulièrement au nôtre.

Mon avis
Le Peintre et le Pirate, c’est une sorte de conte initiatique et philosophique parodiant le roman d’aventure structuré de manière assez étrange. Tout commence en Méditerranée, puis on se retrouve en Angleterre avant de finir en Grèce… Dans une suite illogique à première vue qui prend tout son sens une fois le livre refermé.

La structure du récit m’a beaucoup déroutée. Le récit est principalement au passé mais certains paragraphes au présent s’insèrent dans la forme et je me suis demandé s’il ne s’agissait pas d’une erreur de traduction. Finalement, en avançant, on finit par comprendre que ces changements sont volontaires et surtout efficaces : la volonté est d’accélérer ou ralentir les actions, déroutant le lecteur, le forçant à se concentrer amplement sur certains faits, à savourer la lenteur d’esprit des pirates, en opposition aux réflexions efficaces du peintre. J’ai été perturbée mais j’ai finalement su apprécier cette composition qui détonne, même si, du coup, ma lecture a été plus longue que prévue : pas de chapitres, très peu de sauts de lignes donc difficile de se remettre complètement dans l’ouvrage quand on doit interrompre sa lecture au milieu d’une action longue. Et la fin est surprenante dans sa forme : l’auteur nous apostrophe directement en expliquant qu’il perd patience et qu’il va nous résumer rapidement l’issue… Ce qui est finalement très agréable comme manière de conclure. J’ai été surprise du début à la fin par le style de l’auteur, et de la bonne manière.

L’histoire est une belle satire de la religion et de ses dérives. Lorsque notre équipage de pirates découvre Dieu et sa belle parole, tout part en vrille ! Pauvre peintre qui, au départ, ne cherchait qu’à éviter les massacres : il se retrouve alors à la tête d’une bande de pirates refusant de lever le sabre et dérivant en attendant un message divin… De quoi montrer qu’il est bien dangereux de suivre les préceptes de sa religion sans se remettre en question, en suivant mot à mot les écrits sans essayer de lire entre les lignes. Nos pauvres pirates veulent bien faire mais ils ne réfléchissent et foncent tête baissée vers leur perte ! Heureusement, le bon sens du peintre permet à notre joyeuse bande de s’en sortir (enfin, tout dépend du point de vue).
La seconde moitié de l’histoire se scinde en deux parties : on suit d’abord l’épopée de la majorité de l’équipage en Angleterre qui va ébranler les convictions religieuses de la population britannique dans un grand n’importe quoi : la dérive religieuse par excellence y est illustrée. Le fanatisme atteint son apogée sur la potence, où Dieu est si grand que personne ne doute de lui dans l’horreur. De quoi se poser des questions sur l’interprétation de la masse : après tout, si quelque chose arrive, c’est que Dieu le veut… Et il semble vouloir tout et son contraire, tout va bien. De quoi bien rigoler en se moquant du fanatisme et de la bêtise de la masse. Ensuite, on retrouve Costandis, le peintre et Luigis dans leur quête d’une vie bien rangée sur terre, en Grèce, où ils débarquent dans un village profondément marqué par le clivage notables/peuple. Ils bouleversent toute la hiérarchie en débarquant avec des coffres remplis d’or et mettent à mal la toute-puissance des notables. Malheureusement, on reste dans le stéréotype du peuple bête qui suit celui qui semble avoir le discours le plus complexe et intelligent sans en comprendre la profondeur… Mais toute l’histoire est construite sur ces stéréotypes dans un but de dénonciation, propre au conte philosophique. Le but de l’auteur, à la fin de l’histoire, est complètement atteint.
Cette seconde moitié a d’ailleurs tout de la comédie théâtrale, avec le drame fanatique d’un côté, la bonne vieille comédie de terroir de l’autre… Je n’aurais pas été surprise de voir un passage en actes et scènes si cela avait été le cas. On rit, on s’émeut, on apprécie !

Les personnages sont très stéréotypés mais restent tout de même intéressants : chacun à son rôle dans le message porté par l’auteur et il le joue à merveille. Costandis, ce grand gaillard sanguinaire ému par l’art devient finalement l’âme touchée par la parole de Dieu la plus pure. Il ne comprend que le sens littéral de ce qu’on lui dit mais il n’en garde que le bien. Contrairement au peuple dans son ensemble, présenté dans les deux lieux différents, qui suit les préceptes de Dieu par crainte de l’enfer, Constandis les suit par conviction réelle et par amour de ce qu’il est devenu. Le Peintre, lui, est l’incarnation de celui qui réfléchit et qui filoute pour imposer sa vision des choses, tout en ayant tout de même pour ambition de faire au mieux pour tous et pas simplement pour lui. Il lutte contre l’oppression mais aime tout de même le pouvoir, une combinaison qui fonctionne mais qui ne change pas le monde. Le peuple « libéré » pense avoir réussi à changer de vie, pour une vie meilleure, mais il reste tout de même le porte-monnaie des plus grands. La vraie différence vient au final de leur état d’esprit : il se sent plus libre sans vraiment l’être. Au moins, cette sensation lui permet d’être plus heureux. Je n’irai pas plus loin sur les personnages parce qu’ils sont nombreux à être intéressants mais il ne sert à rien de creuser ici.

Finalement, ce livre est une chouette découverte. Il n’a rien d’exceptionnel mais il est agréable à lire si l’on aime les effets de styles légers, les contes philosophiques et les personnages complètement barrés. Je ne pense pas que ce livre puisse plaire à tout le monde, c’est assez particulier et, d’ailleurs, je pense que j’aurais plus de mal à le lire à une autre période : il faut vraiment savoir à quoi s’attendre avant de se lancer. Le style, le fond et la forme ont de quoi séduire et le message final de l’œuvre est doté d’une touche de cynisme qui ravira les amateurs. J’ai passé un très bon moment même si ça ne restera pas dans les annales.

Je le conseille à ceux qui aiment les contes dénonciateurs, les histoires de pirates qui détonnent et ceux qui voudraient découvrir un style différent.

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