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Rambalh, c'est un pot pourri de mes lectures, un blog pour partager mes coups de coeur et de gueule. Rambalh signifie Bordel en Occitan et c'est un peu le cas de ce blog. Il est surtout né de mon besoin de garder une trace de mes lectures. Retrouvez-moi aussi sur Accros & Mordus de Lecture.

vendredi 5 juin 2020

Le vice de la lecture d'Edith Wharton

Encore un petit essai dénicher à la librairie de la Halle Saint Pierre. Une lecture qui m'a permis de découvrir Edith Wharton pour le meilleur mais surtout pour le pire.



Quatrième de Couverture
« Peu de vices sont plus difficiles à éradiquer que ceux qui sont généralement considérés comme des vertus. Le premier d’entre eux est celui de la lecture. »

Dans ce texte paru en 1903 dans une revue littéraire américaine, la romancière Edith Wharton (1862-1937) dénonce l’obligation sociale de la lecture, nuisible à la littérature et fatale à l’écrivain.

Mon avis
Le vice de la lecture est un texte dont j’avais vaguement entendu parler : j’avais en tête qu’il s’agissait d’un plaidoyer sur l’addiction à la lecture ou encore le plaisir coupable d’aimer lire et d’accumuler des ouvrages sans avoir le temps de tous les lire. Pourquoi cette impression s’était-elle imprimée dans mon cerveau ? Aucune idée mais, du coup, je peux vous dire que j’ai été très surprise en lisant ce texte.

Petit résumé tout personnel de cette lecture : Edith Wharton offre l’étendue de son mépris pour les lecteurs qui ont le malheur de ne pas être des « lecteurs-nés » soit des lecteurs touchés par la grâce de la littérature de façon innée (et, étrangement, même si ce n’est pas clairement dit, cette grâce semble préférer une certaine catégorie de la population).

Edith Wharton distingue deux catégories de lecteurs.
Du côté de la légitimité, elle décrit le lecteur-né comme la seule personne capable de lire réellement. Pour elle, lire est un art auquel seul le lecteur-né peut prétendre :

« Pourquoi serions-nous tous des lecteurs ? Nous ne sommes pas censés être tous musiciens, mais lecteurs nous devons tous l’être ; voilà pourquoi ceux qui ne peuvent lire avec inventivité lisent mécaniquement – tel un homme sans aptitude pour le violon qui considèrerait le grincement produit par un orgue de Barbarie comme un accomplissement équivalent ! »

Du côté du vice, donc, nous retrouvons le lecteur mécanique, ce pauvre fou qui ose toucher du doigt un art auquel il n’a pas droit. Ce lecteur mécanique qui représente le mal absolu et qui entraîne la chute de la vraie littérature, celle qu’il souille de son vil regard. Mais où est le mal ? On pourrait croire que c’est dans le fait que ce lecteur mécanique peut dévorer des fictions à la chaîne et permet à une littérature dite « moins noble » d’exister mais non, c’est bien pire avec la suite directe de la citation :

« Il doit être admis, d’emblée, qu’en matière de lecture, les vrais offenseurs ne sont pas ceux qui se restreignent à la camelote avérée. Un lecteur qui s’avoue grand dévoreur de fiction futile cause peu de dommages. Celui qui se précipite sur « le livre du moment » ne nuit pas gravement au développement de la littérature. La sorte d’esprit qui discerne dans les divisions naturelles de l’écorce du melon la preuve qu’il doit être dégusté en famille pourrait même considérer certains ouvrages – ceux qui ne nécessitent aucun effort autre que de tourner les pages et se servir de ses yeux – comme spécialement conçus pour le bon plaisir du lecteur mécanique,, façon distributeur automatique : « Veuillez appuyer sur la touche adéquate pour sélectionner le livre désiré. » La providence s’avère alors une infaillible pourvoyeuse en auteurs dont la mission évidente consiste à protéger la littérature des ravages provoqués par les sots ; et c’est seulement lorsque le lecteur mécanique s’égare hors de son pré carré qu’il devient un danger. L’idée à la mode selon laquelle lire est une qualité morale a hélas conduit nombre de consciencieuses personnes à renoncer à leur innocent badinage avec les livres facules pour des relations bien plus épuisantes avec la littérature. Ceux-là se font « un devoir de lire ». […] C’est lorsque le lecteur mécanique, armé de la haute idée de son devoir, envahit le domaine des lettres – discussions, critiques, condamnations ou, pire encore, éloges – que le vice de la lecture devient une menace pour la littérature. Alors même qu’il pourrait sembler d’un goût douteux de s’offusquer de cette intrusion motivée par de si respectables motifs, n’eût été cette incorrigible suffisance du lecteur mécanique qui fait de lui une cible légitime. L’homme qui joue un air sur un orgue de Barbarie ne cherche pas à soutenir la comparaison avec Paderewski ; le lecteur mécanique, lui, ne doute jamais de sa compétence intellectuelle. Tout comme la grâce mène à la foi, tant de zèle investi pour progresser est supposé conférer une cervelle. »

Bon, c’était une bien longue citation mais elle permet de capter l’essence même de cet essai : du mépris, encore et encore, partout, tout le temps. Dans cette citation, Edith Wharton écrase non seulement la littérature « camelote » qu’elle considère écrite pour les personnes aux qualités intellectuelles discutables, mais elle nous reproche, nous « sots » aussi petits que le sont nos cervelles, de chercher à pénétrer des sphères bien trop hautes pour nous esprits et de les menacer par nos capacités cognitives bien trop insignifiantes pour être retenues. Le tout dans le plus grand calme en disant « ouais ouais je sais ça peut paraître douteux mais regardez, ils sont vilains pas beaux, j’ai tellement raison et j’suis tellement dans mon droit ».
Une comparaison assez grossière me vient à l’esprit : c’est comme la politique. Le bas peuple est bien trop bête pour pratiquer l’art de la politique, pour en comprendre les rouages et s’il tape l’incruste dans cette roue de la fortune, tout part en eau de boudin. « Votez pour moi, je saurai vous défendre mais n’essayez pas de comprendre, vous êtes trop cons, faites-moi confiance, promis, ça suffira. »

Tout l’essai n’est qu’un déversement de haine envers les lecteurs jugés non légitimes. Les arguments y sont hautains et ne servent qu’à promouvoir l’entre soi encore et encore. Ce n’est pas une dénonciation de l’obligation sociale de lire comme le dit la quatrième de couverture mais plutôt une façon de dénigrer les personnes qui ont l’audace de vouloir lire des œuvres d’Edith Wharton considère écrites pour une élite seulement. Si le fait qu’un lecteur ne puisse comprendre toute la portée d’un texte mette en danger la littérature selon elle est un argument qui puisse être recevable, bien que discutable à mes yeux, c’est bien le fait qu’Edith Wharton considère qu’il faut un talent inné pour comprendre qui me sidère. Je ne comprends pas la portée de tout ce que je lis mais j’estime que j’ai le droit de lire, le droit d’apprendre, de me frotter au niveau littéraire que je souhaite sans que cela ne soit considéré comme un crime.

Et puis, de toute façon, entre Edith et moi, ça ne pouvait pas coller :

« Pour le lecteur mécanique, les livres une fois lus ne sont pas comme des choses qui grandissent, qui prennent racine et dont les branches s’entrelacent, mais des fossiles étiquetés puis rangés dans les tiroirs d’un meuble de géologue ; ou plutôt, comme des prisonniers condamnés à une vie entière de confinement solitaire. Avec un tel état d’esprit, les livres ne se parlent jamais les uns aux autres. »

Ma chère Edith, il semblerait que l’art d’user de la géologie pour faire des analogies nécessite aussi un talent inné dont vous étiez bien dépourvu. Je regrette que vous ayez eu l’audace de poser votre esprit bien trop altier sur une science dont visiblement vous ne saviez rien pour servir vos intérêts méprisables. Alors, comme je suis bien trop bonne, je vous offre une petite explication : ces fossiles sont eux aussi en interactions les uns avec les autres et ils permettent, figés dans le temps, de comprendre le passé, le présent et le futur. Ils ne sont pas confinés, bien au contraire, ils donnent des clés et leurs petits copains des tiroirs à côté permettent de toujours révéler plus de secrets les uns sur les autres. Comme quoi, l’usage mécanique de ce qu’on ne connaît pas est bien pire que de chercher à comprendre de nouvelles choses.

La géologue vous salue !

NB : J'ai encore des tas de passages surlignés, j'aurais aussi pu aborder le style argumentaire, les autres comparaisons douteuses mais j'aurais fini par citer l'intégralité du texte pour juste marteler à quel point le mépris est tout ce qui résume Le vice de la lecture.

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samedi 23 mai 2020

Conditions premières d'un travail non servile de Simon Weil

Lors de ma dernière visite à Paris j’ai pu découvrir la librairie de la Halle Saint Pierre, superbe endroit à la sélection beaucoup trop tentante. J’ai craqué pour une sélection d’essais dont Conditions premières d’un travail non servile de Simone Weil.



Quatrième de Couverture
« L'arbitraire humain contraint l'âme, sans qu'elle puisse s'en défendre, à craindre et à espérer. Il faut donc qu'il soit exclu du travail autant qu'il est possible. L'autorité ne doit y être présente que là où il est tout à fait impossible qu'elle soit absente. Ainsi la petite propriété paysanne vaut mieux que la grande. Dès lors, partout où la petite est possible, la grande est un mal. De même la fabrication de pièces usinées dans un petit atelier d'artisan vaut mieux que celle qui se fait sous les ordres d'un contremaitre. Job loue la mort de ce que l'esclave n'y entend plus la voix de son maitre. Toutes les fois que la voix qui commande se fait entendre alors qu'un arrangement praticable pourrait y substituer le silence, c'est un mal. »

Mon avis
Dans cet essai écrit en 1942, Simone Weil décortique le travail dans le monde ouvrier et apporte un éclairage sur les mécanismes qui peuvent le rendre insupportable. De la nécessité d’une motivation spirituelle (enfin, elle parle de Dieu toutes les trois phrases donc c’est pour les croyants uniquement visiblement) au besoin de repenser la façon de donner des ordres de la hiérarchie en passant par la disparition fatale de la connaissance de l’appart de la tâche réalisée dans l’image globale, la philosophe nous propose une explication à la souffrance des ouvriers ainsi que des pistes d’amélioration.

Dans un second texte, Expérience la vie d’usine, Simon Weil passe par le concret pour analyser le travail en usine : elle se sert de sa propre expérience. Cette partie a eu plus de savoir à mes yeux, moins abstraite, elle m’a paru plus sincère et palpable. J’en retiens que le principal mal du travail de nos jours est de ne pas permettre aux personnes de capter la vision globale dans laquelle elles sont supposées s’insérer. On nous demande de faire partie d’un rouage sans nous permettre réellement dans connaître les fonctionnements et la finalité et c’est tout là le problème : perdre de vue notre valeur dans un système nous rend servile et transforme le travail en une nécessité insupportable. Travailler dans le seul but de gagner de l’argent pour ensuite le réinjecter dans la machine économie est le mal du siècle de Simone Weil, mal qui continue à perdurer dans le nôtre…

Les essais philosophiques sont généralement trop tortueux pour moi mais j’ai bien aimé me plonger dans cette réflexion malgré le rappel quasi constant à la religion qui m’a empêchée d’adhérer à l’ensemble du propos.

« Il n’est pas bon, ni que le chômage soit comme un cauchemar sans issue, ni que le travail soit récompensé par un flot de faux luxe à bon marché qui excite les désirs sans satisfaire les besoins. »
Expérience de la vie d'usine, p67

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vendredi 1 mai 2020

Murmures à la jeunesse de Christiane Taubira

J’ai toujours été admirative de la façon dont s’exprime Christiane Taubira et de ses références littéraires, tout comme de sa culture. Au-delà de la femme politique, c’est l’oratrice et la femme de lettres qui a toujours su capter mon attention dans ses discours. Je m’étais dit qu’il fallait que je lise ses écrits et j’ai commencé par Murmures à la jeunesse, acheté il y a plusieurs mois déjà à la librairie chère à mon cœur Fiers de Lettres.



Quatrième de Couverture
« Attentats, lutte antiterroriste, état d’urgence… comment, dans ce contexte, préserver les valeurs qui sont le socle de la République ?
Déchéance de nationalité : peut-être est-ce faire trop de bruit pour peu de chose ? Peut-être serait-il plus raisonnable de laisser passer ?
Je ne suis sûre de rien, sauf de ne jamais trouver la paix si je m’avisais de bâillonner ma conscience.
» Ch. T.

Christiane Taubira revient sur les tragiques événements de 2015, raconte comment ils ont été vécus au sommet de l’État, quelles sont les forces obscures qui structurent ce nouveau terrorisme, comment on embrigade de jeunes Français pour les transformer en tueurs…
Mais la République possède en elle-même la puissance de riposte nécessaire, une riposte qui ne requiert aucun reniement si elle s’inspire de l’histoire de ses combats. L’auteure appelle les citoyens à trouver dans la culture et la beauté les raisons de défendre avec la plus farouche détermination les valeurs de notre société. Par ces temps troubles et incertains, les paroles de Christiane Taubira élèvent le débat et redonnent espoir à la jeunesse.

Paroles d’une femme de conviction, paroles d’une femme libre.

Mon avis
Murmures à la jeunesse est un essai publié par Christiane Taubira juste après sa démission du gouvernement en 2016 mais dont l’écriture a été achevée quelques jours avant. Dans une préface rajoutée en décembre de la même année, elle explique les raisons de sa démission. On comprend alors le facteur déclencheur de son départ : la déchéance de nationalité. Y sont évidemment abordés les tragiques événements de 2015, des attentats de Charlie Hebdo à ceux du 13 novembre puisqu’ils ont été à la source des débats et dissonances concernant la question de la nationalité.

Cet essai est clairement politique mais ce n’est pas pour cela qu’il doit être lu. Christiane Taubira y détaille sa position sur la déchéance de la nationalité, les mauvaises raisons qui ont amené ce débat sur la table, son inutilité dans la pratique et les stigmatisations qui en auraient découlé en cas d’ajout à la Constitution.

Pour petit historique, la déchéance de nationalité s’est invitée sur le devant de la scène lors de la montée du terrorisme et des attaques perpétrées en France. Le projet consistait à permettre à l’État français de retirer la nationalité française aux binationaux condamnés pour terrorisme (oui, c’est très résumé, mais c’est surtout ainsi qu’on nous l’a présenté, nous le grand public citoyen). Pourquoi uniquement les binationaux ? Parce que la France n’était pas prête à jouer contre la convention internationale signée en 1961 sur la limitation des cas apatrides (donc sans aucune nationalité), signée mais pas ratifiée ceci dit. Ainsi, en ne concernant que les binationaux, la France se protégerait et permettrait aux personnes concernées d’avoir une solution de repli.

Christiane Taubira démontre les failles de ce projet et ses effets pervers. La situation en 2015 et début 2016 laissait une France traumatisée, blessée et ayant un besoin de Justice. Une Justice bien compliquée à appliquer quand quasiment tous les terroristes sont déjà morts aux yeux des Français. Alors, pour apaiser le peuple et donner un sentiment d’action, la déchéance de nationalité est mise sur la table. Seulement, que signifie la déchéance de nationalité pour une personne qui porte allégeance à un état terroriste auto-proclamé, qui meurt pour une cause contraire à tout ce que représente la France ? Rien du tout. Ce projet n’aurait donc eu pour but que de satisfaire les citoyens français en quête de Justice. Mais les terroristes arrêtés ? La déchéance n’aurait sûrement pu être applicable que tard, des années après les faits, laissant alors largement le temps aux États concernés par ces personnes binationales de les déchoir avant la France de leur nationalité : plus d’application pour la France ensuite.
Par contre, l’inefficacité de cette mesure pour faire Justice aurait eu un effet pervers sur les citoyens binationaux : leur expliquer que le simple fait d’avoir deux nationalités mettait une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, qu’être citoyens de deux États faisait d’eux les seules personnes en France à pouvoir être déchus de leur nationalité française. Sympa, pas vrai ? Une inégalité que Christiane Taubira ne pouvait accepter.

« Quand à rompre l’inégalité et étendre aux non-binationaux, l’effet en serait plus directement de fabriquer des apatrides. Et il y aurait là l’illustration de la différence entre l’égalitarisme et l’égalité. Là où l’égalité élève en élargissant à tous des droits et des libertés réservés à certains, l’égalitarisme nivelle, par le bas et par le pire. » p38

Murmures à la jeunesse permet donc à Christiane Taubira de mettre à plat ses positions, ses convictions et de transmettre avec des mots poignants tout ce qui a fait qu’elle ne pouvait que démissionner pour être en accord avec elle-même. Ce texte est politique, il étaye quelques arguments contre la déchéance de nationalité mais il est surtout écrit avec un talent certain. Au-delà des idées, c’est pour la plume de Christiane Taubira qu’il est à lire, pour les mots qui génèrent des émotions fortes. Si les idées sont importantes, c’est bien plus pour la façon dont elles sont exposées que j’ai absorbé chaque page avec délectation. Je suis persuadée que le projet sur la déchéance de nationalité était bien plus complexe que ce que décrit Christiane Taubira dans son essai mais ce n’est pas grave, parce que c’est le travail littéraire qui m’intéressait le plus. C’est d’ailleurs ce qui risque de vous rebuter si vous cherchez quelque chose de précis sur le sujet : Christiane Taubira enrobe énormément son propos sous des couches de références littéraires, philosophiques. C’est pile ce que je recherchais, même si replonger dans cette page de notre histoire n’a pas été des plus simples.

Murmures à la jeunesse pousse à la réflexion mais est aussi une main tendue, une invitation à apprendre et à comprendre, une passerelle érigée pour nous permettre à nous, nouvelle génération, de faire le lien entre nos aînés mais aussi nos aïeux et de prendre part à façonner le monde de demain. C’est avec notre passé que nous devons avancer vers notre futur, quel qu’il soit.

« Lorsque le peuple doute de lui-même, il devient salutaire de lui rappeler ce qu’il a pu dire, y compris de contraire à ses principes et ses mœurs, ce qu’il a su faire, y compris dans l’adversité la plus rude. Il est bon de rappeler qu’il s’est trouvé des citoyens pour se livrer à la délation. Ces faits d’histoire ne doivent pas devenir de vieux démons, mais ils invitent à une prudence protectrice. L’histoire nous réserve parfois de ces feintes qui dénaturent profondément une intention de puissance publique. » p62

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dimanche 26 avril 2020

The kissing booth, tome 2 : Going the distance de Beth Reekles

Après la sortie du film, j’avais lu le premier tome en VO et j’avais trouvé que ce n’était pas terrible mais tout de même divertissant en le prenant pour ce qu’il était. J’ai lu le tome 2, en VF, et c’est une catastrophe.



Quatrième de Couverture
Désormais en couple avec le beau Noah Flynn, Ella vit un rêve éveillé. Mais la réalité la rattrape rapidement quand ce dernier doit s'éloigner des plages de Californie.

Mon avis
Dans ce tome, le beau Noah intègre Harvard et Ella entame sa dernière année de lycée. Là où le tome 1 nous présentait une adolescente aux priorités axées sur l’amitié et la loyauté, le tome 2 tombe pile poil dans les travers de la romance adolescente peu travaillée. Noah est loin, Ella doute, elle se fait des films à partir de rien du tout et se persuade que la vie n’est que drames. Rien n’est développé et les points forts de l’héroïne ont disparu. L’intrigue est, au-delà du niais attendu dans ce genre de livre, tout sauf crédible. Il faudra m’expliquer à quel moment une personne refuse d’expliquer la réalité même si cela signifie perdre l’amour de sa vie qui se trouve à plusieurs heures d’avion en croyant qu’attendre de longues semaines suffira à mettre les choses à plat. Autant les malentendus sont plausibles, autant leur résolution touche au n’importe quoi.

Les personnages sont plus creux que dans le tome 1 (je ne pensais pas une régression possible), les clichés s’enchaînent alors qu’ils semblaient être combattus précédemment et on s’ennuie ferme. Hâte de voir ce que Netflix a fait avec l’adaptation pour rendre l’histoire un minimum attrayante parce que là, c’est un échec.

Mention spéciale à la disparition du lien spécial qui unissait Ella et Lee, unique point fort du tome 1, qui perd en substance dans ce tome.

Mais hey, au moins, j’ai trouvé la motivation de lire un peu en cette période où tout mon être n’est que flemme une fois que je rentre du boulot. J’ai même relu le tome 1 en VF et me suis rendu compte que la VO avait au moins l’avantage de paraître légèrement moins pauvre littérairement parlant. Le niveau d’écriture est bas mais c’est bien pire quand on lit la traduction. Lire des romances, c’est dur pour moi mais j’ai en plus un don pour les choisir mal écrites (que voulez-vous, les seules qui me tentent sont celles ayant été adaptées en film et elles sont souvent mauvaises à l’origine visiblement).

Si vous aimez les romances bien écrites, passez votre chemin. Si vous êtes juste fans de The Kissing Booth, ça vous plaira peut-être (à condition de ne pas être trop exigeants).

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samedi 25 avril 2020

Si l'on me tend l'oreille d'Hélène Vignal

Si l’on me tend l’oreille est un livre que j’ai découvert lors du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, fin 2019, parmi Les Pépites sélectionnées. La quatrième de couverture a eu raison de moi avec sa promesse d’un combat pour la liberté.



Quatrième de Couverture
Dans toutes les foires, on fait la queue devant la minuscule roulotte de Grouzna.
À chacun, la jeune fille murmure une phrase : « Si l'on me tend l'oreille, je parle. »
À chacun, elle prédit son destin.
Mais Grouzna ne sait pas lire son propre avenir. Elle ne sait pas que, par le caprice du prince des Trois Provinces, sa vie nomade va bientôt être menacée. Car on n'aime jamais ceux qui ont la liberté d'aller où ils veulent, en colportant les histoires et les secrets qu'on leur confie.
Alors Grouzna la solitaire va s'allier à d'autres Récalcitrants. Ensemble, ils vont se mettre en route.

Si vous lui tendez l'oreille, Hélène Vignal vous racontera dans ce livre de très nombreuses histoires, celle de Grouzna et du troubadour indomptable, celle de l'enfant au ventre tatoué et du cracheur de feu, du marin survivant, de l'homme qui parle à ses animaux de bois, de l'ermite aux chiens...
Elle vous amènera dans un monde poétique, aventureux et libre.



Mon avis
Si l’on me tend l’oreille est un livre que j’ai découvert lors du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, fin 2019, parmi Les Pépites sélectionnées. La quatrième de couverture a eu raison de moi avec sa promesse d’un combat pour la liberté.

Grouzna est une nomade, une jeune femme qui se rend de ville en ville pour s’installer au cœur des foires qui animent les lieux régulièrement. Il émane d’elle quelque chose d’irrésistible, un souffle de sérénité et de douceur qui fait que les clients défilent dans sa roulotte pour découvrir leur destin. Discrète, Grouzna se fond dans le décor jusqu’à ce qu’on pose les yeux sur elle. Si la jeune femme était persuadée d’être une personne se laissant porter par la vie, par les déplacements et par la volonté des Mères qui la suivent, elle découvre qu’elle est en réalité maîtresse de son destin et que sa force de caractère est bien plus présente que ce que l’on pourrait croire. Sans prévenir, elle fait souffler un vent de rébellion au cœur de ceux qui croisent sa route.

Si l’on me tend l’oreille est de ces romans qui coupent le souffle par les mots. La poésie qui s’échappe des phrases de l’autrice est à la fois douce et percutante. La trame de fond est bonne mais n’est là finalement que pour mettre à l’honneur la qualité de l’écriture, la puissance du message et magnifier des personnages qui ne seraient pas ce qu’ils sont sans cette plume. Je n’ai pas eu l’habitude de lire une littérature jeunesse où l’écriture primait sur l’histoire et c’est un pari réussi. Un pari d’autant plus risqué que Hélène Vignal choisit ici de raconter un conte doux-amer à son lectorat : elle ne ménage pas les jeunes âmes, elle coupe peu à peu l’espoir d’une histoire où tout finit bien avec brio. Elle nous rend tristes, nous donne envie de nous insurger mais nous conforte aussi dans l’idée que les difficultés et les désillusions ne doivent pas nous empêcher de poursuivre nos routes.

Ce roman se savoure pour ses mots, pour ce sentiment de révolte qu’il fait naître en nous et pour ses personnages qui pourraient être toi, moi, les autres. Il se savoure parce qu’il rappelle que rien ne peut arrêter un esprit libre, que la peur n’est pas un problème mais peut au contraire être un moteur et que les autres ne sont un obstacle que lorsqu’on leur en laisse le pouvoir.

« Comme tous les ambulants, elle apprit ainsi que transformer la réalité en histoires permet de la rendre acceptable et de continuer à faire partie du monde. Car elle savait d’instinct qu’on pardonne mal aux rescapés d’avoir vu le pire et d’en être revenus. »

Les avis des Accros & Mordus de Lecture